Qui sont les étudiants Erasmus ? Analyse de la morphologie sociale

By 26 March 2013

Qui sont les étudiants Erasmus ? – Chapitre 2

Dans le chapitre précédent nous avons vu que l’extension du programme Erasmus s’opère dans des conditions financières, institutionnelles et organisationnelles héritées de l’histoire politique, migratoire et socio-économique des pays membres de l’UE. Ces conditions ont pu et peuvent modifier, voire affecter son développement. Toujours est-il que le nombre d’étudiants Erasmus participants a connu une croissance continue depuis le lancement du programme. A l’exception de l’année 1996-1997, il poursuit sa progression. Depuis cette date, rappelons que seul le Royaume-Uni enregistre une diminution des départs de 20%, qui sera cependant peu à peu compensée par l’entrée de nouveaux pays et institutions, ainsi que par le dynamisme expansif des plus anciens engagés dans le programme. Durant l’année universitaire 2002-2003, le nombre total d’étudiants bénéficiant de l’action Erasmus a franchi le cap d’un million.

Toutes les institutions d’enseignement supérieur des pays impliqués ne participaient pas dans la même mesure à ces échanges. Alors qu’à la création du dispositif la plupart des institutions étaient « très actives et de petite taille », aujourd’hui, des grande institutions universitaires s’impliquent de plus en plus dans le programme, nous informent Teichler (U) et Maiworm (F)79. Il ne nous semble pas très parlant de reprendre des indices de tendances centrales, tels que la moyenne du nombre de partenaires par institution (average number of partnerships) ou la moyenne du nombre d’étudiants (average number of students) pour l’ensemble des institutions, car il existe une utilisation inégale de ce programme par les diverses universités participantes. Mais il n’est pas inutile de souligner que l’augmentation du nombre d’étudiants participants est en grande partie le résultat d’un nombre croissant de partenaires, plutôt que le résultat de l’augmentation du nombre d’étudiants par contrats ratifiés. L’offre s’est donc diversifiée, mais peu intensifiée. Qui sont donc les acteurs qui l’ont saisie et ont bénéficié de cette forme de mobilité institutionnalisée ?

79 MAIWORM (F), TEICHLER (U), The Erasmus Experience: Major Findings of The ERASMUS Evaluation Research Project, Luxembourg: Office for official publication of European Communities, 1997, p22

2.1 Morphologie sociale de la population étudiante « Erasmus »

En reprenant les propos de Luc Boltanski80, on pourrait dire que les étudiants Erasmus forment un groupe qui se perçoit aujourd’hui et se donne à voir autrement, se désagrège dans des configurations nouvelles, bien qu’il conserve quelque chose de ses « propriétés » anciennes. Quelles « propriétés » nouvelles et anciennes façonnent la population des étudiants Erasmus ? Le constat de diversité de la population étudiante n’est pas nouveau et la dévaluation des diplômes a été constatée dès le milieu des années 70 nous dit Erlich81.

Devenant un fait établi de nos jours82, il nous faut poursuivre notre investigation pour examiner l’étendue de ces constats et voir si, et en quoi, le programme Erasmus y participe. Cette perspective implique de prendre en compte la diversité interne des catégories « étudiant » et « étudiant Erasmus » par une approche morphologique. Qui sont les étudiants Erasmus aujourd’hui ? d’où viennent-ils ? En faisant la part de ce qui tient aux transformations de la population étudiante dans son ensemble et ce qui peut paraître comme plus particulier à la fraction ici étudiée. Nous observerons donc successivement la composition par discipline d’études, sexe et origine sociale de l’ensemble de la population Erasmus, puis dans les trois universités étudiées, en passant par les différences intra et inter-nations. Nous nous intéresserons également aux parcours scolaires et migratoires antérieurs de cette « catégorie » particulière d’étudiants.

2.1.1 Une répartition disciplinaire inégalitaire

L’étude sur la situation socio-économique de la Commission Européenne publiée en 200083 et les différentes données disponibles sur les sites Internet des agences nationales et du bureau Socrates de la Commission Européenne présentent des statistiques intéressantes sur la répartition par filière des étudiants ERASMUS. Ces données dévoilent, à partir d’une codification des domaines d’études84, l’existence d’une forte inégalité dans la distribution des places. La répartition pour l’ensemble des pays participants, fait apparaître que les plus gros bénéficiaires des échanges sont visiblement les étudiants inscrits dans des disciplines de gestion d’entreprises, « business », suivis d’assez près des étudiants en langues.

