Médiaterre : contexte, historique, acteurs, partenaires et besoin

By 9 August 2013

2. MÉDIATERRE : UN OUTIL D’INFORMATION POUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE

Dans cette deuxième partie, nous allons nous intéresser plus précisément à l’étude du fonctionnement de Médiaterre – Système mondial d’information francophone pour le développement durable.

Dans un premier temps, nous proposerons une présentation du projet en détaillant les circonstances de sa mise en place puis nous présenterons brièvement l’équipe de Médiaterre. Enfin, nous examinerons ses principaux objectifs et le public qu’il vise.

Ensuite, nous nous pencherons sur les aspects plus techniques du fonctionnement de Médiaterre. Nous aborderons les principaux points définissant l’architecture du système, puis nous nous attarderons sur les possibilités du logiciel Sagiterre qui constitue véritablement l’ossature du système. Enfin, nous verrons en quoi le rôle du modérateur est tout à fait primordial dans le bon fonctionnement de Médiaterre.

Pour finir, nous ferons un point sur les réalisations de ce jeune réseau et sur ses perspectives d’avenir.

2.1. Présentation de Médiaterre

En mai 2003, le nom de “Médiaterre” apparaissait dans de nombreux articles de la presse francophone2. Mais qu’est ce que Médiaterre exactement ? Comment ce projet est-il né ? Quelle est son histoire et quels sont ses objectifs ? A qui s’adresse-t-il ? C’est ce que nous allons tenter de découvrir à travers une brève présentation de ce projet.

2.1.1. Le contexte

Le “Système d’information mondial francophone pour le développement durable” dénommé Médiaterre, est une initiative de type II, telle que définie à l’occasion du Sommet Mondial sur le Développement Durable. Cette initiative s’inscrit en droite ligne de l’application du paragraphe 52 du Plan d’action de Johannesburg [5] qui recommande “d’assister les pays en développement et les pays avec des économies en transition pour réduire la fracture numérique*1 […] et dans ce contexte soutenir le Sommet Mondial de la Société de l’Information”.

Le projet est mené sous le pilotage de la Francophonie (IEPF) et d’un Comité d’Orientation International dont la première réunion s’est tenue à Ouagadougou les 15 et 16 mai 2003 lors du Séminaire francophone sur “L’information au service du développement durable” [43].

Médiaterre concourre à la mise en œuvre du développement durable dans l’espace francophone par la diffusion et l’échange d’informations. Il s’appuie sur deux principes essentiels : le premier considérant l’information et les connaissances pour le développement durable comme un bien public, le second, issu des principes de gouvernance multiacteurs (“diplomatie des réseaux”), vise les échanges au sein d’une large communauté nationale et internationale concernée par l’environnement et le développement durable : États et administrations publiques, collectivités locales et organismes internationaux, associations et secteur économique, scientifiques et communauté éducative, et simples citoyens.

Dans cette perspective l’usage de la langue française est à la fois une condition d’accès à l’information permettant d’éliminer le fossé déjà identifié dans l’Agenda 21*2 (§40.1) mais aussi une opportunité pour la communauté de langue française de forger sa vision du développement durable et d’apporter sa contribution au débat international. Il s’inscrit aussi dans cette reconnaissance apportée à la diversité culturelle comme un élément essentiel du développement durable (§5 du Plan d’action de Johannesburg).

2.1.2. Historique

Médiaterre est le fruit des efforts convergents de différents acteurs. Il prolonge et améliore techniquement les activités du REseau de Liaison et d’échange de l’Information Environnementale Francophone (RELIEF) [38] animé par l’IEPF [37], Agora 21 [36], l’Ecole nationale supérieure des mines de Saint-Etienne, l’Observatoire de l’Ecopolitique Internationale (Institut des Sciences de l’Environnement – UQAM) et le Réseau pour l’environnement et le développement durable en Afrique (REDDA).

Il prolonge d’autre part le Réseau des Sites Internet pour le Développement Durable (RESIDD) [39] associé au Portail Francophone pour le Sommet de Johannesburg tous les deux appuyés par la Francophonie et animés par Agora 21.

Un projet de partenariat de type II, fondé sur la dynamique des réseaux RELIEF et RESIDD, a été déposé par Agora 21. Soutenu par la France, il a été repris par les Nations Unies dans la liste additionnelle des projets de partenariat. Dans la logique des projets de type II, il convient d’élargir les partenariats au-delà des porteurs initiaux.

C’est pourquoi il a fait l’objet d’un atelier organisé à Johannesburg par la Francophonie sous la présidence de M. Adama Samassekou, président du Comité préparatoire du Sommet Mondial sur la Société de l’Information. L’atelier a conclu sur l’intérêt de structurer ce projet comme l’ossature d’un Programme francophone intégré pour l’information. Il en a déterminé les principaux objectifs et tracé les grandes orientations.

