La séance de psychomotricité : un bilan psychomoteur

By 4 September 2013

3.3.5) Compte rendu des séances du vendredi

Je vais retracer l’évolution de la prise en charge en relaxation depuis son début (septembre 2000) jusqu’à mi-avril, c’est à dire un mois avant la fin prévu. Malheureusement, compte tenu de la date limite de dépôt des mémoires, je ne pourrais retracer la séparation avec mon patient, qui est pourtant un moment capital.

Les deux premières séances ont donc été consacré au bilan psychomoteur avec la psychomotricienne, que j’ai détaillé plus haut. Au delà des épreuves le bilan est déjà une première relation thérapeutique. Etienne a bien compris son rôle et l’a vécu plus comme un jeu que comme une sanction ou une mise à l’épreuve.

Nous avons ainsi fait connaissance doucement, Etienne étant un patient plutôt malin quand il s’agit de tester le personnel paramédical. Il sait comment découvrir nos limites et nos faiblesses, mais il sait aussi reconnaître ceux qui le respectent.

Je vais rendre compte à présent de l’évolution de la prise en charge sur ces 8 mois.

J’ai essentiellement utilisé avec lui un travail inspiré des méthodes dynamiques (Feldenkrais, Orlic et Yoga) qui me semblaient les mieux adaptées pour lui, ce qui ne m’a pas empêché d’introduire, souvent en fin de séance, des suggestions au calme inspirées de la méthode Schultz. En fait je n’ai pas utilisé de technique particulière, je me suis adapté à ses possibilités et à ses désirs du moment.

Une séance type comprenait idéalement un temps de travail dynamique assis, un temps couché sur le divan avec inductions au calme, un temps de reprise tonique (avec étirements) et une discussion en fin de séances sur le vécu et les sensations éprouvées . Mais ce schéma n’a pas pu être respecté à chaque rencontre.

Les premières séances ont compris des temps d’exercices proprement dit relativement courts (15 à 20 minutes), le reste du temps étant consacré à parler ensemble de ce qu’il a pu ressentir. La difficulté a résidé également à maintenir son attention sur mes inductions. Etienne est un patient qui parle énormément lorsqu’il sent qu’il peut faire confiance, son temps de parole étant assez réduit dans le pavillon. Je lui explique que l’on peut parler de ses difficultés quotidiennes en début (quand je lui demande comment il va) et en fin de séance. Il existe un temps pour tout. Il a eu beaucoup de mal à comprendre cela et mes séances ont été sans cesse perturbées par son manque de concentration . C’est pourquoi j’ai beaucoup travaillé au départ avec la respiration , qui est un moyen efficace de faire le vide dans ses pensées.

Les exercices respiratoires que je lui ai proposé sont directement pris du Yoga  : il s’agit tout simplement de sentir et de localiser sa respiration (en mettant ses mains sur son ventre), de la ralentir, la rythmer (temps d’inspiration et d’expiration égaux) et de la rendre de plus en plus profonde (augmentation du volume d’air). Ces exercices sont à utiliser avec beaucoup de précautions chez des patients ayant eu des crises d’épilepsies. Même si l’épilepsie d’Etienne est actuellement stabilisée j’ai eu la prudence de demander à son psychiatre traitant ce que je pouvais faire. Il faut juste faire attention en fait à ne pas le mettre en hyperpnée avec l’hyperventillation. Ces exercices ont été réalisé assis et couché. Un autre premier travail a consisté à rechercher sa propre position idéale de repos et de détente, en modifiant légèrement ses points d’appuis. Enfin j’ai beaucoup utilisé dans ses premières séances des inductions au calme très simples telles que ressentir le poids de ses membres sur le divan, se « laisser porter par le divan », écouter sa respiration « lente et profonde » (on reconnaît là Schultz), ne se concentrer que sur la musique de relaxation…

A ce moment là Etienne n’arrivait pas encore à mettre des mots sur ce qu’il ressentait pendant la séance, il pouvait par contre m’indiquer ce qu’il a apprécié le plus ( la respiration).

