Le contrôle logistique total et la grande distribution française

By 31 August 2013

3. Un contrôle logistique total

La logistique reste un domaine « sacré » pour les producteurs… C’est le devenir de leur production, de la qualité de leur produit et par conséquent de leur notoriété et de l’entreprise toute entière qui est en jeux lorsque par exemple, un camion transporte la marchandise jusqu’à l’entrepôt de son client final. C’est également le devenir de la société de gérer au mieux les capacités de production, la gestion des lignes de l’usine et d’orienter ses prévisions avec des systèmes performants tels que l’MRP21, ou maintenant même avec une gestion en Just in Time (Juste à temps), une approche qui vise à réduire au strict minimum les stockes voire à les supprimer et/ou transférer la charge chez les fournisseurs qui doivent alors approvisionner en flux continu (tendu) le process de l’entreprise client. Cette méthode a été initiée dans les années 50 par Toyota Motor Corporation au Japon22.

Mais en ce qui concerne les biens de grandes consommations, la gestion de production reste plus orientée vers les prévisions…

Pour ce qui concerne la logistique orientée transport, la grande distribution dépend totalement de son fournisseur et ce dernier contrôle ainsi une grande part des approvisionnements de son client.

21 Manufacturing Resources Planning. Sigle désignant aujourd’hui la gestion optimisée de type M.R.P II. En fonction des besoins et des contraintes, les procédures M.R.P peuvent donner lieu à des calculs prévisionnels mensuels, hebdomadaires et quotidiens ou d’un laps de temps inférieur dans certains cas. Le premier programme MRP serait le système PICS développé par la société IBM en 1965. J.M LEHU, L’Encyclopédie du Marketing, éditions d’Organisation, Paris 2004, p 542.
22 Ibid, p 411.

En effet, les industriels travaillent avec leur propre prestataire logistique, ou différentes compagnies de transports et prévoient en fonction de la demande du client, un jour X de chargement et un jour Y de livraison…

Mais essayons de mieux comprendre ce processus par un schéma…

Le contrôle logistique total et la grande distribution française

Le processus semble simple rapide et logique mais il demande une participation efficace de la part de tous les partenaires : le client, le fournisseur, les transporteurs, la réception des entrepôts…

Toute cette organisation pour chaque commande. Alors lorsque tout le processus se déroule comme prévu et que tout le monde est en parfaite interaction, le résultat est une logistique de rêve… mais existe-t-elle vraiment ? En effet, de nombreux problèmes peuvent malheureusement venir s’ajouter à cette organisation et la faire devenir le pire cauchemar de l’entreprise… aussi bien pour le producteur mais aussi et surtout pour les clients…

Essayons de suivre les étapes présentées par le schémas pour analyser les problèmes.

Tout d’abord la commande, il faut savoir que le système EDI23 (échanges de données informatisées) ou même le système informatique ont été utilisé assez tard par la majorité des clients donc parfois il faut être capable de déchiffrer une commande, ce qui peut paraître ridicule aujourd’hui mais qui il n’y a pas si longtemps restait un véritable problème. Le résultat : des erreurs clients, produits ou quantités.

Pour les clients de la Grande Distribution D française, la commande doit aussi respecter les contraintes Transport, c’est-à-dire un poids et un nombre de palettes précis (pour la majorité des camions en France, 25 tonnes ou 33 palettes sol), ce qui n’est pas toujours le cas, du a des erreurs (ou encore aujourd’hui tout simplement dû à des systèmes d’informations différents…) de la part des approvisionneurs.

Une fois le « challenge » de la commande réussi, les aléas du transport arrivent, et ne sont pas des moindres… Je fais références notamment aux problèmes rencontrés sur la route qui peut comprendre les intempéries, les grèves, le trafic… La qualité du produit à son arrivée dans l’entrepôt dépend principalement de ses conditions de trajet effectué quelques heures auparavant, car avec les problèmes rencontrés, la marchandise peut-être abîmées, mouillées, d’où l’importance d’une qualité irréprochable par le fournisseur de son service logistique.

23 Electronic Data Interchange, Système électronique de gestion et de télétransmission de l’information sans papier devant permettre de rationaliser la gestion des flux, notamment la logistique (…). J.M LEHU, L’Encyclopédie Marketing, op.cit., p 291

Le produit peut également avoir été mal stocké chez le fabricant, en quelques sortes oubliés et au moment où il arrive dans l’entrepôt se faire refuser par le client car sa date de péremption n’est plus légale.

