Les offreurs de séjours touristiques ou Tours opérateurs en France

By 4 August 2013

Les offreurs de séjours touristiques ou Tours opérateurs – Section 4 :

Après l’étude des différents modes d’hébergements touristiques ciblant les jeunes en autonomie de 18 à 25 ans, nous allons dresser un rapide panorama des tours opérateurs proposant des séjours à destination de ce segment afin d’établir l’importance de cette offre.

I) Les offreurs associatifs

Rappelons tout d’abord les différentes offres proposées par les acteurs associatifs :

A) Ethic Etapes

Nous avons vu que l’anciennement UCRIF, aujourd’hui Ethic Etapes propose de plus en plus de modes d’hébergements à thèmes, notamment autour de sports spécifiques. Il s’agit ici non pas d’une offre de séjour mais d’une offre d’hébergement basée sur un concept d’expérience, sur une scénarisation autour d’une activité principale82 (en outre, Ethic Etapes propose également des séjours à destination de l’ensemble de la clientèle jeunesse).

B) Le BITS

Le BITS, et plus précisément ses deux organismes français l’UNAT et l’ANCPV, proposent, dans le cadre de leur travail pour l’accession aux vacances pour le plus grand nombre et les plus démunis, des séjours à thèmes, le plus souvent sociaux83.

C) Le FIAP

Le FIAP Jean Monnet multiplie les expositions, concerts, rencontres culturelles, parfois sur de longues périodes ce qui permet d’associer à l’offre d’hébergement une offre riche en terme de culture et d’expérience et ainsi d’attirer davantage de clientèle84.

D) La FUAJ

La plus grande diversification des activités à destination de l’offre de séjours revient à la FUAJ. Cette Fédération des Auberges de Jeunesse a en effet développé des offres de multiples activités qui sont pour beaucoup axées sur le sport comme les séjours surfs, VTT, alpinisme, voile, ski/snowboard… ou encore sur le domaine culturel comme par exemple de nombreux séjours de découverte des villes françaises. En outre, il faut spécifier que cette fédération, en s’appuyant sur le réseau International des auberges de jeunesse, a également étendu son activité en mettant en place des séjours à l’étranger que cela soit dans les grandes capitales européennes, en Amérique du sud ou encore en Océanie85.

Malgré cette diversification des organismes associatifs d’hébergement vers le secteur de l’offre de séjours touristiques, il faut noter que la majorité de l’offre est néanmoins présentée par les opérateurs privés ou des associations spécialisées. Ces derniers se présentent alors comme particulièrement bien implantés et efficaces sur certains segments (le sport, les voyages linguistiques…), plus récents et initiateurs sur d’autres (le voyage itinérant) voire quasiment absents de certains (le voyage « festif » en France…).

II) Les Tours opérateurs sportifs

L’UCPA (l’Union des Centres Sportifs de Plein Air) est une association à but non lucratif de loi 1901 créée en 1965. Elle est administrée par les pouvoirs publics français et plus particulièrement par les personnels des ministères en charge de la Jeunesse et des Sports, des collectivités locales, et des fédérations sportives. Selon le site même de cette Union, ses valeurs fondatrices sont « l’humanisme, la tolérance et la générosité »86 . Nous voyons donc clairement que cette association est animée par un fort rôle social, comme l’affirment François Pernette, Rémi Derreumaux et Antoine Mahy respectivement directeur du pôle tourisme, responsable de projet et directeur marketing et communication de l’UCPA : « La mission de l’UCPA n’est pas le sport de compétition, (…) mais la rencontre, dans une dynamique de brassage, via le vecteur que constitue le sport. En effet, les loisirs constituent un formidable outil pédagogique pour favoriser l’apprentissage de l’autonomie citoyenne et de l’entraide, pour faciliter la mixité sociale »87. Dans ce cadre, l’association tend alors à réaliser ses objectifs qui sont au nombre de trois : d’une part l’offre de séjours sportifs, d’autre part celle de loisirs sportifs pour le plus grand nombre, et enfin, la formation professionnelle des jeunes aux brevets d’états des sports de plein air et à l’animation. En quelques chiffres, nous pouvons dire que l’UCPA a accueilli près de 9 millions de touristes depuis sa création, qu’elle propose près de 80 activités sportives différentes sur ses 139 sites (dont 118 en France) pour un chiffre d’affaire annuel de 154 millions d’euros88. Les séjours sont aussi divers que variés, allant de la danse et la spéléologie, à l’aviron et au golf en passant par les classiques que sont le ski, la randonnée ou la voile. En outre, nous pouvons noter que cet organisme propose également à destination d’une cible identifiée des 18- 25 ans de multiples croisières ainsi que certains séjours itinérants.

