La psychomotricité en psychiatrie : le rôle du psychomotricien

By 4 September 2013

4.2 La psychomotricité en psychiatrie

4.2.1) Rôle du psychomotricien en psychiatrie

« Une des fonctions qu’occupe le psychomotricien à l’hôpital psychiatrique et ce qui constitue sa spécificité sera de faire redécouvrir au patient le plaisir de l’utilisation de son corps, le goût de parler, d’explorer à nouveau toutes ses possibilités corporelles, en un mot, de communiquer et d’avoir envie de le faire. » CONTANT M. et CALZA A. (1994 , p.147).

Aujourd’hui la psychomotricité commence à trouver sa place en psychiatrie, le milieu médical a compris que la question du corps est centrale dans les troubles psychiques. Un patient psychotique, on le sait , à besoin de vivre des expériences corporelles pour ressentir ses limites et reconstruire son image, pour lutter contre ses angoisses de morcellement. En ce qui concerne les troubles dépressifs ou d’agressivité la psychomotricité offre une nouvelle possibilité, non pas concurrente, mais complémentaire à la médicalisation.

« L’introduction des techniques corporelles dans ce type d’institution permet de restituer un corps au patient et d’entamer ainsi un processus de désaliénation » CONTANT M. et CALZA A. (1994 , p.147).

J’ai pu constater durant mon stage certains bienfaits du travail corporel : le patient peut vivre, ressentir et exprimer ce qu’il ne pouvait pas dire en mots, son agressivité a pu en partie être canalisée et s’exprimer à travers le travail de « relaxation expressive » que je lui ai proposé.

Le corps, souvent négligé chez ces patients, retrouve son importance, certains malades, qui ne prenaient plus soin d’eux, se remettent à se laver, se maquiller…

Enfin il existe en psychomotricité un contact particulier, un dialogue corporel patient-thérapeute, très troublant, mais enrichissant et fondamental comme nous le verrons plus loin à propos du transfert.

4.2.2) L’importance du cadre de travail

J’ai démontré l’importance que pouvait avoir l’instauration d’un cadre de travail stable et suffisamment contenant pour mon patient Etienne. En effet pour certains patients il est, au delà de la technique, au cœur de la prise en charge. C’est par son respect qu’une bonne relation thérapeutique peut souvent s’instaurer. Cela ne signifie pas pour autant qu’il doit être rigide, un bon cadre peut être attaqué et remis en cause par le patient, l’importance c’est qu’il soit souple mais dans certaines limites préalablement définies avec le sujet.

Je vais tenter à présent de m’appuyer sur diverses théories. Quel est la fonction du cadre ?

Le cadre, qui définie un lieu et une tranche horaire bien précise de la séance, permet de rassurer le patient : c’est la fonction de contenance . Il va trouver dans la séance une régularité , un lieu qui lui appartient en propre, et où il va exprimer en toute confiance ses émotions. Le cadre est donc utilisé comme moyen de défense contre une anxiété, qui s’exprime sinon par la violence par exemple.

DEITTE.J (1988, p.25) parle de « contrat thérapeutique »pour évoquer son travail en CMP avec des enfants : « le cadre de la cure – qu’elle qu’en soit la souplesse – doit situer, préciser, et le travail thérapeutique ne peut avoir de valeur effective que s’il répond à un engagement de l’enfant, à un désir de sa part de « jouer le jeu » et de respecter ainsi, de son côté, certaines conventions ». Il est évident que cette réflexion peut-être appliquée aux adultes.

ANZIEU D. (1995, p.159-160)) a tenté un rapprochement entre les fonctions de son concept de Moi-peau (donnant à la peau une fonction de maintenance psychique, de contenance, et de pare-excitation, c’est à dire de protection contre l’excès de stimulations externes) et le rôle du cadre. Dans les deux cas il existe une délimitation entre un dehors et un dedans, entre une présence et une absence.

DESOBEAU F., GATECEL A., VIGNE D. (1999, p.174) confirment cette hypothèse : « Le cadre et la règle jouent un rôle de contenant et instaure un système de pare-excitation. Les limites de sécurité sont garanties par le thérapeute dans le cadre » .

Il est relativement facile de faire respecter ce cadre dans un hôpital psychiatrique. Nous disposons en effet d’un lieu précis (la salle de psychomotricité que les patients connaissent), et les horaires sont également connus des malades. Dans le cas d’Etienne nos absences et les siennes ont parfois infirmé cette règle, mais dans ce genre de situation il suffit de parler, bien expliquer, rendre la situation claire. Si la séance n’aura pas lieu pour une raison ou une autre (par exemple si la maître de stage est en formation je ne pouvais pas venir seul à l’hôpital) je lui ai expliqué avant et en détail les raisons, il s’est senti ainsi rassuré.

4.2.3) Le transfert en psychomotricité

On peut également faire une analogie entre le cadre et la fonction parentale. Pour la fonction maternelle on peut dire que dans les deux cas le sujet (patient ou enfant) est contenu et protégé. Le thérapeute, tout comme le père, instaure aussi un système de lois, de règles à respecter. On dit dans ce cas que le patient est dans un position «  régressive  ».

Il nous faut aussi protéger et aider le patient a vivre et ressentir autrement son corps. Des patients comme Etienne ont un rapport très violent à leur propre corps, les tensions musculaires internes ne sont évacuées chez lui qu’au moyen de décharges hétéro et auto-agressives (auto mutilation), nous nous devons de leur montrer qu’ils ont d’autres possibilités de s’exprimer, qu’ils ont les moyens de ressentir du plaisir avec leur corps.

Mais cette relation duel n’est pas dénuée de risque : il n’est pas impossible de voir apparaître en effet une relation fusionnelle, ou en tout cas symbiotique, un lien fort entre le patient et le thérapeute, nécessaire dans un premier temps, mais qu’il va falloir gérer. A ce moment là il est important de se rappeler qu’il faut garder une certaine « distance thérapeutique », et pas seulement parce que nous allons nous quitter un jour, mais pour signifier clairement notre rôle, notre statut de soignant, neutre (ou du moins le plus possible). C’est pourquoi le vouvoiement est de rigueur. Mais tous ces phénomènes ne sont malheureusement pas toujours contrôlables.

Nous en venons donc à la notion de transfert , qui est discutable en psychomotricité (on parle souvent d’« attitude » thérapeutique). Ce concept psychanalytique peut en effet s’appliquer dans notre profession dans la mesure où le patient nous confère également un rôle particulier (nous l’avons vu dans les cas de la fonction maternelle).

Le transfert « désigne, en psychanalyse, le processus par lequel les désirs inconscients s’actualisent sur certains objets dans le cadre d’un certain type relation établi avec eux et éminemment dans le cadre d’une relation analytique ». LAPLANCHE J., PONTALIS J-B. (1998, p.492).

La thérapie corporelle constitue en effet une situation de rencontre entre deux vies, deux histoires. Elle ne peut jamais être neutre, surtout quand le corps (témoin des souffrances et des contradictions de l’être humain) est en jeu. Au fil de chaque séance nous partons avec le patient dans son monde, son histoire, nous ne pouvons rester neutre : notre propre personnalité et notre sensibilité vont influencer la relation. La psychomotricité, et en particulier la relaxation, vise ainsi à transformer l’ensemble de la personnalité des patients.

Lire le mémoire complet ==> (A propos d’une expérience de relaxation dans un service de psychiatrie adulte)
Mémoire de fin d’études – Centre de formation en Psychomotricité
Université Pierre Et Marie Curie – Paris VI – Faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière