Connexion à Internet : tendance à l’hyper-connexion à relativiser

By 1 July 2013

Les chiffres régionaux – Chapitre 2 :

La présente recherche s’inscrit dans la continuité d’une précédente étude. En effet, dans le cadre d’un projet de coopération du Sud-Ouest Européen (SUDOE) mené en partenariat avec le service jeunesse du Gouvernement Régional de Cantabrie en Espagne et l’Agence de développement régional de la Vallée do Ave au Portugal, le CRIJ a mandaté le CRP consulting en 2010 pour réaliser une étude sur l’utilisation des TIC dans la recherche d’informations dans un but de restructuration de son site internet. Cette étude concernait les 14-30 ans et avait pour objectif de décrire les pratiques des jeunes quant à leur utilisation d’Internet via leur téléphone mobile ou leur ordinateur ainsi que de recueillir leurs avis sur le site Internet du CRIJ. Suite à cette étude, de grandes tendances ont étés conclues quant-à l’attractivité d’un site web, telles que l’importance de la richesse du contenu, son originalité, sa fiabilité ou encore l’intérêt d’une interface interactive.

Cette recherche apparaît également dans une étude de l’ARDESI33 en collaboration avec la Région Midi Pyrénées. Parue en Janvier 2011, elle s’est attachée à un diagnostic de la société de l’Information en Midi Pyrénées sur l’année 2010 et a abordé de nombreux sujets tels que la couverture territoriale, le tourisme, le rapport des collectivités à Internet, le réseau cyber-base de midi Pyrénées, ou encore les modalités des TIC dans les établissements scolaires. La dernière partie de ce diagnostic, correspond à l’étude du CRP consulting que nous avons décrite au préalable et s’intitule : « Les jeunes et les TIC ».

Ce diagnostic est une étude descriptive qui s’est attachée à produire des statistiques et à en faire une analyse comparée avec des chiffres nationaux (principalement du CREDOC) mais ne permet pas de comprendre ce qui engendre ces pratiques. Nous allons donc nous attacher dans un premier temps à souligner les écarts méthodologiques de ces deux recherches, pour ensuite nous pencher sur le profil des personnes interrogés, puis sur une mise à jour de certains chiffres de ce diagnostic, notamment sur la fréquence d’utilisation ou encore l’internet en mobilité, mais aussi sur les usages des TIC. Il s’agit ici de chercher à savoir en quoi les pratiques et usages des TIC évoluent, et vers quel mode de connexion la classe générationnelle jeune se dirige. Précisons que cette ré actualisation se basera uniquement sur les données issues des questionnaires recueillis.

33 Agence Régionale pour le Développement de la Société et l’Information en Midi-Pyrénées

2.1. Les écarts méthodologiques

2.1.1. L’échantillon

La taille de l’échantillon choisi pour une étude repose sur le degré de précision que l’on souhaite atteindre et sur le temps dont on dispose pour réaliser le sondage et analyser les résultats34. L’étude du CRP consulting mentionne qu’elle s’est intéressée à tous les Midi Pyrénéens de 14 à 30 ans qui fréquentent les PIJ, BIJ ou CRIJ. Nous avons pris quant à nous le parti de réduire notre échantillon aux 18-25 ans de la région midi Pyrénées que nous avons estimé représentatif pour deux raisons : en dehors du fait qu’il s’agisse du public du CRIJ c’est une période de prise d’autonomie dans la vie des jeunes, mais c’est également une tranche d’âge qui a une très forte proximité avec les TIC.

2.1.2. La méthodologie documentaire

L’étude du CRP Consulting précise que la première partie de sa méthodologie est composée de la prise de connaissance des études déjà réalisées sur le sujet. On retrouve alors de nombreuses références et comparaisons avec les études du CREDOC, de « Risc International »35 (cabinet d’étude), du Ministère de la culture, de l’INSEE36, ou encore de « Kantar Média »37. Nous nous contenterons quant à nous de comparer nos chiffres à ceux de cette étude ou, cas exceptionnel, à des chiffres nationaux.

2.1.3. La méthodologie quantitative

De même que pour notre étude, la méthode de diffusion du questionnaire s’est faite à la fois en version papier, et en version numérique. Cependant la temporalité n’a pas été la même puisque, comme nous l’avons mentionné dans notre développement méthodologique, nous n’avons diffusé notre questionnaire que durant quatre semaines, afin de disposer du temps suffisant pour, par la suite, pouvoir faire passer les entretiens et analyser les résultats obtenus grâce aux deux méthodologies.

Le questionnaire du CRP consulting a été diffusé quant- à lui durant trois mois : de décembre 2009 à Février 2010 pour un total de 280 questionnaires exploitables à l’issue de la diffusion, contre 200 réponses au total pour notre étude, dont150 complètes donc exploitables.

