Les caractéristiques des pays en voie de développement PVD

By 1 September 2013

La gestion de projet dans les pays en voie de développement – Chapitre 3 :

Nous nous intéressons dans ce chapitre aux facteurs de succès des projets dans les PVD ainsi qu’à la place qu’occupe la GRH parmi ces facteurs de succès. Nous commençons par présenter les caractéristiques des PVD ainsi que les caractéristiques des projets réalisés dans ces pays. Ensuite, nous abordons les facteurs de succès des projets dans les PVD, avant de conclure notre revue de littérature par le rôle de la GRH dans le succès des projets réalisés dans ces pays.

3.1. Les caractéristiques des pays en voie de développement

Le FMI (Fond Monétaire International)6 classe les pays du monde en trois catégories, à savoir les «économies avancées», les «pays en développement» (ou pays en voie de développement PVD) et les «pays en transition». Cette dernière catégorie regroupe essentiellement des pays de l’ex URSS et de l’Europe de l’Est. Dichter (2003) suggère qu’il existe une grande variété dans le niveau de développement à l’intérieur même de la catégorie des «pays en développement» (ou pays du «tiers monde» tels qu’ils étaient appelés avant la fin de la guerre froide). Il distingue deux grandes catégories de facteurs ou caractéristiques qui expliquent cette différence dans le niveau de pauvreté et/ou de développement entre ces catégories de pays et même entre les pays appartenant à une même catégorie. Le premier groupe de facteurs correspond à ce qu’il appelle «facteurs Hard» comprenant la géographie, la topographie, la taille, le climat, la terre, les ressources naturelles, la densité et l’évolution démographique du pays. Le deuxième groupe de facteurs dits «facteurs Soft» comprend l’histoire, les échanges commerciaux, la mobilité interne (les infrastructures de transport), les facteurs humains (culture, langues, identité), la santé, et les institutions du pays (lois, justice, finances, gouvernement, religion officielle, etc.).

De leur part, Muriithi et Crawford (2003) ont identifié un ensemble de caractéristiques communes aux pays africains (qui s’appliquent également à la majorité des autres pays en développement). Ces caractéristiques se divisent en trois catégories, à savoir les caractéristiques sociales, les caractéristiques économiques et les caractéristiques politiques.

En ce qui concerne les conditions sociales, ces pays sont caractérisés par des liens familiaux resserrés, une société «moraliste» (où les individus jugent le succès non seulement en termes de richesses matérielles, mais aussi par l’accomplissement de leurs obligations morales à l’égard de la famille, du clan, ou du groupe ethnique), et une prédominance des zones rurales doublée d’un surpeuplement croissant des centres urbains. À propos de ce dernier point, Bocquier (2004) ajoute que l’urbanisation rapide en Afrique pose des problèmes non seulement au niveau du logement et de la gestion urbaine mais aussi au niveau de l’emploi.

Sur le plan démographique, ces pays sont caractérisés par une population jeune et en pleine expansion. En effet, d’après les statistiques de la Banque Mondiale, la croissance démographique atteint 2,4% en Afrique, 1,7% au Moyen-Orient et Afrique du nord, 1,4% en Asie du sud et 1,2% en Amérique latine et Caraïbes7 comparativement à 1% au Canada8. Par ailleurs, la Banque Mondiale ajoute que les PVD sont caractérisés par une faible espérance de vie à la naissance (50 ans en Afrique, 64 ans en Asie du sud, 69 ans en Europe et Asie centrale, 73 ans en Amérique latine et Caraïbes, 70 ans au Moyen-Orient et Afrique du nord9, comparativement à 77 ans chez les hommes et 82 ans chez les femmes au Canada10), par un niveau élevé de mortalité infantile à la naissance (94‰ en Afrique, 24‰ en Asie de l’est et Pacifique, 23‰ en Europe et Asie centrale, 62‰ en Asie du sud, 22‰ en Amérique Latine et Caraïbes11, comparativement à 5‰ au Canada12) et par un taux d’alphabétisation relativement faible par rapport aux pays industrialisés (le taux d’alphabétisation des filles correspond à 64% en Afrique, 65% en Asie du Sud, et 84% au Moyen-Orient et Afrique du nord13).

