Les petits élevages autonomes d’aujourd’hui: le système allaitant

By 4 September 2013

1.1.2 Les petits élevages autonomes d’aujourd’hui

1.1.2.1 Le système « laitier transformateur »

La rentabilité de ces élevages laitiers a déjà été étudiée (BROSSARD, 1999). Deux fiches intitulées “des Bretonne Pie Noir en système vente directe” ont été éditées par la Société des Eleveurs de la Bretonne Pie Noir en partenariat avec l’EDE et la Fédération des CIVAM du Finistère (Annexe A). Vu la date de parution, il n’est pas intéressant de citer les chiffres bruts, en revanche certains ratios et commentaires sont toujours d’actualité.

Tout d’abord, les quotas sont faibles : environ 16 000 L par UTH. Cependant, si les produits laitiers sont la production principale, bien souvent les éleveurs ont d’autres productions annexes, à commencer par la viande de Bretonne Pie Noir. Ils élèvent aussi des porcs à l’engraissement (souvent des Porcs Blancs de l’Ouest) qui valorisent les sous-produits de fromagerie. Ils peuvent aussi élever des chèvres (Poitevine, …), des moutons (race Belle-Ile ou race Lande de Bretagne), des poules (Coucou de Rennes)… La bonne valorisation du lait par la vente sur les marchés de proximité (qui exige du coup une gamme de produits laitiers diversifiée) associée à la faiblesse des intrants (peu de frais vétérinaires, faible coût alimentaire…) permet une très bonne efficacité économique, avec un ratio EBE / PB supérieur à 50 %.

Les produits vendus sont les produits classiques d’une fromagerie fermière (tomme, crème, beurre, fromage blanc, saint Marcellin…). A ceux-ci s’ajoute une production originale, le “Gwell”. C’est une marque de gros-lait, déposée par les éleveurs de Bretonne Pie Noir. Il s’agit d’un lait fermenté préparé à partir de la technique du repiquage (on utilise les préparations précédentes qui servent de levain) et dont la flore bactérienne est originale par rapport aux laits fermentés classiques.

D’après les résultats du contrôle laitier 2006, une Bretonne Pie Noir donne 3 361 kg de lait par an, avec un TB moyen de 44,3 ‰ et un TP de 33,2 ‰ en lactation corrigée (sur 129 lactations contrôlées). A titre indicatif, la moyenne 2006 pour la Normande est de 7202 kg de lait à 43,3 ‰ de TB et 34,5 ‰ de TP, toujours selon le contrôle laitier. Cependant, la comparaison est impossible car le format des animaux et surtout les conditions d’élevage diffèrent. La Bretonne Pie Noir compense une production laitière plus faible par deux atouts principaux : un lait riche avec une excellente fromageabilité et une très grande facilité d’élevage. Les vêlages se passent sans difficultés même en croisement industriel, la fécondité est remarquable (1,3 IA / IAF). Pour un exploitant qui occupe le tiers de son temps à la transformation, le tiers à la vente et donc seulement le tiers à l’élevage, dont la traite, le peu de soins et de surveillance nécessaires à la Bretonne Pie Noir sont de sérieux atouts.

1.1.2.2 Le système allaitant

En 2006, une étude sur la valorisation de la viande de Bretonne Pie Noir complète les références technico-économiques sur la race (BROSSARD, 2006). Les éléments clés qui en ressortent sont les suivants : plusieurs modes d’élevage existent, il n’y a pas de norme pour l’âge à l’abattage.

Type de bête

Poids de carcasse

Veau de lait de 6 semaines

30 kg

Veau de 3 mois

60 kg

Veau de 4 mois

75 kg

Veau de 6 mois

95 kg

Veau de 8 mois

115 kg

Veau de 10 mois

140 kg

Bœufs de 3 ans

250 à 300 kg

Vache de réforme

200 kg

Tableau 1 : Poids de carcasse des bêtes de race pure

On trouve des élevages où les veaux sont élevés sous la mère et abattus entre 4 et 10 mois, d’autres où deux veaux par vache sont élevés successivement (en achetant un veau de 8 jours en remplacement du veau de trois mois abattu). Enfin, lorsque des terres sont disponibles, il est possible d’élever des bœufs, abattus vers 3 ans.

Les résultats techniques sont bons car les éleveurs allaitants exploitent en général les atouts de la Bretonne Pie Noir. La rusticité tout d’abord : les élevages sont en plein air intégral ; ensuite, comme les vaches sont de bonnes laitières, il n’y a pas de complément alimentaire distribué au veau (GMQ du veau sous la mère ≈ 1 kg/jour). Enfin, la facilité de vêlage permet de réaliser des croisements, pour augmenter le poids des carcasses (tableau 1) : le croisement avec des taureaux limousins (le plus fréquent) permet une augmentation du d’environ 60 %.

La vente en direct en caissettes de 5 à 15 kg permet une valorisation du kg de carcasse située entre 8 et 9 €. Le coût de l’abattage, de la découpe et du conditionnement va de 100 – 150 € pour les veaux à 250 – 300 € pour les bêtes adultes. Il faut aussi rajouter les frais de commercialisation (tournées, téléphone…). Le ratio EBE/vache mère se situe autour de 500 €. La vente sur les circuits classiques (classement selon la grille EUROPA) fait baisser le prix de vente de 60 % à cause de la conformation.

La vente directe de viande n’est pas réservée aux éleveurs allaitants, puisque la majorité des éleveurs laitiers-transformateurs l’utilisent aussi pour vendre des veaux de lait ou des vaches de réforme.

Comme dans le système laitier-transformateur, la rentabilité de ces élevages vient de l’exploitation des qualités intrinsèques de la race : fécondité, facilité de vêlage… Plusieurs témoignages attestent de la rusticité de la Bretonne Pie Noir : elle est en effet un animal très bien adapté au pâturage de landes, zones humides ou marais (SOCIETE DES ELEVEURS DE LA RACE BOVINE BRETONNE PIE NOIR, 2002). De plus, sa viande se vend très bien en vente directe car elle est tendre, possédant une fibre fine et courte et une saveur particulière, aux dires des consommateurs interrogés.

Les élevages actuels de Bretonne Pie Noir ont peu de points communs avec ceux qui étaient en place lorsque la race a failli disparaître. La vache, elle, n’a pas changé et a gardé ses aptitudes laitière et sa rusticité.

L’installation en exploitation bovine Bretonne Pie Noir : opportunités, freins et perspectives
Mémoire de fin d’études
ENESAD Option Animal Espace Produit

Sommaire :
1 Contexte
1.1 La race bovine Bretonne Pie Noir
1.2 Le cadre socio-économique et réglementaire
1.3 De l’opportunité d’une relance
3 Résultats
3.1 Spécificités des élevages de Bretonne Pie Noir
3.2 Environnement des installations en Bretonne Pie Noir
4 Discussion et propositions
4.1 Des porteurs de projet s’intéressent à la Bretonne Pie Noir
4.2 Les effectifs actuels permettent une certaine disponibilité en animaux
4.3 Les systèmes en Bretonne Pie Noir sont viables économiquement
4.4 Le foncier reste un gros problème pour s’installer
4.5 La réglementation peut devenir un obstacle si les porteurs de projets sont mal informés
4.6 Les organisations agricoles sont plus ouvertes aux petits projets que par le passé
Conclusion