L’offre de séjours touristiques mise en place par cet organisme nous apparait particulièrement bien étudiée au regard des caractéristiques fondamentales de la demande. En effet, les séjours proposés sont particulièrement évocateurs en termes d’expérience, dans la mesure où ils s’inscrivent entièrement dans une offre scénarisée, axés sur des activités spécifiques et variées, laissant ainsi un grand choix pour les demandeurs. De plus cette offre, en se focalisant sur des segments spécifiques de la demande (les 6- 11, les 11- 13, les 13- 17, les 18- 25 et les 26- 39), permet aux jeunes en autonomie de percevoir le caractère particulièrement adapté de cette offre envers leurs attentes. Ainsi, les désirs entretenus par ce segment que sont la convivialité, le partage, la festivité mais aussi l’entre- soi générationnel sont ici largement assouvis et affichés comme tels.

En ce qui concerne maintenant la qualité des équipements d’hébergement, de restauration, de sport…, la réputation de l’UCPA n’est plus à faire. En effet, nous connaissons tous une personne s’étant déjà rendue dans un de ses centres, et le bouche à oreille fonctionne en général de manière très favorable pour cette association. On ne peut nier l’offre de qualité en termes d’organisation, de confort. Mais quelle est alors la politique de prix de cet organisme ? La politique de cette association est de permettre une démocratisation des sports en en permettant l’accès au plus grand nombre. Les responsables de l’association déclarent ainsi sur le site : « Le tarif des stages est le plus bas possible. En effet, l’association pratique une politique de prix serrée pour toutes les disciplines sportives et pour toutes les destinations en France et à l’international. »89. Cette politique de prix bas est rendue possible par le fait que, pour près de 99% des séjours mis en place, le prix comprend la quasi- totalité des frais sur place. En effet, en proposant presque uniquement des formules tout compris (hébergement, restauration, matériel sportif, encadrement, ambiance et assurance) l’association réalise des économies d’échelle et réduit ses coûts de gestion. Elle parvient ainsi à proposer des prix compétitifs : 600 euros pour une semaine au ski, 300 pour une semaine de danse, 220 pour 5 jours de golf. Cette politique de bas prix est aussi facilitée par le statut même de cette association qui, nous l’avons dit, est partiellement gérée par les pouvoirs publics français et qui bénéficie donc de nombreuses aides. Des réductions peuvent être ainsi proposées aux jeunes en difficulté financière, par exemple avec les Bons Plans 18/25 ans, mais aussi au cas échéant à titre personnel. Cependant, si cette politique de prix semble intéressante pour attirer les jeunes vers les centres UCPA, il faut nuancer ce constat. En effet, malgré le caractère intéressant de ces offres au regard de la multiplicité des activités proposées, il n’en demeure pas moins qu’elles restent souvent onéreuses pour la catégorie des jeunes en autonomie, qui hésitera à choisir ce type de séjour, plus coûteux qu’un séjour organisé seul. Un autre point important tient à la confrontation de cette offre à l’une des caractéristiques fondamentales de la demande dégagées dans la première partie de ce mémoire, à savoir le désir de liberté et d’autonomie de cette cible. Rappelons qu’une grande proportion des jeunes de 18 à 25 ans, si elle est sensible au rapport qualité-prix des produits, se déclare également particulièrement regardant quant à la préservation de leur liberté et de leur autonomie. Cette dernière caractéristique de la demande vient alors en totale contradiction avec les séjours proposés par cet organisme. En incluant l’ensemble des services nécessaires aux jeunes de manière automatique, sans, ou avec de faibles possibilités de modulation, l’UCPA plonge alors les jeunes dans une situation d’absence quasi- totale d’autonomie et de liberté.

En conclusion nous pouvons dire que la réputation de l’UCPA n’est plus à faire. En effet, depuis 45 ans, cette association proposant des produits de qualité a su largement s’imposer dans le paysage touristique français et en particulier à destination de la cible étudiée. Cependant, des possibilités accrues de modulation des séjours venant davantage en corrélation avec les désirs d’autonomie et de liberté des jeunes et permettant également de réduire dans une certaine mesure les prix de ces séjours permettraient d’augmenter encore la clientèle de dette association.

