Les solutions au financement de la culture & limites

By 9 February 2014

IV. Les solutions au financement de la culture & limites

Les structures culturelles correspondent à une économie particulière, contradictoire avec les lois du marché. C’est un secteur non-rentable que l’on peut juger comme rentable d’un point de vue de l’apport outre financier. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de solution. Du moins, nous pouvons définir certains points clés à améliorer pour tendre vers une meilleure performance du secteur culturel. L’objectif final étant de faire face au désengagement progressif de l’Etat. Nous allons donc résumer en trois points les solutions au financement des structures culturelles, que nous avons pu relever grâce à ce mémoire. Tout d’abord, l’organisation « marketing » de la structure culturelle, puis les financements privés et enfin les financements publics.

A. Organisation interne

Le constat que l’on a pu faire sur le secteur de la culture nous mène à penser qu’il est primordial pour les structures de développer la partie « autofinancement ». En général, on évolue à 30 % du budget la capacité des entreprises culturelles de financer elles-mêmes leurs activités. Nous préconisons ainsi, de développer le concept du « marketing culturel » afin de susciter de la part des publics, des comportements favorables. Cela passe par un travail sur plusieurs points :

– L’étude des publics permettant de décrire et comprendre leurs comportements et notamment les tendances de consommation.

– Accroitre la satisfaction en créant de la valeur pour fidéliser le public : favoriser et encourager le public à s’approprier les savoirs notamment grâce à l’innovation. Ainsi, il est important de favoriser la diffusion de contenus culturels émergents. Il est conseillé de s’appuyer sur les nouvelles technologies en utilisant le numérique afin de rendre le public acteur de son expérience, mais d’autres idées peuvent être mises en place pour rendre l’activité culturelle interactive. L’environnement de la structure culturelle est aussi à prendre en considération dans la satisfaction du public, que ce soit le lieu en lui-même, mais aussi l’ambiance, les services annexes, etc.

– Le fait de conquérir de nouveaux domaines culturels permettra d’étendre son activité à de nouveaux publics et de manière générale à un public plus large étant donné la demande des offres de plus en plus variées et complètes.

Les structures doivent mettre en place de bonnes politiques de marketing en apprenant à connaitre réellement l’identité de la structure, son métier et ses missions. Ensuite, le marketing permettra à l’organisation culturelle de fixer des objectifs par les moyens cités précédemment et mettre en œuvre, avec les capacités disponibles, les conditions pour atteindre ces mêmes objectifs. Cela passe notamment par la refonte de l’organisation du travail en interne.

A titre d’exemple, nous pouvons citer Sèvres – Cité de la céramique qui depuis 2010 a mis au point une nouvelle structure organisationnelle ainsi qu’un début de raisonnement marketing pour améliorer la performance de son activité, notamment au niveau du service commercial comme nous l’avons évoqué précédemment. D’autres structures comme le festival Jazz à Vienne ne disposent que de très peu d’outils pour connaitre le public. Ils ont un logiciel de billetterie qui permet de suivre les fidèles abonnés et ce depuis peu de temps. Mais, la politique marketing de cette structure n’est que très peu élaborée. Nous avons souvent le sentiment que le monde des entreprises culturelles est passif et ne cherche pas à aller attaquer son public potentiel. Ce sentiment s’explique par l’histoire de cette économie en France, cependant elle tend à évoluer notamment grâce aux grandes structures qui donnent l’exemple comme, le Louvre.

B. Soutien du secteur privé

Selon l’Admical, les perspectives pour le mécénat en France sont rassurantes. Ils annoncent que 83 % des entreprises devraient accroître ou stabiliser leurs actions de mécénat dans les deux ans à venir. Le mécénat est un concept qui se développe en France même s’il a toujours existé ; il est surtout très présent dans les pays anglophones et fait partie de la culture de ces pays. En France, les entreprises apprennent à le connaitre et les préoccupations sociales mènent à lui. Nous avons pu le constater avec l’évolution croissante du mécénat croisé. Cela demande aux structures culturelles de prendre en considération les intérêts des entreprises et de proposer des interventions privées dans ces mêmes domaines. C’est grâce à cette implication du monde de la culture, quant aux préoccupations sociales notamment, que le soutien du secteur privé sera le plus fort. Parallèlement, l’Etat en coopération avec les structures culturelles, jouent le rôle de médiateurs, puisqu’ils doivent communiquer sur l’existence du mécénat. Aussi, l’Etat doit poursuivre à soutenir le secteur culturel dont les actions de mécénat sont en baisse. La communication peut être construite sur le fait que le mécénat culturel est ce qu’il y a de plus différenciant pour une entreprise.

