Le binge-drinking : une tendance plutôt masculine

By 17 April 2013

7- Une tendance plutôt masculine

A la lumière des analyses précédentes, on peut entrevoir que le binge-drinking est une pratique plutôt masculine. Ce qui, dans une certaine mesure, n’est pas faux. Mais, cela ne veut pas pour autant laisser entendre que parmi tous les étudiants binge-drinkers, il n’y a pas des étudiantes. Il existe bien des filles qui pratiquent le binge-drinking, même si elles ne sont pas nombreuses. Cela dit, il reste que la place des filles dans le phénomène de la défonce est très différente de celle qui est d’habitude propre aux garçons. En effet, elles y occupent des rôles plutôt secondaires, résiduels et donc moins actifs et moins impliqués.

En effet, nous pouvons même dire que la plupart du temps, les filles participent aux beuveries par procuration. Elles jouent d’habitude le rôle de spectatrices, de supporters ou même de juges. Ce sont elles qui, pendant les concours, les défis et les jeux liés à la défonce, encouragent les candidats par leurs cris et leurs applaudissements. Il faut aussi noter que si les garçons se défoncent ainsi, c’est d’une part pour attirer l’attention des autres et surtout des filles. Certains binge-drinkers font souvent allusion aux vertus désinhibantes de l’alcool qui détend l’ambiance et surtout facilite les « chopes » (les contacts fille/garçon) dans la mesure où celui qui boit le plus est le plus « cool », le plus « fun ».

L’autre aspect qui témoigne de la place qu’occupent les filles est le rôle de « capitaine de soirée » : ce sont elles qui sont souvent désignées pour conduire les fêtards à la soirée et les ramener chez eux, après. Elles doivent aussi en quelque sorte veiller à leur sécurité :

– « Oui, il y a deux filles mais c’est vrai qu’elles ne font pas comme nous, elles sont plus sages (rires). […]C’est que y’en a toujours un ou deux qui doivent ramener les autres. Comme ça c’est plus sûr, on n’a pas d’ennui. La plupart du temps c’est les copines qui arrangent ça. » (L., 20 ans, étudiant en 2ème année de médecine).

1 C’est un concept de la philosophie grecque qui souligne le paradoxe selon lequel un individu peut être pleinement conscient du danger et des risques liés à son action tout en continuant à l’exercer voire à la répéter.

Il faut noter que si ce rôle est souvent plus réservé aux filles, c’est parce qu’être capitaine de soirée requiert d’être « attentionné », organisé, etc. Alors, y aurait-il du sexisme dans la défonce ? D’autant plus que la relégation des filles au second plan, dans le binge-drinking, est souvent justifiée par les arguments classiques selon lesquels « elles ne tiennent pas bien l’alcool » et qu’une fille défoncée, « ce n’est pas beau à voir », ce n’est pas « fun ».

Le fait que les filles ne sont pas nombreuses parmi les binge-drinkers rend un peu superficielle et succincte notre analyse de la défonce en terme de genre. En effet, nous ne disposons que d’un seul entretien effectué avec une fille binge-drinker et, cela ne nous permet pas d’aller plus loin dans ce sens. Toutefois, nos observations ainsi que l’exploration des blogs et forums vont dans le sens suivant : le binge-drinking est plutôt réservé aux garçons dans la mesure où les filles sont peu à le pratiquer et qu’elles occupent des rôles secondaires et résiduels dans les séances de défonce. On remarque aussi (dans les blogs et les sites des associations étudiantes) que les filles sont moins « fières » de leurs cuites que les garçons : elles en parlent peu, les exposent peu et ce sont elles qui, une fois sorties du contexte festif, formulent les critiques les plus vives à l’égard du phénomène. A ce propos, nous pouvons encore donner l’exemple de Twitter, citée dans la partie précédente. En effet, dans son blog, elle avoue participer aux beuveries des soirées organisées dans son école; ce que viennent confirmer les réactions de ses amis. Cependant, tous les éléments qu’elle y a publiés et qui sont en rapport avec le binge-drinking ne sont que des articles qui viennent dénoncer le phénomène en général et les alcooliers en particulier. On n’y retrouve aucune photo d’elle défoncée. Et pourtant, selon les réactions de ses amis (Kinji et Laure) à propos d’un article qu’elle a publié, il existe bien des photos sur lesquelles on pourrait la voir dans un état comateux, notamment celle où elle est « dans les toilettes, à moitié morte » et « dépantalonnée ».

Ainsi nous pouvons dire, comme nous nous y attendions, que le binge-drinking, comme tous les comportements à risque, est surtout une pratique masculine. Cela pourrait avoir un rapport avec la sexuation de la socialisation dont les résultats commencent à s’observer empiriquement dès l’enfance et s’accentuent notamment à partir des périodes de l’adolescence et de la « postadolescence ».

Lire le mémoire complet ==> (Jeunes et Alcool : le binge-drinking en milieu étudiant)
Rapport final du mémoire – Master1 Sociologie
Université Victor Segalen – Bordeaux 2 – Département de Sociologie Faculté des Sciences de l’Homme