Utilité sociale, entrepreneuriat social et ancrage territorial

By 25 March 2013

2.3 Utilité sociale, entrepreneuriat social, ancrage territorial et lien de proximité

Après avoir énuméré brièvement les critères d’utilité sociale communément reconnus, nous allons nous intéresser ici à la manière dont la dimension territoriale de l’utilité sociale permet de valoriser le mouvement de l’entrepreneuriat social et de le spécifier comme un élément essentiel qui contribue au développement durable des territoires.

La contribution des organismes de l’ESS au dynamisme territorial est considérée, on l’a vu, comme un critère d’utilité sociale. Il en est de même pour l’entrepreneuriat social qui se définit en partie par son ancrage local et sa participation au développement des tissus économique et social locaux. Les entrepreneurs sociaux apparaissent indissociables de leur territoire, en premier lieu car leur projet doit répondre à des besoins réels qu’ils identifient la plupart du temps sur le terrain, en fonction de problématiques locales. Puisque leur objectif premier n’est pas le profit mais la réponse à un problème qui participe au bien être collectif, chacune des entreprises sociales doit nécessairement naître du constat d’une situation réelle sur un territoire. La société civile est dans ce cadre constitutive de l’entrepreneuriat social : s’il s’agit de remettre l’homme et son environnement au cœur du projet économique, c’est de la société civile que doivent émerger les entreprises sociales. Le Livre Blanc souligne le fait que la société civile est le lieu du changement social et des révoltes. Puisqu’ils sont inscrits au plus près de territoire, les entrepreneurs sociaux sont censés traduire et mettre en œuvre ces dynamiques de changement au travers de leurs projets entrepreneuriaux.

Le mouvement de l’entrepreneuriat social s’inscrit dans un contexte récent caractérisé par de nouvelles stratégies de développement local qui donnent plus de place aux initiatives issues de la société civile. Selon B. Lévesque33, nous sommes passés du modèle keynésien d’intervention hiérarchique et centralisé à de nouvelles politiques de développement local caractérisées par un triptyque Etat/marché/société civile, qui vient remplacer le couple Etat/marché. Les pouvoirs politiques locaux font désormais appel à une grande diversité d’acteurs pour élaborer leurs stratégies de développement : entrepreneurs, organisations de l’ESS, syndicats, groupes sociaux et communautaires, élus. Tremblay et Fontan (1994) évoquent un développement local progressiste, selon lequel les initiatives économiques intègrent dés leur origine des préoccupations sociales. Ce modèle vise à accroître le contrôle de la société civile sur le développement socio-économique du territoire, et mène à concevoir le territoire comme le produit de l’action collective. Ce sont les membres de la société civile, par les actions qu’ils initient et les partenariats qu’ils créent, qui définissent les contours du territoire et de son développement. Les entrepreneurs sociaux participent ainsi au développement durable de leur territoire.

Le développement durable se définit, selon Bruntland (1987), par « une croissance qui permette de répondre aux besoins du présent sans compromettre le capacité des générations futures de répondre aux leurs (…). A long terme, il convient de veiller à ce que les conditions économiques, sociales, environnementales de la croissance n’obèrent pas les capacités de développement pour les générations futures ». La prise en compte des effets de l’activité économique sur les environnements social et environnemental est bien au cœur des préoccupations des entrepreneurs sociaux, qui sont donc des acteurs incontournables du développement durable des territoires.

33 Nathalie FERREIRA (2008), « Entrepreneuriat social et territoire, l’expérience des entreprises d’économie sociale en France », dans Hassan ZAOUAL, Développement durable des territoires, Paris, l’Harmattan, p. 93

En ce qui concerne le projet de pépinière de l’entrepreneuriat social, cette réflexion nous mène à insister sur la dimension territoriale que doit prendre le projet. On comprend bien les raisons pour lesquelles l’initiative doit nécessairement être portée par une variété d’acteurs qui décident d’agir communément pour le soutien à l’entrepreneuriat social. L’ensemble des partenaires rencontrés au cours du stage s’accorde d’ailleurs sur cette conception territoriale de la pépinière. Cela implique que ces acteurs définissent ensemble une convention d’utilité sociale sur le territoire lyonnais.

2.4 L’utilité sociale comme convention sociopolitique qui se construit au niveau local et doit s’affirmer à l’échelle internationale.

En résumé, Gadrey considère qu’une activité est d’utilité sociale si elle contribue, au- delà de la satisfaction de besoins individuels34 :
– A la réduction des inégalités sociales et économiques,
– A la solidarité (nationale, internationale, ou locale : le lien social de proximité) et à la sociabilité,
– A l’amélioration des conditions collectives du développement humain durable (dont font partie l’éducation, la santé, la culture, l’environnement, et la démocratie).

Il n’existe pas de définition stricte et définitive de l’utilité sociale. Si les principes énumérés ci-dessus sont communs à l’ensemble des activités d’utilité sociale, l’émergence et la mise en œuvre de ces activités sont le fruit de conventions d’utilité sociale, car elles s’inscrivent sur un territoire donné caractérisé par des enjeux de solidarité et de cohésion sociale qui lui sont propres. Cependant, malgré la grande variété des conventions qu’elle peut susciter, l’utilité sociale peut également être comprise à travers une dimension internationale. Pour Gadrey l’utilité sociale doit participer, par les conventions qu’elle génère au niveau local, au développement humain durable. La conjonction que nous avons évoquée plus haut entre les critères d’utilité sociale et les préoccupations du développement durable ouvre sur une compréhension internationale des enjeux liés à l’utilité sociale des projets économiques. Aussi l’un des objectifs énoncés dans le Livre Blanc consiste à donner une dimension internationale à l’entrepreneuriat social. La contribution des activités d’utilité sociale au développement humain durable est un argument dont doivent se saisir les entrepreneurs sociaux pour faire reconnaître l’importance de leur rôle au sein de la société.

Lire le mémoire complet ==> (Comment identifier et accompagner les entrepreneurs sociaux ?)
Réflexions autour du montage de projet de la pépinière de l’entrepreneuriat social
Mémoire de stage – Master II Economie Sociale et Solidaire
Université LUMIERE LYON 2