2.1.4. La méthodologie qualitative

La méthodologie qualitative a été bien différente dans les deux études car l’étude du CRP consulting a conduit des Focus groupes, tandis que nous nous sommes attaché au passage d’entretiens individuels. Les deux méthodes consistent à recueillir de l’information « qualitative » et présentent des avantages comme des inconvénients ; c’est la nature et le contenu de l’information recherchée qui doit inciter à opter pour l’une des deux méthodes. En effet le focus groupe réunit plusieurs personnes, tout l’intérêt réside alors dans l’interaction dynamique et spontanée des échanges. Cette méthode est très favorable à la production d’idées car elle permet d’aborder un très grand nombre de thèmes en un temps limité, cependant il y a des risques de phénomènes de « leader » et de mimétisme ; c’est donc une méthode très créative mais qui occulte souvent les comportements individuels. L’entretien individuel quant- à lui permet à la personne interrogée de s’exprimer librement du fait qu’elle soit seule face à l’enquêteur, ce qui autorise du même coup les relances très personnalisées. La personne n’est pas influencée par les idées d’autres participants et ne parle que de ses propres sentiments / ressentis / avis ; ce qui peut également être considéré comme un inconvénient car il n’y pas d’échange directement productif38. Chacune de ces méthodes présente donc des avantages et des limites.

38 http://www.g-m-consultants.com/2008/02/27/focus-groupe-et-entretien-individuel-2-moyens-de-recueil-des-donnees-possedant-des-vocations-distinctes.html

2.2. Le profil des jeunes interrogés

Ces éléments de profil sont importants dans la compréhension globale de l’étude, car, comme le dit Jean-Claude Passeron (1991), « il n’y a de sociologique que des écarts »39, en effet tout l’intérêt de la sociologie réside dans l’attention que l’on porte aux comportements individuels en tenant compte de leurs différences.

2.2.1. L’âge : un échantillon resserré autour des 18-25 ans

Comme nous l’avons évoqué précédemment, l’étude du CRP Consulting portait sur un échantillon plus large que le nôtre, il l’avait alors divisé en quatre sous catégories, assimilées à des âges scolaires : les 12-15 ans (années collège) représentaient 20% de l’échantillon, les 16-18 ans (années lycées) représentaient 23%, les 19-24 ans (Étudiants) représentaient quant à eux 27% de l’échantillon, tandis que les 25 ans et plus (actifs ou en recherche d’emploi) totalisaient la part la plus grande puisqu’ils représentaient 30% de l’échantillon.

Notre étude, portée sur les 18-25 ans, a recueilli une médiane d’âge des répondants de 23 ans. Notre échantillon étant de base relativement homogène puisque nous avons ciblé volontairement la classe jeune en début de prise d’autonomie, nous n’avons pas redécoupé ces catégories.

2.2.2. Le statut : une majorité d’étudiants

Les situations des jeunes interrogés ont donc été classées selon cinq catégories dans l’étude menée par le CRP Consulting : les collégiens, les lycéens, les étudiants, les jeunes qui travaillent, et ceux en recherche d’emploi, qui représentaient respectivement 18%, 21%, 17%, 20%, 21% (avec 3% de non réponses ou réponses « autres »). Nous avons quant à nous répertorié nos interrogés selon trois catégories : étudiants, salariés et sans emploi, et avons ajouté à cela des questions sur le domaine d’activité et les expériences passées, afin de repérer des profils intéressants pour nos entretiens à venir. Les répondants sont majoritairement représentatifs de la catégorie étudiante (50,8%), mais avec tout de même presque un quart de salariés (23,4%) ; les sans-emplois quant- à eux totalisent 12,5 % de l’échantillon.

39 JC.PASSERON, Le raisonnement sociologique. L’espace non-poppérien du raisonnement naturel, Paris, Nathan, 1991, In Denis Colombi, 2007, Facebook, ou la force des liens faibles, blogspot.com

Ce sont des catégories qui nous intéresseront particulièrement dans notre développement analytique car nous avons émis l’hypothèse que le statut avait une incidence considérable sur les méthodologies de recherche d’emploi, de logement ou de formation car les attentes du jeune en sont une conséquence directe.

Précisons également que nos enquêtés viennent d’horizon professionnels très différents comme l’illustre très bien le graphique suivant :

2.2.3. La taille de la ville de résidence

L’ARDESI publiait en janvier 2011 que la Haute-Garonne restait le moteur en terme d’équipement bien que tous les départements de la région Midi Pyrénées voyaient leur taux de pénétration d’Internet progresser (l’étude compte 71% d’Internautes). On apprenait également dans l’étude du CRP Consulting que les résidents de Toulouse et de l’agglomération toulousaine étaient les mieux équipés de la région en 2010. Les habitants des zones rurales quant à eux étaient alors bien équipés en ordinateur personnel mais encore en retrait sur la connexion internet tout comme sur l’équipement en téléphonie mobile, dû à une moins bonne couverture réseau.

L’étude du CRP Consulting avait répertorié son échantillon selon la taille de la ville en cinq catégories : zone rurale, petite ville (de 5000 à 20 000 habitants), préfecture du département, une des villes de l’agglomération toulousaine et Toulouse.

Chacune de ces catégories comptabilise entre 18 et 27% (avec 2% de non réponses), l’échantillon est donc équilibré. L’étude précise que 45% des interrogés proviennent du département de la Haute-Garonne, « ce qui s’inscrit en conformité avec les chiffres de l’INSEE qui indiquent que 40,9% de la population se concentraient dans ce département en 2006 »40

Nous n’avons pas quant à nous répertorié des catégories mais avons simplement demandé au répondants d’indiquer leur département et leur ville de résidence, dans le but de classer ensuite selon trois catégories : Toulouse et son agglomération proche, Zone rurale, Zone urbaine ; et ainsi de définir si la localisation géographique influe, sur les usages des TIC. Pourtant notre échantillon n’a pas permis un tel croisement puisqu’une très grande majorité des répondants sont des résidents de la haute Garonne (75,3%), qui habitent en grande partie en centre-ville de Toulouse (voir annexe 7).

2.2.4. Le genre

L’étude du CRP consulting dénombrait dans ses répondants 48% de filles et 52% de garçons. Nous avons quant à nous un échantillon plus déséquilibré avec 62,2 % de filles contre 37,8% de garçons.

2.2.5. Les nouveaux arrivants

L’étude du CRP Consulting précisait dans le profil de ses jeunes interrogés que la région Midi-Pyrénées accueillait beaucoup de nouveaux arrivants, avec le second taux d’entrée le plus important de France après le Limousin en 2006, et un taux de sortie très faible. Précisons cependant que le questionnaire ne présentait pas de question se rapportant à cette catégorie et que les chiffres se basent sur le recensement de population INSEE de 2006.

40 CRP Consulting, Juin 2010, Étude méthodologique vidant à l’amélioration de la qualité de la présentation de l’information pour les jeunes par les TIC

2.3. Réactualisation des chiffres

2.3.1. Le lieu de connexion privilégié reste le domicile

Nous n’avons pas produit de données concernant le lieu de la connexion des jeunes, nous basant plus sur les médias de la connexion. Rappelons cependant que de nombreuses études ont d’ores et déjà établi que c’était généralement à la maison que les jeunes se connectaient le plus (¾ des 14-30 ans selon le CRP Consulting). D’un souci de contrôle nous sommes passés à une suprématie du moment présent et grâce à ces technologies, le jeune garde un contact permanent avec « l’extérieur », tout en restant chez lui. Nous le disions plus haut : « c’est surtout à la maison que ça se passe », en effet il a souvent été montré que l’utilisation d’Internet était fortement corrélée à la présence ou non d’un branchement à la maison, et bien que nous disons ne pas nous y intéresser dans cette étude, il nous faut préciser que cet accès qui permet au jeune d’utiliser Internet plus souvent et plus régulièrement, fait de sa pratique un exercice plus soutenu et plus sophistiqué : le jeune se familiarise ; les lieux d’accès à Internet conditionnent donc son appropriation et son usage.

2.3.2. Un équipement en téléphonie mobile qui progresse

L’étude de l’ARDESI publiée en janvier 2011 dénombrait 88% des midi pyrénéens possédant un téléphone portable, 73% équipés d’un ordinateur et 66% de connectés à Internet ; des chiffres qui augmentent chez les jeunes car aujourd’hui la génération jeune est « multi-équipée » : la norme, c’est désormais d’avoir accès à tout, ou presque (TNS Sofres, 2009). La région Midi Pyrénées dénombrait l’an passé trois jeunes sur quatre équipés d’un ordinateur personnel assorti d’une connexion internet dans plus de 80% des cas et 85% des 14/30 équipés d’un portable (CRP Consulting). Ces états de fait étant d’ores et déjà établis, nous ne nous sommes pas attaché à la question de l’équipement en ordinateur et téléphone portable dans notre questionnaire.

L’étude du CRP Consulting précisait également certaines dissymétries, notamment sur le fait que les étudiants seraient les mieux équipés en téléphonie mobile et qu’il y aurait une légère différence selon le genre également puisqu’à âge égal les filles seraient légèrement mieux équipées que les garçons.