80 BOLTANSKI (L), Les cadres, la formation d’un groupe social, Paris, Editions de Minuit, 1982, p.58.
81 ERLICH (V), Les étudiants, un groupe social en mutation. Etudes des transformations de la population étudiante Française et ses modes de vie. (1960 – 1994), Thèse soutenue à l’université de Nice SA, septembre 1996
82 DURU-BELLAT (M), L’inflation scolaire : les désillusions de la méritocratie, Paris, Seuil, 2006, 105p.
83Enquête sur la situation socio-économique des étudiants ERASMUS, Rapport publié par la commission Européenne, direction générale de l’éducation et de la culture, 2000
84 Dans l’enquête sur la situation socio-économique des étudiants ERASMUS, le questionnaire à été distribué avec des instructions concernant notamment la codification des domaines d’études dans le cadre d’Erasmus. Il est assez difficile à partir de cette codification cependant, de voir la position qu’occupent certaines disciplines des sciences « exactes » telles qu’on les retrouve souvent rassemblées au sein des UFR de sciences des universités françaises, car elles sont réparties dans différents domaines d’études et parfois même sont absentes du document qui a servi à la classification. Il est aussi intéressant de relever que les sciences humaines et sociales ont été subdivisées en deux domaines qui rassemblent des filières universitaires et non- universitaires, publiques et privées et séparent parfois même les champs d’une même discipline.

Les étudiants de la catégorie ingénierie et technologie et ceux inscrits dans des filières de sciences sociales peuvent être regroupés en troisième position. A elles seules ces quatre filières regroupent plus de la moitié des étudiants Erasmus sortants en 2004-2005, alors qu’à la création du programme en 1987-1988, les étudiants des deux premières (gestion et langues) occupaient plus de 50% des places. Leurs poids a donc décru pour atteindre, depuis les années 1990, un taux variant autour de 20% pour les filières « business », gestion et entre 12 et 16% dans les cursus de langue. Inversement la place des disciplines de sciences sociales et d’ingénierie est allée grandissante pour se stabiliser aux alentours de 11%. Mais une moyenne peut cacher des disparités importantes. En effet, le poids respectif de ces différentes filières varie de manière non négligeable selon les pays.

En France les étudiants Erasmus en « business », gestion d’entreprise, représentaient 31,2% et ceux en langues 15,9% de l’ensemble des étudiants Erasmus en 2004-2005. (24% et 18,8% en 97/98). En Italie, la dispersion est beaucoup plus grande. Ce sont les filières linguistiques qui « exportent » le plus d’étudiants, mais avec un taux de 20% seulement, suivies non pas des filières de gestion (elles ne sont qu’en troisième position), mais de celles de sciences sociales, avec un taux de 13,2%. De même et de manière encore plus accentuée, ce sont les étudiants en langues au Royaume-Uni qui sont les plus gros utilisateurs de ce programme d’échange. Ils représentent 41,1% des participants. Les étudiants en gestion sont loin derrière avec 15% de taux de participation. Ces différentes tendances sont résumées dans le tableau 14 suivant85. Nous y observons que, par rapport à l’ensemble des étudiants Erasmus sortants européens, les étudiants britanniques sont surreprésentés dans les filières de langues (avec plus de 20 points de différences). Les étudiants français le sont quant à eux dans les filières de gestion (plus de 10 points) et dans une moins large mesure en ingénierie. Tandis que les étudiants Erasmus italiens sont surreprésentés dans les filières de sciences humaines et sociales. Comment peut-on comprendre ces disparités ? A quoi sont-elles imputables? Une partie d’entre elles peuvent être expliquées par la façon dont sont classées les différentes filières au sein des nomenclatures, suivant les pays.

85 Tableau construit à l’aide de données extraites du tableau « Erasmus student mobility 2004/2005: Subject areas » de la commission européenne.