2.1.3. Acteurs et partenaires

Le système Médiaterre est réalisé sous l’égide de la Francophonie, avec :

2.1.3.1. Le Comité d’Orientation International

Le Comité d’Orientation International de Médiaterre a vocation à piloter politiquement l’évolution du réseau. Il est présidé par M. Adama Samassekou, ancien ministre de l’Education du Mali, Président du Comité international préparatoire du SMSI.

L’Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF-IEPF) est l’animateur du projet. Le secrétariat exécutif du Comité d’Orientation International de Médiaterre (COIM) est assuré par l’IEPF qui s’occupe essentiellement de la gestion politique du réseau et de la recherche de nouveaux partenaires.

L’AUF [40] et l’INTIF [41] font partie du COIM. Les bailleurs de fonds peuvent faire partie du COIM.

2.1.3.2. Le Comité Technique

Le Comité Technique pilote le déploiement technique du système. Il est présidé par Agora 21, et est composé des acteurs qui assurent le fonctionnement technique et le développement des outils du système. Le Centre International de Ressources et d’Innovations pour le développement durable (CIRIDD), est basé à Saint-Etienne. L’AUF et l’INTIF font partie du Comité technique.

Les acteurs de Médiaterre se réunissent en général une fois par an pour traiter des aspects de fonctionnement et de gouvernance et une fois par an pour les aspects techniques.

2.1.3.3. Les portails régionaux et les portails thématiques

Les portails régionaux et les portails mis en place sur les thématiques les plus importantes sont pilotés par des Comités régionaux ou thématiques, coordonnés par un acteur de niveau “4”1. Le Comité régional facilite l’intégration du système Médiaterre dans l’espace régional.

2.1.3.4. Les partenaires

Les partenaires de Médiaterre sont des organisations intergouvernementales ou régionales, des organisations nationales, des universités – écoles ou centres de recherche, des ONG ou des associations :

INTIF (Institut francophone des nouvelles technologies de l’information et de la formation), ALMAE (Alliance Maghreb pour l’Eau), Maroc ; ONE (Office National pour l’Environnement), Madagascar; SP/CONAGESE (Secrétariat Permanent du Conseil National pour la Gestion de l’Environnement), Burkina Faso; RIDDAC (Réseau d’Information pour le Développement Durable en Afrique), Cameroun; REDDA (Réseau pour l’Environnement et le Développement Durable en Afrique), Afrique; OEI-ISE (UQAM) (Observatoire de l’écopolitique internationale – Institut des sciences de l’environnement, Université du Québec à Montréal), Canada-Québec; Ecole nationale supérieure des mines de Saint-Etienne, France.

Le rôle des partenaires est de concourir à son fonctionnement sous forme de veille, de contributions et de modération dans les domaines qui auront été fixés dans l’accord de partenariat et dans l’esprit d’une charte de bonne conduite1.

Dans cette liste d’intervenants, nous pouvons estimer qu’il y a :

– 4 à 5 personnes travaillant sur le projet au CIRIDD (le Responsable de projet, le Responsable de Production, Ingénieur de recherche et la Direction),

– 3 à 4 personnes travaillant sur le projet à l’IEPF (le Responsable du Service Information et Documentation, son assistante et la Direction),

– 2 personnes travaillant sur le projet chez chaque partenaire (1e Responsable de projet (webmestre-documentaliste) et le Directeur).

1 Une nomenclature en quatre niveaux d’implication a été arrêtée (1 à 4). Les acteurs de niveau 4 sont les responsables de portails (géographiques et thématiques), ils ont une tâche d’animation. Les acteurs de niveau 3 ont une compétence particulière et animent une problématique (qui ne fait pas l’objet d’un portail). Les acteurs de niveau 2 sont modérateurs. Le niveau 1 recoupe les auteurs qui n’ont pas le pouvoir de modération.

2.1.4. Les objectifs

L’objectif global de Médiaterre est d’améliorer dans les pays bénéficiaires la diffusion et l’échange d’information contribuant à la mise en oeuvre du développement durable dans ces pays.

Les objectifs spécifiques du projet sont :

) réduire la fracture numérique Nord/Sud en assurant l’accès à l’information et en permettant les échanges d’information entre acteurs du développement durable des pays partenaires de la réalisation du projet,

) contribuer à la promotion de la diversité linguistique sur la toile mondiale, élément important de la diversité culturelle, par la diffusion des connaissances scientifiques et traditionnelles et la diffusion de l’information sur les réalités locales, émanant des pays partenaires de la réalisation du projet,

) renforcer les capacités des acteurs du développement durable des pays partenaires de la réalisation du projet, dans les domaines des Technologies de l’Information et de la Communication et du développement durable.

