Projet thérapeutique général en psychiatrie adulte

By 5 September 2013

4.3.2) Projet thérapeutique général en psychiatrie adulte

Je vais à présent développer un projet thérapeutique général (dont je pourrais me servir dans ma pratique future), une méthodologie particulière qui pourrait s’appliquer dans certaines situations et avec certains patients, notamment psychotiques mais pas seulement. Ce projet sera centré sur la relaxation dans tous ces aspects (y compris le massage de relaxation), mais nécessitera parfois d’avoir recours à d’autres techniques proches avant (par exemple le pack thérapeutique) et après (l’expression corporelle). Mais pour cela je vais présenter brièvement un petit historique des techniques corporelles en psychiatrie.

Avant l’ère des médicaments la psychiatrie disposait de très peu de moyens thérapeutiques : exercices religieux accompagnés de musiques et de chants, gymnastique, promenades, travail au champ pour son effet sédatif…On avait également souvent recours à la camisole de force et aux bains divers : selon la température et la durée « la médication hydrothérapique est tantôt sédative et hyposthénisante, tantôt tonique et reconstituante, tantôt enfin révulsive ». POUS G. (1995, p.19)

Le pack thérapeutique fut proposé la première fois par Magnan à St-Anne dans la lignée de l’hydrothérapie. Le docteur Woodbury les a réintroduit dans les années soixante en France et en Suisse. Il s’agit d’un enveloppement dans des draps humides, froids et serrés. Le but est d’offrir au patient un contenant solide, il permet à la fois de renforcer la perception des limites corporelles et de calmer l’agressivité. Il est utilisé lorsque la communication verbale est difficile, voir impossible, dans les cas de régressions importantes et dans les troubles graves du comportement.

« Au fil des séances, l’expérience de la perception du corps propre, accompagné sans intrusion par le thérapeute, débouche sur la conviction du patient qu’il a des sensations, qu’il peut les provoquer et s’en rendre maître, y trouver du plaisir. » POUS G. (1995, p.148).

A partir des massages nous entrons véritablement dans le domaine de la relaxation (si toutefois ils sont utilisés dans ce but). Le terme étant réservé aux kinésithérapeutes on lui préfère souvent celui de toucher thérapeutique . J’ai effectué en 2000 un stage de formation aux massages de relaxation d’inspiration californienne avec une psychomotricienne. Le massage californien a été créé dans les années 1970 par Margaret Elke. Il s’agit d’un massage global, enveloppant et structurant, à l’aide de mouvements très lents et très amples qui relient toutes les parties du corps entre elles (pour éviter l’impression de morcellement). Les patients sont nus ou en sous-vêtements, couchés sur une table. On utilise souvent des huiles pour la fluidité et pour rendre le contact plus agréable. « Le massage met souvent en évidence chez la personne massée des sensations corporelles inconnues, surtout si elle est généralement peu en contact avec son corps (…) aussi le massage nous permet de devenir conscient de notre relation avec notre corps (…). Soyez toujours conscient, nous conseille ABRASSART J.L (1983, p.133), que vous massez un être global et qu’à travers son corps vous touchez toute une personnalité, toute une histoire, tout un équilibre savamment construit, même si celui-ci s’est établi avec des comportements inadéquats. »

Les principales indications en psychiatrie concerneront donc les troubles de la représentation du corps (notamment dans les psychoses), mais aussi l’anorexie mentale, la dépression, l’anxiété…Les états délirants et le danger d’érotisation (surtout chez l’hystérique mais pas seulement) sont les principales réserves à connaître dans ce type de pratique.

« Le massage facilite la prise de conscience d’une enveloppe corporelle contenante qui va lutter contre les menaces de morcellement. » ANDRE P., BENAVIDES T., CANCHY-GIROMINI.F (1996, p.168).

Nous allons nous éloigner encore de la relaxation pour évoquer enfin brièvement les techniques d’expression corporelle . Il existe en effet de nombreuses techniques que l’on peut utiliser en psychiatrie : toutes ont pour but de favoriser l’expression de la personnalité à travers le corps, et en passant par l’extériorisation des émotions trop souvent contenues. Du mime à l’improvisation dramatique, en passant par l’expression primitive (en danse thérapie) et la gymnastique rythmique et sportive, toutes favorisent la communication non verbale.

Je vais donc maintenant pour terminer tenter de présenter mon propre projet thérapeutique général en psychiatrie, qui est un aperçu de ce que pourrait être un futur projet professionnel dans une perspective éventuelle de carrière. J’aimerais en effet utiliser ces différentes techniques dans une progression logique. Evidement je n’utiliserai jamais toutes ces techniques avec un même patient, chacun s’arrêtant où ses possibilités et ses désirs le conduira.