III) Les Tours opérateurs linguistiques

Mis à part le sport, un autre segment du tourisme des jeunes est particulièrement investi par les entreprises touristiques, il s’agit du tourisme linguistique, ou plus généralement des séjours à objectifs pédagogiques. En effet, ceux- ci deviennent des outils fondamentaux d’ouverture dans un univers mondialisé, et se font de plus en plus nombreux, comme le remarque la Direction du Tourisme : « Le nombre de séjours linguistiques est en progression constante depuis 1994 (…) et tend à s’accentuer avec l’ouverture des frontières et le besoin de connaître une ou plusieurs langues, la Grande- Bretagne étant la principale destination »90.

A) Les organismes de garantie de la qualité des séjours touristiques

Spécifions tout d’abord qu’il existe un organisme national en charge de l’information et du conseil sur les choix d’organismes d’apprentissage en France. L’ONGSSL, Office National de Garantie des Séjours et des Stages Linguistiques, a été créé en 1997 avec l’appui de trois fédérations de parents d’élèves mais aussi avec celui des pouvoirs publics. Cette association regroupe 36 organismes proposant des séjours linguistiques sélectionnés sur un ensemble précis de critères compris dans une charte de Qualité, comme l’énonce son président Jean- Pierre Van Deth91. Ceci permet d’assurer une offre commerciale de formation linguistique de qualité, et, par là même, de limiter en partie le nombre d’entrants sur ce marché. Notons également que d’autres accréditations sont accordées par d’autres groupements tels que l’UNOSEL, Union Nationale des Organisateurs de Séjours Linguistiques ou la FFOSC, Fédération Française des Organisateurs de Séjours Culturels Linguistiques et Sportifs.

Parmi les organismes proposant des séjours touristiques basés sur l’apprentissage linguistique, nous avons choisi d’en présenter trois des plus anciens et des plus importants en France : International Dialog, le SILC et Sprachcaffe.

B) International Dialog

L’entreprise la plus importante sur ce marché du tourisme linguistique pour les jeunes français est certainement International Dialog. Agréé par l’ONGSSL, cet organisme organise des séjours linguistiques à destination des 8- 25 ans en basant sa promotion sur l’idée que l’apprentissage des langues se fait directement dans le pays concerné, comme le signifie sa directrice Aline Belais : « Le meilleur moyen d’apprendre une langue étrangère est donc de l’étudier là où elle est parlée, on l’apprend d’autant plus rapidement qu’elle est utilisée dans l’immédiat et en situation »92. Trois grands types de séjours linguistiques sont proposés: des séjours de cours classiques en collège avec activités annexes (surtout pour les jeunes clients, jusqu’à 14 ans), des séjours « One to one » ou « One to four »93 de 1 à 4 personnes avec un professeur, et des séjours en immersion totale dans une famille d’accueil (ces deux dernières offres étant particulièrement adaptées à la cible des 18- 25 ans qui nous intéresse). Avec des enseignants natifs du pays où est étudiée la langue, diplômés et régulièrement formés pour enseigner cette langue à un public de personnes étrangères, mais aussi avec des évaluations régulières de la part des organismes en charge de la qualité des séjours linguistiques en France et des stagiaires eux- mêmes, International Dialog se place indiscutablement parmi les principaux opérateurs de tourisme linguistique en France. De plus il faut noter que cette entreprise s’est réellement diversifiée en incluant dans ses activités deux branches nouvelles ID Adventures et ID travel qui proposent de nombreux séjours sportifs, à la mer, à la montagne mais aussi culturels ou plus festifs.

Sur ce point, précisons que si certains séjours linguistiques sont organisés en France et concernent donc directement le tourisme des jeunes de 18- 25 ans en sur le territoire français, par contre les séjours d’ID Adventures et ID travel se déroulent exclusivement à l’étranger et concernent le tourisme français dans la mesure où ils s’adressent directement à la cible des jeunes français de 18- 25 ans.

C) Le SILC, Séjours Internationaux Linguistiques et Culturels

Créé par un professeur de mathématiques en 1965 sous les statuts d’une association à but non lucratif, cet organisme organise des séjours linguistiques en France comme à l’étranger. Regroupant une cinquantaine de permanents, le SILC établit à 1 160 099 le nombre des participants à ses programmes depuis sa création. La gamme des séjours proposée est relativement large avec des produits débutant pour une cible de 7 ans et jusqu’aux professionnels, en passant par la cible nous intéressant : les étudiants et les jeunes adultes (Formations linguistiques, stages en entreprises et même volontariats sont ainsi proposés aux 18- 25 ans). L’ensemble des programmes de cette association s’articule autour du Projet Educatif dressé par les collaborateurs du SILC qui tient lieu de Charte de l’association et qui comprend 10 valeurs essentielles : la sécurité, la qualité, la pédagogie, la vérité, le service, les partenariats, l’évaluation des prestations, l’éco- attitude, la responsabilité et la solidarité et enfin l’humanisme94.

Concernant plus directement les produits commercialisés par cette association, ici encore la majorité des produits proposés le sont à l’étranger et à destination d’une cible française. Ceci est encore plus vrai en ce qui concerne la cible des 18- 25 ans car la quasi- totalité des séjours linguistiques ou des stages et volontariats proposés se passe à l’étranger.

Avec un taux de satisfaction générale impressionnant de 94,6% (89,8% pour les cours, 92% pour l’hébergement, 94,9% pour l’encadrement, 94,5% pour les transports95), ajouté à la possession des accréditations délivrées notamment par l’ONGSSL, nous comprenons pourquoi cette association apparait aujourd’hui comme un des principaux acteurs sur ce marché du tourisme linguistique en France.

D) Sprachcaffe

L’entreprise belge Sprachcaffe, créée il y a plus de 25 ans (1983) propose plus directement des produits de tourisme linguistique sur le territoire français. Elle fait partie des leaders européens pour le tourisme linguistique. En effet, avec plus de 25 écoles de langues dans le monde et une équipe de professeurs diplômés et natifs des pays de la langue enseignée, elle dispense de nombreux cours et notamment des cours de langue française. Son optique est différente que celle des deux précédentes que nous avons décrites car en plus de séjours proposés en Espagne, Angleterre, Italie…, elle propose également des séjours linguistiques directement en France96. La cible visée par l’entreprise n’est pas explicitement décrite, le site internet ne spécifiant pas de tranches d’âge ou de catégories socioprofessionnelles, mais les produits proposés et notamment les deux types de séjours linguistiques sur Paris et Nice semblent particulièrement bien adaptés à la cible des 18- 25 ans.

En plus de cette entreprise, de nombreuses autres peuvent être citées, parmi lesquelles l’AILS, Agency for International Languages Study, ou encore StudyGlobal, la quasi- totalité de ces entreprises de tourisme linguistique ayant mis en place des séjours en priorité sur Paris et la Côte d’Azur.

IV) Les Tours opérateurs de tourisme de découverte

En parallèle des opérateurs spécialisés sur le tourisme sportif ou linguistique, certains opérateurs se positionnent sur le marché des jeunes de 18- 25 ans en priorité pour un tourisme itinérant et de découverte.