Sur le plan économique, ces pays se caractérisent par l’instabilité de l’emploi et par des taux de chômage élevés (le niveau de croissance de la population active étant beaucoup plus élevé que celui de la croissance économique), par un faible revenu par habitant (à l’exception de certains pays producteurs du pétrole), et par un faible niveau des salaires réels. En effet, selon les chiffres de la Banque Mondiale14, le revenu national brut (RNB) par habitant dans ces pays (en dollars américains) ne dépasse pas 952 en Afrique, 880 en Asie du sud, 2180 en Asie de l’est et Pacifique, 5540 en Amérique Latine et Caraïbes, et 2794 au Moyen-Orient et Afrique du nord, tandis qu’il atteint 39420 au Canada et 76450 au Norvège15. Par ailleurs, les économies de ces pays sont marquées par l’affaiblissement des termes d’échange sur les marchés internationaux à cause de l’exportation de produits bruts et l’importation de produits et marchandises manufacturés qui coûtent beaucoup plus chers.

D’autre part, les économies de ces pays sont marquées par l’importance accrue du secteur informel, à tel point qu’il est difficile de faire la distinction entre les deux secteurs formel et informel (Muriithi et Crawford, 2003). Le secteur informel est caractérisé par la marginalisation de la législation du travail, des normes de la comptabilité et des droits acquis. Cependant, il ne faut pas confondre ce secteur avec l’anarchie, ni avec l’inefficacité et l’absence de comptabilité. En effet, il est parallèle au secteur formel, mais d’une façon «souterraine et submergée», car il n’est pas soumis aux normes du système de production formel. Ce secteur informel correspond à des circuits parallèles structurés en réseaux, souvent hiérarchiques, ayant leurs propres règles de fonctionnement et leurs propres sources de financement (impôts parallèles, cessions de droits, pourcentages sur les transactions, etc.) (Bailly, 2004). Dans de nombreux PVD, la part du secteur informel dans la population active atteint quasiment 50%, et sans ce secteur, l’économie de nombreux PVD ne pourrait fonctionner (Bailly, 2004, p.11). Morrisson (1995) ajoute dans le même sens que le secteur informel, tant ignoré par les gouvernements des PVD depuis les années 60 et 70, devient aujourd’hui «le seul moyen de réduire des taux de chômage qui atteignent souvent 20 ou 30% pour cent» dans beaucoup de villes (p.5-6).

Finalement, ces pays sont caractérisés par des conditions politiques marquées par des institutions politiques faibles et instables, fortement tributaires du patronage et du clientélisme (Muriithi et Crawford, 2003).

Par ailleurs, la plupart des PVD souffrent d’une inadéquation de leurs cadres juridiques et législatifs. En effet, Rondeau (2004), dans le cadre d’une étude sur l’appropriation foncière informelle en Afrique, a souligné que l’État «fabrique» souvent des lois qui sont faites pour ne pas être respectées. Ce phénomène s’explique essentiellement par l’incohérence des politiques de ces pays qui pose le problème de concilier le droit coutumier du pays avec les règles juridiques modernes. À titre d’exemple, à travers un système fiscal non adapté aux réalités économiques du pays, la règlementation de l’État pèse lourdement sur les PME et constitue de cette manière une entrave considérable au développement économique du pays (Morrisson, 1995).

Au milieu de tous les problèmes économiques, politiques et sociaux que connaissent les PVD, la réalisation de projets dans les différents domaines (Infrastructures, énergie, santé, logement, éducation, etc.) constitue un levier important de développement sur lequel misent les gouvernements de ces pays. Cependant, les projets ne donneront les résultats escomptés que lorsqu’ils sont réalisés et livrés avec succès. Or, la gestion de projet dans ces pays se heurte à une multitude de problèmes rendant la réalisation de projets avec succès une mission difficile.

Lire le mémoire complet ==> (La gestion des ressources humaines et le succès des projets : le cas des PVD )
Mémoire présenté en vue de l’obtention du grade de Maître ès science (M. Sc.) en relations industrielles
Université de Montréal – Faculté des arts et des sciences – École de relations industrielles