L’organisation de l’Année de l’Algérie en France : Comment ?

By 3 May 2013

2- Comment s’organise l’Année de l’Algérie :

a- Les outils logistiques :

C’est donc l’AFAA qui a été désignée pour être le bras armé de l’organisation générale. Coutumière de la présentation de « Saisons Etrangères » depuis des décennies, l’association dirigée par Olivier Poivre d’Arvor, va se trouver face à deux éléments très différents de sa pratique habituelle. D’abord l’importance des moyens financiers, techniques et humains nécessaires, nous y reviendrons. Et ensuite le fait que tous les évènements se déroulent sur le territoire français. D’habitude, lorsque une « Saison Etrangère » est organisée, les différentes étapes se déroulent dans les deux pays concernés.

S’appuyant sur son expertise, l’établissement de la programmation est confiée à l’AFAA. Concernant les projets portés de ce côté de la Méditerranée, les problèmes sont relativement habituels et simples à résoudre. En revanche concernant ceux venus d’Algérie, ils sont les plus nombreux, le choix et le respect des critères, notamment qualitatifs, posent davantage de difficultés. En effet, si dans les domaines de la littérature, du cinéma et de la musique, les artistes algériens bénéficient d’une notoriété certaine, pour des secteurs entiers, des arts plastiques au spectacle vi vant, les choses sont plus compliquées. Qui plus est dans un pays où les artistes et les intellectuels les plus représentatifs sont les cibles et les victimes privilégiées de la violence continue depuis 10 ans, l’AFAA se trouve contrainte de faire confiance à des autorités algériennes soucieuses de redorer leur blason et donc tentées d’utiliser les artistes à leur profit.

Bon an, mal an, les commissariats généraux des deux pays sont parvenus à se mettre d’accord sur près de 2000 manifestations labellisées, majoritairement programmées dans une centaine de villes de France. Pour réussir un tel pari, l’ensemble des institutions et des lieux culturels sont sollicités pour accueillir toutes ces représentations. Et ce sont l’ensemble des collectivités territoriales qui, dans le cadre de leur soutien aux équipements culturels de leur région vont financer la production des œuvres sélectionnées.

b- Les moyens financiers :

L’argent est le nerf de la guerre, c’est bien connu. Dans le domaine artistique cet adage se vérifie quotidiennement. Les départs impromptus des commissaires des deux pays, qui ont laissés penser, un moment, que l’événement n’aurait pas lieu, ont été motivés par des questions financières. Soupçons de corruption en Algérie, insuffisance de moyens en France.

Olivier Poivre d’Arvor et Françoise Allaire se sont attachés, durant toute la phase de préparation, à insister sur le fait que jamais dans l’histoire de l’existence des “Saisons Étrangères” en France autant de moyens n’avaient été mobilisés. Une sorte de contre-chant aux exigences de Dominique Wallon avant qu’il ne jette l’éponge. D’autre part les ressources financières mises sur la table par la pouvoir algérien sont également sans précédent pour la mise sur pied d’un événement culturel et artistique.

Pour autant, il est extrêmement difficile de savoir à quelle hauteur se situe le financement de l’ensemble des manifestations.

D’abord, parce que du côté français, l’AFAA n’est pas à proprement parler un organisme distribuant des subventions. Il s’agit plutôt d’un maître d’œuvre, expert en matière artistique, chargé, une fois la sélection des projets terminée, de mettre en relation les porteurs de ces projets et les lieux ou institutions culturels susceptibles de les accueillir, en prenant en charge, sur leur budget propre, le coût de production des spectacles et autres manifestations. Il est clair que l’obtention du label “Djazaïr 2003” permet à un certain nombre d’opérateurs de rechercher des partenaires différents de leurs financeurs habituels pour boucler le montage budgétaire de leur événement. Dans d’autre cas, la participation des initiateurs de l’Année de l’Algérie se limite à la labellisation qui constitue une reconnaissance officielle de la qualité artistique du projet. Enfin, la volonté de territorialisation, omniprésente depuis deux décennies dans l’ensemble des projets culturels défendus par les pouvoirs publics amène les collectivités territoriales à être les principaux partenaires d’une telle manifestation.

Françoise Allaire reconnaît ainsi dans une interview donnée aux médias algériens que le budget initial (760.000 €uros) affecté par les pouvoirs publics est “un budget levier” destiné à financer des missions et des déplacements de part et d’autre de la Méditerranée. Mais, précise-t-elle, ” le commissariat français et l’AFAA n’ont pas à engager de frais destinés à la production.” 41

De son côté lors d’une présentation à la presse algérienne de l’événement, en juin 2002, Olivier Poivre d’Arvor osait un pronostic quant à son coût global : ” Un investissement considérable a été engagé par les structures culturelles sur leur propre budget. Le coût final de la manifestation devrait se situer autour de 20 millions d’ €uros, pour la partie française.” 42

En Algérie, la question des moyens financiers dégagés pour réussir le pari de présenter, durant toute une année, la vitalité de la culture algérienne se pose également de façon cruciale. D’abord parce que le principal groupe économique privé du pays, Khalifa 43, a sombré corps et bien alors qu’il était le sponsor principal de la manifestation. D’autre part, parce que la transparence financière n’a jamais été le fort des hommes au pouvoir à Alger. Quoiqu’il en soit, les quelques déclarations officielles à ce sujet font état d’une participation supérieure à celle de la France. On parle ainsi de 90 milliards de centimes dans les colonnes du quotidien algérien Liberté du 16 avril 2002.

41 L’intégralité de cette interview peut être consultée sur le site http://www.algeria-interface.com
42 Voir article paru dans le quotidien El Watan sur le site http://www.elwatan.com
43 Rafik Khalifa PDG du groupe est le fils d’un membre de la nomenklatura algérienne. Ayant fait fortune dans l’industrie pharmaceutique il se diversifie dans le transport aérien (Khalifa Airways), dans les médias (Khalifa TV) et dans le sponsoring de grandes équipes de sports collectifs (football avec l’OM, rugby avec Bègles Bordeaux). La tentative de sortie du territoire algérien de deux de ses collaborateurs en possession de valises pleines d’€uros marque le début de ses ennuis judiciaires. Un mandat d’arrêt international est lancé contre lui et l’ensemble de ses entreprises est en faillite.

Enfin, en plus des financements nationaux, un fonds commun, géré par l’AFAA et alimenté de façon paritaire par les de ux pays, permets de financer la communication d’ensemble de l’année. Tant et si bien que le 6 novembre 2002, une conférence de presse se tient à Paris pour donner le coup d’envoi officiel des festivités. Pas moins de 4 ministres entourent les membres du Commissariat général pour annoncer que la première des manifestations artistiques sera un grand concert réunissant la fine fleur des voix de l’Algérie au Palais Omnisports de Paris Bercy. Près de 2000 manifestations ont reçu le label Djazaïr 2003 et une centaine de villes françaises accueilleront ces représentations, projections expositions et autres colloques tout au long de l’année 44.

A Lyon et à Grenoble aussi les manifestations vont être nombreuses, mais, comme on va le voir, les stratégies de communication et les choix de programmation sont très différents dans les deux métropoles régionales.

44 Voir la liste de l’ensemble du programme dans la région Rhône-Alpes en annexe.

Lire le mémoire complet ==> (Mémoires d’Algérie : Année de l’Algérie en France)
Mémoire – DESS – Développement culturel et Direction de projet
Université Lumière Lyon 2 / ARSEC