Le poids qui dérange et les conséquences économiques

By 6 May 2013

2.4 Conséquences économiques liées au risque

En 1999, l’Association médicale canadienne publiait une étude sur les coûts associés à l’obésité (incluant les coûts directs — médicaments, frais d’hospitalisation et frais médicaux directement attribuables à l’obésité —, les coûts non matériels — coûts pour l’individu en matière de réduction de la qualité de vie — et les coûts indirects — perte de revenus imputable à l’absentéisme ou à la maladie, coûts liés au chômage et à l’invalidité) réalisée dans certains pays, dont le Canada, les États-Unis, la France et l’Australie (Birmingham CL et al 1999). Établis à partir de la prévalence d’un IMC > 27 et en tenant compte de 10 maladies concomitantes de l’obésité, les coûts directs de l’obésité au Canada sont estimés à 1,8 milliard de dollars, soit 2,4 % des dépenses totales de soins de santé au Canada.

Six ans plus tard, l’Alliance pour la prévention des maladies chroniques au Canada, estimait que le coût total des maladies, des handicaps et des décès au Canada dus aux maladies chroniques (dont plusieurs sont intimement liés à l’excès de poids) s’élève à plus de 80 milliards de dollars annuellement dont 28 attribuables aux maladies cardiovasculaires, 14 au diabète et ses complications, 13 au cancer, 8 aux maladies respiratoires et 1,8 milliard à l’obésité (Chronic disease prenvention). À titre indicatif, le budget 2005-2006 du gouvernement du Québec alloué à la santé était de 20,9 milliards (Gouvernement du Québec).

Il se dépenserait annuellement aux États-Unis quelque 33 milliards en programmes de perte de poids, dont les diètes, les programmes d’activité physique et de modification de comportement (Espinoza G & Scott S 2002).

2.5 Le poids qui dérange

Cette préoccupation bien réelle pour le poids s’observe partout en Amérique du Nord. Selon un sondage effectué aux États-Unis en 1950, seulement 7 % des hommes et 14 % des femmes cherchaient à perdre du poids. Les résultats obtenus en 1956 et 1969 sont restés essentiellement les mêmes (Dwyer JT & Mayer J 1970). Par contre, en 1985, le National Health Interview Survey divulguait qu’aux États-Unis, si 56 % des femmes et 27 % des hommes de poids normal estimaient accuser un excès de poids, 35 % des adultes américains (44 % de femmes et 25 % d’hommes) ont avoué chercher à perdre du poids (National Dairy Council July-August, 1991).

Les adolescents semblent également montrer de l’insatisfaction à l’endroit de leur apparence physique. Dans sa revue de littérature, Moore (Moore D. C. 1993) rapporte qu’environ les deux tiers des filles américaines, tous âges confondus, sont mécontentes de leurs poids. Les garçons du même groupe d’âge montrent qu’ils sont tout aussi préoccupés par leur apparence corporelle. Le tiers d’entre eux ne sont pas heureux de leur poids. Contrairement aux filles, les garçons voudraient généralement être plus gros, plus forts. Ceci serait particulièrement vrai pour les sportifs. Chez les jeunes hommes et les jeunes femmes, il y a le même souci de modifier son apparence afin de la rendre plus acceptable.

Les enfants n’échappent pas non plus à cette préoccupation. Dès l’école primaire, ils auraient une opinion sur ce qu’est une apparence corporelle désirable et des moyens à prendre pour l’obtenir. Dans leur étude de 1989, Maloney et ses collaborateurs (Maloney M et al 1989) ont montré que 69 % des enfants d’âge scolaire (318 enfants du primaire — 3e à la 6e année — de la classe moyenne de Cincinnati) indiquaient que leur mère avait à un moment ou à un autre suivi un régime amaigrissant. Treize pour cent d’entre eux estimaient que leurs mères accusaient un surpoids contre 18 % quand il s’agissait de leurs pères. Lorsque les enquêteurs leur demandaient comment ils se voyaient, 45 % ont reconnu vouloir être plus minces, 37 % ont admis avoir déjà tenté de perdre du poids et 7 % montraient des signes d’anorexie nerveuse. En 1992, selon une étude faite auprès d’enfants âgés de 9 à 11 ans de l’État de l’Iowa, sans distinction de classe socio- économique, plus de 61 % d’entre eux se pesaient tous les matins, 41 % disaient recourir aux régimes amaigrissants, environ 60 % étaient inquiets de devenir obèses et 52 % se sentaient coupables de manger des aliments pouvant les faire grossir (Gustafon-Larson AN & Terry RD 1992).

En 1987, 74,2 % des Québécoises de 15 à 24 et 65,4 % de celles âgées de 65 ans et plus affirmaient désirer perdre du poids. Par contre, la proportion des Québécois qui désiraient perdre du poids se situait autour de 50 % et variait peu en fonction de l’âge. Cinq ans plus tard, chez les plus de 15 ans, 75 % des femmes et 56 % des hommes affirmaient vouloir un poids inférieur à celui qu’ils ont déclaré. Quatre-vingt-un pour cent des femmes affichant un poids santé et 23 % de celles qui avaient un poids insuffisant souhaitaient peser moins (Enquête Santé Québec 1992). Les hommes d’un poids santé, quant à eux, aimeraient dans 31 % des cas gagner du poids (3 % chez les femmes).

Ailleurs au Canada, le portrait est à peine différent. « En tout, 60 % des Canadiennes cherchent à perdre du poids, dont 33 % ayant un poids santé » (Institut national de nutrition 1995). Parmi ceux et celles qui ont un IMC supérieur à 27, « 60 % des femmes et 40 % des hommes s’efforcent de perdre du poids (Institut national de nutrition 1995). Si 75 % des hommes invoquent des raisons de santé pour perdre du poids, 50 % des femmes ciblent l’apparence et les autres parlent d’apparence et de santé » (Institut national de nutrition 1995).

Lire le mémoire complet ==> (Évolution des discours publics des autorités de santé au Québec en matière de gestion du poids)
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie
Université de Montréal – Faculté des études supérieures et postdoctorales – sociologie