Tableau 14 : Répartition des étudiants Erasmus sortants par discipline, en 2004-2005 (effectif et pourcentage)

FRANCE U.K. ITALIE EUR18*
Business Studies 6735 31,2 1091 15,1 1764 10,7 25748 21,5
Languages and Philological Sci. 3430 15,9 2965 41,1 3282 20,0 19141 16,0
Social Sciences 1783 8,2 556 7,7 2171 13,2 13168 11,0
Engineering, Technology 3110 14,4 258 3,6 1627 9,9 12612 10,5
Law (Droit) 1444 6,7 744 10,3 1226 7,5 8295 6,9
Medical Sciences 391 1,8 271 3,7 1113 0,7 6163 5,1
Art & Design 668 3,1 476 0,7 777 4,7 5281 4,4
Humanities 600 2,7 162 2,2 1028 6,3 4509 3,7
Natural Sciences 795 3,7 207 2,9 465 2,8 4397 3,7
Architecture, Planning 616 2,8 81 1,1 916 5,6 4239 3,5
Educ.Teacher Training 285 1,3 145 2,0 270 1,6 3774 3,2
Com & Info Sci. 294 1,4 85 1,2 771 4,7 3726 3,1
Math. Informatics 574 2,6 71 1,0 396 2,4 3583 3,0
Agricultural Sciences 440 2,0 19 0,3 291 1,8 2047 1,7
Geography, Geology 225 1,0 71 1,0 219 1,3 1859 1,5
Other areas (autres) 171 0,8 12 0,2 124 0,7 1260 1,1
Total 21561 100 7214 100 16440 100 119802 100

* EUR18 = Les 15 “anciens” États membres + les 3 pays AELE/EEE ; Islande, Liechtenstein, Norvège
Données brutes extraites du tableau « Erasmus student mobility 2004/2005: Subject areas »

Ce tableau se lit ainsi : 3110 étudiants Erasmus français sortants, soit 14,4% des étudiants Erasmus français sortants, étaient inscrits dans une discipline d’ingénierie en 2004-2005. Pourcentages = Marge d’erreur liée aux arrondis
Source : http://ec.europa.eu/education/programmes/socrates/erasmus/statisti/table2.pdf

Les programmes universitaires « impurs », comme Langues Etrangères Appliquées, qui dispensent des enseignements de gestion, management et de langues sont difficiles à classer. Comme nous l’avons souligné précédemment, de plus en plus de cursus « mixtes » (Joint Honours) sont également proposés au sein des universités anglaises, (philosophie et français Philosophy and French ou droit et allemand Law and German, pour ne prendre que deux exemples). Nous pouvons, par conséquent, faire l’hypothèse qu’une partie des divergences observées est due au classement opéré et aux frontières mouvantes dans le temps et suivant les lieux. Au regard de la variation du pourcentage de la modalité « autres filières » (other areas), cette classification semble davantage correspondre au découpage disciplinaire dans certains pays, comme le Royaume-Uni, qu’à celui d’autres nations, comme le Portugal, où 4% des sortants sont rangés dans la modalité indéterminée. En plus des définitions de champs disciplinaires qui diffèrent selon les pays, il existe un degré de standardisation et de contrôle des curricula par les gouvernements qui varie grandement en Europe.

Des recherches d’instituts régionaux et nationaux néanmoins nous permettent de faire la part de ce qui peut dériver, au-delà des questions de définitions et de mesures, d’une utilisation différente du programme Erasmus suivant les pays. Une étude française menée par l’Observatoire Universitaire Régional de l’Insertion Professionnelle (OURIP) de la région Rhône Alpes86 est intéressante pour le classement qu’elle opère des grandes filières universitaires françaises selon le taux de départ (pondéré en fonction du nombre d’inscrits dans ces filières). Les auteurs de cette étude proposent la classification suivante pour la France:

* très élevé (25,1%) : LEA
* élevé : Littérature et civilisation étrangères (8,3%) et sciences de gestion (7,5%)
* moyen : AES/économie (3,7%)
* faible (<2,5%) : Toutes les autres (sciences, droit, lettres, SHS…)

86 PICHON (L.A.), COMTE (M.), POULARD (X.), Les étudiants en séjour d’études à l’étranger ; Qui ? Pourquoi ? Comment ?, Rhône-Alpe, Rapport de l’OURIP, 2002.
Cette étude est intéressante à évoquer pour deux aspects : Parce qu’elle est une des premières à s’intéresser corrélativement au qui, au pourquoi et au comment de la mobilité, mais aussi parce qu’elle émane d’une commande du Conseil Régional de Rhône Alpes, une des régions les plus dynamiques et innovantes de France, allouant des aides financières à la mobilité nombreuses et importantes (comparativement à l’ensemble des autres régions). Parallèlement elle est l’une de celles qui enregistrent les plus forts taux de départ (1,41% de sa population étudiante).

