Participation à l’application des mesures d’assistance des chômeurs

By 26 August 2013

5.2.4 Une participation directe à l’application des mesures d’assistance

Le conseil municipal permet aux dirigeants de certaines associations de participer directement à l’application des mesures d’assistance, en les nommant sur des comités ou en leur déléguant les pleines responsabilités de la distribution des secours et des cartes d’identité. À la différence des assemblées abordées précédemment, au sein desquelles les représentants du monde associatif donnent une opinion sur des principes d’organisation, la collaboration dont il est question ici concerne la mise en pratique de ces principes. En effet, les comités et bureaux où siègent les dirigeants d’organismes, seuls ou avec des élus municipaux, reçoivent les demandes d’assistance des chômeurs et décident quelles sont les personnes admissibles.

5.2.4.1 Siéger sur les comités du conseil de ville

Pour assurer une application des politiques d’aide aux chômeurs conforme aux critères élaborés par ses élus, le gouvernement local met sur pied des comités47, commissions48 et bureaux49. Les responsables, nommés par lui, se recrutent majoritairement parmi les échevins, mais peuvent intégrer d’autres individus que les conseillers municipaux. En analysant la composition de ces divers comités chargés de répondre aux demandes de secours, il apparaît que les dirigeants de la Ligue des propriétaires constituent une fois de plus les principaux alliés des membres du conseil. Néanmoins, certains directeurs de la Chambre de commerce sont également interpellés. L’un d’eux est en effet présent, en 1932 et 1933, sur les comités municipaux affectés au problème du chômage50 et à la vérification des comptes produits pour les secours directs51. De plus, en 1938, l’un des échevins qui siègent sur le comité chargé de l’enregistrement des hommes qui travaillent pour la cité fait partie au même moment de la direction de la Chambre de commerce52.

47 Il s’agit du Comité Chômage et bureau de placement, du Comité de surveillance de l’embauche pour les travaux de chômage et du Comité spécial chargé de l’enregistrement des hommes qui travaillent pour la cité.

48 Il s’agit de la Commission spéciale chargée de la distribution des secours directs et de la Commission du chômage.

49 Il s’agit du bureau de placement et du bureau de la carte d’identité.

50 Il s’agit de J.-H. Tétreau. Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 9 février 1932.

51 Il s’agit de J.-H. Tétreau. Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 13 décembre 1932.

52 Il s’agit d’Adélard Girard. Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 28 avril 1941.

Pour ce qui est de la Ligue des propriétaires, sa contribution à ce type de commissions présente un caractère plus systématique. En effet, le conseil municipal nomme un dirigeant de la Ligue sur la presque totalité de ses comités et bureaux appelés à résoudre des questions relatives aux chômeurs, qu’il s’agisse du comité pour la surveillance de l’embauche des sans-travail en 193253, du bureau de placement en 193554 et de tous les comités « chômage », de 1936 à 1941 inclusivement55. De plus, l’échevin nommé président de la Commission du chômage, en 1940, est également directeur de la Ligue56.

À l’intérieur de ces différentes commissions, des dirigeants d’associations peuvent donc exercer un droit de vote. Bien que les conseillers municipaux soient en nombre majoritaire, le droit de parole lors de ces réunions alloue aux directeurs de la Chambre de commerce et de la Ligue des propriétaires une influence certaine, dans la mesure où les comités ne sont formés que de trois à cinq personnes.

Intéressons-nous maintenant aux situations où le conseil de ville délègue à la Ligue – la seule association concernée par ce type de collaboration!- le rôle de gérer intégralement des mesures d’assistance.

53 « 25!000$ ont déjà été dépensés en travaux, ici, cet hiver », La Parole, 11 février 1932, 6, 46, p. 1.

54 L’indicateur de Drummondville 1935, p. 15.

55 Les comités Chômage, embellissement, construction et licences (1936-1937), Parc, hygiène et chômage (1938-1939) et Chômage (1940-1941).

56 Il s’agit de Wilfrid Poulin. Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 17 octobre 1940.

5.2.4.2 Gérer les mesures d’assistance

D’abord, de décembre 193257 à avril 193358, C.-Arthur Sicotte59, rentier et président de la Ligue des propriétaires, est affecté à la distribution des secours directs. Comme nous l’avons mentionné précédemment, les bénévoles de la Société Saint- Vincent de Paul, devant un nombre grandissant de bénéficiaires de secours, ne suffisent plus à la tâche. Le conseil de ville décide donc de confier la gestion du programme d’aide à un homme qui s’en occuperait à temps plein, au salaire de 25,00$ par semaine60. Bien qu’il fasse rapport au conseil de ville de chaque demande de secours acceptée et refusée, ce dirigeant de la Ligue demeure néanmoins la personne-ressource auxquels les chômeurs doivent se référer. Le rôle qu’est appelé à jouer ce représentant des propriétaires, même si la période d’intervention est très courte, démontre l’association étroite entre le conseil de ville et la Ligue dans la mise en œuvre de cette politique d’assistance.

57 « Distribution des secours directs », La Parole, 22 décembre 1932, 7, 39, p. 1.

58 En avril 1933, après deux plaintes de Napoléon Garceau, ancien maire de Drummondville, qui se dit insatisfait de la distribution des secours, le conseil de ville fait une enquête sur le travail de C.-A. Sicotte. Quelques jours plus tard, cette responsabilité lui est retirée. Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séances du 7 février 1933, du 4 avril 1933 et du 25 avril 1933.

59 M. Sicotte est secondé dans son travail par le constable Boucher.

60 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 10 janvier 1933.

Après cette expérience de délégation complète des pouvoirs, qui se termine à la suite d’un rapport d’enquête défavorable au président de la Ligue, il faut attendre le début des années 1940 pour voir à nouveau l’organisme gérer seul un programme d’aide. En 1941, le conseil de ville accorde à un comité de l’association de propriétaires, à la demande de celle-ci, la tâche de trancher les cas spéciaux dans la distribution des cartes d’identité61. Cette fois, aucune plainte n’est adressée à la municipalité au sujet du travail de la Ligue. Si bien que l’année suivante, les autorités locales donnent à l’organisme – plus précisément au comité déjà formé pour la gestion des cas spéciaux!- l’entière responsabilité de l’administration des cartes d’identité62.

Ainsi, les dirigeants municipaux sollicitent de diverses façons la coopération du monde associatif. Si de tels rapports sont favorisés par les réseaux de relations qui se bâtissent entre elles, il faut également voir dans cette entraide mutuelle le résultat d’enjeux stratégiques. En effet, des relations de collaboration, dans le dossier de l’aide aux chômeurs, n’auraient pu se développer si les intérêts des deux parties – le conseil de ville et les associations – ne s’étaient pas trouvés satisfaits par ce type d’ententes. La prochaine section tente d’expliquer les motivations des conseillers municipaux qui demandent le soutien des groupes d’intérêts, et celles des organismes qui acceptent de coopérer avec le gouvernement local.

61 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 22 décembre 1941.

62 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 2 mars 1942.

63 Jacques Palard, loc. cit., p. 331.

Lire le mémoire complet ==> (Les élites locales et les mesures d’aide aux chômeurs durant la crise des années 1930 à Drummondville)
Mémoire présenté à l’université du Québec à Trois-Rivières comme exigence partielle de la maîtrise en études québécoises
Université Du Québec