Cependant pour certains types de patients particulièrement régressés (des psychotiques profonds n’ayant que peu accès au langage) il pourrait être utile de passer par le pack avant d’entamer les massages et éventuellement la relaxation (qui resterait activo-passive en cause de la difficulté à comprendre les consignes verbales). D’autres patients (je pense par exemple à des certains névrosés chroniques voir en état limite ou des sujets présentant des troubles du comportement type agressivité) pourrait quand à eux démarrer plus « loin » dans cette progression et vivre sur plusieurs mois (voir années) la trilogie massage – relaxation – expression corporelle , au rythme de leurs possibilités et de leurs demandes. Notons que cette progression nous aiderait beaucoup à gérer la séparation, les exercices de relaxation de plus en plus dynamiques et l’expression corporelle créant peu à peu la distance nécessaire à l’autonomisation du patient (au contraire des techniques de massages qui impliques, il est vrai, une relation duel patient – soignant symbiotique).

« Une véritable cure de relaxation est une conquête : conquête d’une liberté, d’une indépendance par rapport aux perturbations extérieures ou intérieures et courageuse entreprise où s’exprime toute la personne du conquérant, c’est à dire du patient » LEMAIRE J.G (1991, p.13).

Je terminerai cette partie en rappelant que ce projet n’est qu’un plan général de travail assez théorique, dans la pratique je m’attends évidemment à rencontrer des situations imprévues. Je serais amener sans doute à passer d’une méthode à l’autre en fonction de l’état de mes patients et revenir souvent en arrière . Mais je suis persuadé que mon adaptation ne se fera qu’avec la pratique et l’expérience acquise sur le terrain.

Conclusion générale

Un mémoire est un travail long mais enrichissant. Il retrace non seulement une expérience clinique, mais également une évolution personnelle, la naissance d’un futur thérapeute. Je ne me suis en effet pas limité à ma prise en charge, mais j’ai voulu également me positionner par rapport à mon expérience personnelle et mon projet d’avenir.

J’ai tenté de montrer à travers cette recherche que la relaxation avait de l’avenir en psychomotricité. Cette technique n’est pas utilisée uniquement pour détendre les patients, mais aussi pour leur donner des nouveaux moyens de se connaître et de faire évoluer leur personnalité.

Après seulement 7 mois de prise en charge il m’est très difficile de tirer un premier bilan des effets d’une relaxation sur un patient comme Etienne car son humeur et son comportement dépendent de multiples facteurs. Il m’a d’abord fallu faire le deuil d’une guérison possible de ses troubles. Je n’aurai malheureusement pas non plus percé le mystère de l’origine de son agressivité. Les conditions de prises en charges par le service et les contraintes d’un enfermement psychiatrique ne l’aidant pas à s’épanouir, j’ai tenté, au delà du travail sur l’attention et le contrôle tonique, d’établir avec lui une véritable relation thérapeutique en choisissant un cadre approprié. Lui permettre de s’exprimer autrement, lui montrer qu’il pouvait ressentir du plaisir avec son corps, et l’acquisition de son autonomie ont été mes principaux objectifs, que je pense avoir en partie seulement atteint.

A propos d’une expérience de relaxation dans un service de psychiatrie adulte
Mémoire de fin d’études – Centre de formation en Psychomotricité
Université Pierre Et Marie Curie – Paris VI – Faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière

Sommaire :

1. Introduction générale

2. Partie théorique

2.1 La relaxation

2.1.1 Définitions

2.1.2 Les méthodes

2.2 La psychiatrie

2.2.1 Historique

2.2.Z L’hospitalisation et la sectorisation

2.3 L’agressivité

2.3.1 Définitions et généralités

2.3.2 Les différentes manifestations de l’agressivité

2.3.3 Les modèles pulsionnels

2.3.4 L’hypothèse frustration – agression

2.3.5 Théories de l’apprentissage

2.3.6 Aspects biologiques

3. Partie Clinique

3.1 Présentation du centre hospitalier spécialisé et du service

3.1.1 L’hôpital

3.1.2 L’équipe du service

3.1.3 Les prises en charges et les activités

3.2 La psychomotricité dans le service

3.2.1 La salle et le matériel

3.2.2 Nos prises en charge.

3.3 Etude de cas

3.3.1 Anamnèse

3.3.2 Bilan psychomoteur

3.3.3 Projet thérapeutique

3.3.4 Le cadre des séances.

3.3.5 Compte rendu des séances du vendredi

4. Partie Discussion

4.1 Intérêt de la relaxation en psychomotricité

4.1.1 La régulation tonique

4.1.2 Les effets physiologiques

4.1.3 Schéma corporel et image du corps

4.2 La psychomotricité en psychiatrie

4.2.1 Rôle du psychomotricien en psychiatrie

4.2.2 L’importance du cadre de travail en psychomotricité

4.2.3 Le transfert en psychomotricité

4.3 De la relaxation à l’expression corporelle

4.3.1 Progression logique entre les méthodes

4.3.2 Projet thérapeutique général en psychiatrie adulte

5. Conclusion générale