Les groupes d’intérêts : Association des manufacturiers canadiens

By 25 August 2013

4.1.4 Les groupes d’intérêts

L’Association des manufacturiers canadiens, la Chambre de commerce et la Ligue des propriétaires forment, à Drummondville, les principales collaboratrices du conseil de ville. Ces dernières tentent, par divers moyens, de donner une orientation particulière aux mesures d’assistance. À cet égard, d’autres groupes d’intérêts paraissent dignes de mention, notamment le Syndicat catholique des manœuvres18 et l’Association des marchands détaillants19. Toutefois, les sources consultées ne permettent pas de cerner la participation de ces organisations à la mise en œuvre des politiques d’assistance. Aussi, leurs dirigeants n’ont pas été recensés pour cette étude.

18 En avril 1939, ce syndicat demande d’approuver chaque carte d’identification émise. Cette demande est approuvée. (Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 21 avril 1939. ) En septembre de la même année, il propose que les secours directs soient payés en chèques et non en bons. Cette mesure semble avoir été adopté à partir de 1940, puisqu’il n’y a plus traces de remboursements de bons de secours dans les comptes-rendus d’assemblées. (Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 19 septembre 1939.)

4.1.4.1 Association des manufacturiers canadiens

Cette association s’intéresse peu, durant ses assemblées, à la mise en place des politiques sociales. Toutefois, elle se trouve malgré elle interpellée par ces questions, puisque sa collaboration est constamment sollicitée par le conseil de ville. En effet, ce dernier demande à l’Association des manufacturiers de servir d’intermédiaire entre le gouvernement municipal et les gérants d’industries, afin que ceux-ci respectent les critères d’embauche. En ce sens, l’organisme joue un rôle clé dans le succès de mesures d’aide aux chômeurs, tels que le bureau de placement et ses cartes d’identité. Nous reviendrons dans le prochain chapitre sur la collaboration que cherche à développer le conseil de ville avec cet organisme.

Comme son nom l’indique, l’Association des manufacturiers se compose essentiellement de citoyens liés à l’entreprise industrielle. Il ne s’agit toutefois pas des propriétaires d’usines eux-mêmes, mais bien des gérants et des cadres d’établissements ayant des assises locales ou supra-locales. Ces agents d’encadrement exercent au total 96,3% des mandats (tableau VII). Seulement deux individus oeuvrent au sein de l’association sans faire partie du personnel d’une des usines de Drummondville: le maire Walter A. Moisan (notaire), qui s’occupe notamment des questions législatives, et J.-Cyrias Duchesne (agent d’assurance et échevin), qui fait partie du comité des relations industrielles20.

19 Cette association se joint à d’autres groupes d’intérêts, telles que la Ligue des propriétaires et l’Association des manufacturiers, pour demander la remise sur pied de la carte d’identité en 1939. (Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 18 septembre 1939.)

Tableau VII: Dirigeants de l’Association des manufacturiers canadiens selon la catégoriesocioprofesionnelle, 1930-1942

Catégories socioprofessionnelles Individus

n %

Mandats

n %

1. Personnel cadre et administratif industries supra-locales industries locales autres

2 Membres des professions libérales droit

3. Cols blancs semi et non-spécialisés autonomes

4. Indéterminés

17 89,5

13 68,4

3 15,8

1 5,3

1 5,3

1 5,3

2 10,5

2 1,2

2

77 96,3

63 78,8

12 15,0

2 2,5

2 2,5

2 2,5

1 1,3

1 1,3

2

Total sans les indéterminés* 19 (100) 80 (100)

* Les chiffres ayant été arrondis, il est possible que les totaux des pourcentages exprimés ne correspondent pas exactement aux nombres qui sont inscrits.

Sources: La Parole et l’indicateur de Drummondville.

Parmi les traits particuliers de l’Association des manufacturiers, notons aussi l’origine non francophone de la majorité de ses dirigeants (78% des mandats). En effet, les cadres et gérants d’industries qui oeuvrent au sein de l’association font partie de ceux que Hugues nomme les «!nouveaux résidents anglais!». Effectivement, les années 1920 voient leur nombre s’accroître de façon importante, passant de 137 individus en 192121 à 563 en 193122. À quoi cela est-il attribuable!? Selon Jean-Pierre Bélanger, il s’est produit au cours de cette décennie «une seconde vague de peuplement anglophone23», qui est due en grande partie à l’établissement de la manufacture Celanese en 192624. Ces migrants fournissent aux nouvelles industries un capital économique et humain, particulièrement aux postes de cadres supérieurs et de personnels spécialisés25.

20 Ces deux individus ne font partie de l’Association des manufacturiers qu’en 1930.

21 Sixième recensement du Canada 1921. Vol. 1: Population (nombre, sexe et répartition, origines raciales et religions), Ottawa, Imprimeur de Sa Très Excellente Majesté le Roi, 1924.

En fait, ces cadres sont envoyés par les compagnies-mères, qui se trouvent à Montréal, aux États-Unis ou en Angleterre, pour démarrer et exploiter les manufactures nouvellement construites à Drummondville26. Ces hommes seront éventuellement appelés à quitter la localité pour faire un travail similaire dans une autre ville. Pour cette raison, les cadres anglophones préfèrent majoritairement la location plutôt que l’achat d’une résidence. D’ailleurs, 60,9% des dirigeants de l’Association des manufacturiers figurent parmi les locataires. Hugues souligne également ce phénomène: « C’est […] presque une règle générale pour les familles anglaises des industries que de louer le logement qu’elles habitent de familles de Canadiens français27 ». Si elles devaient quitter Drummondville pour un autre centre urbain, la vente d’une maison aurait pu retarder leur départ28.

22 Septième recensement du Canada 1931. Vol. 2: Population, Ottawa, Imprimeur de Sa Très Excellente Majesté le Roi, 1933.

23 Jean-Pierre Bélanger, Une bonne entente en dents de scie. Une histoire interculturelle de Drummondville 1815-1950, Drummondville, Société historique de Drummondville, 1998, p. 140.

24 Jean-Pierre Bélanger, ibid., p. 210.

25 Jean-Pierre Bélanger, op. cit., p. 273.

26 Everett C. Hugues, op. cit., p. 92-92.

27 Ibid., p. 312.

28 Ibid., p. 313.

Les similitudes du profil social des dirigeants de cette association et de la Chambre de commerce s’expliquent surtout, nous le verrons, par les nombreux recoupements entre les deux organismes.

Lire le mémoire complet ==> (Les élites locales et les mesures d’aide aux chômeurs durant la crise des années 1930 à Drummondville)
Mémoire présenté à l’université du Québec à Trois-Rivières comme exigence partielle de la maîtrise en études québécoises
Université Du Québec