Résultats de l’étude sur les enseignants en finance en France

By 2 April 2013

2 Les enseignants en finance : quels objectifs et quelles méthodes ?

Le questionnaire envoyé aux 881 professeurs membres sur le site Vernimmen.net est consultable en Annexe 2. En tout 86 professeurs de finance dans l’enseignement supérieur ont répondu à l’étude (les questionnaires de professeurs de comptabilité pure et de l’enseignement secondaire ont été exclu de l’échantillon), parmi lesquelles 69 enseignent en France et 17 dans des établissements à l’étranger (Maroc, Tunisie, Liban, Belgique, Suisse, Roumanie, Royaume-Uni, Etats-Unis, Monaco, Equateur, Algérie). L’étude portera dans un premier temps sur les réponses des professeurs enseignants en France, avant de proposer un élargissement grâce aux questionnaires remplis par des professeurs d’établissements étrangers.

2.1 Résultats de l’étude sur les professeurs en France

2.1.1 Données générales

Les professeurs qui ont répondu au questionnaire ont en moyenne 43 ans (la classe la plus représentée est d’ailleurs celle des 41-45 ans), et 12 ans d’ancienneté.

Ils sont en grande majorité de nationalité française, puisque malgré un questionnaire bilingue seulement cinq (soit 7%) ressortissants d’autres pays (Roumanie, Turquie, Liban, Tunisie, Suisse) ont répondu ; tous sont francophones, et sept ont réalisé la plus grande part de leurs études à l’étranger.

2.1.2 Statut

2.1.2.1 Les établissements représentés

Parmi les 69 répondants de France, 35 (51%) donnent des cours en universités, 27 exercent en école de commerce ou d’ingénieurs, et sept (10%) sont employés dans les deux types d’établissements – où ils dispensent parfois les mêmes cours, témoignant de la fragilité de la frontière qui sépare les différentes institutions. Les établissements représentés sont bien sûr les écoles et universités déjà étudiées en première partie, auxquelles s’ajoutent le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers), l’ISG (Institut Supérieur de Gestion, école de commerce parisienne), le MBA Center de Paris (qui prépare au CFA ® – Chartered Financial Analyst ®), l’ISTOM (Ecole d’ingénieur en Agro-développement international), l’Istitut Supérieur Européen de Gestion et le Centre de Formation de la Profession Bancaire.

2.1.2.2 Profil des professeurs vacataires et associés

Parmi les 26 professeurs vacataires et associés, seuls deux n’exercent pas d’activité professionnelle : un professeur associé en voie de titularisation et un jeune enseignant préparant un doctorat. Les professions fortement représentées sont les professions bancaires (Directeur et Sous-directeur d’agence, Directeur Général de banque, financement d’actifs, gérant de portefeuille, gérant de fonds, analyste financier) et le conseil (quatre consultants financiers). Trois Directeurs Financiers d’entreprises, un commissaire aux comptes et un gérant de holding familial ont en outre répondu à l’enquête. Leurs diplômes sont naturellement très variés : on trouve en effet deux diplômés de Sciences Po, cinq HEC, un diplômé de l’EAP, trois experts comptables, et des diplômes universitaires français et américains en finance, gestion de patrimoine, contrôle de gestion mais aussi commerce international. Trois professeurs associés mènent des travaux de recherche, dont deux aspirent probablement à acquérir le statut de professeurs permanent ; enfin seuls cinq professeurs vacataires sont présents en recherche, dont deux sont en cours de doctorat et trois exercent en parallèle des activités indépendantes de conseil.

2.1.2.3 Profil des professeurs permanents

Sept des 43 professeurs permanents ayant renvoyé le questionnaire déclarent exercer une activité de conseil en plus de leur activité d’enseignement, et six d’entre eux seulement (dont quatre à l’université) ne sont pas titulaires de Doctorat : ils ont des Diplôme d’Expertise Comptable, Master 2 en Recherche, DEA ou DESS, ou encore l’agrégation. Enfin seulement cinq professeurs permanents, universités et grandes écoles confondues, sont titulaires de diplômes de grandes écoles (ICN Nancy, EDHEC, ESCP, Polytechnique et ENSAE).