C’est ce qui est arrivé aux produits de la marque Wasa pour le client Carrefour. Une fois déchargés chez le client le 14 avril 2005, les produits avaient comme date de péremption le 31 mai24… donc impossible et illégale de la part du client de pouvoir les stocker et les vendre. Le client refuse les marchandises, demande à ce qu’on traite ses cartons manquants en reliquat (nomination des commandes qui n’ont pu arriver chez le client soit pour rupture de production ou à cause de problèmes comme nous venons de le voir…). D’où l’importance pour le client d’avoir un œil sur la production de son fournisseur et même en faisant parti des clients en GPA25 (Gestion partagée des approvisionnement…), nous ne sommes pas à l’abri des aléas de la production de son fournisseur.

Alors est-ce vraiment toujours avantageux ? N’est-ce pas à cause de ces « surprises » répétées que la distribution française a voulu mettre un frein à cette dépendance qui ne pouvait plus durer. Avec tous ses moyens et ses fonds, elle décidera rapidement de s’occuper elle-même de sa production pour ses propres marques.

La forte concentration des enseignes (9 d’entre elles détiennent 95 % de la surface totale des hypermarchés, et 4 enseignes 52 % de celle des supermarchés) a changé la donne du jeu de négociation dans la structure verticale entre producteurs et distributeurs, et ces derniers affichent désormais clairement leur souveraineté grâce à une totale maîtrise des Marques de Distributeurs – MDD (qui représentent en moyenne 20,3 % des ventes sur les hypers et supermarchés)26.

24 Source, service logistique Barilla France.
25 Système logistique pour lequel un distributeur confie à une entreprise (le plus souvent producteur fournisseur) la gestion de ses approvisionnements. Le fournisseur ainsi associé a donc la charge d’estimer en permanence le niveau des stocks afin de décider du moment et sous quelle forme, il convient de réapprovisionner (…). J.M LEHU, L’encyclopédie Marketing, op.cit., p 370-371.

26 Etude Interactis Consultant, Impact des MDD sur la structure de l’exploitation des entreprises agricoles et alimentaires, Décembre 2003.

Aujourd’hui, des conflits successifs opposent producteurs et distributeurs : la grande distribution se trouve régulièrement placée au coeur des débats publics et accusée par les producteurs de facturer abusivement ses services.

Le rapport du Député Jean-Paul Charié (Rapport 2595 – 13 mars 1996) ayant précédé le vote de la Loi sur les Nouvelles Régulations Économiques (NRE) est très révélateur sur certaines de ces pratiques commerciales27.

Par exemple, sous la dénomination de «coopération commerciale», les distributeurs facturent parfois aux producteurs des services qui n’ont pas lieu d’être : la publicité de leurs marques sur les prospectus promotionnels est facturée aux producteurs sans avoir pour autant l’assentiment de ces derniers.

De même, les rénovations et agrandissements de magasins donnent parfois lieu à des participations imposées aux fournisseurs (pratiques souvent connues sous l’appellation « Corbeille de la mariée »)28. Il faut savoir également que le groupe Gallec ou Lucie (c’est-à-dire tous les groupes Leclerc) font payer à leur fournisseur environ 60% de la commande en pénalité29, ce qui est totalement démesuré pour des groupes qui auraient déjà du mal à s’en sortir…

Certes, les fournisseurs en France ont une notoriété inégalable et un savoir-faire bien à eux… mais la Grande Distribution GD ne s’est pas vue continuer à servir « d’intermédiaire » très longtemps. Les grandes marques lui apporte une fréquentation capitale des points de vente, oui, mais pas assez de profits et de marge. Alors comment a-t-elle organisé sa stratégie ?

27 F.BERGES SENNOU et S. CAPRICE, Les rapports producteurs-distributeurs, Fondements et implications de la puissance d’achat, INRA-ESR, Toulouse, 2004.
28 Ibid.
29 Source du producteur Barilla.

Lire le mémoire complet ==> (Les MDD : Marques De Distributeurs ou Moyens De Déstabilisation des marques nationales ?)
Mémoire de fin d’études – Master Logistique
Université Paris I Panthéon-Sorbonne