En Italie la recherche menée par l’observatoire statistique de l’université de Bologne87 montre une figure quelque peu différente avec, néanmoins, toujours en haut du palmarès, les étudiants inscrits dans des filières de langues (24,7%), suivis des sciences politiques et sociales (12%) et des étudiants en architecture (8,8%). Au Royaume-Uni, l’étude menée par deux centres de recherche des universités de Sussex et de Dundee, déjà citée88, montre une mobilité qui est très largement le fait d’étudiants en langues, car elle est souvent obligatoire dans ces filières, comme souligné précédemment. Il semble donc que du sud au nord de l’Europe le séjour Erasmus ne soit pas investi des mêmes attentes, des mêmes perspectives. S’agit-il simplement d’apprendre une langue ? Si oui, pourquoi cette langue ? Si non, quelles sont les espérances, les aspirations des étudiants sortants suivant leur origine géographique et sociale? Si nous nous intéressons, tout d’abord, aux destinations majoritaires selon les disciplines d’études, les étudiants en langues ne semblent pas les seuls dont la destination soit influencée par le domaine d’études. Dans certaines filières, existent des pays « référents » qui seront considérés plus volontiers que d’autres pour les échanges interuniversitaires. Faire un séjour à l’étranger, suivant le pays d’accueil, ne présente pas la même valeur, ni la même signification selon les pays et les filières d’origine et d’accueil. Les étudiants Erasmus, selon leur discipline d’inscription, se dirigent vers certains pays plutôt que d’autres. Ceci peut être observé en regardant du côté des étudiants Erasmus entrants et leur répartition disciplinaire dans les pays d’accueil. Ainsi, sur 100 étudiants en mobilité des filières de gestion et management, environ 30% se dirigent vers le Royaume-Uni, alors qu’ils ne sont que 3 à 4%, suivant les années, à se diriger vers l’Italie dans cette même filière d’études. De même, la mobilité des ingénieurs est orientée essentiellement vers le Royaume-Uni et la France en seconde position. Moins de 5% des ingénieurs se rendent en Italie. La France est aussi la première destination pour les études médicales. Par contre, dans les sciences humaines, les taux d’entrée en France, en Angleterre et en Italie sont à peu près semblables, (entre 10% et 20%). L’Italie se place tout près de l’Angleterre et de l’Espagne également, passant devant la France, pour les études en architecture. Le choix du pays suivant la discipline d’appartenance n’est donc pas anodin.

87 CAMMELLI (A) – A cura di – I laureati ERASMUS/SOCRATES anno 1999: Origine sociale, curriculum studiorum, Condizione occupazionale, Osservatorio Statistico dell’università degli Studi di Bologna, Febbraio 2001, 59p.
88 Report by the Sussex Centre for Migration Research, University of Sussex, and the Centre for Applied Population Research, University of Dundee, International student mobility, Commissioned by HEFCE, SHEFC, HEFCW, DEL, DfES, UK Socrates Erasmus Council, HEURO, BUTEX and the British Council, July 2004/30. Issues paper. 115p
89 Ce chiffre comprend les 3131 étudiants étrangers inscrits cette année là selon les données de l’OVE.
90 Voir la note du tableau 8 p 50 (chapitre)

A l’Université de Provence, toutes filières confondues, un peu plus de 1,38 % de l’ensemble de la population étudiante avait effectué un séjour ERASMUS en 2000-2001. Ils étaient un peu moins de 300 « à sortir » de l’université de Provence avec le programme Erasmus en 2004-2005 (lors de l’enquête), sur les 23 444 inscrits89. Une légère baisse de la participation depuis la fin du 20ème siècle est notable, mais elle est en partie due à des changements dans les méthodes de comptage90. Nous observons également un nombre d’entrants (425 en 2004-2005) toujours un peu supérieur à celui des sortants dans le cadre du programme Erasmus. C’est au premier niveau d’études (Licence), que partent la majorité des étudiants (plus de 65%). Cette tendance est visible sur tout le territoire français, mais également dans la majeure part des autres pays participants. Le tableau 15 suivant, résume ces tendances pour l’Université de Provence.