Peu à peu, au fil des séances, j’ai introduit des exercices dynamiques qui gardent le même principe et l’esprit de Feldenkrais (à savoir des mouvements lents synchronisés avec la respiration, par exemple une flexion d’un membre sur l’inspiration et son extension sur l’expiration), j’ai beaucoup insisté sur le ressenti du geste, sur la détente profonde qu’il faut essayer de ressentir lors de l’expiration. Lors de ces exercices Etienne s’est particulièrement appliqué, il a voulu me montrer qu’il était capable de faire correspondre la respiration aux gestes. Je lui ai alors précisé que je ne cherchais pas la performance mais qu’il était là pour lui , pour apprendre à se détendre et se relâcher, que ces moments ne devaient appartenir qu’à lui. En fin de séance il m’a souvent cité ces exercices parmi ces préférés, c’est pourquoi je les ai suggéré. D’ailleurs c’est lui même qui me les a redemandées les semaines qui ont suivi.

Le mois de novembre a été particulièrement difficile pour Etienne, son agressivité dans le pavillon se renforçant ( bris d’objet, violence verbale, automutilation…) et ses rapport avec l’équipe soignante se dégradant fatalement. La fameuse camisole de force (contention) lui est alors proposée, il l’accepte très bien et la redemande lui même d’ailleurs. Cette attitude, qui peut paraître surprenante, nous a fait penser, moi et ma maître de stage, a un besoin de contenance , un besoin de sentir ses limites corporelles. Etienne n’est pas psychotique, il n’a pas non plus d’angoisse de morcellement, cependant, à ce moment de sa prise en charge , il a eu sans doute besoin de sécurité, d’une enveloppe pour contenir ses tensions et ses angoisses . La psychomotricienne ( je rappelle qu’elle est présente dans la salle une séance sur deux) me montre alors une technique de toucher particulier qu’on appelle « les pressions ». Il ne s’agit pas d’un massage proprement dit mais d’une application d’un toucher léger de la paume de la main successivement de haut en bas sur la périphérie du corps. J’ai pu appliquer cette méthode à ce moment là de la prise en charge avec Etienne, en prenant soin de garder toujours un contact entre nous deux (main-vêtement), dans le cas contraire cela peut devenir très angoissant. Il suffit en fait pour cela de faire glisser la main lentement entre chaque pression. La consigne que je lui ai donné étant simple : fermer les yeux, se laisser aller , se laisser faire. Ce genre de méthode ne peut pas s’appliquer c’est évident lors des toutes premières séances, nous avons eu le temps avant d’établir une certaine relation de confiance . J’aurai aimé qu’Etienne me parle de ce qu’il avait ressenti pendant ce moment particulier, mais il a été trop difficile pour lui de mettre des mots dessus. Je peux seulement affirmer que l’expérience, bien que courte, lui a sans doute été bénéfique, je crois qu’il a pu se sentir plus sécurisé et ça lui a permis de sentir différemment son corps ( en comparaison avec la contention).

L’hiver a été assez difficile (entre décembre et février), l’état d’Etienne a alterné entre des moments d’angoisse et d’agressivité dans le service et des périodes plus calmes. Cela s’est bien ressenti dans les séances où la progression a été très lente. En fait il m’a été très difficile de savoir si ses progrès étaient dues à notre travail ou à son état général. Les difficultés de concentration ont diminués certes, mais lentement, ce qui m’a parfois découragé. Le point le plus positif à souligner a été sa capacité à faire des demandes et de faire des commentaires sur ce qu’il a apprécié. Il se souvenait en fin de séances et d’une séance sur l’autre de ce que l’on avait fait en détail et pouvait m’indiquer ce qu’il appréciait le plus. En fonction de son état il me demandait parfois de ne pas s’allonger, de travailler assis. En effet ce n’est pas anodin de se coucher ainsi à côté d’un tiers, cette situation est très régressive et donc renvoie à des périodes antérieurs de sa vie (voir la partie discussion). Je n’ai jamais insisté et je lui ai laissé le choix des exercices. Il a le plus souvent choisi les exercices respiratoires, et les exercices dynamiques au niveau des jambes (là il était fier de me montrer qu’il pouvait soulever si haut ses genoux en position assise !), des épaules et de la tête. Peu à peu, au fil des séances, j’ai introduit des exercices nouveaux qui lui ont plu. Dans ma logique de progression (de la relaxation vers l’expression corporelle) j’ai ainsi proposé des exercices inspirés de la méthode Orlic (3 ème partie) et du Yoga : des mouvements de salutation au ciel en synchronie avec la respiration, des gestes d’ouverture et de fermeture et de mimes (donner et reprendre). J’ai enfin proposé, toujours dans cette optique d’expressivité du corps, de travailler les muscles du visages en rapport avec la communication, les muscles de l’émotion (joie, colère). Le côté ludique des grimaces est toujours apprécié. Il m’est arrivé également de terminer les séances par des auto-massages du visage.

