Objectifs et priorités des professeurs de finance en France

By 3 April 2013

2.2 Leurs objectifs et leurs priorités

Le questionnaire envoyé posait deux questions ouvertes aux professeurs : « Qu’est- ce qui selon vous caractérise l’enseignement de la finance en France ? » et « En tant que professeur de finance, quelles sont vos motivations et priorités ? ». Les réponses à ces deux questions sont riches d’enseignement sur la perception par les professeurs de leur métier, et font apparaître les problématiques principales liées à l’enseignement de la finance en France aujourd’hui.

2.2.1.1 Opinions sur l’enseignement de la finance en France

Un enseignement trop morcelé ?

Plusieurs professeurs regrettent que la séparation, selon eux trop forte, existant au sein des établissements entre finance d’entreprise (« que s’approprient les comptables » – un enseignant parle d’ailleurs de la séparation entre « finance quantitative et finance comptabilité ») et finance de marché (« que s’approprient les économistes »). Ainsi selon Monsieur Christophe Torset, enseignant au CNAM, « l’enseignement de la finance est historiquement scindé en deux branches difficilement réconciliables : l’approche économique et l’approche comptable. Les deux perspectives sont complètement légitimes, mais elles ne communiquent pas suffisamment. »

Sur 35 professeurs ayant répondu à la question, quatre (soit 11,4%) ont exprimé ce point de vue.

Niveau des élèves

Deux professeurs regrettent le manque d’implication des élèves ou la difficulté de leur faire comprendre la nécessité de préparer les cours, et un autre souligne le « calvaire » que peut représenter un cours mené face à une classe hétérogène.

Si le sentiment de classes parfois trop hétérogènes semble assez répandu parmi les autres répondants (la moyenne des réponses à la question « Trouvez-vous le niveau de vos élèves très hétérogènes lorsqu’ils commencent vos cours ? » est de 2,7 sur 5, le 5 codant

« Absolument »), et ce particulièrement en finance de marché (2,9), celui d’une implication défaillante des élèves l’est moins : la moyenne obtenue est de 2,2 sur 5 (« 1 » signifiant que le professeur est pleinement satisfait de la participation de ses étudiants), et seulement douze réponses (soit moins de 8%) sont supérieures à 4. Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette satisfaction augmente avec le niveau d’études (de 2,3 à Bac+3 à 1,9 à Bac+5), les élèves se montrant probablement plus enclins à travailler pour des matières dans lesquelles ils ont eux-mêmes choisi de se spécialiser.

Un enseignement trop théorique ?

Même si trois professeurs reconnaissent la qualité de l’enseignement français, cette question semble clairement diviser la communauté des enseignants en finance. En effet sur 35 répondants, 17 (parmi lesquels environ la moitié de professionnels alors qu’ils ne représentent que 37% du total des répondants) disent juger l’enseignement financier en France « trop théorique », « trop formel » ou « trop académique ». Au contraire, quatre réponses le qualifient de « pragmatique », louent de riches apports théoriques ou jugent qu’il réussi à établir un pont idéal entre théorie et pratique. A ce sujet trois professeurs se réfèrent d’ailleurs au modèle anglo-saxon alors qu’un autre regrette le suivisme français de la méthode américaine.

2.2.1.2 Motivations et priorités

Cet équilibre fragile entre théorie et pratique trouve d’ailleurs un écho dans la seconde question, puisque presque tous les enseignants y font référence dans la description de leurs priorités : trois d’entre eux insistent sur la volonté de permettre à leurs étudiants de maîtriser des théories et des concepts qu’ils n’auront plus le temps d’apprendre dans leur vie professionnelle ; 17 autres souhaitent au contraire dispenser un enseignement profondément opérationnel alimenté par des cas réels et concrets afin que leurs étudiants soient familiarisés à leur futur métier et trouve facilement un emploi. Il s’agit d’ailleurs plus souvent de professeurs issus du monde de l’entreprise (cinq d’entre eux mentionnant parmi leurs motivations le partage d’expérience avec les élèves). Enfin onze enseignants expriment leur volonté de trouver le bon équilibre entre théorie et pratique, en associant aux grands principes de la culture financière des applications concrètes et réelles pour la compréhension du monde de l’entreprise. Finalement un professeur résume la situation en estimant que la nature des cours dispensés dépend beaucoup de l’équipe enseignante ; un professionnel regrette d’ailleurs que trop de cours soient assurés par des chercheurs tandis que quatre professeurs chercheurs ne mentionnent que l’aspect recherche dans leurs priorités.

Autre témoin de ce clivage, la question sur la proportion de cours consacrée à la théorie donne des résultats entre 5 et 100%, avec une moyenne de 49% et un écart-type de 23%.

Les autres motivations mentionnées sont moins polémiques : c’est ainsi que six professeurs déclarent souhaiter développer l’esprit critique de leur auditoire, alors que quatre disent tout simplement vouloir leur donner le goût de la finance.

L’Enseignement de la Finance en France
Mémoire de recherche
HEC Paris – Majeure Finance