La définition du conte et les constantes

By 31 January 2014

2. UN CONTE MIS EN CHANTIER

2.1. Définition du conte

Le mot CONTE dérive de ‘’conter ‘’ (du latin computare ) : ‘’énumérer ‘’, puis ‘’énumérer les épisodes d’un récit ‘’, d’où ‘’raconter ‘’. Conformément à son origine populaire, ‘’conte ‘’, comme ‘’conteur ‘’ et ‘’conter ‘’ a toujours fait parti du langage courant, d’où son emploi souvent imprécis. Historiquement, le sens du mot a beaucoup varié. Au sens de ‘’récit de choses vraies ‘’, il est attesté depuis le XII° siècle. A la Renaissance, le mot est à double sens :

‘’récit de choses vraies ‘’, mais aussi ‘’récit de choses inventées ‘’. En 1694, le Dictionnaire de l’Académie définit le mot conte comme ‘’narration, récit de quelque aventure soit vraie, soit fabuleuse, soit sérieuse, soit plaisante. ‘’

C’est donc un récit généralement bref, d’une histoire tantôt familière, tantôt réaliste, tantôt imaginaire et merveilleuse (conte de fées ). Le conte, forme pure de la narration, est l’une des expressions les plus primitives de la création littéraire, et, avec la chanson, la manifestation privilégiée du folklore et de la culture orale. Grâce à la simplicité de ses structures narratives, il est aussi le genre favori de la littérature enfantine. Mais il serait injuste de réduire le conte à une forme de littérature simplement ‘’primitive ‘’ ou ‘’élémentaire ‘’ ; la place qu’il occupe dans la littérature la plus raffinée, de Perrault à Voltaire, montre de quelles évolutions il est capable, du conte de fées au conte moral ou philosophique.

Le mot ‘’conte ‘’, en général, est aujourd’hui clairement perçu comme un court récit destiné aux enfants où le merveilleux intervient pour une part essentielle.

2.2. Les constantes

D’après Jean Georges3, un conte se définit par plusieurs paramètres récurrents…

*UN CONTE EST D’ABORD UN RECIT. Pour cet auteur, «un conte est un récit d’une certaine longueur impliquant une succession de motifs ou épisodes. » Par ‘’récit ‘’, il faut considérer deux éléments : c’est tout d’abord une œuvre littéraire relatant des faits réels ou imaginaires, mais aussi d’un point de vue linguistique c’est un type d’énoncé de caractère objectif relatant des faits passés et marqué par l’effacement du sujet qui parle et l’emploi de la troisième personne, du passé simple et de l’imparfait.

3 – Jean GEORGES, Le pouvoir des contes, collection E3, Edition Casterman, 1981.

* LE CONTE ‘’TRADITIONNEL ‘’(DE FEES) SE DEROULE TOUJOURS AUTREFOIS. Alors que la majorité des récits se situent dans un passé daté, le conte appartient à un passé indéterminé, lointain ou proche. C’est un des sens du ‘’il était une fois… ‘’ ou du ‘’il y avait… ‘’ ou des débuts du type ‘’il y a bien longtemps… ‘’, ‘’en ce temps-là… ‘’.

* LE CONTE EST UN SYSTEME PARFAITEMENT CLOS ET AUTONOME. Le conte se referme sur lui-même. Il n’offre au lecteur aucune possibilité de prolongements événementiels, ce qui n’exclut pas les prolongements affectifs et les retombées dans l’imaginaire des enfants.

* LES PERSONNAGES DU CONTE ONT UNE ABSENCE TOTALE DE PROFONDEUR. Ils ne sont pas bons et méchants à la fois comme nous le sommes tous dans la réalité. Chaque personnage est tout bon ou tout mauvais. Une sœur est belle et vertueuse, l’autre laide et cruelle ; un frère est stupide, l’autre est intelligent. Les personnages sont des stéréotypes, ils sont avant tout au service de l’intrigue au sein de laquelle chacun occupe une fonction bien précise.

*LE CONTE FAIT AVANT TOUT PARTIE DE LA LITTERATURE ORALE. Dans la tradition populaire, les contes étaient transmis oralement. Bien qu’aujourd’hui les Contes de Perrault, de Grimm, ou Les Mille et Une Nuits constituent des exemples de textes, on peut affirmer que les contes ne prennent tout leur sens qu’à travers cet intermédiaire capital qu’est le conteur.

