Qu’est-ce que le développement durable ? Quelle est son histoire ?

By 8 August 2013

1. INFORMATION ET DEVELOPPEMENT DURABLE

Cette première partie va nous permettre de cerner le concept de développement durable et ses problématiques propres de production et de diffusion de l’information.

Dans un premier temps, nous ferons le point sur la notion de développement durable. Nous proposerons une définition du terme puis nous remonterons le temps afin de mieux comprendre l’évolution de ce concept jusqu’à aujourd’hui ; nous achèverons notre découverte par une présentation des trois grands piliers du développement durable.

Dans un deuxième temps, nous essaierons d’en savoir plus sur l’information utile au développement durable. Nous tenterons de faire la lumière sur cette information en parcourant son cycle de vie depuis l’expression d’un besoin en passant par son processus de production jusqu’à sa mise en circulation.

Enfin, nous verrons que cette circulation des savoirs est loin d’être universelle, elle se heurte en effet à un obstacle majeur : le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information. Nous verrons alors en quoi l’accès aux infrastructures physiques est inégal de part le monde puis nous constaterons le déficit d’information liée au développement durable sur la toile francophone ainsi que la faible capacité de publication des pays francophones en développement.

1.1. Qu’est-ce que le développement durable ?

” J ‘ai appris comment fonctionnait la Terre, c’est très surprenant comme histoire et plein d’aventures. Tous ces écosystèmes, faune et flore mélangés, qui ont comme une vie propre, qui échangent entre eux avec des répercutions, jusqu’à modifier l’atmosphère partout. C’est magique : tout est invisible mais réel, relié, comme si la planète elle-même était un organisme vivant géant ! (…)M ais parfois je suis désemparé, en regardant les grandes personnes (…) parce que pour eux, les écosystèmes ils s’en moquent, ils font n’importe quoi. L’air sent mauvais, l’eau est polluée, les insectes, les plantes, les oiseaux, les animaux disparaissent, la forêt aussi. Ils saccagent, gaspillent tout, et plus tard qu’est ce qui nous restera ? Cela me fait un peu peur quand j’y pense”1.

Consacré par le Sommet de la Terre de Rio en 1992, le développement durable est aujourd’hui inscrit dans les orientations politiques nationales et internationales. Mais qu’est ce que le développement durable ? Que signifie ce terme exactement? Quelle est son histoire ? Que se cache-t-il exactement derrière ce concept ? C’est ce que nous allons tenter de découvrir.

1.1.1. Définition du développement durable

Le concept de développement durable a été popularisé en 1987, lors de la publication du rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement (la Commission Brundtland [18]). Il fut alors défini comme “[…] un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs”. Autrement dit, le développement est essentiel pour satisfaire les besoins des humains et améliorer leur qualité de vie. Il est respectueux des ressources naturelles et des écosystèmes, support de vie sur Terre, qui garantit l’efficacité économique, sans perdre de vue les finalités sociales du développement que sont la lutte contre la pauvreté, contre les inégalités, contre l’exclusion et la recherche de l’équité. Une stratégie de développement durable doit être gagnante de ce triple point de vue, économique, social et écologique.

1 L’enfant de Rio, Sommet mondial du développement durable, Johannesburg, 2002.

Le développement durable suppose que les décisions et comportements humains parviennent à concilier ce qui semble pour beaucoup inconciliable, parviennent à élargir leur vision : il impose d’ouvrir notre horizon temporel sur le long terme, celui des générations futures, et notre horizon spatial, en prenant en compte le bien-être de chacun, qu’il soit habitant d’un pays du Sud ou du Nord, d’une région proche, de la ville ou du quartier voisin. Le développement durable se fonde sur la recherche d’intégration et de mise en cohérence des politiques sectorielles et impose un traitement conjoint des effets économiques, sociaux et environnementaux de toute politique ou action humaine. Une telle approche d’intégration impose des démarches multi partenariales et interdisciplinaires. Son succès repose sur le partenariat et la coopération entre acteurs de disciplines différentes (économie, sociologie, écologie, etc.), de secteurs différents (transport, eau, déchets, milieu naturel, développement social, etc.)

1.1.2. Historique du développement durable

La réflexion sur la relation entre activités humaines et écosystèmes n’est pas récente : elle était déjà présente dans les philosophies grecques et romaines. Mais ce n’est que dans la deuxième partie du XXe siècle qu’elle trouve un début de réponse systématique, pour finalement se traduire au travers du concept de développement durable, progressivement construit au cours des trois dernières décennies du siècle.

Les années d’après-guerre ont été l’occasion, dans les sociétés industrialisées, d’un accroissement généralisé de la richesse individuelle et collective et de la consommation. Cette consommation accélérée a généré une pollution croissante et exercé d’importantes pressions sur les écosystèmes.

