L’évolution du mécénat et l’importance du soutien du secteur public

By 10 February 2014

C. Importance du soutien du secteur public

L’Etat joue son rôle dans l’évolution du mécénat puisqu’il est impliqué dans ce concept de par la fiscalité. C’est pourquoi, le Ministère de la culture a créé la « mission mécénat ». En effet, le Ministère souhaite aider les structures culturelles en apportant de l’information auprès des entreprises. L’objectif est aussi de donner une vision dynamique du mécénat en abordant les questions de développement local et national. Ces questions doivent être étudiées par l’Etat afin de donner des chiffres en termes de retombées économiques et sociales et il doit y avoir une communication auprès des entreprises pour démontrer l’intérêt que représente le mécénat culturel.

L’Etat constitue aujourd’hui le lien entre la culture et le monde des entreprises. Nous avons pu observer que le secteur culturel de demain ne peut pas se construire sans le secteur privé. Ainsi, nous en concluons que l’Etat est la clé. Il doit aider les deux parties à trouver un terrain d’entente afin de constituer les habitudes de demain.

Le soutien de l’Etat passe par la mise en place de structures de réflexion et d’accompagnement vers un système de financement de la culture par le secteur privé. C’est notamment ce qui est entreprit par le biais des réductions fiscales et des structures comme la mission mécénat. C’est donc aujourd’hui que l’Etat a un rôle primordial et le devoir de continuer à financer la culture par des moyens détournés qui faciliteront l’utilisation du mécénat. « L’Association française des fundraisers » est un exemple de l’application du soutien étatique au développement de la recherche de fonds pour les structures d’intérêt général. Cette association est en partie financée par des subventions accordées par l’Etat et les collectivités territoriales. Elle a pour objectifs d’améliorer la pratique professionnelle du fundraising tant d’un point éthique que technique, assurer la reconnaissance et le statut de la profession, promouvoir et développer les pratiques de générosité et de philanthropie (fundraisers.fr). Pour cela, l’association met en place des réunions, des colloques, des conférences, des débats, des stages de formation, des publications périodiques et des voyages d’études. Ils proposent notamment des formations sur les stratégies de collecte de fonds, les techniques, les outils, etc. pour le secteur culturel. C’est ce type de structures que nous préconisons de développer par des financements publics.

L’Etat doit rester le principal acteur financier de la culture puisque cela fait partie de ses missions vis-à-vis de la population française. Les seuls financements privés ne seront tout d’abord jamais suffisants, ensuite, il est à prendre en compte que les entreprises sont soumises à la fluctuation des revenus et ne peuvent assurer la redistribution des revenus vers la culture. L’Etat doit donc pouvoir palier, en cas de besoin, au baisses de financements privés. Enfin, il est aussi du rôle de l’Etat d’assurer la « liberté » de la culture, il faut qu’elle puisse évoluer avec la société et ne pas être entravée par la logique des entreprises. La culture doit en effet pouvoir conserver son autonomie artistique et ne pas avoir d’influence provenant d’environnements privés avec des intérêts propres.

De plus, l’Etat doit calculer son intérêt quant à la culture, pour évaluer la rentabilité ou non de ses investissements sur des critères difficilement appréciables. En effet, il serait sans doute possible d’évaluer les gains qu’entraîne la culture par rapport aux pertes matérielles et humaines, qu’entraine l’absence d’activités culturelles. Nous pensons par exemple à la délinquance, aux maladies mentales, au surmenage, etc. mais aussi et surtout à la création d’hommes libres, de citoyens actifs, capables d’innovation. La culture est la condition d’un développement humanisé.

Les subventions allouées par l’Etat doivent donc être très étudiées pour ne défavoriser aucune structure. C’est une difficulté surmontable si l’on met en place une institution dédiée qui pourrait évaluer les besoins réels des structures par rapport à de multiples critères dont la capacité à attirer des fonds privés. Il serait intéressant de calculer le coût d’une telle institution et évaluer le retour sur investissement ou du moins, la somme que l’on pourrait économiser sur certaines grosses structures pour permettre le développement d’autres plus petites. Si nous prenons l’exemple du Louvre, nous savons que les demandes de subventions sont devenues une habitude dans ces établissements alors qu’il serait peut être intéressant, plutôt que de répondre à ces demandes sur le plan culturel, d’investir dans le développement du service des partenariats privés du Louvre. Cela permettrait aux grandes structures culturelles d’être moins dépendantes de l’Etat et ainsi l’Etat pourrait se désengager progressivement des grosses structures pour aider de plus petites. Il est à noter que les grandes structures ont des facilités à développer leurs financements privés étant donné les retombées médiatiques et les contreparties qu’elles sont capables d’offrir. Nous avons un aperçu des capacités des structures telles que le Louvre, pour capturer de nouvelles sources de revenus et financer son activité culturelle, notamment avec des opérations comme celle à Abu Dhabi. En ce qui concerne les petites structures, ce sont souvent elles qui sont les plus aptes à apporter du sang nouveau à la culture. Rappelons que le rôle de l’Etat est aussi de développer la culture quelle que soit sa forme, cela passe par l’aide au développement de nouveaux axes culturels émergeants.