2.3. Mon projet d’écriture

2.3.1. Pourquoi un conte ?

J’ai toujours été personnellement très attirée par les contes. Que ce soit en tant qu’enfant, ou plus tard comme adulte, ces craintes développaient mon imaginaire, m’entraînant dans un mode magique et merveilleux qui me faisait rêver.

J’ai retrouvé ce sentiment d’évasion apporté par les contes, dans l’ouvrage4 de Bruno Bettelheim. Ce dernier déclare notamment : « ces contes, quand nous étions enfants, nous ont introduits dans un univers enchanté dont l’admirable magie nous a permis de donner son essor à notre imagination chaque fois que les difficultés de la vie réelle menaçaient de nous accabler, ce qui était souvent le cas ». Pour Bettelheim, le merveilleux dans les contes, loin d’empêcher chez l’enfant le développement d’une connaissance rationnelle du monde, lui apporte la sécurité psychique nécessaire au moment où il en a besoin. Les sorcières, ogres, dragons et autres personnages effrayants ne sont que la projection des angoisses et des phobies de l’humanité. Les contes de fées, tout en divertissant l’enfant, l’éclairent sur lui- même et favorisent le développement de sa personnalité. Pour qu’une histoire, une situation, éveille vraiment l’attention de l’enfant, elle doit le divertir et aiguiser sa curiosité. En plus, il est indispensable qu’elle touche et développe son imagination. Le jeune lecteur doit y gagner la confiance en lui et en son avenir. Prendre conscience des difficultés de la vie, affronter ses angoisses et ses émotions, découvrir qu’il existe des solutions aux problèmes, sont des passages obligés dans la vie d’un être humain. Or, le message délivré par les contes de fées est le suivant : la lutte contre les difficultés de la vie est inévitable et fait partie de l’existence humaine. Il ne faut pas se dérober, mais au contraire affronter fermement les épreuves. C’est à ce prix que l’on franchit les obstacles et qu’on finit par remporter la victoire.

4 Bruno BETTELHEIM , Psychanalyse des contes de fées, collection Réponses, Robert Laffont, 1976.

2.3.2. Que faire avec les enfants ?

Mon premier stage en responsabilité s’est déroulé en CE2, dans un quartier assez sensible de Montpellier. Les élèves, 27 au total, avaient un niveau faible, voire très faible pour certains. Deux élèves notamment étaient en très grosse difficulté puisque l’un présentait des problèmes psychologiques et comportementaux, et l’autre ne savait ni lire, ni écrire.

Ces élèves n’avaient jamais eu d’activité rédactionnelle avec leur instituteur, et un seul type d’écrit particulier (la recette) avait été étudié. Un projet de cette ampleur est donc une totale innovation, tant pour les enfants que pour moi.

Mon objectif final vise à l’écriture d’un conte (soit individuellement, soit par petits groupes de 2). Cette production sera le résultat d’un mois de travail et concrétisera plusieurs séances consacrées à quelques approches ponctuelles de l’étude des contes.

Tous ces contes seront illustrés et reliés dans un album mis à la disposition des parents et autres élèves. Les enfants pourront également présenter leur œuvre à d’autres classes. L’objectif des enfants étant d’écrire un conte, le mien est essentiellement de susciter chez eux une envie d’écrire, et de leur en donner les moyens.

Pour réussir ce projet, il faut que les enfants soient adhérents participants. Mon travail va être marqué par deux préoccupations principales :

INTEGRER l’écrit dans un projet collectif proposant une forme de socialisation des récits produits par les élèves.

RESPONSABILISER l’élève en lui laissant une certaine autonomie quant à sa production, et par rapport à l’adulte, même si ce dernier est toujours à disposition des élèves.

Le conte : motivation pour l’écriture ?
Mémoire de fin d’étuds
I .U.F.M. de MONTPELLIER

Sommaire :
Introduction
Première partie : le projet
1. Contraintes et justifications d’un projet d’écriture
2. Un conte mis en chantier
Deuxième partie : la mise en oeuvre
1. De l’analyse d’une structure aux opérations de planification
2. La rèalisation du projet
Troisième partie : bilan et analyse
1. Quelles conclusions tirer de ce projet
2. Analyse succinte et globale des productions
3. Prolongements possibles et autres jeux d’écrits sur le conte
Conclusion