2.3.3. La connexion à Internet : une tendance à l’hyper-connexion à relativiser

L’étude du CRP Consulting chiffrait la fréquence de connexion à Internet des 14-30 ans à 2h35 par jour. Nous avons quant à nous distingué la connexion Internet via un Ordinateur et la connexion via un portable, et confirmé que l’ordinateur était le terminal de connexion privilégié des jeunes. Cependant, bien que la tendance à l’hyper connexion soit un fait avéré car désormais grâce à la démultiplication des supports de communication dont ils disposent, les jeunes maintiennent des liens extrêmement fréquents ; ce qui crée de nouvelles temporalités. Selon Jean Pierre Boutinet (2010), « Comprendre le monde dans lequel nous évoluons c’est chercher à reconnaître les temporalités qui l’organisent et aujourd’hui se profilent les temporalités du temps accéléré, de l’immédiateté, de l’instantanéité et de l’urgence ». En effet les pratiques connectées sont sur un registre temporel totalement différent de ce que les anciennes générations pouvaient connaître ; c’est une nouvelle aire qui s’organise autour d’un principe de connectivité et de joignabilité permanente. L’adolescent a besoin de rester en contact permanent avec ses pairs, et pour cela il dispose d’une quantité de support parmi lesquels il n’a plus qu’à faire son choix selon l’intérêt qu’il apporte sur le moment. Le téléphone portable et Internet leur proposent des services de communication individualisés (messagerie instantanée, SMS…) ; cela leur permet, même en restant au foyer, de maintenir un lien quasi continu avec leurs amis : les univers se décloisonnent et leur mode de sociabilité est devenu « connecté ». Malgré tous ces éléments, nous allons voir qu’il faut relativiser cette tendance à l’hyper-connexion.

a) L’ordinateur : support privilégié des connexions longues

Les jeunes se connectent très fréquemment depuis leur ordinateur; mais tandis que moins de 4% des jeunes déclarent passer moins de 30 minutes sur Internet par jour depuis ce terminal, les chiffres ne montrent pas une énorme tendance en faveur de l’hyper-connexion. En effet bien que près de 30% des jeunes déclarent passer plus de trois heures par jours sur Internet depuis un ordinateur, et que la proportion des jeunes dépassant les deux heures de connexion par jours dépassent légèrement la moitié du pourcentage (53,1) ; la réciproque est valable également. On a donc presque la moitié des jeunes de cette enquête qui ont déclaré passer moins de 2 heures par jours sur internet depuis leur ordinateur (46,9%).

Tableau 1 : Temps passé sur Internet par jour depuis l’ordinateur
Temps passé sur Internet par jour depuis l'ordinateur

Graphique 6 : Temps passé sur Internet par jour depuis l’ordinateur
Temps passé sur Internet par jour depuis l'ordinateur

b) Le téléphone portable : terminal de connexion en progression

S’agissant de l’Internet en mobilité, le CRP Consulting déclarait que c’était une pratique marginale mais en progression et dénombrait 20% des jeunes qui se déclaraient mobinautes. L’étude précise que cette tendance devrait se poursuivre grâce aux tarifs de plus en plus accessibles des Smartphones et des forfaits associés, ainsi qu’à l’adaptation des outils.

En effet, avec la multiplication des téléphones portables qui proposent aujourd’hui un accès à Internet, la « génération jeune » qui disposait déjà dans son écrasante majorité des outils technologiques pour s’intégrer pleinement à la société de l’information, n’a plus guère « d’excuse ». Bien que l’on dénombre dans notre étude 44,5% des jeunes qui ne se connectent pas via ce média, toutes temporalités confondues, on atteignait tout de même plus de la moitié des jeunes répondants ayant déclaré se connecter à Internet via cet outil (55,5%). C’est un succès qui peut s’expliquer par de nombreux facteurs : l’outil s’allège de plus en plus, il est de plus en plus ludique, les prix forfaitaires diminuent, et il y a sans cesse de nouvelles applications qui voient le jour, bref, tout est fait pour que l’utilisateur s’approprie pleinement son téléphone portable.

Il nous faut préciser que la durée de connexion est largement moindre que depuis un ordinateur : les chiffres s’inversent puisque la majorité des utilisateurs de l’internet mobile, soit 45,3 %, déclarent se connecter moins d’une heure par jour via ce média, contre 10,2 % qui se connectent plus d’une heure avec seulement 2,4% « d’accrocs » qui se connectent plus de deux heures. C’est un élément qui est bien sûr corrélé aux usages qui sont faits de l’Internet en mobilité.

Tableau 2 : Temps passé sur Internet par jour depuis le téléphone portable
Temps passé sur Internet par jour depuis le téléphone portable

Graphique 7 : Temps passé sur Internet par jour depuis le téléphone portable
Temps passé sur Internet par jour depuis le téléphone portable

Lire le mémoire complet ==> (Usage des technologies de l’information et de la communication dans la recherche d’emploi et de logement chez les jeunes)
Master 2 GLECOP – Mémoire Recherche – Action
Université de Toulouse Le Mirail