Savoir professionnel de Schön et Méthode d’analyse des données

By 4 April 2013

4.3 Méthode d’analyse des données

Les livrets de sensibilisation ne sont pas destinés à être analysés. Les entrevues, elles, ont été analysées à l’aide du cadre théorique du savoir professionnel de Schön.

Nous avons suivi les étapes préconisées par les différents auteurs : tout d’abord l’organisation des données, puis leur retranscription intégrale. Vient ensuite l’analyse par codes (Creswell, 2003) ou catégories (Blais & Martineau, 2006) . Comme nos questions étaient en lien avec le modèle du praticien réflexif, nous avons tout d’abord effectué un codage par question (voir annexe 5), puis pour chaque sous-groupe de questions, nous avons recherché les étapes et les constantes du modèle du praticien réflexif. Quelques ajustements ont été nécessaires et sont présentés dans l’annexe 6. Nous avons ainsi isolé des extraits d’entrevues dont la signification permet de comprendre l’expérience selon le modèle de Schön. Le logiciel QDA Miner a facilité la gestion de nos données dans cette étape.

Nous avons ensuite mis en relation les différents extraits codés pour reconstruire l’expérience commune aux participants et dégager ainsi des informations sur le jeu casual à partir de leur rôle, leur façon de recadrer la situation, etc. Les résultats de cette interprétation sont présentés dans le chapitre suivant (Chapitre 5).

La phase d’analyse est suivie d’une phase de théorisation : « le but de l’analyse des données est de produire une théorie » (Deslauriers & Kérisit, 1997, p. 100). À défaut de produire une théorie complète, les chercheurs peuvent proposer des concepts (Deslauriers & Kérisit, 1997), ce qui semble honorable pour un travail de maitrise. Cette phase d’interprétation a été la plus délicate : puisque notre but était d’obtenir une définition, nous avons essayé de synthétiser de façon cohérente les éléments majeurs pouvant servir de base à cette définition. Il a fallu pour cela relier les concepts dits « de l’expérience immédiate » (Deslauriers & Kérisit, 1997, p. 101), c’est-à-dire ceux que les participants ont évoqués (tels que la difficulté dans un jeu), avec des concepts plus distants et plus englobants.

De plus, nous avons veillé à réintroduire les « significant statements » (Creswell, 2003, p. 191) dans notre rapport aussi souvent que possible afin de convaincre nos lecteurs du bienfondé de notre définition finale.

Par ailleurs, les recherches en design d’interactions (Goodman et al., 2011; Stolterman, 2008) rappellent l’importance de produire des théories utilisables par les praticiens. Pour cela la théorie doit être descriptive (rapporter fidèlement la pratique des designers), explicative (affirmer des concepts, des principes et des définitions), générative (permettre de générer de nouvelles recherches ou de nouvelles pratiques, suggérer des innovations) et critique (exposer clairement les paradigmes de recherche afin qu’ils puissent être critiqués et améliorés). Nous avons inclus ces quatre dimensions dans notre mémoire.

4.4 Validité de la recherche

L’approche phénoménologique demande généralement au chercheur de mettre de côté son expérience personnelle du phénomène (Creswell, 2007). Cependant, Creswell souligne que cela est souvent difficile, voire impossible : « Bracketing personal experience may be difficult for the researcher to implement. An interpretative approach to phenomenology would signal this as an impossibility » (Creswell, 2007, p. 63).

La véritable question que doit se poser le chercheur concerne la façon dont sa présence et son expérience interfèrent avec l’étude (Creswell, 2007).

Maxwell (2000) propose des outils pour augmenter la validité d’une recherche. Il identifie trois niveaux de compréhension dans la recherche qualitative : la description, l’interprétation et la théorie. Chaque étape présente des dangers d’invalidité particuliers auxquels nous avons été attentive lors de notre recherche.

Premièrement, pour assurer la fiabilité de la description des données, qui doit être un compte-rendu riche et complet des entretiens menés, il a été aisé d’enregistrer lesdits entretiens sur un magnétophone numérique, puis de les retranscrire intégralement. La présence d’un seul participant à la fois nous a permis de facilement retranscrire les propos tenus. De plus, comme nous avons choisi d’utiliser notre expérience professionnelle de façon transparente en l’évoquant avec les participants, il est aisé de différencier nos assomptions de celles des participants dans les verbatims puisque toutes deux sont formulées explicitement.

Deuxièmement, les invalidités dues à l’interprétation sont un danger majeur dans notre étude. Nous avons donc pris grand soin de différencier nos intuitions des guides qui ont émergé du cadre théorique afin de pouvoir identifier les erreurs dues à des biais personnels de celles provenant de l’approche méthodologique. De plus, nous avons choisi d’utiliser la stratégie de « contrôle par les membres » (Maxwell, 2000) pour vérifier que nous avons correctement compris et analysé les propos des participants. Cela permet aussi de renforcer la relation entre chercheur et praticien. Nous avons utilisé une des procédures suggérées par Blais et Martineau (2006) :

Des copies d’une version préliminaire des résultats, ou de sections spécifiques d’un document, peuvent être fournies aux participants, qui peuvent commenter oralement ou par écrit ce que rapporte le chercheur. Les participants peuvent approuver les catégories ou encore mentionner leur désaccord pour certaines d’entre elles, en appuyant leurs commentaires de justifications concrètes (Blais & Martineau, 2006, p. 14).

Nous avons donc envoyé nos résultats aux participants, et nous leur avons posé quelques questions (voir annexe 8 : Correspondance avec les participants).

Nous reviendrons sur les résultats du contrôle par les membres lors du commentaire des limites de notre étude dans le chapitre 6.

Concernant la théorisation, le principal danger est de ne pas porter attention aux données divergentes et de construire une explication à partir de faits anecdotiques. Notre présentation des résultats montre que nos éléments de théorisation s’appuient sur les témoignages de plusieurs participants. De plus, nous avons utilisé des méthodes de triangulation (Maxwell, 2000) au cours de notre étude, puisque nous avons recueilli nos informations auprès de plusieurs sources et selon des méthodes différentes : une recension des écrits, une analyse d’entrevues semi-dirigées et leur mise en relation avec des jeux casual actuellement sur le marché. Notre théorisation s’inscrit ainsi dans un cadre plus vaste que notre simple étude. Nous souhaitons ainsi proposer une définition généralisable, et nous reviendrons sur ce point dans les limites de notre étude (section 6.4.4).

Lire le mémoire complet ==> (Les casual games : définition à l’aide du savoir professionnel des designers de jeux)
Mémoire présenté à la Faculté des Études Supérieures et Postdoctorales en vue de l’obtention du grade de M. Sc. A. en Aménagement
Université de Montréal – Option Design et Complexité