Les pouvoirs publics ont en effet, un rôle essentiel à jouer dans le soutien et l’accompagnement des propositions artistiques et culturelles les moins médiatiques. Or, nous savons que les personnes n’ayant que très peu d’instruction culturelle vont plus facilement se diriger vers les grandes structures les plus médiatisées. Citons une phrase de Pierre Bourdieu : « L’absence de culture s’accompagne le plus souvent de l’absence du sentiment de cette absence ». C’est pourquoi, il serait aussi intéressant d’engager plus de moyens au niveau de l’éducation nationale pour sensibiliser très tôt, les enfants et le jeune public. Nous ne souhaitons pas obliger le public à s’intéresser à la création artistique, nous souhaitons qu’il puisse être capable de choisir en connaissance de cause.

Se pose le problème général de la mise en place de ces politiques publiques dont les résultats ne pourraient être ressentis que sur le long terme. Les différentes parties intervenant dans ce processus doivent donner des résultats sur le court terme et cela vient entraver la mise en place de politiques effectives sur le long terme.

Conclusion

L’Etat français s’est historiquement donné le rôle de soutenir le secteur culturel, c’est ce qui fait de ce pays une exception culturelle. Ce rôle est aujourd’hui remis en cause par la volonté de réduire le déficit public. Ainsi, les politiques changent le système peu à peu. La décentralisation culturelle est notamment un sujet fort au sein des instances françaises et l’Etat se voit déléguer certaines compétences aux collectivités territoriales. Une nouvelle organisation se construit et le financement public de la culture s’en voit modifié. L’économie culturelle souffre dans cette réorganisation, d’une baisse des subventions publiques. Les compétences en matière de subventionnement culturel sont mal définies. L’obligation de rigueur dans la gestion et le besoin de ressentir des effets à court terme sur les décisions prises, mène les collectivités à délaisser la culture pour d’autres investissements. Ce mémoire nous permet d’assoir le présupposé de la problématique, à savoir le désengagement de l’Etat. Sans vraiment le déclarer clairement, les politiques françaises tendent à la réduction des financements pour la culture malgré la dépendance créée par le passé.

Les structures culturelles se voient ouvrir leurs possibilités de financement au secteur privé pour pallier au manque, pour les plus petites et se développer, pour les grandes. Ces pratiques ne sont pas habituelles pour la France et le modèle des Etats-Unis pousse nos politiques à se baser sur cet exemple avec le développement du mécénat. Cependant, l’histoire et les habitudes françaises, autant pour les entreprises que pour les institutions culturelles, ne favorisent pas le mécénat. L’Etat aide alors à son développement depuis plusieurs années avec une évolution des réformes et des idées jusqu’en 2003 où la loi Aillagon fut créée. Le mécénat est en forte hausse mais le secteur culturel n’en bénéficie que très peu. Les entreprises sont souvent mécènes pour des raisons extra-philanthropiques de l’ordre de la communication même indirecte. Les investissements de l’Etat pour favoriser le mécénat ne suffisent donc pas à pallier le désengagement culturel, ils profitent plutôt aux domaines du social et de l’environnement.

La culture apparait alors comme dépendante des soutiens publics et privés, l’un se désengage progressivement, l’autre est instable car soumis aux lois de son marché et seul décisionnaire de la volonté d’investir dans le milieu culturel. Nous avons donc étudié la piste de l’autofinancement grâce au développement commercial de l’activité des structures culturelles. Le marketing culturel semble être un outil adapté et son impact est fort mais il l’est surtout pour les grandes structures qui bénéficient d’ores et déjà d’une renommée et d’une capacité de financement pour faire face au coût de la mise en place d’une telle stratégie. Les petites structures pourront elles tout de même agir sur le plan marketing notamment en s’organisant en interne autours de ces questions « commerciales ». C’est notamment le cas de Sèvres – Cité de la céramique que nous avons étudié. Cet établissement combine financements publics, privés et revenus propres avec une nouvelle organisation autour du développement des revenus fruits des ventes et des revenus d’institutions privées intéressées par de nouvelles activités créées par la Cité comme le mécénat, la location d’espaces pour des événements (soirées de relations publiques, conférences, séminaires, tournages de films, etc.) et les partenariats conçus conjointement.

Face aux nouveaux enjeux, les structures culturelles et l’Etat doivent s’accorder sur des moyens communs pour atteindre les mêmes objectifs. C’est cette alliance que nous préconisons pour le succès des mesures mises en place ensemble. L’Etat est l’acteur du soutien d’une base qui donnera les clés aux structures culturelles pour ouvrir leurs portes au maximum.

