SPECS : le modèle de document pédagogique numérique

By 12 March 2013

5.4.3 Le modèle de document

Comme il a été indiqué, un modèle de document est une structure logique permettant de donner les règles syntaxiques aux informations. Cette structure permet à un système d’information de comprendre que <numero_telephonique>01 49 40 67 58 représente bien un numéro de téléphone et non pas une quelconque suite de chiffres.

Nous avons vu aussi que le problème de créer un modèle de document relève du fait que le domaine de l’éducation est vaste et les approches variées. La principale contrainte est donc celle de déterminer si des structures communes existent à un niveau donné d’un scénario pédagogique et, par conséquent, d’éviter qu’un tel modèle puisse interférer avec les diverses techniques didactiques qu’un enseignant utilise pour le design d’objectifs pédagogiques. Autrement dit, il est nécessaire d’identifier les paratextes constituant un document pédagogique numérique afin de constituer un code pédagogique utilisable dans des contextes variés.

Lors du développement du système précédent, HTT Online, nous avons étudié la possibilité d’implémenter un modèle différent pour chaque technique didactique pratiquée par le Tecnológico de Monterrey à partir de travaux de recherche empiriques. Le résultat était peu satisfaisant en raison de la variété d’applications des techniques et de la complexité au niveau de l’interface graphique d’utilisateur. L’annexe A montre nos schémas créés sous format XML pour chacune des techniques analysées.

D’après nos expériences, il a été essentiel de considérer d’autres mécanismes pour créer un modèle de document visant le développement de SPECS dans un cadre d’utilisation réelle, dans un contexte outre que le Tecnológico de Monterrey.

Nous avons pris en compte des mécanismes existants tels que :

* l’étude de modèles communs à un curriculum pédagogique, qui consiste à dériver une structure fondamentale d’après les différents grains modulaires (modules, unités, leçons, activités, exercices);
* l’emploi de la méthode MISA, qui consiste à appliquer des méthodes de l’ingénierie pédagogique pour décrire les blocs d’unités articulant un scénario pédagogique [§ 3.4.2];
* l’utilisation d’ontologies pédagogiques, qui se divisent couramment en ontologies d’architecture de systèmes d’apprentissage, ontologies de l’instruction et ontologies de domaines;
* l’emploi de méthodes d’ingénierie de documents, qui analyse les documents existants (numériques ou non) pour décrire une structure fonctionnelle sous format de schéma XML.

La version préliminaire d’un schéma de document pédagogique numérique comprend deux parties principales :

* métadonnées : les métadonnées sont des données qui décrivent d’autres données. L’intérêt de structurer des métadonnées était de mieux distinguer l’information pédagogique de l’information administrative visant à donner un contexte clair d’utilisation pour chaque document. Nous avons adopté un format simplifié du standard IEEE LOM pour cette partie;
* contenu pédagogique : le contenu pédagogique est le noyau dur d’un document. Il s’agit des règles syntaxiques et sémantiques appartenant au contenu pédagogique. Cette partie est d’importance majeure car en elle réside la sémantisation cohérente de documents. Nous nous sommes inspirés principalement du modèle LMML pour la définition de sections et sous-sections ainsi que du modèle EML pour la définition de noms de nœuds.

Le modèle de document élémentaire que nous avons développé respecte une approche modulaire d’enseignement conforme à l’Afnor. La démarche suivie nous a conduit à décomposer les unités d’apprentissage, chacune constituée d’un module contenant des séquences pédagogiques. À leur tour, les séquences comprennent des chapitres, des activités et des exercices. Ainsi, il peut être dit qu’un document constitue essentiellement un module.

À son degré le plus atomique, les éléments du document définissent quelques paramètres associés au style de textes, comme para, gras, italique, liste, item, ou rouge. Pour les médias, nous avons associé à une balise générique media des classes pour chaque type d’objet média, y compris les liens hypertextuels.

L’annexe B présente les différents éléments constitutifs de notre modèle ainsi qu’un descriptif du contenu qu’ils abritent.

Dans la pratique, nous avons implémenté ce modèle de document au sein du campus numérique COMOR de l’Université Paris V. La version de SPECS installée acceptait une séparation de toutes les composantes d’un DPN et définissait comme règle un maximum de trois séquences pour chaque document. La raison de cette séparation s’explique par un désir de standardisation au niveau de la structuration des documents et au niveau de leur représentation postérieure. En effet, le fait d’avoir trois séquences par module délimite et prévoit un type de navigation simple ainsi que la possibilité de fixer la quantité maximale de sous-parties d’un module tout en sachant qu’à l’intérieur de chaque séquence, il existe d’autres éléments récursifs comme les chapitres, les activités ou les exercices dont le nombre est indéfini.

Bien que nous ayons fait le design d’un modèle de document à partir des méthodes propres à l’enseignement, il est clair qu’un modèle ne peut constituer une totalité et ne peut pas être appliqué à tous les contextes. Nous croyons qu’un modèle, comme un code ou une structure, est formulé pour répondre à des besoins de communication dans la mesure où il facilite et rend évidentes les connexions à l’intérieur d’un système de relations pédagogiques.

Dans ce sens, un document pédagogique numérique permet de percevoir effectivement des relations entre des éléments d’une structure pédagogique. L’avantage de prédéfinir les éléments selon un contexte est donc de prévoir que ces relations seront présentées aux apprenants sous plusieurs formes issues de domaines de l’hypermédia tout en rendant évident les paratextes d’un document. Tout comme le titre d’une section aide à distinguer sa situation par rapport à l’ensemble d’un document, il est important de montrer les autres paratextes compris par un module pédagogique.

