La guerre d’Algérie pour l’indépendance 1954-1962

By 2 May 2013

b- La guerre pour l’indépendance (1954-1962) :

Si le 8 mai 1945 peut être considéré comme un élément déclencheur de la guerre d’Algérie, le début de l’insurrection se situe à la Toussaint 1954. Dans la nuit du 31 octobre et du 1er novembre, entre minuit et 3 heures du matin, une trentaine d’attentats secouent les régions d’Alger et de Constantine, faisant 5 morts et une dizaine de blessés. Ces actes revendiqués dans un tract diffusé le jour de la Toussaint, par une organisation baptisée FLN, Front de Libération Nationale, ont visés des militaires et des forces de sécurité. Dans ce document cette toute nouvelle organisation jette les bases d’un programme politique visant « la restauration de l’état algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. » François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur d’un gouvernement affaibli par la fin de la guerre d’Indochine, promet que les auteurs des attentats seront punis et que « l’Algérie, c’est la France et la France ne reconnaîtra chez elle d’autre autorité que la sienne ». Les premières opérations militaires ont lieu dans les Aurès faisant des prisonniers et des victimes au cours de bombardements de villages par l’aviation.

Au début de l’année 1955, les opérations militaires s’intensifient. Les Français estiment que les hommes du FLN ne sont guère qu’une poignée mal équipée et facilement maîtrisable. Mais les évènements vont montrer que ces manœuvres spectaculaires mettant en œuvre plusieurs milliers d’hommes sont inefficaces. Alors qu’on estime le nombre de « rebelles » à 300 hommes, les 4000 soldats du général Cherrière ne parviennent pas à les arrêter en plusieurs semaines d’opérations. Jacques Soustelle, nommé gouverneur général de l’Algérie le 15 février 1955, se range à l’avis des anciens d’Indochine qui préconisent l’emploi de petites unités mobiles adaptées au terrain.

Le 3 avril 1955, l’état d’urgence est décrété, mettant en sommeil un certain nombre de libertés constitutionnelles et permettant à l’armée d’avoir les coudées franches. Arrestations arbitraires, utilisation de la torture, création de camps de regroupement sans existence légale se multiplient. En réponse à cette situation, le FLN lance de vastes opérations dans la région de Constantine. Le 20 août 1955, l’est algérien s’embrase. Après le massacre de plusieurs dizaines d’européens et de musulmans jugés trop modérés, l’armée française riposte par des représailles qui feront plus de 1.200 morts selon un bilan officiel que conteste le FLN. Le 15 septembre 1955, plus de 450 militants nationalistes sont arrêtés en métropole, alors que les Renseignements Généraux tentent de comprendre les raisons de la concurrence entre le FLN et le MNA, Mouvement Nationaliste Algérien créé clandestinement à la fin de l’année précédente par Messali Hadj 20.

19 Monique Hervo Chroniques du bidonville : Nanterre en guerre d’Algérie Seuil 2001
20 L’apparition du FLN prend de cours les autorités métropolitaines qui disposent de davantage de renseignements sur le MNA. La rivalité des deux organisations va se traduire dans les grandes villes de France par de nombreux affrontements et règlements de compte. C’est Mohamed Boudiaf qui sera un éphémère président algérien dans les années 90 qui tente d’organiser le FLN en France. Plus de 20.000 hommes vont quitter la métropole pour aller s’engager dans les rangs de l’ALN, Armée de Libération Nationale.

La gravité des évènements incite un certain nombre d’intellectuels à informer par voie de presse l’opinion publique sur ce qui se passe vraiment de l’autre côté de la Méditerranée. Edgar Morin, François Mauriac, Jean-Paul Sartre et bien d’autres marquent leur opposition à cette « pacification ».

L’escalade se poursuit avec le rappel des appelés du contingent dès la fin de l’année 1955. Le terrorisme urbain se développe et la tension augmente da ns les grandes villes notamment après l’assassinat le 28 décembre 1956 d’un des représentants les plus ultras de l’Algérie Française, Amédée Froger, maire de Boufarik. Aux attentats succèdent des représailles qui provoquent d’autres attentats eux-mêmes réprimés. Jusqu’à l’arrivée des paras du général Massu qui vont engager la « Bataille d’Alger » gagnée par l’armée au prix de renoncements constants aux valeurs prétendument défendues par elle. Tous les moyens sont bons pour obtenir des renseignements et pour éliminer le FLN et ses soutiens.

Le 28 mars 1957, le général Paris de Bollardière21 publie une lettre dans le magazine l’Express dans laquelle, réprouvant les méthodes utilisées par les hommes de Massu, il réclame à être relevé de son commandement. Condamné à 6 mois de forteresse, ce héros de la France Libre sera le seul officier supérieur à dénoncer la torture et les méthodes expéditives employées à Alger et ailleurs. Le 24 septembre 1957, la bataille d’Alger prend fin avec l’arrestation de Yacef Saadi chef des réseaux FLN de la capitale algérienne.

La 4ème république s’achève avec la crise du 13 mai 1958. A Alger des milliers de manifestants pour l’Algérie Française prennent d’assaut le gouvernement fédéral entraînant la création d’un comité de salut public. Le général Massu chapeaute ce mouvement et se laisse convaincre par les gaullistes algérois de demander au général De Gaulle d’intervenir.