Dix (21%) professeurs permanents (dont quatre en école de commerce) ne mènent aucun travail de recherche. Parmi les 32 autres, 19 déclarent consacrer plus d’un tiers de leur temps à ces activités (ce seuil d’un tiers a été choisi en lien avec la moyenne de 32% de proportion de temps consacré à la recherche par les enseignants chercheurs dans le rapport de David Courpasson et Zied Guedri : « Professeurs de Management en France : Une Communauté ? Quelle(s) Communauté(s) ».

2.1.3 Gestion du personnel enseignant

2.1.3.1 Recrutement

Professeurs permanents

Il existe bien sûr une différence essentielle entre universités et grandes écoles en ce qui concerne le recrutement des professeurs : alors que les écoles embauchent elles-mêmes leurs intervenants et de leur propre initiative, le recrutement des professeurs chercheurs pour les universités est avant tout dépendant du Ministère de l’Education Nationale.

Comme l’explique le service du recrutement de l’Université du Havre, une université qui a un poste de professeur vacant ou souhaite en créer un s’adresse au Ministère qui décide de publier l’information au Journal Officiel ; des candidats à la mutation ou au recrutement sont alors reçus par des commissions de spécialistes internes à l’université, mais ou siègent également parfois des personnels d’autres établissements. Cinq personnes sont ensuite choisies et classées, et l’affectation finale dépend des vœux qu’elles ont exprimés. Des détachements d’enseignants du second degré peuvent aussi avoir lieu, également choisis à la suite de commissions dans lesquelles siègent le directeur de l’unité d’enseignement et d’autres enseignants de la discipline ; ces professeurs peuvent retourner exercer au lycée dés qu’ils le souhaitent.

Dans les écoles de commerce le processus est propre à chaque établissement :

– HEC a adopté un mode de recrutement et de titularisation calqué sur le modèle américain : la « tenure track » impose deux périodes d’essai de trois ans à un nouveau recruté (et qui a pour cela préalablement rencontré l’intégralité des professeurs du Département Finance) avant d’être titularisé.

– A l’ESSEC environ 60 candidatures sont reçues pour chaque poste ; 20 candidats sont sélectionnés pour passer des entretiens et quatre ou cinq participent à un séminaire dans les locaux de l’Ecole au cours duquel ils rencontrent les membres du Département Finance, le Doyen, des membres d’autres départements avant qu’une recommandation ne soit faite au Directeur Général. Avant d’obtenir le grade de « Professeur » le nouvel arrivant sera « Assistant » pendant quatre ans puis « Associé » jusqu’à la sixième année environ.

– De manière relativement similaire, un candidat au poste de professeur permanent à l’ESC Lille devra passer des entretiens avec le Responsable du Département Finance (qui prend une décision en concertation avec les autres membres du Département), le Directeur de la Recherche, le Directeur des Moyens (Ressources Humaines) et le Directeur de l’Ecole.

Professeurs vacataires

Dans les grandes écoles comme dans les universités, le recrutement des professeurs vacataires se fait généralement selon un processus beaucoup moins formel : des candidatures spontanées de professionnels souhaitant enseigner sont reçues par les responsables d’enseignement en finance, en plus ou moins grand nombre selon la renommée de l’établissement. Mais la plupart des contrats reposent sur les réseaux et le bouche à oreille ; lorsqu’ils ont identifié un besoin spécifique les recruteurs peuvent également s’adresser aux associations professionnelles de leur région.

Turn-over

Le turn over est bien sûr relativement élevé pour les professeurs vacataires (professeurs ou cours qui ne conviennent pas, évolutions de carrières professionnelles,…). Jose-Miguel Gaspar, responsable du Département Finance de l’ESSEC, parle d’une proportion flottante de 20 à 40% (mais ne représentant que 10% des heures de cours).

En revanche tous les responsables de programmes universitaires avec qui je me suis entretenue, ainsi que Pascal Grandin de l’ESC Lille, mentionnent des taux de turn over faibles sur les professeurs permanents (deux changements par an sur 50 professeurs à l’IUP Banque Finance Assurance de l’Université de Caen par exemple). Cependant Benjamin

Williams, de l’Université de Clermont-Ferrand, estime que ces proportions devraient s’accentuer pour des raisons salariales, le marché international proposant aux professeurs de finance reconnus des conditions souvent plus compétitives qu’en France. C’est d’ailleurs le problème auquel font déjà face HEC et l’ESSEC, plusieurs professeurs de finance ayant déjà quitté ces écoles pour rejoindre des institutions étrangères.

