La crise automobile en France… à qui profite la crise ?

By 7 April 2013

1.1.3 La crise automobile en France…

Cette crise se traduit en France par une brutale et soudaine récession du secteur de l’automobile. C’est la première fois depuis la guerre que l’industrie automobile est tant bouleversée par les évènements de 1973 et 1980.
Cette crise se traduit en France par une brutale et soudaine récession du secteur de l’automobile
Source : C.S.C.A

Pour faire face au premier choc pétrolier de 1973, chez Renault, Pierre Dreyfus décide de contrer cette récession en adoptant une stratégie de diversification. L’objectif de Renault étant de réaliser 50 % du chiffre d’affaire en dehors du secteur de l’automobile. Cette stratégie ne s’avère que très peu efficace du fait que tous les secteurs sont stagnants en cette période de récession. Chez PSA, on opte pour une stratégie d’automatisation du processus de fabrication malgré une préférence pour l’utilisation en masse de la main-d’œuvre étrangère.

Le second choc pétrolier de 1979 entraînera de lourde perte pour les deux constructeurs : 8,5 milliards de francs pour PSA entre 1980 et 1984 ; et 33 milliards pour Renault sur la période de 1981 à 1986. Pour subsister, Renault doit emprunter et cumuler les dettes : 62 milliards de francs de dettes contre un chiffre d’affaires de 110 milliards2. Afin de sortir de cette crise, on préfère renouveler les dirigeants.

La croissance fulgurante qu’a connue l’industrie automobile depuis ses débuts est belle et bien terminée. Entre 1956 et 1976, le parc automobile français passe de 3 millions de véhicules à 14 millions, multipliant ainsi par 4,6 en trente ans le nombre de véhicules en France. Depuis la crise, ce parc automobile a tout juste été multiplié par deux en 25 ans. Le parc automobile français passant entre 1976 et 2005 de 14 millions de véhicules à 31 millions.

calculs réalisés d’après les données du comité des constructeurs français d’automobiles
Sources : calculs réalisés d’après les données du comité des constructeurs français d’automobiles

2 « Citroën, Peugeot, Renault et les autres… » LOUBET Jean-Louis, éd. E.T.A.I., 2002

Toutefois, même si une croissance ralentie du secteur automobile permet d’accroître le parc automobile français, les constructeurs français ne profitent que très peu de cette croissance. En effet, le nombre de véhicules des constructeurs français composant le parc automobile français n’a que très peu évolué. Contrairement aux constructeurs français, les marques étrangères ont su profiter de cette période de forte récession.

La crise automobile en France… à qui profite la crise ?
Source : calculs réalisés d’après les données du comité des constructeurs français d’automobiles

1.1.4 À qui profite la crise ?

À la différence des constructeurs Américains et Européens, les industriels japonais combattent la première crise de 1973 en investissant massivement dans la productivité et l’exportation, se créant ainsi un fort avantage concurrentiel. L’arrivée de ces nouveaux concurrents sur les marchés automobiles mondiaux dans les années 1980 a constitué un facteur important de la crise des constructeurs français.

Profitant de l’instabilité de l’industrie automobile qui règne à la fin des années 1970, les constructeurs japonais ont connu un rapide essor grâce aux exportations mondiales.

Celles-ci passant de 15 % à 25 %3 au cours de la décennie 70, entraînant ainsi l’augmentation de leur taux de pénétration dans les pays d’Amérique du Nord et d’Europe.

