La reconnaissance des émotions chez l’enfant

By 28 April 2013

b. Les capacités discriminatives de l’enfant

Les études portant sur la reconnaissance des émotions chez l’enfant indiquent que les compétences de décodage des expressions faciales émotionnelles se développent tout au long de l’enfance.

** Au niveau de la catégorisation de l’émotion

Le développement du langage à partir de 2 ans apporte davantage d’informations quant aux compétences de reconnaissance des émotions chez l’enfant.

Pour étudier l’aptitude à catégoriser les expressions faciales c’est à dire pouvoir les reconnaître et mettre un mot sur l’émotion, les auteurs utilisent deux méthodes :
– La tâche de jugement à choix forcé : les participants choisissent parmi plusieurs expressions faciales celle qui correspond à un terme émotionnel donné ou bien parmi différents termes ils choisissent celui qui correspond à une expression faciale donnée.
– La tâche d’étiquetage libre : les participants citent spontanément un terme émotionnel correspondant à une expression faciale. Par cette technique, les résultats montrent que la catégorisation se fait à un rythme plus lent.

Dès la 2eme année, l’enfant utilise des adjectifs se rapportant à la joie et à la tristesse. Au cours de la 3eme année il peut employer des adjectifs concernant la colère et la peur pour commenter ses propres états internes mais aussi ceux d’autrui (Wellman, Harris, Banerjée et Sinclair, 1995, In Gosselin, 2005).

Dans l’étude de Widen et Russell (In Gosselin, 2005) la performance des enfants de 3 ans est meilleure pour la joie, la tristesse et la colère. A 4 ans la majorité des enfants nomment correctement l’expression de peur et environ 50% nomment celle de surprise. L’expression de dégoût est problématique même pour les enfants de 5 ans.

Gosselin (1995) affirment que les enfants de 7 et 8 ans parviennent à bien catégoriser toutes les émotions fondamentales. Néanmoins, les expressions de joie, de colère et de tristesse sont mieux reconnues que celles de peur, de surprise et de dégoût. Il précise que l’accroissement du taux de reconnaissance est lié à la diminution des confusions de type surprise-joie, surprise-peur et dégoût-peur ; les erreurs peur-surprise et peur-tristesse restent fréquentes.

Ainsi la différenciation des termes désignant les émotions est un processus qui s’étant sur presque toute la durée de l’enfance. Cette capacité de reconnaissance augmente suivant l’âge et varie selon l’émotion.

L’augmentation du nombre de catégories émotionnelles et la diminution du champ d’application pour chacune serait à l’origine du développement du vocabulaire émotionnel.

Lorsqu’on demande à des enfants d’expliquer ce qu’est une émotion comme la joie, la colère, la peur ou la tristesse, les enfants de 3 et 4 ans évoquent une situation concrète pouvant provoquer cette émotion.

Ce n’est qu’à partir de 10 ans que l’enfant parvient à définir l’émotion en tant qu’état mental et qu’il précise ce qui est ressenti intérieurement.

** Au niveau du jugement de la sincérité de l’émotion

Le fait que l’expression émotionnelle puisse être contrôlée ajoute à la complexité de la communication. Le décodeur doit pouvoir considérer la sincérité de l’expression émotionnelle pour s’ajuster dans la relation et éviter d’être manipulé à ses dépens.

Pour juger de la sincérité, il faut d’une part concevoir que l’expérience subjective de l’émotion (l’émotion réelle) est distincte de l’expression (l’émotion apparente) et d’autre part être capable de décoder les subtilités qui distinguent l’expression authentique d’une expression produite volontairement (Gosselin & Chartrand, 2005).

Une méthode d’évaluation par des échelles visuelles montre que les enfants commencent à distinguer les émotions réelles des émotions apparentes vers 3 et 4 ans. Cependant lorsque la méthode d’évaluation requiert des explications, la performance des enfants d’âge préscolaire est moins marquée. En effet peu d’enfants ont tendance à expliquer la discordance en faisant mention du phénomène de dissimulation avant l’âge de 10 ans, avant les enfants invoquent l’absence physique de la personne (In Gosselin, 2005).

Ainsi il semble que la notion de dissimulation émotionnelle s’élabore lentement et ne devienne explicite qu’à la fin de l’enfance.

L’une des difficultés à laquelle est confronté le décodeur est le fait que les indices révélateurs de l’authenticité sont subtils et inconstants. Cette aptitude requiert donc un haut niveau d’expertise et elle n’est probablement pas présente chez les jeunes enfants.