Notre premier apport en solutions est la réorganisation interne de la structure culturelle. Il doit y avoir une stratégie basé sur les points forts que la structure peut mettre en avant pour développer ses propres revenus : le produit, le lieu, les hommes, etc. Cette stratégie est définie aussi grâce à l’analyse au préalable du « client ». Pour développer les revenus externes, il faut prendre en compte les autres « clients » : entreprises et Etat. Selon les résultats, une stratégie doit être établie au niveau des subventions, du mécénat, des partenariats, des locations et autres activités imaginées grâce à l’étude des clients. L’étude des points forts devra aussi porter sur le dynamisme économique et social que procure la structure culturelle dans l’environnement sur lequel elle agit. Chaque avantage de la structure est un argument supplémentaire pour séduire. C’est pourquoi, pour le développement des revenus propres comme des revenus externes, une réorganisation interne est alors nécessaire, pouvant toucher les produits, l’organigramme, les missions pour chaque poste, les outils utilisés, etc. Pour donner un exemple, nous avons constaté l’attrait des entreprises pour le mécénat croisé entre social et culturel, les études des

« clients » des structures mèneront certainement à ce même constat et cela devra donc être une piste de développement d’une activité alliant des questions sociales à l’activité culturelle préexistante afin d’attirer ce type de mécénat. Cependant, une des spécificités du secteur culturel est de ne pas modifier son produit culturel pour conserver son atout artistique. C’est une limite du marketing pour ce secteur mais il est important d’utiliser cet outil pour modifier d’autres parties du processus interne et ainsi pouvoir améliorer les performances des structures culturelles.

Cette réorganisation interne a un coût important. Il y a donc un certain investissement à faire pour aider les institutions culturelles à développer leur autonomie. Nous jugeons donc le soutien de l’Etat comme primordial pour faciliter cette « transition » entre « la dépendance » et « la quasi-autonomie » des structures culturelles. Tout d’abord, en ce qui concerne le mécénat, nous proposons de développer deux axes de communication autour de ce concept encore peu connu. L’Etat doit communiquer pour diffuser les bénéfices du mécénat comme le fait la mission mécénat du Ministère de la Culture et de la Communication, mais aussi pour faire de ce concept une norme dans le paysage de la responsabilité des entreprises. Le deuxième axe porte sur la création d’institutions ou le financement d’institutions qui aident au quotidien les structures culturelles dans la mise en place d’une stratégie mécénat. Les petites comme les grandes structures bénéficieraient de ces aides pour ne plus dépendre de l’Etat uniquement. Mais il n’est pas possible pour les structures de développer suffisamment leur mécénat pour remplacer les subventions publiques, seules les grandes structures peuvent tendre au maximum vers cela. En ce qui concerne les subventions publiques, nous proposons la création d’une institution qui étudie les besoins réels de chaque structure en consultant les plus grandes pour les aider à devenir quasi-autonomes et en aidant financièrement les plus petites pour se développer sur le plan culturel. Cette même institution aura le rôle de déterminer l’impact économique et social rapporté en termes de dynamisme afin de financer la culture selon les besoins réels des territoires. En répartissant les subventions par rapport aux manques en dynamisme dans certains départements de France, cela permettra d’uniformiser les offres culturelles dans le pays en évitant la centralisation de l’offre dans les grandes villes. Ainsi, les nouvelles structures souhaitant se créer iront s’implanter dans des villes avec peu d’institutions culturelles où elles seront aussi moins soumises à la concurrence et pourront se développer plus facilement.

La culture en France est un secteur qui peine à survivre malgré le soutien étatique. Nous pouvons nous demander si le nombre important de structures culturelles n’est pas une des raisons. Cela demande d’adopter des démarches plus commerciales qui s’éloignent du concept de la culture et peuvent tendre à privilégier l’aspect commercial sur l’aspect artistique. Nous pouvons alors nous demander si l’intérêt de la population française ne s’éloignerait pas progressivement de l’art et la culture. Pour faire vivre l’offre culturelle, ne faudrait-il pas soutenir la culture au sein de l’Education Nationale pour que le public soit sensibilisé dès le plus jeune âge ?

Le financement des structures culturelles en France
Mémoire de fin d’études – Option : Développer et Entreprendre
Université catholique De Lyon ESDES Business School

Sommaire :
Introduction
Partie 1: Politiques culturelles et désengagement
I. Histoire des politiques culturelles et de l’intervention de l’Etat
II. Les collectivités territoriales: Communes, Départements et Régions
III. Problématiques
Partie 2: Le mécénat – La réaction des structures culturelles
I. L’histoire du mécénat
II. Le mécénat
III. Problématique du mécénat culturel actuel
Partie 3: Quelles solutions au financement de la culture ?
I. Le cas de Sèvres – Cité de la céramique
II. Le marketing culturel
III. Un exemple d’ouverture à d’autres financements : Louvre Abu Dhabi
IV. Les solutions au financement de la culture & limites
Conclusion