Les fonds à formule : un placement risque pour l’investisseur ?

By 25 July 2013

UN PLACEMENT RISQUE POUR L’INVESTISSEUR ? – SECTION 2 :

Après avoir exposé les risques encourus par l’établissement bancaire ainsi que certains moyens mis en œuvre pour les contrôler, plaçons-nous du côté de l’investisseur. Les fonds à formule sont-ils bien des placements dénués de risque ? Tel est le point que nous tenterons d’éclaircir dans cette section.

A. Quels sont les risques identifiables pour l’investisseur ?

1. Manquer de liquidité

De par la personnalisation des produits structurés, le facteur de liquidité est un des principaux handicaps de ce type de produits. En effet, l’établissement bancaire structureur est généralement le seul à être teneur de marché du produit qu’il a initié.

Par ailleurs, la garantie du capital n’étant assurée qu’à l’échéance du fonds, et afin d’éviter des frais supplémentaires et obtenir la performance promise, l’investisseur devra immobiliser son capital pendant une longue période sans y toucher. Investir dans un fonds à formule à huit ou dix ans exige donc de s’armer de patience. Le risque de liquidité n’est donc pas négligeable pour ce type de produit et il appartient aux établissements bancaires d’avertir les investisseurs potentiels de son existence.

2. Perdre une partie de son capital

Il vous paraîtra évident que ce risque ne vaut que pour les fonds à formule à garantie partielle, une garantie totale du capital protégeant l’intégralité des fonds investis dans tous les scénarios envisageables. Mais ce risque est-il bien mesuré par les investisseurs ?

Bien souvent, ces derniers comprennent mal le fonctionnement de la garantie ou pensent avoir souscrit à un placement sans risque alors qu’il s’agit d’un fonds à promesse ne délivrant pas systématiquement une garantie du capital. En réalité, le problème est que le fonctionnement de ces produits est compliqué et l’investisseur moyen perd rapidement pied lorsqu’il s’agit de se faire une opinion. Certains épargnants ont appris à leurs dépens que « fonds à formule » n’est pas synonyme de capital garanti. Ainsi, les investisseurs ayant souscrit aux fonds à promesse Bénéfic de La Poste et Ecureuil Europe des Caisses d’Epargne ont subi de lourdes pertes en capital, pouvant atteindre parfois 40% de la mise initiale. Nous reviendrons par la suite sur ces affaires qui créent bien des interrogations.

3. Etre déçu de la performance du fonds

Il ne faut pas perdre de vue que sur les marchés financiers, la performance rémunère le risque. Des fonds sans risque peuvent faire mieux que le taux d’intérêt à court terme mais il est plutôt rare qu’ils permettent de gagner beaucoup plus. Les fonds à promesse ont, quant à eux, des potentiels de gains plus importants mais génèrent, comme nous l’avons vu, plus de risques. Le risque d’investir dans un fonds à formule garantissant intégralement le capital concerne donc la performance réalisée. En effet, en cas de situation défavorable, un fonds garanti peut se contenter de restituer la mise initiale à l’échéance. Le manque à gagner est donc conséquent car l’investisseur aurait mieux fait de privilégier un placement sans risque comme le Livret A, ce qui lui aurait au moins permis de toucher des intérêts !

Par ailleurs, relevons que la déception des souscripteurs provient souvent d’un calcul de la performance du fonds en moyennes trimestrielles. Cela signifie que la banque « note » chaque trimestre la performance réalisée par l’indice et en fait la moyenne en fin de période. Par exemple, si le CAC 40 a pris chaque trimestre 2 % durant un an, sa performance en fin d’année sera de 8.24 %, mais en moyenne trimestrielle elle n’est que de 2 %, et c’est cette performance que se verront attribuer les souscripteurs du fonds. Notre exemple ne porte que sur un an, mais nombre d’épargnants ont conservé leur placement sur six ou huit ans pour percevoir en fin de compte l’équivalent d’un trimestre de performance de l’indice !

Il est donc primordial pour l’épargnant de bien s’informer sur le mode de calcul de la performance du fonds afin d’éviter une grande déception à l’annonce de la performance définitive à l’échéance.

B. Un placement qui fait parler de lui

Quel bilan pouvons-nous tirer de ce placement a priori idéal ? Telle est la question à laquelle nous tenterons d’apporter quelques éléments de réponse.

Nous nous intéresserons donc aux performances réalisées par les fonds à formule, puis nous reviendrons brièvement sur deux affaires qui font depuis plusieurs mois l’actualité financière.

1. Des performances en demi-teinte

Les performances affichées par les fonds à formule arrivant à terme aujourd’hui sont très contrastées. Certains fonds terminent dans le rouge. Ce sont en général ceux lancés en 1999 ou en 2000 qui ne protégeaient pas intégralement le capital, comme les fonds Ecureuil Europe que nous avons cité précédemment.

D’autres fonds lancés à la même époque ne sont pas en perte mais n’ont rien rapporté. Ils garantissaient l’intégralité du capital investi, et ont simplement restitué celui-ci à leurs souscripteurs. D’autres encore ont mieux tiré leur épingle du jeu. Grâce au mode de calcul de la performance, et aux gains engrangés et stockés les deux premières années, Europgradus 4 commercialisé en 1999 par les Caisses d’Epargne a servi, en juin dernier, un gain total de plus de 6%. C’est peu pour un placement sur cinq ans ! Mais l’indice auquel ce fonds était lié, le DJ Eurostoxx 50, a perdu, lui, 13% sur la même période.