Ekman et coll. trouvèrent que les faux sourires comportent un certain degré d’asymétrie, toutefois cette asymétrie est généralement très légère et occasionnelle. De plus ils rapportèrent que l’UA cheek raiser (éleveur des joues) est activée moins souvent lorsqu’une personne veut donner l’impression d’être contente que lorsqu’elle l’est réellement (In Gosselin & Chartrand, 2005).

Dans une étude Gosselin & Chartrand (2005) présentent à des enfants et à des adultes des sourires avec divers degrés de ressemblance avec des sourires authentiques. Les participants doivent simplement dire si la personne qui sourit donne l’impression d’être vraiment contente ou si elle fait semblant d’être contente. Les résultats montrent que les enfants âgés de 6 et 7 ans sont incapables de juger correctement les sourires. Les enfants de 9 et 10 ans ainsi que les adultes sont sensibles à la présence de l’UA cheek raiser, mais non à la symétrie des sourires.

Ces auteurs ont également cherché si les enfants et les adultes peuvent détecter les signes subtils de la colère lorsque cette émotion était masquée par un sourire. Ils présentent à des enfants âgés entre 6 et 12 ans et à des adultes des sourires authentiques et des sourires de masquage avec une composante de la colère. Les résultats montrent que le groupe le plus jeune est sensible à la présence de la composante de la colère. Comme les enfants de 11 et 12 ans et les adultes, ils ont moins tendance à dire que la personne était vraiment contente quand le sourire comprenait cette composante. Par contre seuls les adultes sont en mesure de dire que l’émotion masquée par le sourire est la colère.

Actuellement les recherches dans ce domaine de dissimulation n’ont jamais porté sur l’aptitude de l’enfant à juger de la sincérité de l’expression des autres émotions.

L’accroissement de la reconnaissance des expressions faciales peut s’expliquer soit par l’affinage des capacités discriminatives perceptives, en effet l’enfant deviendrait graduellement plus sensible aux composantes faciales qui distinguent les émotions, ou s’expliquer soit par une meilleure différenciation des différentes expériences émotionnelles, en effet avec l’âge l’enfant distinguerait mieux les caractéristiques subjectives des expériences émotionnelles.

Age Capacités de reconnaissance émotionnelle Etudes originelles
Qq jours Réactions d’imitation immédiate Meltzoff & Moore, 1983
3 mois Distinction expression de joie/expression neutre Kuchuk, Vibbert et Bornstein, 1986
Distinction expression de joie/expression de surprise Young-Browne, Rosenfeld et Horowitz, 1977
4 mois Distinction expression de joie/expression de colère Labarbera, Izard, Vietze et Parisi, 1976
5 mois Distinction expression de colère/expression neutre Wilcox et Clayton, 1968
7 mois Distinction meilleure pour joie que pour peur Bornstein et Arterberry, 2003
8-9 mois Modulation du comportement en fonction de l’expression faciale maternelle Boccia et Campos, 1989
12 mois Klinnert, 1984
Hertenstein et Campos, 2004

Sorce et al. 1985

2 ans Utilisation d’adjectifs en rapport avec joie et tristesse Wellman, Harris, Banerjée et Sinclair, 1995
3 ans Utilisation d’adjectifs en rapport avec colère et peur Wellman, Harris, Banerjée et Sinclair, 1995
Nomination de joie, tristesse, colère Widen et Russell, 2003
3-4 ans Définition de l’émotion comme une situation concrète

provoquant cette émotion

Cartron-Guérin et Réveillant, 1980
Distinction émotion réelle/émotion simulée
4 ans Utilisation d’adjectifs en rapport avec surprise Widen et Russell, 2003
Nomination de peur et surprise
7-8 ans Catégorisation de toutes les émotions fondamentales Gosselin, 1995
9-10 ans Distinction sourire authentique/sourire faux Gosselin et coll., 2002
10 ans Définition de l’émotion comme état mental et ressenti

intérieur

Cartron-Guérin et Réveillant, 1980
Appréciation du phénomène de dissimulation

émotionnelle

Frye, 2000
12 ans Distinction des signes de la colère dans une émotion

masquée par un sourire

Gosselin et coll., 2002

Construction d’une échelle d’évaluation des capacités de reconnaissance des expressions faciales émotionnelles
Mémoire en vue de l’obtention du Diplôme d’Etat de Psychomotricien – Institut de Formation en Psychomotricité
Université Paul Sabatier -Faculté de Médecine Toulouse Rangueil