Le 1er juin 1958, ce dernier est investi par l’Assemblée Nationale des pleins pouvoirs pour préparer une nouvelle constitution. Le 4 juin , la foule algéroise acclame celui qu’elle considère comme le sauveur de l’Algérie Française. Pendant ce temps, les intellectuels sont de plus en plus nombreux à dénoncer l’usage quotidien de la torture dans le conflit. A l’occasion de la saisie du livre d’Henri Alleg « La question », André Malraux, Roger Martin du Gard, François Mauriac et Jean-Paul Sartre lancent une pétition sommant le gouvernement de condamner sans équivoque l’usage de la torture. Dans le même temps, le FLN s’attaque au territoire français à l’occasion d’une vague d’attentats visant notamment les sites pétroliers, comme à Toulouse le 25 août 1958.

21 Général de brigade et grand officier de la Légion d’Honneur, il publie cette lettre en soutien à un de ces anciens subordonnées, Jean-Jacques Servan-Schreiber dont le journal vient d’être saisi suite à la publication de son propre témoignage de Lieutenant rappelé en Algérie.

Contrairement à ce que pensait la foule qui fit un triomphe au général De Gaulle quelques mois auparavant, le président de la nouvelle 5ème république prépare la sortie du conflit en proclamant tout d’abord le droit à l’autodétermination des Algériens, le 16 septembre 1959. Puis un an plus tard au cours d’un voyage houleux en Algérie il évoque la possibilité de la création d’une « république algérienne qui aura ses institutions et ses lois ». Une véritable provocation pour le FAF, Front de l’Algérie Française 22, qui après avoir tenté de soulever Alger au début de l’année 1960, attend De Gaulle avec une grève générale. Et le 10 décembre, la surprise vient de la population musulmane elle- même qui manifeste son soutien aux propos de De Gaulle. C’est une véritable marée humaine à peine encadrée par le FLN qui descend dans la rue et affronte les partisans de l’Algérie Française. Une centaine de morts et des centaines de blessés seront comptabilisés au soir de cette journée.

En métropole, l’insoumission et le refus de la guerre s’affiche désormais au grand jour, à l’occasion d’une tribune publiée dans le journal Le Monde et surtout au cours du procès des « porteurs de valises », réseau de soutien au FLN dirigé par Francis Jeanson.

1961 sera marqué par deux évènements d’importance. Tout d’abord la tentative de putsch emmené par les généraux Zeller, Jouhaud, Salan et Challe qui font le serment de conserver l’Algérie coûte que coûte. La réaction de De Gaulle à la télévision, le soir du 23 avril, est virulente. Dénonçant le « quarteron de généraux à la retraite » et « un groupe d’officiers partisans, ambitieux et fanatiques », le président fait appel à la désobéissance des soldats et des officiers patriotes. Le complot échoue et les putschistes sont arrêtés. Fort de son succès au referendum du 8 janvier, De Gaulle impose sa vision de la sortie du conflit.

Le second événement se déroule du 17 au 20 octobre 1961 dans les rues de Paris23. A l’appel du FLN, des milliers d’Algériens sont appelés à manifester pacifiquement pour protester contre une décision du Préfet de Paris, Maurice Papon, d’imposer un couvre-feu à tous les ressortissan ts algériens. Cette manifestation sera réprimé avec une rare sauvagerie par les forces de l’ordre. Le bilan officiel fera état de 3 morts alors que plusieurs dizaines voire des centaines d’Algériens ont été jetés dans la Seine, matraqués sans relâche et parqués, notamment au Palais des Sports de Paris. Il s’agit de la plus grande rafle qu’ait connu Paris depuis celle du Vel d’Hiv 20 ans plus tôt. Totalement absente de la mémoire collective, cette répression s’est déroulé dans l’indifférence quasi générale quand ce n’est pas avec la complicité des passants prêtant main forte aux policiers se défoulant sur les manifestants.

22 Ce mouvement, créé en juin 1960 par le vice-président de l’Assemblée Nationale Algérienne, refuse toute négociation alors même que les premières discussions secrètes ont été engagées avec Ferhat Abbas.
23 Jean-Luc Einaudi Octobre 61, un massacre à Paris Fayard 2001. Leïla Sebbar La Seine était rouge Éditions Thierry Magnier1999.

Après des mois de négociations, parfois secrètes, les accords d’Evian sont signés le 18 mars 1962 mettant fin et à la guerre d’Algérie et à 132 ans de colonisation française. Alors que les ultras des deux camps multiplient les attentats en France et en Algérie, comme l’assassinat de 6 directeurs de centres sociaux par un commando de l’OAS 24 le 15 mars, De Gaulle et Ben Khedda proclament le cessez le feu applicable dès le 19 mars partout en Algérie. Toutefois ce cessez le feu restera illusoire pendant plusieurs mois encore, l’OAS poursuivant ses actions pour tenter de s’imposer comme le seul pouvoir réel en Algérie. Cette guerre totale fait en core de nombreuses victimes et l’OAS mène également des actions en métropole en tentant d’assassiner le général De Gaulle à plusieurs reprises comme au Petit Clamart le 22 août 1962.

24 Organisation Armée Secrète, créée au lendemain du putsch d’avril 1961, par des militaires (Jouhaud, Salan) ou des politiques (Susini) pour s’opposer par tous les moyens à la politique algérienne de De Gaulle. Rémi Kauffer OAS, Histoire de la guerre franco-française Seuil 2002

Lire le mémoire complet ==> (Mémoires d’Algérie : Année de l’Algérie en France)
Mémoire – DESS – Développement culturel et Direction de projet
Université Lumière Lyon 2 / ARSEC