Si on a cru pendant longtemps que la technologie et l’ingéniosité humaine pallieraient à l’étiolement des ressources naturelles et à la pollution de l’environnement, la communauté internationale a progressivement réalisé, au cours des années 60 et 70, que le système économique actuel, qui repose sur la production et la consommation, avait des coûts sociaux et environnementaux importants. De telle manière qu’une majorité de scientifiques estime dorénavant que l’écosystème planétaire possède une capacité limitée d’absorption des déchets et de régénération de ses ressources renouvelables et que notre mode de production et de consommation en compromet l’équilibre.

Les premières réflexions visant à réconcilier le développement économique et social, la protection de l’environnement et la conservation des ressources naturelles ont émergé graduellement à partir de la fin des années 1960. En 1970, le Club de Rome lançait l’idée de la croissance zéro, en réaction à une croissance économique et démographique exponentielle et à la surexploitation des ressources.

Deux ans plus tard (1972), à Stockholm, la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement introduisait un modèle de développement économique basé sur la satisfaction des besoins plutôt que sur une augmentation incontrôlée de l’offre. On parlait alors d’écodéveloppement.

Au cours des années 80, l’avancée des connaissances scientifiques, couplée à la médiatisation de phénomènes environnementaux tels que la détérioration de la couche d’ozone, la désertification, les pluies acides, la catastrophe de Tchernobyl, etc. ont mis en évidence l’urgence d’agir pour la planète. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)1 fut la première en 1980 à employer le terme Sustainable Development, traduit à l’époque par développement soutenable.

Le concept de développement durable sera consacré lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992 [16]. Cette rencontre fut l’occasion pour des dizaines de pays d’adopter plusieurs textes : la déclaration de Rio, les conventions sur les climats et la biodiversité, les textes sur la forêt et la désertification et l’Agenda 21*1. Ce dernier constitue un programme d’action global pour mettre en œuvre le développement durable à l’échelle planétaire. La contribution essentielle des collectivités locales dans l’atteinte de cet objectif est mise en relief dans ce document, notamment au chapitre 28.

Le Sommet mondial sur le développement social qui s’est tenu à Copenhague en 1995, s’est référé à cette notion de développement durable en approfondissant le volet social : “la notion de développement social renvoie à une approche intégrant l’économique et le social et à une volonté de valorisation des ressources économiques, sociales, culturelles d’une société, notamment celles des groupes les plus vulnérables”.

En septembre 2002, le Sommet mondial pour le développement durable, aussi appelé Rio +10 ou Sommet de Johannesburg [5], a réuni plus d’une centaine de chefs politiques ainsi que plusieurs dizaines de milliers de participants afin de faire le bilan des dix années écoulées depuis Rio. Les délibérations ont mené à des décisions portant sur l’eau, l’énergie, la santé, l’agriculture et la biodiversité.

1.1.3. Les trois piliers du développement durable

Le développement durable s’articule autour de trois piliers majeurs et interdépendants2 :

* l’économie : mettre en place une coopération internationale avec les pays en voie de développement, lutter contre la pauvreté, modifier les modes de production et de consommation, favoriser le commerce équitable entre le Nord et le Sud, intégrer les paramètres du développement durable dans les processus de décisions…

* l’environnement : diminuer les rejets polluants l’atmosphère, lutter contre le déboisement, la désertification et la sécheresse , protéger la biodiversité, les forêts et les montagnes, promouvoir une agriculture respectueuse de l’environnement et de la santé, protéger les océans et les ressources halieutiques, promouvoir les énergies renouvelables…

* le social : garantir l’accès à la santé et à l’éducation, lutter contre la pauvreté et la faim, améliorer les conditions de vie, lutter contre l’exploitation des enfants, renforcer les groupes sociaux à travers les syndicats, les associations et les ONG (populations locales , femmes, enfants, travailleurs…)

A ces trois piliers s’ajoutent la notion de “bonne gouvernance”, définie par le Programme des Nations Unies pour le développement :

“La gouvernance peut être considérée comme l’exercice des pouvoirs économique, politique et administratif pour gérer les affaires des pays à tous les niveaux. La bonne gouvernance est participative, transparente et responsable. Elle est aussi efficace et équitable. Elle assure que les priorités politiques, sociales et économiques sont fondées sur un large consensus dans la société et que les voix des plus pauvres et des plus vulnérables sont au coeur du processus de décision sur l’allocation des ressources pour le développement”.

Cette rapide présentation nous a permis de mettre en lumière les fondements du développement durable. Mais dans cette quête de nouvelles régulations économiques, sociales et environnementales, l’information et les savoirs vont devoir jouer un rôle essentiel.

Lire le mémoire complet ==> (L’information au service du développement durable dans l’espace francophone)
Mémoire DESS en Sciences de L’information et de la Documentation Spécialisées
Conservatoire National Des Arts Et Métiers – Institut National des Techniques de la Documentation