2.1.3.2 Quelle autonomie pour les professeurs de finance dans l’organisation de leurs cours ?

Sur une échelle de un à cinq, les professeurs interrogés évaluent la liberté qui leur est laissée par leur établissement de définir leurs cours à 1,90 (le chiffre un codant « tout à fait libre » et le chiffre cinq « tout à fait contraint »). Sur 154 cours de finance répertoriés,

81 (52,6%) sont définis tout à fait librement par les professeurs qui les dispensent, ce qui est relativement cohérent avec les informations recueillies en entretiens : beaucoup de responsables de programmes parlent en effet de « cahier des charges » définis par des collèges de professeurs, laissant individuellement de l’autonomie aux enseignants pour mettre en place le plan d’enseignement et leurs méthodes.

Si les enseignants se sentent donc en général plutôt libre d’organiser leurs cours, de plus fortes contraintes s’exercent sur eux lorsqu’ils enseignent dans le cadre de la préparation d’examens (DCG, CFA), ou s’ils enseignent des cours de tronc commun en première et seconde années d’école de commerce : le plus souvent ces cours sont enseignés par plusieurs professeurs qui doivent tous suivre un schéma et des méthodes très précises, la production des supports de cours étant centralisée pour tous les élèves. On observe d’ailleurs le même phénomène dans les universités : plus le cours intervient tard dans les études, avec un niveau de spécialisation élevé, plus le professeur qui l’administre est autonome dans le choix du plan et des méthodes employées.

Enfin une légère différence existe entre les professeurs permanents et vacataires, avec des moyennes de 1.44 et 2.15, ce qui est cohérent avec le propos de Monsieur Jose-Miguel Gaspar de l’ESSEC, qui m’a indiqué que les professeurs vacataires n’étaient jamais en charge de définir des plans de cours dans son école.

2.1.3.3 Evaluation

Si les résultats du questionnaire quantitatif semblent indiquer que l’évaluation par les élèves n’est pas encore tout à fait généralisée puisque onze professeurs sur 55 déclarent ne pas en faire l’objet (dans les universités bretonnes et parisiennes en particulier), tous les responsables de programmes et de départements auxquels j’ai parlé m’ont indiqué que des évaluations étaient systématiquement remplies à la fin des cours par tous les élèves. Elles sont ensuite revues par le responsable du programme (Monsieur Jacques Olivier pour le Mastère Finance Internationale d’HEC par exemple) ou un groupe de travail spécifiquement créé (Master d’économie et management à l’Université de Saint-Etienne). Les résultats sont ensuite transmis aux professeurs – ou simplement tenus à leur disposition.

Dans les grandes écoles comme dans les universités, il semble que les conséquences d’une mauvaise évaluation ne se fassent pas attendre pour un professeur vacataire, à qui l’on demande de modifier son plan de cours, ses méthodes ou tout simplement de cesser ses interventions dans l’établissement. En ce qui concerne un professeur en voie de titularisation (à HEC par exemple lors de la Tenure Track), des mesures correctrices peuvent également être prises. Mais c’est bien sûr beaucoup plus compliqué lorsqu’un professeur permanent est concerné. Si certains responsables de programmes universitaires disent avoir suffisamment de pouvoir pour demander à des professeurs de ne plus intervenir sur leur diplômes, la plupart ont peu de marge d’action.

2.1.3.4 Spécialités

Sur les 69 enseignants représentés, 35 disent enseigner en finance d’entreprise exclusivement, huit la finance de marché, et 26 dans les deux matières. On trouve ainsi des professeurs donnant à la fois des cours de « Théorie du portefeuille » et d’ « Analyse financière », ou de « Corporate Finance » et « Quantitative Finance ». Et il s’agit aussi bien de cours d’introduction que de cours d’approfondissement, de niveaux Bac+3 à Bac+5.

L’Enseignement de la Finance en France
Mémoire de recherche
HEC Paris – Majeure Finance