Les structures culturelles sont souvent ignorantes face au mécénat. Elles ne savent pas comment adopter une stratégie de mécénat et cela nous ramène à appuyer l’importance du soutien étatique sur ce sujet. Dans cette même stratégie, il nous parait important de préconiser une étude approfondie des forces de la structure, notamment sur le lieu en lui-même. Il faudra alors développer des idées nouvelles autres que la création et la diffusion culturelle. Il s’agit de créer des partenariats, comme nous avons pu le voir pour Sèvres – Cité de la céramique, autour de la location d’espaces par exemple. Ces nouvelles activités sont en lien direct avec la stratégie de mécénat puisqu’elles viennent appuyer celle-ci en proposant une offre très complète et attrayante pour une entreprise. Les structures culturelles doivent travailler en coopération avec les entreprises pour le développement de chacune des activités culturelle et économique. C’est un axe recherché par les entreprises. Elles souhaitent aussi pouvoir être impliquées pour y impliquer leurs salariés. En effet, les structures culturelles ne doivent pas considérer les entreprises en tant qu’acteur financier comme elles considèrent l’Etat. Les demandes de financement doivent être pensées autrement ; elles doivent être adaptées à ce nouvel interlocuteur qui ne cherche pas la même finalité que l’Etat. Cette demande de participation active relève par exemple, le besoin de développer le mécénat de compétence qui consiste ne consiste pas en un apport monétaire mais plutôt humain, matériel, etc. Nous notons une forte implication des entreprises du bâtiment dans la restauration du patrimoine mais beaucoup d’idées peuvent être développées.

Nous avons aussi noté, l’importance de développer le mécénat des petites et moyennes entreprises. C’est notamment la barrière des 0,5 % du chiffre d’affaires qui empêche les PME de faire des dons très élevés. Cela relève du rôle de l’Etat que de développer cela. Face à ces barrières, les PME souhaitant développer des actions de mécénat se sont réunies pour créer ce que l’on appelle les fondations multi-entreprises. C’est le cas de « Mécènes du Sud », un collectif composé d’entrepreneurs envieux d’être acteurs de l’environnement culturel dans lequel ils s’épanouissent économiquement. C’est en réunissant leurs moyens qu’ils développent depuis 2003 la création artistique contemporaine du territoire Marseille- Provence par leurs actions de mécénat. Entre 2003 et 2011, ils ont accompagné plus de 75 projets en offrant ressources et compétences. Aujourd’hui Mécènes du Sud compte 37 entreprises de secteurs d’activité et de tailles différents. (mecenesdusud.fr) Ce concept permet aux entreprises de ne pas avoir de gestion interne propre au mécénat puisque la gestion est commune ; cela permet notamment de faire des économies de temps. C’est aussi rendre les valeurs des entreprises vivantes à travers des projets et des politiques pérennes. Un collectif permet que ces actions, provenant de personnes différentes, prennent de la puissance. Une telle structure est d’autant plus intéressante par l’union qu’elle représente. Celle-ci est une représentation de la société qui se rapproche de la réalité, face à des grandes entreprises desquelles peuvent provenir des actions de mécénat plus « intéressées ».

Ce qu’il est important de retenir par rapport aux financements privés des entreprises, c’est l’objectif d’acquisition d’une personnalité plutôt qu’une image. Il est très important de contourner le risque de l’influence que peuvent représenter ces parties privées sur le monde de la culture. La culture doit rester démocratique et naturelle ; la possibilité de participer à la vie culturelle de la France doit pouvoir provenir de tous. Il est donc important de démocratiser le mécénat.

Le financement des structures culturelles en France
Mémoire de fin d’études – Option : Développer et Entreprendre
Université catholique De Lyon ESDES Business School

Sommaire :
Introduction
Partie 1: Politiques culturelles et désengagement
I. Histoire des politiques culturelles et de l’intervention de l’Etat
II. Les collectivités territoriales: Communes, Départements et Régions
III. Problématiques
Partie 2: Le mécénat – La réaction des structures culturelles
I. L’histoire du mécénat
II. Le mécénat
III. Problématique du mécénat culturel actuel
Partie 3: Quelles solutions au financement de la culture ?
I. Le cas de Sèvres – Cité de la céramique
II. Le marketing culturel
III. Un exemple d’ouverture à d’autres financements : Louvre Abu Dhabi
IV. Les solutions au financement de la culture & limites
Conclusion