D’autres fonds s’en sortent plus honorablement. Au Crédit Lyonnais, Lion Garanti PEA Euro 2005, lancé en janvier 1999, est arrivé à terme en janvier dernier avec un gain de 10.52%, soit un rendement actuariel de 1.68% par an. Notons que c’est tout de même moins qu’un Livret A 5! Néanmoins ce fonds a fait mieux que beaucoup de ses concurrents. La génération suivante, c’est-à-dire les fonds lancés lorsque la Bourse était au plus bas, en 2003, a profité du rebond des marchés. C’est le cas de Talisman 04.05 du Crédit Lyonnais. Arrivé à terme en avril dernier, il a servi au total au gain de 21%, soit un rendement actuariel annuel de plus de 10%.

Le tableau ci-après nous illustre des performances réalisées par les fonds à formule commercialisés par le Groupe des Caisses d’Epargne.

Valeurs Rendement Performanceannualisée Perf. Annualisée du CAC40 Durée
Ecureuil Garanti été 99 78.55% 12.17% 16.11% 5 ans et 18 jours
Ecureuil Garanti Décembre 99 59.77% 9.82% 22.36% 5 ans
Ecureuil Garanti Automne 2001 54.10% 8.59% 15.64% 5 ans et 3 mois
Gradus PEA 43.25% 7.08% 14.33% 5 ans
Gradus 50 PEA 3 23.69% 4.34% 3.07% 5 ans
Gradus 55 PEA 4 25.48% 4.64% 1.11% 5 ans
Europgradus 13.42% 2.26% -2.26% 5 ans et 7 mois
Europgradus 2 9.01% 1.45% -3.06% 6 ans

Performances des fonds à formule arrivés à échéance – Ecureuil Gestion –

5 Le taux du Livret A étant de 2% depuis le 01/08/2005.

Ce tableau constitue un échantillon assez représentatif des performances des fonds à formule en général. On remarquera que, même en cas de baisse du marché actions, les performances restent positives.

2. Des affaires qui ternissent la réputation des fonds à formule
a) Le cas Bénéfic

C’est l’histoire d’un placement qui portait mal son nom. Bénéfic est le nom donné à plusieurs FCP commercialisés par La Poste entre 1999 et 2000, juste avant l’explosion de la bulle des nouvelles technologies. Ces fonds à formule n’ont pas manqué de séduire les épargnants puisque la publicité vantait une progression de 23% en trois ans, que l’indice de référence (le CAC 40 ou l’Eurostoxx 50) stagne ou progresse. On connaît la suite : les marchés financiers se sont effondrés et les épargnants ont vu soudainement fondre leur capital qu’ils croyaient à l’abri de telles déconvenues. En effet, ces fonds à promesse ne protégeaient en réalité le capital qu’à hauteur de 23%. Pour les 300 000 porteurs des fonds Bénéfic c’est la « déconfiture » : entre 12% et 36% de perte !

Le graphique ci-après nous illustre de la perte sèche subie par les porteurs du fonds Bénéfic Mars 2000.
la perte sèche subie par les porteurs du fonds Bénéfic Mars 2000

Certes les mentions précisant le fonctionnement de l’OPCVM et l’étendue réelle des garanties figuraient sur les notices COB et les principaux dépliants publicitaires. Toutefois, on peut se demander quel était leur poids face à l’efficacité des slogans et au discours des conseillers de clientèle qui assuraient aux épargnants qu’ils allaient entrer dans la modernité financière ? Pour l’Afub (Association française des usagers de banque), qui représente près de 11 000 plaignants, la faute du distributeur se résume ainsi : défaut de conseil et publicité mensongère. La Poste a annoncé qu’elle allait indemniser les plaignants au cas par cas.

b) Le cas Ecureuil Europe

Cette affaire s’apparente à celle des fonds à promesse Bénéfic. Il s’agit ici de fonds à formule commercialisés par les Caisses d’Epargne jusqu’en 2002. De nombreux porteurs s’estiment aujourd’hui lésés, ayant enregistrés des pertes allant de 1.26% à 22.33% selon la date de souscription. En effet, les pertes en capital étaient possibles à partir d’une baisse de 36% de l’indice DJ Eurostoxx 50, et ce scénario noir s’est hélas réalisé.

Mais, la question que nous nous posons tous est la suivante : les épargnants avaient- ils été informés de ce risque ? Et c’est bien là le problème : plus d’une centaine de clients s’estiment victimes de pratiques commerciales déloyales n’ayant reçu qu’un document publicitaire et de surcroît muet sur les risques. La Caisse d’Epargne se retrouve aujourd’hui dans la tourmente et doit faire face à de nombreuses procédures judiciaires afin de s’expliquer de son manque de transparence.

Pour conclure avec cette section, les risques liés aux fonds à formule doivent vous sembler bien plus importants qu’ils n’y paraissent. Il est vrai que nous sommes maintenant loin de ce placement décrit à l ‘origine comme miraculeux. En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes en présence d’un placement boursier, et donc que nous ne sommes pas à l’abri d’une sérieuse désillusion en cas de krach, pouvant se traduire soit par une performance nulle si l’on privilégie les fonds à capital garanti, soit par une perte sèche si l’on investi dans un fonds à promesse. Néanmoins, les affaires Bénéfic et Ecureuil Europe soulèvent bien des interrogations : Comment améliorer la compréhension et la protection du public ? Comment faire pour que les établissements bancaires prennent davantage leurs responsabilités à l’égard des épargnants en terme de conseil et d’information ? Comment améliorer la transparence ? Le dernier chapitre de ce mémoire aura pour objectif d’y apporter des éléments de réponse.

Lire le mémoire complet ==> (Les fonds à formules)
Mémoire soutenu en vue de l’obtention du Master 2 Professionnel “Banque & Finance”
Université RENE DESCARTES (PARIS V) – Faculté de Droit