Mais nous ajouterons que la prédéfinition des éléments d’un document pédagogique numérique a d’autres implications tout aussi essentielles. Premièrement, les éléments sont des signes exprimés sous la forme de balises dénotant le type de contenu qu’elles enveloppent. De plus, ces balises sont des composants des objets techniques hypermédias dans le sens où elles remplissent les fonctions de nœuds et de liens. Enfin, elles permettent de faire évoluer l’objet technique hypermédia dans la mesure où leur utilisation est ciblée sur un usage sémantique en laissant de côté le formatage. Ceci permet d’envisager que les utilisateurs, au fur et à mesure qu’ils utiliseront un code pédagogique, pourront détecter des inconsistances ou des ambiguïtés, et proposer de nouvelles versions, chaque fois plus précises, d’un contexte d’application.

Ainsi, une deuxième phase d’implémentation des documents pédagogiques numériques sera atteinte avec la mise à disposition d’un système hypermédia à architecture ouverte supportant la révision et la modification des éléments en tant que service. Ce sujet sera abordé plus finement dans la discussion du chapitre suivant.

Notons à présent une dernière application qui découle de la séparation d’éléments et qui est la transformation d’un document dans d’autres formats. À travers la définition du modèle fondamental, nous réalisons des tests concernant le changement du format d’un document pédagogique numérique. Les transformations de base employées dans nos travaux incluent XML vers PDF, XML vers RDF et XML vers SMIL. Nous ajoutons que ces transformations se produisent par la génération de documents à partir de l’extraction sémantique des éléments et non par des transformations XSLT comme le ferait le servlet Cocoon. Par exemple, dans le cas d’une transformation XML vers SMIL, un auteur dispose d’un assistant qui analyse la composition d’un document existant et propose une interface pour adapter le contenu à l’espace de la présentation. Étant donné que SMIL est un langage pour définir des présentations multimédias et que l’objectif est que celles-ci se génèrent à partir d’un document existant, le problème réside dans la quantité du texte et de médias, qui ne peut être la même dans les deux situations. Pour cela, un auteur modifie une instance d’un document et il génère un nouveau document sans transformer le document original.

5.4.4 Représentations de documents

La partie de représentation de documents est orientée vers une utilisation par les lecteurs. Il s’agit de l’affichage d’un document distinguant ses éléments constitutifs depuis un navigateur Web conventionnel. Notre objectif était d’offrir une navigation hypermédia simple et conviviale.

Nous avons programmé une feuille de style à l’aide du langage XSL (Extensible Stylesheet Language), qui est la recommandation W3C pour le traitement natif des documents XML. Le support de XSL par les navigateurs est souvent négligé ou peu développé, pourtant les bénéfices sont majeurs. D’un côté, il permet de structurer un document en éléments de bloc HTML, constituant le squelette du design et, d’un autre côté, d’ajouter des classes de style aux éléments du squelette qui peuvent s’intégrer à l’aide de CSS (Cascade Style Sheets), qui est la recommandation W3C spécifique aux choix stylistiques.

Notre feuille de style standard permet un affichage de type hypertexte navigable, elle est intégrée par défaut dans tous les documents et présente les fonctionnalités suivantes :

* navigation à base d’onglets;
* séparation de l’information : administrative, organisationnelle, et pédagogique.
* génération automatique de liens hypertextuels à l’intérieur du document pour chaque chapitre, activité et exercice dans chaque séquence du document;
* génération de liens vers des ressources médias;
* génération de liens vers des sites Web externes;
* génération des métadonnées Dublin Core;
* sélection de plusieurs vues et styles;

La figure 35 (a, b, c) montre deux documents du même type de modèle avec une feuille de style adaptée à l’institution éducative.

a
SPECS : affichage de documents

b
SPECS : affichage de documents

c
SPECS : affichage de documents
SPECS : affichage de documents

Les classes de style des éléments de bloc se fait par une feuille de style supplémentaire écrit avec le langage CSS. Le style de base s’est inspiré des travaux sur l’utilisabilité, la remédiation et l’ergonomie du Web afin de faciliter la lecture à l’écran.

En suivant les travaux de Norman [NOR 88, 03], Nielsen [NIE 90], Kahn [KAH 98] et André [AND 04], notamment, nous avons opté pour une police Verdana à une taille de 12 points avec un interligné double pour le texte en volume (l’ensemble d’un corpus textuel) et de 14 points pour les titres de séquences et de module, le texte en isolation. Quant à l’affichage d’un document pour l’impression sur papier, nous avons choisi une police du type Times.

Bien entendu, une implémentation idéale du design de l’information en utilisant des feuilles de style doit supporter la modification et surtout l’ajout d’autres feuilles de style en tant que services. De cette manière, on peut apprécier l’existence d’une galerie non seulement de différentes vues mais aussi de différents domaines des hypermédias. Dans ce contexte, SPECS permet l’importation de nouveaux styles programmés en XSL+CSS et la modification de la feuille de style standard. Récursivement, lorsqu’un nouveau style est créé, il est disponible aux lecteurs. Il s’ajoute à un menu en haut de la page de chaque vue d’un document.

Nous considérons que c’est justement à l’aide d’un design de la représentation de l’information que l’on peut envisager des fonctions secondaires ouvertes des objets techniques hypermédias.

Objet technique hypermédia : repenser la création de contenu éducatif sur le Web
Thèse pour obtenir le grade de Docteur – Discipline: Sciences de l’information et de la communication
Université De Paris VIII – VINCENNES-SAINT-DENIS – U.F.R. Langage Informatique Technologie