Évolution des parts de marché des marques japonaises sur les principaux marchés mondiaux entre 1970 et 1992(en % des immatriculations totales/nations)

1970 1975 1980 1984 1988 1991 1992
États-Unis 3,7 9,4 21,3 18,3 21,3 30,1 30,0
RFA 0,1 1,7 10,4 11,6 15,5 15,3 13,8
Angleterre 0,4 9,0 11,9 11,1 11,4 11,6 12,3
France 0,2 1,5 2,9 3,0 2,9 3,9 4,1
Espagne 0,6 0,9 2,3 2,7
Italie 0,1 0,2 0,9 2,6 3,0
Portugal 10,7 20,5 7,5 8,5 7,8 9,2 Nd
Grèce 49,2 30,9 38,9 31,6 Nd
Belgique 4,9 16,5 24,7 20,1 21,0 22,3 21,3
Pays-Bas 3,1 15,5 25,7 22,0 27,7 27,5 27,0
Norvège 11,4 28,3 39,1 33,5 39,3 45,1 42,1
Suède 0,7 6,5 12,1 15,0 25,5 25,3 24,6
Autriche 0,9 5,4 19,2 27,0 33,1 30,8 29,7

Sources : Comité des constructeurs français d’automobiles, presse.

À la vue du graphique suivant, on comprend rapidement pourquoi les Etats ont rapidement adopté un comportement protectionniste, limitant ainsi volontairement les exportations des voitures nippones4. Pour contourner ses barrières protectionnistes et le climat d’incertitude qui se sont instaurés, les constructeurs japonais vont implanter des usines de production dans les pays en question. Augmentant ainsi leur compétitivité tout en soutenant leur croissance.

3 Sachwald F., « L’industrie automobile », Ifri/Mason, Paris, 1993
4 Sachwald F., « Libéralisation et protectionnisme. Le cas de l’industrie automobile », Politique étrangère, n°4/89, Paris, 1989

Évolution des parts de marché des marques japonaises sur les principaux marchés mondiaux entre 1970 et 1992
Évolution des parts de marché des marques japonaises sur les principaux marchés mondiaux entre 1970 et 1992
Sources : Comité des constructeurs français d’automobiles, presse.

Cette internationalisation des constructeurs japonais a donc considérablement accrue le degré de concurrence, allant jusqu’à perturber les grands constructeurs automobiles locaux. En effet, si les parts de marché des constructeurs Nippons augmentent, celles des concurrents diminuent comme nous le démontre le graphique suivant. On remarque cependant que la pénétration du marché japonais par la concurrence étrangère reste très faible.

Les constructeurs japonais, jouissant d’une industrie automobile mondiale sous pression dans les années 1970, ont su profiter de la crise automobile pour faire leur « coming out » sur les marchés mondiaux. Nous verrons plus tard, dans quelles mesures le modèle de production japonais a contribué à cet essor.

Évolution des concentrations des ventes d’automobiles en France, en Allemagne, aux Etats-Unis et au Japon entre 1975 et 1990

France
Immatriculations nationales de véhicules particuliers exprimées en %
France Immatriculations nationales de véhicules particuliers exprimées en %

Allemagne
Immatriculations nationales de véhicules particuliers exprimées en %
Allemagne Immatriculations nationales de véhicules particuliers exprimées en %

États-Unis
Immatriculations nationales de véhicules particuliers exprimées en %
États-Unis Immatriculations nationales de véhicules particuliers exprimées en %

Japon
Immatriculations nationales de véhicules particuliers exprimées en %
Japon Immatriculations nationales de véhicules particuliers exprimées en %
Sources : calculs de l’ifri à partir du chiffre du CCFA et de la revue Automotive News

1.1.5 En bref…

Pour conclure ce retour sur la crise des années 70 – 80, nous noterons donc que cette crise a défavorisé les pays à fort coût organisationnel tels que les pays européens et américains en faveur des pays à faible coût organisationnel tels que le Japon et les nouveaux pays industrialisés. La France dont l‘état providence est très lourd, notamment à cause de ses charges sociales et ses impôts, se voit d’autant plus pénalisée face à ces bas salaires.

De plus, cette crise a réellement remis en cause les modèles de production existant, favorisant ainsi de nouveaux modèles plus flexibles et diversifiés que nous nous proposerons d’étudier par la suite.

Lire le mémoire complet ==> (Les « 4R » de la nouvelle ère automobile française)
Mémoire de fin d’études – Reims Management School
Centre d’Etudes Supérieures Européennes de Management CESEM