A) Zigotour

Zigotour est un organisateur de colonies de vacances pour les jeunes de 6 à 25 ans. Créée en 1990, cette entreprise compte environ 5000 jeunes par an sur l’ensemble de ses séjours. Son offre majoritaire s’adresse aux Comités d’Entreprises des parents de ces jeunes qui financent une partie des frais de séjours et permettent ainsi à leurs employés de bénéficier pour leurs enfants de séjours de qualité à prix préférentiels. Avec une philosophie s’inscrivant dans la volonté de découverte et de promotion d’un tourisme responsable, cette entreprise propose des séjours variés allant de séjours à la montagne/la mer à des séjours d’apprentissage (BAFA, Permis de conduire…), en passant par l’international, ce avec succès selon son directeur Patrice Halimi qui déclare : « Zigo a développé son CA de 2004 à 2009 en passant de 5 à 8,5 millions d’€ »97. En ce qui concerne plus spécifiquement la cible qui nous intéresse, Zigo se positionne réellement comme un tour opérateur précurseur. En effet, l’analyse de l’offre de produits touristiques pour cette cible nous fait vraiment constater le faible nombre de tours opérateurs proposant des produits spécialisés pour les 18- 25 ans. Zigo, en revanche, propose de tels produits depuis près de 18 ans (1992) et organise les séjours de 400 jeunes adultes dans le monde entier. Depuis, Zigo a su continuer avec succès son activité en mettant l’accent sur certaines caractéristiques innovantes de son offre. Ainsi, nous pouvons voir que le caractère responsable et durable du tourisme promu par cette entreprise ne cesse d’être réaffirmé, de même que la liberté offerte aux vacanciers. En effet, une des accroches commerciales principales de ce groupe est de proposer aux jeunes de 18- 25 ans des séjours dans lesquels ces deniers sont acteurs. Ils prennent part aux décisions d’itinéraires et d’activités et ainsi s’approprient entièrement leur voyage. Ce positionnement de Zigo est particulièrement pertinent, dans la mesure où il permet d’offrir un produit garantissant une certaine sécurité d’organisation, tout en présentant des caractéristiques de liberté et d’autonomie qui, encore une fois, sont particulièrement importantes aux yeux de notre cible. Enfin, comme l’écrivent avec pertinence les responsables marketing de Zigo, au travers de ses séjours, cette entreprise « organise la spontanéité »98, ce qui est la qualité à mettre en avant pour séduire cette population des jeunes en autonomie et l’attirer vers un produit touristique particulier. Pourtant, le succès de ces voyages à destination des jeunes adultes est largement imputable à l’opportunité de l’aide des comités d’entreprises. Le directeur de l’entreprise lui- même annonce un certain retrait en 2010 et l’ensemble des responsables déclarent observer un réel retrait de ces jeunes adultes une fois l’aide du CE terminée : « La plupart des jeunes adultes que nous touchons sont des adolescents qui partaient déjà en séjours. Grâce à leur CE, ils peuvent continuer à profiter de ces voyages. Par contre, une fois dépassé l’âge requis (en général 25 ans), on en retrouve très peu sur nos séjours adultes. Ce qui veut dire que sans aide financière, ces JA ne repartent pas avec une agence mais se débrouillent seuls »99. Nous rejoignons, là encore, le caractère opportuniste de cette cible, qui, tant qu’elle le pourra, profitera des « bons plans » qui sont à sa disposition, y compris par le biais de comités d’entreprises personnels ou parentaux lui permettant de vivre une expérience particulièrement riche en symbolique à un coût conséquent mais intéressant au niveau qualité- prix : « … notre « panier moyen » est plutôt autour de 1600 € car les JA que nous touchons et qui bénéficient d’aides du CE veulent en profiter pour partir loin »100 déclare le directeur de Zigo.

B) Ze BUS

Un opérateur touristique plus récent m’est apparu intéressant, il s’agit de Ze Bus. Cet opérateur à l’idée innovante a été créé en 2005 par Nadège Alloati, une surfeuse de la côte basque habituée au voyage et en particulier au voyage itinérant de Backpackers autour du monde. Basée à Saint Jean de Luz, l’entreprise propose des séjours touristiques aux jeunes français et internationaux afin de leur faire découvrir la culture et les attractions françaises, dans une optique économique (organisation de séjours en backpackers et déplacements grâce à un bus Ze Bus). Fondé sur une philosophie de découverte et de confrontation aux cultures locales, ce « mini » tour opérateur envisage le voyage à travers trois axiomes majeurs énoncés par sa créatrice :

« 1. When in Rome, do like the Romans do: experience the local culture wherever you go!
2. Always smile – even when it’s hard!
3. Be ready to change your plans – the real adventure lies in the unexpected! »101

1- Expérimenter la culture locale où que l’on voyage.
2- Toujours garder le sourire dans le voyage même quand il y a des difficultés.
3- Etre toujours prêt à changer ses plans, la réelle aventure se retrouve dans ce qui n’est pas attendu.

Ces trois axiomes nous renvoient bien à la philosophie de découverte, de confrontation et d’apprentissage des cultures locales. Les séjours proposés sont alors multiples. Citons par exemple le séjour « Day from Paris to Normandy », le « Day from Brittany to La Rochelle : Dolmens », le « Day from La Rochelle to Biarritz : Surf », le « Day from Biarritz to Arles/Nimes » le « Day from Lille to Strasbourg »102…

Ce nouveau tour opérateur semble particulièrement intéressant dans le sens où il allie découverte culturelle de la France, séjours en partie planifiés mais intégrant des possibilités d’autonomie et de liberté, et attractivité économique (bas coûts de séjours). Néanmoins, la viabilité économique d’un tel projet reste à prouver. En effet, récemment, un message de la direction de ce tour opérateur vient de déclarer l’abandon de l’ensemble des parcours pour l’année 2010, abandon certainement lié à des difficultés économiques. Ce projet semble donc un projet intéressant, duquel il serait intéressant de s’inspirer. Cependant, une étude économique sérieuse et précise devrait être réalisée afin d’établir la rentabilité des différents produits et ainsi permettre une focalisation sur les produits rentables pour assurer la pérennité de l’entreprise touristique.