Tableau 15a : Répartition des étudiants Erasmus de l’UP par programme d’étude et par cycle 2004-2005 (en effectif)91
Répartition des étudiants Erasmus de l’UP par programme d’étude et par cycle 2004-2005

AUTRES MOBILITES OUT 8

7

7

8

7

7

8

7

7

Assistant linguistique

Comenius

Assistanat MEN Assistanat MAE

Lecteur/assistant. hors MEN

Stages internationaux

PRAME FACE

MAE (en cours) LEONARDO

Stages sans bourses

Stages LEA hors France –

42

7

1

1

60

?

24

17

16

15

20

51

7

18

56

66

7

18

76

5 1 1
TOTAL

Nr bourses de mobilité acc.

133 57 35 154 189 189
113
PROGRAMMES D’ACCUEIL

IN

Chinois, Américains, Autres 109 46 122 33 155
TOTAL GENE. 1239

Ce tableau se lit ainsi : il y avait 263 étudiants sortants de l’université de Provence, inscrits dans des départements de Sciences Humaines et Sociales, qui participaient au programme d’échange Erasmus, en 2004-2005.

91 Non recensé : mobilité des doctorants et les stages d’une durée comprise entre 2 et 3 mois : Europe = 5 ; hors Europe = 15. Dernière modification par le SRI : 13 juin 2006 (l’OVE (Date d’observation : 15 janvier 2005) de l’université de Provence publiait des chiffres légèrement différents pour les étudiants sortants (il comptait pour l’ensemble des échanges européens 307 étudiants sortants).

A l’Université de Provence, conformément aux tendances générales, ce sont les disciplines de langues qui envoient le plus gros contingent d’étudiants à l’étranger. Tout d’abord, l’Université de Provence ne possède pas d’UFR d’économie et/ou de gestion, c’est pourquoi le tableau ci-dessous montre uniquement la prépondérance quantitative (65%) des étudiants Erasmus sortants provenant de disciplines liées à l’étude des langues (est inclus LEA). Il apparaît, en tous cas très clairement, que les disciplines scientifiques sont de loin les moins « pourvoyeuses » d’étudiants Erasmus, puisque parmi les 5270 inscrits (tous niveaux confondus) des trois Unités de Formations et de Recherches92 et du Centre Interuniversitaire de Mécanique (UNIMECA), seuls 9 étudiants ont participé au programme d’échanges ERASMUS en 2004-2005. Ce chiffre a peu varié ces dernières années.

Tableau 15b : Répartition des étudiants Erasmus sortants de l’Université de Provence par département -2004-2005- (en effectif)

Langues de la CE 95
Gestion d’entreprises et langues 41
Histoire 24
Relations internationales 16
Littérature générale et comparée 15
Traduction 14
Art et Design 10
Sciences Humaines* 8
Sociologie 8
Langues et philologies 4
Anthropologie 3
Archéologie 3
Sc. de l’environnement 3
Géographie 2
Musique et musicologie 2
Philosophie 2
Arts scéniques 1
Beaux-arts 1
Biologie 1
Formation des adultes 1
Gestions d’entreprises et technologies 1
Histoire de l’Art 1
Image et Son 1
Langues extracommunautaires 1
Linguistique 1
Mathématiques 1
Mathématiques, informatique 1
Photographie, cinématographie 1
Physique 1
TOTAL 263

Source : Données construites et traitées par SAS à partir de la base fournie par le SRI en 2006
* On remarque que certains départements n’ont pu être identifiés en tant que tels et ont donc été classés dans le domaine d’études : Sciences Humaines. Notons également les espaces vides, Frequency missing= 9. Nous pourrions alors classer dans une modalité indéterminée 17 individus (9+8).

