Les objectifs d’apprentissage et les enjeux d’un projet d’écriture

By 31 January 2014

1.2. Les objectifs d’apprentissage

Je me suis demandé quels étaient, parmi l’ensemble des objectifs d’apprentissage que devraient acquérir les élèves au cours de leur scolarité, ceux que l’ont peut retenir pour former des enfants producteurs de textes. L’ouvrage de Josette Jolibert2 permet de définir plusieurs paramètres.

1.2.1. Les objectifs généraux

Selon l’auteur, il est indispensable à l’école élémentaire de permettre aux élèves de découvrir les multiples facettes de l’écrit.

– L’enfant, par la pratique, va prendre conscience que L’ECRIT EST VIVANT , car c’est d’abord en écrivant que l’on apprend à écrire. Il s’agit d’une conception inversée par rapport à celle qui consiste à penser que pour être efficace, il faut d’abord inculquer des savoirs métalinguistiques (vocabulaire, grammaire, orthographe ) pour permettre en fin de parcours à l’enfant d’accéder au pouvoir d’écrire.

Les élèves de cette classe de CE2 avaient une vision très scolaire de l’écrit qui, pour eux, était surtout destiné à des dictées, à des exercices, ou à des leçons à apprendre par cœur. Lorsque les enfants sont entrés petit à petit dans l’écriture du conte, ils ont manifesté quelques appréhensions au sujet, notamment, d’éventuelles erreurs orthographiques ou grammaticales. A partir du moment où ils ont compris que je n’avais nullement l’intention de les pénaliser s’il y avait quelques fautes, ils ont pris un plaisir évident à écrire et ont très bien réussi à faire passer ce qu’ils voulaient dire même si l’orthographe ou la syntaxe n’étaient pas toujours parfaits.

– Il est nécessaire également de placer l’élève en situation D’EXPERIMENTER L’UTILITE ET LES FONCTIONS DE L’ECRIT qui sert à communiquer, à garder des traces, à raconter des histoires. Les enfants se sont ainsi rendu compte que l’écrit était indispensable pour fixer ce qu’ils voulaient dire et en garder trace, à la fois pour eux, mais aussi pour les autres.

– Nous autres enseignants, devons permettre aux élèves D’EPROUVER LE POUVOIR QUE DONNE L’ECRIT , pouvant selon les cas, faire venir des gens à la fête de l’école, faire rire ou faire pleurer avec les histoires que l’on invente… Tout au long de ce mois d janvier, j’ai essayé de faire comprendre à mes élèves que l’écriture permettait de retranscrire exactement leurs sentiments ou impressions aussi bien en ce qui concerne l’humour, la tragédie, que l’espoir et rendait ainsi possible l’expression de toutes leurs pensées.

– Enfin, il s’agit aussi de PRENDRE CONSCIENCE DU PLAISIR QUE PEUT PROCURER UN ACTE DE PRODUCTION . Il y a tout un plaisir à construire ou à inventer un texte, plaisir de faire des progrès, plaisir de la tâche menée jusqu’au bout. Je me suis rendu compte que ce plaisir d’écrire était manifeste tout au long de l’écriture du conte puisque certains enfants étaient réticents à descendre en récréation et auraient préféré continuer leur production, d’autres qui avaient beaucoup de difficultés à écrire m’ont demandé, à la fin du mois, s’il était possible de créer un nouvel album. Surtout, il était évident que tous les enfants étaient extrêmement fiers de leurs productions.

2 Josette JOLIBERT, Le groupe d’Ecouen, Former des enfants producteurs de textes, Hachette Ecole , 1991.

L’élève doit avoir également la possibilité de se construire des représentations positives, en particulier de l’écrit et de lui-même face à l’écrit.

* DE L’ECRIT : l’écrit scolaire n’est plus figé, rébarbatif, sanctionné. Il devient dynamique. C’est un véritable texte, inscrit dans une situation de communication, et qui produit des effets sur ses destinataires. Cet écrit, né de l’action des enfants, est forcément valorisant pour eux.

* DE SOI COMME SUJET ECRIVANT : l’enfant producteur de textes doit se percevoir dans différentes positions ; à la fois comme compétent (‘’je peux faire ‘’ et ‘’je suis capable de faire ‘’), comme apprenant devant gérer ses apprentissages (‘’écrire s’apprend ‘’) et comme personne s’appropriant le monde de l’écrit.

1.2.2. Les objectifs linguistiques et pragmatiques

Produire des écrits est un acte complexe, puisqu’il met en jeu des aptitudes multiples. Il s’agit en effet, de choisir une structure, trouver des mots, contrôler l’orthographe, faire attention à la mise en page, soigner la calligraphie… La gestion simultanée de tous ces points dépasse les capacités du jeune enfant en situation d’apprentissage. Le rôle de l’enseignant est donc de l’aider à acquérir des méthodes de travail et des outils susceptibles de lui servir à construire ses propres compétences. Pour cela on peut définir plusieurs objectifs avant et pendant la production.

– AVANT la production, un enfant qui veut produire un texte pertinent doit être capable de cerner les paramètres de la situation de communication. Pour cela, il doit se poser plusieurs questions :

quel est le destinataire de mon écrit ?
quel est le but de mon écrit ?
quel est son enjeu ?
qu’est-ce que je veux faire partager ?

– PENDANT la production, l’élève doit cerner les niveaux linguistiques de la mise en texte, ces derniers devant être en rapport avec les exigences du niveau de la classe ; l’enseignant doit aussi lui permettre d’élaborer des outils d’aide à l’écriture comme, par exemple, des fiches aide-mémoire récapitulant les savoirs élaborés à propos d’un type de texte.

Ces projets peuvent paraître ambitieux, mais c’est en les mettant en place très tôt et avec l’appui du maître qu’il sera possible d’amener progressivement la majorité des enfants à la production individuelle et autonome des textes écrits.

1.3. Les enjeux d’un projet d’écriture

Trop souvent à l’école, les enfants n’écrivent que pour être lus par une seule personne (l’enseignant) et obtenir une note ou une appréciation. On comprend que dans une telle situation les élèves soient peu, voire pas du tout, motivés. Beaucoup d’enfants refusent d’écrire car ils n’en voient pas l’utilité : ils pensent que pour communiquer l’oral est suffisant ; pour d’autres, c’est simplement le fait de ne pas savoir quel sujet traiter qui constitue un obstacle.

On ne saurait donc réduire la pédagogie de l’écrit à de simples techniques. L’acte d’écrire doit engager les jeunes enfants dans une activité qui a du sens pour eux. Le projet d’écriture, même modeste, semble être une des conditions nécessaires de l’efficacité des apprentissages. Avant de se lancer dans la production d’écrits, il paraît indispensable d’introduire un projet qui est mis en place par une décision commune du groupe classe pour mener à bien une production. Les enfants prennent ainsi conscience des exigences de la situation de communication pour produire des écrits socialisés.

Il s’agit de faire en sorte que chaque écrit ait un lecteur effectivement intéressé à sa lecture, et non pas seulement attentif aux fautes d’orthographe ou de syntaxe, ce type de situation constituant un puissant facteur de progrès en écriture. Le projet se concrétise par la réalisation d’un produit matériel, visible et communicable, par exemple un album transmis à une autre classe.

La classe s’organise en groupes de production mais cela n’exclut pas, bien au contraire, l’écriture individuelle. De plus, dans la mesure où il est communiqué, le produit doit présenter toutes les caractéristiques des écrits sociaux correspondants. Une fois le projet engagé et le contrat de travail défini, on se lance dans la production. La phase d’écriture permet de réinvestir des acquis antérieurs. Elle place l’enfant face à des problèmes qui, en les résolvant avec le maître, fait ainsi de nouvelles acquisitions. En effet, si le résultat terminal compte, l’itinéraire d’apprentissage qu’il permet est plus important encore. Le projet d’écriture est donc un moyen pédagogique pour atteindre des objectifs. Il est cependant souvent important de différencier les objectifs des enfants qui concernent essentiellement la production et ceux du maître qui ont trait surtout à l’itinéraire d’apprentissage.

Le conte : motivation pour l’écriture ?
Mémoire de fin d’étuds
I .U.F.M. de MONTPELLIER

Sommaire :
Introduction
Première partie : le projet
1. Contraintes et justifications d’un projet d’écriture
2. Un conte mis en chantier
Deuxième partie : la mise en oeuvre
1. De l’analyse d’une structure aux opérations de planification
2. La rèalisation du projet
Troisième partie : bilan et analyse
1. Quelles conclusions tirer de ce projet
2. Analyse succinte et globale des productions
3. Prolongements possibles et autres jeux d’écrits sur le conte
Conclusion