Quand la marque rassure le banquier

By 13 March 2013

Le recours aux actionnaires et aux concours bancaires : quand la marque rassure le banquier

Pour lancer une activité de spectacle dans le secteur privé, il est indispensable de recourir, au moins en phase d’investissements, à des actionnaires et à des concours bancaires pour faire face aux besoins de trésorerie.

Cette ressource propre est spécifique du secteur privé. Dans le secteur subventionné, ce sont les subventions d’investissement et de fonctionnement qui pallient ces difficultés financières intervenant notamment dans la phase de lancement des projets.

Comment attirer des actionnaires et plus encore des banquiers ? Rien n’est moins sûr que le succès artistique…

Pour les producteurs privés, il s’agit donc de façonner une image rassurante et engageante. Olivier Poubelle nous explique que l’achat de salles parisiennes prestigieuses de concert et de théâtre a d’abord été motivé par la volonté d’accroître leur « crédibilité ». Autrement dit, de donner envie au banquier de « faire crédit » à leur activité.

Ce mécanisme rejoint tout à fait la logique de marque. Avoir des marques, des symboles, à ses côtés, rassure le banquier, minimise le risque perçu par renforcement de la confiance. La Maroquinerie, Le Bataclan, La Flèche d’Or, le Théâtre des Bouffes du Nord sont autant d’atouts à mettre en avant pour bénéficier d’une assistance bancaire intéressante. De fait, la Maroquinerie et La flèche d’Or rapportent peu relativement à d’autres salles mais l’image qu’elles portent légitime les exigences en trésorerie des producteurs-propriétaires.

Or, ces noms qui agissent comme des marques en externe sont d’une part cultiver mais d’autre part, ils ont également un effet en interne.

En effet, les esthétiques de ces différentes salles ont été précisées et travaillées pour que l’association du nom à un contenu fort et à des associations symboliques immédiates soient évidentes. Ainsi la Maroquinerie est progressivement devenue depuis son rachat par Astérios une salle de musique rock et pop. Ce travail sur la cohérence de marque a impliqué un refus de certains groupes ou chanteurs connus, notamment tout le volet « chanson française ». Mais ce manque à gagner à court terme cachait de véritables gains potentiels à long terme puisque la Maroquinerie est devenue un lieu incontournable pour les groupes de Rock se produisant à Paris et par rétroaction cela agit positivement en termes d’effet de marque sur les parties prenantes financières.

Puisque désormais tout groupe de Rock qui se produit à Paris voit dans la Maroquinerie une consécration, la prime de prix est évidente.

Il est intéressant de noter à ce propos que le Théâtre du Rond Point a également travaillé sur cette dimension. Choisir de travailler exclusivement avec des auteurs contemporains était un pari audacieux récompensé désormais par un effet marque dans cette brèche artistique de la création contemporaine. Le Théâtre du Rond Point est désormais une « référence ».

Par ailleurs, comme nous l’avons abordé précédemment, ces propriétés du producteur sont également un véritable outil de gestion des ressources humaines. Olivier Poubelle avoue que ces salles ont un effet positif sur le recrutement. A l’heure où les perspectives de carrière dans la musique sont fragiles ou envisageables dans les seules grandes boîtes multinationales, ces salles « marquées et marquantes » sont un moyen d’attirer des employés. Ces lieux-marques sont de véritables leviers de valorisation professionnelle en termes d’image et donc d’immatériel, mais également de manière beaucoup plus directe, par le biais des avantages dont peuvent bénéficier les salariés : invitations, visites privilégiées des lieux.

Lire le mémoire complet ==> (Les fonds propres dans le spectacle vivant : état des lieux, développement et perspectives)
Mémoire de fin d’études