La dernière période que je vais relater va de la fin du mois de février à la mi-avril (soit un mois avant la fin de cette expérience commune). C’est une période plus facile pour lui, tant dans le service qu’en séance avec moi. Il lui est arrivé d’attaquer le cadre, de me tester, mais c’est davantage pour se rassurer. Tout en sachant très bien qu’elles sont les moments où il pouvait me parler il tentait parfois d’interrompre la séance, mais il suffisait alors de « négocier » avec lui et cela se passait bien. En fait j’ai réussi à obtenir des nets progrès en ce qui concerne son attention et sa concentration , bien qu’il lui arrive encore de parler pendant les consignes. A cette période de l’année j’ai eu à ma disposition une autre technique (apprise à la fac entre temps) avec laquelle il aurait été intéressant de commencer : la méthode activo-passive de Wintrebert. En effet cette technique s’est révélé intéressante dans le cas d’Etienne, il s’est laissé mobilisé (la consigne étant de se laisser aller, yeux fermer, sans parler) et j’ai pu obtenir une relative baisse de son niveau de vigilance ainsi qu’une détente profonde. On peut évaluer ce relâchement entres autres par la position des membres (tournés vers l’extérieur).

Cette période a été également celle de la préparation à la séparation, que j’ai commencé à rappeler deux mois avant. Etienne se reperd bien dans le temps et s’attendais parfaitement à cela (je rappelle qu’il a connu de nombreux stagiaires avant moi). Sa réaction a été de dire «non » et de me demander de rester. Après mes explications il a accepté et m’a demandé si j’allais revenir passer le voir (ce que j’ai accepté). Avant que je lui en reparle il m’a demandé confirmation dans une séance suivante, mais il semble relativement bien le vivre. Durant le mois qu’il va rester je vais également tenter de lui demander de reprendre des exercices seul dans sa chambre, pour qu’il puisse poursuivre ensuite ce travail une fois que je serais parti.

Il est très difficile de faire un bilan de ces 8 mois de prise en charge, surtout qu’elle n’est pas terminé et que je n’ai pas de recul suffisant. Tous les objectifs n’ont pas été atteints, son agressivité dans le service est toujours présente, cependant j’ai pu constater des possibilités nouvelles au niveau du contrôle de l’impulsivité et sa capacité de concentration est meilleure à présent. Mais c’est surtout au niveau de notre relation que je vois les aspects les plus positifs : on a réussi à établir ensemble une relation de confiance basée sur certaines règles essentielles, et tout cela grâce au cadre mise en place. Etienne ne s’est jamais montré agressif envers moi en séance contrairement à ce qui peut se passer dans le service. Le respect mutuel et l’instauration d’un cadre strict et suffisamment définie (donc sécurisant, voir la partie discussion) n’y sont pas pour rien.

Lire le mémoire complet ==> (A propos d’une expérience de relaxation dans un service de psychiatrie adulte)
Mémoire de fin d’études – Centre de formation en Psychomotricité
Université Pierre Et Marie Curie – Paris VI – Faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière