Le refus d’intégrer Flash aux logiciels d’iPads : Une iGuerre

By 26 June 2013

Le fruit d’une guerre technologique – Chapitre III :

Afin de donner vie à l’iPad, Apple a du faire des choix technologiques. En n’enfermant pas son produit avec la technologie E-Ink, il lui offre un usage universel. Mais cet usage s’est amoindri lorsque Steve Jobs affirma que l’iPad ne possèderait pas la technologie Flash, à l’instar de l’iPhone.

Section I — D’abord contre Flash

Cette guerre qui oppose Apple et Adobe peut-être décrite comme une guerre fratricide entre deux ex-alliés. Elle débute d’abord contre Flash.

§ 1 — Flash : le plantage selon Jobs

A l’origine, Adobe et Apple étaient alliés. Cela peut paraître assez surprenant dans le contexte actuel mais c’est bel et bien la réalité. Adobe a créé des polices pour la firme à la pomme, mais elle a surtout, en absorbant la société Aldus en 1985, pour son logiciel PageMaker permis au Macintosh d’exister. Le Macintosh est alors devenu incontournable en matière de PAO37. De même, lorsqu’Adobe acquiert Photoshop, il est d’abord exclusivement sur Mac. On serait presque tenté de dire que sans Adobe, il n’y aurait pas eu de Mac.

Seulement, les temps changent et toutes les belles histoires ont une fin. Et, au début des années 90, lors de la descente aux enfers d’Apple, craignant que le système d’exploitation de la firme de Cupertino mute en un système fermé, Adobe fait de Microsoft sa priorité.

Aujourd’hui, Apple n’est plus (ce système fermé ? Si, toujours) celui qui laisse partir Adobe, mais celui qui refuse Adobe et sa technologie Flash. C’est en 2005, qu’Adobe a acquis la société Macromedia, qui a développé la technologie Flash. Flash est le standard du web, 85% des sites web utilisent cette technologie qui sert entre autre à diffuser de la vidéo. Elle est ainsi le socle de sites comme Dailymotion ou Youtube. Le Flash permet d’obtenir des animations spectaculaires, de réaliser des jeux accessibles directement dans le navigateur, et bien sûr, sert à l’affichage des pubs. Ce n’est pas une norme web, mais une technologie brevetée.

La plupart des sites web sont codés, écrits, en html38, un langage spécifique. Depuis son invention au début des années 1990, le web a bien changé tout comme le besoin des éditeurs de sites aussi. Il a donc régulièrement fallu réviser le langage, en lui adjoignant de nouvelles possibilités. Mais la dernière monture du html, le html4, toujours utilisé, date déjà de 1997. Après de longues années de sommeil, l’organisme chargé d’établir les standards du web (auquel participent entre autre IBM, ALCATEL, ADOBE, etc.) relance enfin la machine pour mettre au point le html5 en 2007. Le html5 permet de diffuser des vidéos bien plus facilement sans avoir recours à un plug-in extérieur, de façon plus fluide, et sans risque de plantage du navigateur. Et c’est notamment sur ce point que le html5 concurrence directement les fonctionnalités du format Flash d’Adobe.

Flash est la principale cause de plantage des navigateurs web. C’est donc en partant de ce postulat, qu’Apple va émettre l’hypothèse quant à l’absence de cette technologie sur ces plateformes.

37 Publication Assistée par Ordinateur.
38 HyperText Markup Language.

Une hypothèse qu’elle confirmera. En réalité, Jobs n’aime pas/plus Adobe et par conséquent n’aime pas Flash. Pour lui, Flash ne mérite d’être ni sur l’iPhone, ni sur l’iPad, quant au Mac, c’est limite : « Apple ne gère pas Flash sur l’iPhone, car il est bogué et quand un Mac plante, la plupart du temps c’est à cause de Flash »39. Jobs insiste en estimant que chez Adobe : « Ils sont feignants. Ils ont pourtant le potentiel pour faire des choses intéressantes, mais refusent de l’exploiter. Ils n’ont jamais rien fait pour mettre à profit les avancées d’Apple »40.

§ 2 — Une iGuerre

En refusant d’intégrer Flash aux logiciels d’iPhones et iPads, Jobs a commencé les hostilités contre Adobe. Mais mieux qu’un simple retrait, iPapy41 a justifié son choix à travers une lettre ouverte intitulée, Thoughts on Flash42.

Jobs y exprime son avis sur la technologie d’Adobe, Flash, afin que les clients comprennent mieux pourquoi Flash n’est présente sur aucune des plateformes mobiles d’Apple. Refusant la posture d’Adobe selon laquelle ce choix est commercial, Jobs précise qu’il a été pris selon des critères purement techniques. Selon Apple, Flash serait trop gourmand en ressources pour les appareils mobiles, inadapté aux écrans tactiles de ces derniers, et qui plus est démodé :

« Flash a été créé à l’ère des PC, pour les PC avec des souris […] mais à l’ère de la mobilité, il faut des appareils consommant peu de batterie, des interfaces tactiles et des standards ouverts, et Flash est déficient dans tous ces domaines ».

C’est pour donner à l’utilisateur plus d’autonomie qu’Apple dit non à ce plug-in, « pas optimisé ». En effet, Flash est extrêmement gourmand en ressources processeur. La moindre animation

Flash surcharge la machine et donc entraîne une consommation effrénée de la batterie.

39 Steve Jobs lors d’une réunion avec ces ingénieurs.
40 John C Abell.
41 Surnom donné à Steve Jobs.
42 Réflexions sur Flash, publiée en Avril 2010 sur le site de la firme.

Adobe contre-attaque alors en médiatisant l’affaire à travers des encarts publicitaires diffusés dans le New York Times et le Wall Street Journal. Un message au ton provocateur en deux parties, une première avec un gros cœur rouge43 à destination d’Apple et une deuxième partie où Adobe explique qu’il n’aime pas quand quiconque prive les utilisateurs de la « liberté de choisir ce que vous créez, comment vous le créez et ce vous rencontrez sur le Web ». Dans une interview donnée au Wall Street Journal, les co-fondateurs d’Adobe répondent point par point à la lettre de Jobs, et fustigent l’argument selon lequel les performances de Flash seraient limitées sur les appareils mobiles. Adobe est donc entré dans ce coup de force marketing et aurait certainement dû répondre autrement. Aujourd’hui le véritable challenge pour flash, c’est surtout le futur combat avec l’HTML 5.

Et sur ce point, un acteur inattendu vient faire son apparition. YouPorn, le site de partage de vidéos pornographiques a enclenché sa mutation en html5. Le porno a toujours été la locomotive des nouvelles technologies. Quel secteur a popularisé le minitel ? Le porno. Quel secteur a popularisé le web ? Le porno. Quel secteur a favorisé l’émergence d’antivirus ? Le porno. Etc. Et qui favorisera l’adoption de l’html5 ? Sans doute le porno.

Sans être un allié à Apple, YouPorn va certainement contribuer à faire à l’essor de l’html5.

§ 3 — Les vraies raisons de cette absence

L’absence de la technologie Flash a des conséquences sur l’utilisation que l’usager aura de sa plateforme, iPad ou iPhone. Il se pourra qu’en navigant sur le net, des images, des animations, des vidéos ne chargent pas44. Une situation voulue par Steve Jobs.

L’argument de l’autonomie, et les autres points techniques peuvent séduire, mais il faudrait être bien naïf pour croire à tout ça ! Bien qu’ils soient vrais, il ne reflète pas le vrai but d’Apple.

Si l’iPhone et l’iPad sont dénues de Flash, c’est pour une seule et unique raison. Flash permet d’accéder à des sites de musique gratuit et légaux, de créer des applications et de petits jeux, et tout cela dans un navigateur c’est-à-dire sans passer ni par iTunes, ni par l’AppStore. Laisser Flash entrer, c’est donc pour Apple prendre le risque de permettre le développement « parallèle » d’applications multimédia, sans passer par ces plateformes et donc sans passer par la grille de validation d’Apple. Si chez Apple tout est fermé, ce n’est pas « afin de protéger l’utilisateur et de lui apporter une expérience la plus intuitive possible »45 (argument hypocrite mais pas entièrement faux) mais plus pour maximiser le profit. Un tel écosystème, s’il est bien géré, ce qu’Apple fait parfaitement, est une véritable manne financière.

On peut se demander quel risque encourt Apple en fermant ses plateformes et notamment sur l’iPad ?

45 Argument d’Apple.

Lire le mémoire complet ==> (L’iPad ou l’hypermédia au service d’Apple)
Mémoire Master Professionnel « Droit des médias »
Université Paul Cézanne Aix-Marseille III