V) Les autres Tours opérateurs

Si nous avons vu que les tours opérateurs semblent particulièrement bien implantés dans certains domaines comme dans le tourisme sportif et linguistique, nous pouvons par contre noter qu’ils se font peu nombreux pour d’autres activités. Ainsi, si nous considérons le tourisme plus farniente et festif, le manque d’offreurs pour les jeunes en autonomie de 18 à 25 ans apparait flagrant. Cette absence relative peut en partie être expliquée par l’analyse documentaire de la demande. En effet, dans celle- ci, nous avons nettement dégagé le désir d’activités, d’expériences, de découvertes et d’apprentissages de cette cible. Ces attentes fondamentales ne semblent pas correspondre à un tourisme festif et de farniente car il ne semble pas réellement être sujet à la découverte et à l’apprentissage. Pourtant, si nous considérons maintenant l’analyse qualitative de la demande, il apparait que nombre de personnes interviewées mettent en premier lieu la mer et le soleil dans leurs préférences touristiques. De même, les festivités ainsi que le repos sont régulièrement cités. Nous voyons donc que certaines préférences de la demande semblent en effet aller dans le sens d’un marché potentiel pour de tels produits. Si nous analysons maintenant le paysage des offreurs sur ce marché, nous pouvons voir qu’ils sont très peu nombreux. Les recherches effectuées sur internet n’ont fait quasiment apparaître aucun offreur spécifique pour cette cible des jeunes en autonomie de manière très visible. Nous nous sommes donc tournés vers certaines publications, et notamment les Cahiers Espaces. Dans une fiche technique publiée dans le cahier espace d’octobre- novembre 1992, nous trouvons une description de différents tours opérateurs à destination des jeunes de 18 à 25 ans. Parmi ces tours opérateurs relevés par Cécile Formanek et Valérie Poucet,103 nous trouvons Aquarius, Le Club Méditerranéen ou encore Jumbo Tour, Go Voyages et Le « Club 18- 35 ». Or, chose relativement significative de ce marché des 18- 25 ans, la quasi- totalité de ces opérateurs semble avoir réorienté ses activités vers d’autres cibles du marché touristique. Ainsi, nous savons par exemple que le Club Méditerranéen a fortement recentré son activité sur le tourisme haut de gamme à fort pouvoir d’achat, abandonnant par exemple son projet de Club pour les jeunes Oyyo. Jumbo tour, membre du groupe Thomas Cook, mais également Go Voyages semblent, eux aussi, avoir abandonné leur focalisation sur ce marché en se positionnant aujourd’hui sur une offre de séjours à destination de l’ensemble du marché des touristes. Aquarius, quant à elle, offre toujours des voyages pour les jeunes mais semble avoir abandonné ses ambitions de voyages festifs ou de croisières en se recentrant sur ses activités, le voyage éducatif. Enfin, le seul opérateur qui apparait encore réellement présent sur ce marché est Le « Club des 18- 35 ». Ce dernier propose des séjours à l’étranger (Marrakech, Grèce, Madagascar) et parvient ainsi à capter une partie des jeunes français et internationaux. Mais il faut constater que ce Club ne possède aucune offre de séjours en France. Il apparaît donc que les tours opérateurs offrant des séjours à cette cible des 18- 25 ans sont très peu nombreux en France, ceci étant certainement dû à la difficulté de rentabilité économique sur cette cible. Nous pouvons aussi en déduire que s’adresser à cette cible constitue un pari osé, dans la mesure où la satisfaire revient souvent à exclure de l’offre les autres segments du marché. Ainsi, cette cible apparaît difficile à appréhender mais aussi à satisfaire en termes d’offres (difficulté à concilier l’ensemble de ses attentes : qualité mais à bon prix, festivités mais apprentissage…) en plus de demeurer une cible relativement incertaine au niveau des retombées économiques dans ce secteur.

Lire le mémoire complet ==> (Le marché des jeunes touristes français et internationaux en autonomie, de 18 à 25 ans, en France)
Mémoire de recherche
IEP de Toulouse