92 UFR Sciences de la Matière, UFR Mathématiques Informatique Mécanique, UFR Mathématiques Informatique Mécanique

Pour les Sciences ces taux très bas sont en partie le résultat de l’offre de formation de l’Université de Provence et de la division des UFR de sciences dans les trois universités des Bouches-du-Rhône. A Aix-Marseille 1, seuls deux diplômes nationaux d’ingénieurs sont délivrés. Il n’en reste pas moins que le départ à l’étranger, par le programme d’échange Erasmus est également, dans la majorité des départements de sciences humaines et sociales, un phénomène marginal. Si on le rapporte au nombre total des inscrits, le taux de départ dépasse rarement 0,5%. Alors qu’en langues, ce taux est d’un peu plus de 5%, ce qui peut cependant sembler dérisoire, en comparaison avec les taux de départ des étudiants en Langues de l’Université de Bristol. En effet, dans cette dernière la répartition des étudiants sortants par départements et par facultés est la suivante :

Tableau 16 : Répartition des étudiants Erasmus sortants de l’Université de Bristol par département -2004-2005- (effectif et pourcentage)

Départements Effectifs %
French 54 22,2
German 33 13,6
Historical studies 30 12,3
Italian 26 10,7
Economics 15 6,2
Geography 12 4,9
Physics 11 4,5
Maths 10 4,1
Chemistry 9 3,7
Medicine 8 3,3
Aerospace Engineering 6 2,5
Civil Engineering 6 2,5
Mechanical Engineering 6 2,5
Hispanic studies 4 1,6
Law 3 1,23
English literature 2 0,8
Archaeology 1 0,4
Classics 1 0,4
Sociology 1 0,4
Teacher training 1 0,4
TOTAL 243 100

Source : traitement SAS des données brutes du bureau des relations internationales de l’université de Bristol

Tableau 17 : Répartition des étudiants Erasmus sortants de l’Université de BRISTOL par faculté -2004-2005- (effectif et pourcentage)

Facultés Effectif %
Arts (littérature et langues) 137 56,4
Science (Sciences) 34 14
Law (droit) 28 11,5
Engineering (ingénierie) 18 7,4
Social Sciences (Sciences sociales) 18 7,4
Medicine (Médecine) 8 3,3
TOTAL 243 100

Source : traitement SAS des données brutes du bureau des relations internationales de l’université de Bristol

Plus de 60% des sortants de l’Université de Bristol, cette année-là, étaient inscrits dans des départements de langues. Le classement par faculté révèle que les Erasmus en « double diplômes » (joint honours) ont dû être classés prioritairement comme étudiants en langues dans le premier tableau. Les sciences, les formations d’ingénieurs représentent tout de même plus de 20% des sortants. Les départements de langues93 font partie de l’école de langues modernes (School of Modern Languages) intégrée à la faculté des Lettres (Arts faculty)94. Mais, il y a à peine plus de 200 étudiants en langues à l’Université de Bristol pour le premier niveau universitaire. Les départements de langues offrent 127 places pour l’ensemble des licences « mixtes » (Joint Honours programmes) où deux langues sont étudiées. En ce qui concerne les single honours du premier cycle universitaire, voici le nombre de places offertes par les département correspondants :

La licence de français (BA French) : 28
La licence d’Italien (BA Italian) : 12
La licence D’allemand (BA German) : 10
La licence de russe (BA Russian) : 6
La licence d’études hispaniques (BA Hispanic Studies): 27

93 French, German, Hispanic, Portuguese and Latin American Studies, Italian, Russian
94 La faculté des Lettres comptait 2969 inscrits en 2004-2005 répartis dans plusieurs écoles, départements, centres et instituts de recherches (Bristol Institute for Research in the Humanities and Arts, Language Centre, School of Arts (qui comprend: Archaeology and Anthropology, Drama: Theatre, Film, Television, University of Bristol Theatre Collection , History of Art, Music, Philosophy) School of Humanities ( avec les départements de : Classics & Ancient History, English, Historical Studies ) Centre for the Study of Colonial & Post-Colonial Societies, Theology and Religious Studies.

