Rôle des TIC dans le développement durable des systèmes éducatifs

By 9 August 2013

3.2.2. Assurer l’enseignement de base

Les promesses et le potentiel des technologies de l’information et de la communication prennent davantage d’importance dans le domaine de l’éducation.

Pendant plusieurs siècles, l’éducation reposait sur la parole. L’invention du premier alphabet du monde en Grèce, suivie un millénaire et demi plus tard par l’invention de l’imprimerie en Chine, en Corée puis en Allemagne, allait permettre qu’aujourd’hui les élèves les plus favorisés disposent aussi de tableaux et de livres. Au cours des cent cinquante dernières années, les nouvelles technologies de la communication ont ouvert de nouvelles perspectives. Le chemin de fer et l’automobile permettent aux enseignants de se déplacer, ce qui élargit l’enceinte de l’université jusqu’aux confins de l’État. La poste, bon marché et rapide, et la baisse du coût du papier ont rendu possible l’éducation par correspondance.

Il y a eu ensuite l’avènement des émissions radiophoniques et audiovisuelles éducatives. Encore aujourd’hui, la radio peut à tout moment transmettre des programmes scolaires ou éducatifs. La Fondation des Systèmes d’Education ouverte (OLSET) constitue un exemple édifiant du déploiement de la radio à l’appui des programmes de gouvernement pour fournir un accès équitable à une éducation de qualité destinée aux communautés urbaines, isolées et marginalisées d’Afrique du Sud. OLSET a impulsé, après 1994, des interventions rapides pour l’élaboration et l’accompagnement des programmes en faveur de milliers d’enseignants non qualifiés de tout le pays. Dix années après sa création, OLSET est, sans doute, le plus important fournisseur de programmes radiophoniques d’enseignement à distance (et de programmes utilisant des supports imprimés) aux écoles les plus démunies du pays afin d’enrichir l’expérience de l’enseignement et l’apprentissage dans les salles de classe, et de renforcer l’efficacité des écoles [69].

Les ordinateurs ont également fait leur entrée dans les salles de cours. Des expériences riches et variées ont donné naissance à une profusion de termes : télématique, technologies éducatives, apprentissage ouvert, télé enseignement, apprentissage assisté par ordinateur…

Ainsi, les TIC peuvent participer au développement durable des systèmes éducatifs du Sud en les accompagnant dans les domaines de la formation de formateurs, du travail distant et inter-pays en réseau ou de l’accès à la documentation.

11 Resafad-Tice, ou REseau d’Appui Francophone pour l’Adaptation et le Développement des Technologies de l’Information et de la Communication en Education, regroupe un consortium de cinq universités et de deux IUFM, et est coordonné par Jean Valérien, Jacques Guidon et Jacques Wallet.

En 1997 est née, grâce au soutien du ministère français des Affaires étrangères, l’initiative “Resafad-Tice”1, d’abord au Burkina Faso, en Guinée, au Mali et au Togo, et en Guinée équatoriale. Dans chaque capitale est implanté un centre de ressources multimédias comportant plusieurs serveurs, une salle de formation d’une douzaine de postes et un espace de production de ressources éducatives. Chacun de ces centres travaille en réseau, d’une part avec des antennes situées dans le pays, d’autre part avec les centres des autres capitales. Voici trois exemples des actions menées dans le cadre de Resafad :

** La ré-ingénierie de la formation à distance des directeurs d’école menée en parallèle au Burkina, en Guinée, au Mali et au Togo

Une douzaine de concepteurs-formateurs (inspecteurs, conseillers pédagogiques, formateurs) par pays ont été initiés à la formation à distance et à la production de contenus médiatisés. Puis, chaque pays, de façon concertée, a produit une série de modules dans le but de mutualiser, d’échanger via Internet avec les autres équipes. Plus de 80 modules qui touchent à la professionnalisation de la fonction de directeur d’école sont aujourd’hui disponibles. Une fois les contenus mis au point, c’est par une formation à distance classique (imprimés, tutorat) que des milliers de directeurs ont été formés. L’usage de l’informatique a permis une communication interpays inédite, un renforcement des relations entre les capitales et les régions éloignées, les frais d‘édition des modules ont été limités, enfin la conception des modules par des locaux a favorisé l’élaboration de contenus adaptés, loin de l’utilisation passive des ouvrages pédagogiques venus du Nord.

** L’adaptation du e-learning dans la formation de communicateurs multimédias

Un cursus de formation menant à un diplôme universitaire de formation à distance de communicateur multimédia (DU), codélivré par chaque université nationale concernée et, en France, par l’université du Maine, a été expérimenté au Burkina Faso et au Togo, puis élargi à Madagascar et au Sénégal. La certification visait avant tout à faciliter la reconnaissance professionnelle : il s’agissait de former, au sein des ministères de l’Éducation, des personnes ressources en TICE : webmestres ou spécialistes de médiatisation. L’environnement de travail fut, depuis 1999, la plate-forme webCT. Dans chaque pays, des tuteurs locaux venaient en aide aux étudiants. Cent cinquante personnes ont passé le diplôme ou sont en cours d’études.

** Le travail collaboratif dans le cadre du Séminaire interactif des responsables de planification

Le séminaire à distance réunissant les équipes nationales de planification a d’abord été axé sur l’échange de méthodologies en matière de statistiques, puis sur les classes multigrades (en France on utiliserait le vocable de classe multiniveaux). Il s’agissait de montrer l’intérêt du travail collaboratif entre les spécialistes de plusieurs pays. L’environnement logiciel principal choisi fut Quick-Place. Il a permis d’atteindre les objectifs, même si les problèmes de bas débit furent souvent une gêne dans le cadre de travaux synchrones.

L’accès facilité à la documentation doit également être mis en avant. Ainsi, par exemple, au Sénégal, le site www.examen.sn met en ligne, en accès libre, les annales corrigées des examens du secondaire. Avant cela, les annales éditées n’existaient pas : trop chères à produire et non rentables, le succès du site auprès des enseignants et des élèves est considérable.

Un second exemple est celui du réseau des Ecoles Normales d’instituteurs du Burkina Faso qui ont crée ensemble un site portail pour faciliter la mise en commun du patrimoine documentaire.

Le troisième exemple est observable dans les universités : les étudiants africains ont dorénavant (pas tous encore cependant) accès à la recherche documentaire sur Internet. Compte tenu de l’absence de dotation en livre des départements ou des laboratoires et de l’impossibilité économique d’une acquisition individuelle, c’est un progrès considérable.

Les nouvelles technologies, comme les anciennes, jouent donc un rôle essentiel dans l’amélioration de l’enseignement élémentaire. Elle sont utilisées dans des programmes d’apprentissage ouvert et à distance, s’adressant à des apprenants individuellement et à des groupes de professionnels, et, surtout, à tous les enseignants qui souhaitent bénéficier d’un perfectionnement professionnel.

Lire le mémoire complet ==> (L’information au service du développement durable dans l’espace francophone)
Mémoire DESS en Sciences de L’information et de la Documentation Spécialisées
Conservatoire National Des Arts Et Métiers – Institut National des Techniques de la Documentation