Ce réseau d’information et de coopération est composé de sites portails, couplés dynamiquement à des sites, déjà existants, de partenaires, pour stimuler la diffusion de l’information sur le développement durable et à destination des acteurs francophones. Tous les thèmes et grands groupes identifiés dans l’Agenda 21 sont intégrés progressivement dans ce système d’information dans une perspective transversale, c’est-à-dire en mettant en évidence les liens qui les unissent tous.

Seul un réseau d’information, organisé de façon cohérente, permet à tous les acteurs du développement durable d’accéder directement à cette “perspective transversale”, à une pluralité de contenus et d’effectuer une lecture, complète et actualisée des thèmes de l’Agenda 21. Auparavant, l’internaute intéressé par les questions de développement durable devait, par exemple, interroger des moteurs de recherche, visiter plusieurs sites et réseaux spécialisés différents proposés par ces moteurs de recherche, en sélectionner certains et enfin valider l’information disponible sur ces sites avant de parvenir à trouver l’information “transversale” qu’il recherchait.

La démarche est focalisée sur le développement d’outils et de méthodes favorisant le partage de l’information, en renforçant les foyers de compétences, toujours dans un objectif de renforcement des capacités, et en les positionnant sur le réseau tout en les dotant d’outils fédératifs.

Il permet la constitution de communautés spécialisées, mais la présence dans un réseau plus vaste permet les échanges entre communautés. Le déploiement du système est distribué et repose sur des centres de ressources locaux (notamment dans les pays du sud). Les centres de ressources et les compétences ainsi mobilisés sont en contact direct avec le terrain et assurent la collecte et la diffusion de l’information auprès des acteurs et des populations locales. En même temps, il permet à ces centres de se voir investis de responsabilités globales et d’accès à l’information.

Ce réseau facilite la diffusion d’informations pertinentes pour les membres du réseau : technologies, méthodes, cas modélisés, bonnes pratiques, projets pilotes, procédures… L’utilisation de l’Internet permet l’animation du réseau à un coût bien plus faible que l’organisation de colloque et séminaires au niveau international. Sans s’y substituer, il permet d’en réduire le nombre.

2.1.5. Le besoin – le public cible

La communauté francophone est demandeuse d’informations sur l’environnement et le développement durable accessible directement en ligne. Elle apprécie de pouvoir travailler sur des documents préparatoires aux grandes conférences internationales et ainsi d’échanger des expériences et débattre dans un référentiel culturel et linguistique favorable. Cela permet, en outre, un renforcement des capacités des acteurs francophones notamment des pays du Sud et ainsi une meilleure intégration de l’information pour la prise de décision. Enfin, les acteurs francophones sont également producteurs d’informations sur l’environnement et le développement durable mais leur présence sur Internet reste très faible. Médiaterre leur offre la possibilité de recevoir de l’information mais aussi d’en fournir au système.

Le public cible prioritaire du projet est composé des membres des organismes gouvernementaux, des organisations internationales et régionales, des collectivités locales, des universités et centres de recherche et des organismes de rediffusion de l’information (radios locales, OING, ONG, centres de ressources …) des pays francophones. Plus largement, Médiaterre est conçu pour être au service de l’ensemble de la communauté concernée par l’environnement et le développement durable, qui s’exprime en langue française.

La structure en réseau et la caractérisation de l’information diffusée permettent un ancrage à la fois thématique et géographique qui optimise l’accès à l’information.

En permettant notamment de mettre en ligne des informations spécifiques sur l’Afrique, la présence des internautes africains est facilitée. C’est ainsi que 6% des connexions à la page principale de Médiaterre proviennent d’Afrique, ce qui est important. Hors les pays industrialisés, les autres pays francophones utilisent relativement bien le système1 : Maroc 1,7%, Maurice 1,1%, Tunisie 0,7%, Algérie et Sénégal 0,6%, Burkina Faso 0,5%, Gabon 0,4%, Bénin 0,3%, Côte d’Ivoire 0,2%, Roumanie 0,2%.

Toutefois, le système n’est pas réservé à la seule communauté de langue française et il est ouvert à des réseaux internationaux en assurant des passerelles de communication, notamment avec les systèmes d’échanges dans les autres langues des Nations unies. Il est aussi ouvert aux relations avec les langues nationales de l’espace francophone.

Lire le mémoire complet ==> (L’information au service du développement durable dans l’espace francophone)
Mémoire DESS en Sciences de L’information et de la Documentation Spécialisées
Conservatoire National Des Arts Et Métiers – Institut National des Techniques de la Documentation