Le nombre de places varie suivant les années pour les niveaux Master et Doctorat. Nous pouvons néanmoins estimer que le nombre d’inscrits y est relativement bas : parmi l’ensemble des Postgraduate students de la faculté des Lettres en 2005/06, 275 suivaient des enseignements et 203 une formation à la recherche95, alors qu’ils étaient plus de 3000 au niveau undergraduate. Nous pouvons donc estimer que pratiquement la moitié des étudiants en langues partent avec le programme Erasmus à l’Université de Bristol. Par contre, en ce qui concerne les autres disciplines, les taux de départ par rapport à l’ensemble des inscrits se situe toujours autour de 1% (à part pour la faculté de médecine où le taux est inférieur à 0,5%), les Sciences arrivant en tête avec un taux de 1,2%. Ces tendances sont bien différentes de celles de l’Université de Turin, où, le taux de départ par le programme Erasmus était en 2004-2005 de 3% en Langues et de 2% en Lettres. Seule l’école de management de l’Université de Turin, où l’étudiant est soumis à un test d’admission, a un taux de départ (par le programme Erasmus) supérieur à 5%, comme le montre le tableau ci-dessous :

Tableau 18 : Répartition des étudiants Erasmus sortants de l’Université de Turin , par faculté -2004-2005- (en effectif et en pourcentage de l’ensemble des sortants et de l’ensemble des inscrits)

Facultés Nombre d’étudiants

sortants

2004-2005

%

/ensemble des sortants

%

/ensemble des inscrits

Lettere e Filosofia 152 20,7 2,1 (N=7071)
Lingue e Letteratura straniera 128 17,5 3,0 (N=4194)
Economia 108 14,7 1,3 (N=8058)
Scienze Politiche 90 12,3 1,1 (N=8144)
Scienze della Formazione 46 6,7 0,8 (N=5454)
Scienze Matematiche e Fisiche, Naturali 44 6,0 0,9 (N=4799)
Giurisprudenza (Droit) 43 5,9 0,7 (N=5849)
Medicina e chirurgia 37 5,0 0,7 (N=5138)
Scuola di Amministrazione Aziendale

(école d’Administration d’Entreprise)

26 3,5 7,7 (N=336)
Psicologia 22 3,0 0,7 (N=2763)
Agraria 14 1,9 0,8 (N=1605)
SUISM- ISEF(2) 12 1,6 0,7 (N=1566)
Medicina Veterinaria 6 0,8 0,6 (N=909)
Farmacia 5 0,7 0,3 (N=1759)
TOTAL 733 100 1,3 (N=57545)

(1) Scuola Interateneo di Specializzazione per la formazione degli insegnanti della scuola secondaria
(2) SUISM: Scuola Universitaria Interfacolta´ in Scienze Motorie. Fondation ISEF: Intel-International
Science and Engineering Fair (ISEF)

Source: tableau construit à partir des données fournies par le bureau de mobilité internationale de l’université de Torino et des statistiques nationales du MIUR.

95 University f Bristol, Facts and figures : http://www.bris.ac.uk/university/facts/#ftpg

Le découpage opéré pour cette classification est assez différent de celui standardisé par la Commission Européenne, d’où les difficultés de comparaison. Par exemple la faculté de Sciences Politiques, à l’université de Turin, comprend certaines disciplines de la catégorie ‘Sciences Sociales’ au sens CE, comme la sociologie, mais en exclut d’autres comme la psychologie ou l’économie. De même la faculté « lettere et filosofia » regroupe des disciplines qui sont classées dans trois domaines d’études différents dans la codification européenne (langues et philologies 09, sciences sociales 14 et communication et sciences de l’information 15). Elle comprend notamment un certain nombre de formations a numero chiuso (numerus clausus).

Au-delà des questions de nomenclature, la proportion d’étudiants sortants par rapport au nombre d’inscrits dans certaines disciplines nous donne aussi un autre visage de la mobilité étudiante par le programme Erasmus. Le poids des étudiants en langues se voit minimisé, relativisé dans certains pays et celui de certaines formations sélectives apparaît de manière plus significative. Or, dans ces trois pays existe un usage différentiel de l’appareil scolaire et universitaire par les filles et les garçons. Alors que les premières s’orientent majoritairement vers les filières de lettres, de sciences humaines et de langues, les seconds sont beaucoup plus présents dans les cursus « scientifiques ». D’où notre intérêt dans cette analyse de la morphologie sociale de la population Erasmus, pour le genre. Erasmus serait- il un programme féminisé ?

L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS
Les usages inégalitaires d’un programme d’«échange» Une comparaison Angleterre/ France/Italie
Thèse pour obtenir le grade de DOCTEUR EN SOCIOLOGIEO – UFR Civilisations et Humanités
l’Université AIX-MARSEILLE I & Università degli studi di TORIN