Projet de la pépinière de l’entrepreneuriat social : les blocages

By 25 March 2013

3. Où en est le projet à l’heure actuelle ?

Comme nous venons de l’évoquer, le montage de ce projet est complexe car il nécessite le rassemblement d’acteurs variés de l’économie sociale et solidaire qui ne partagent pas les mêmes points de vue. Cette pépinière, en choisissant d’accueillir tel ou tel entrepreneur social, va par la même jouer un rôle dans la représentation qu’elle va donner de l’entrepreneuriat social auprès du public et des différentes parties prenantes. Le projet de pépinière est donc une opportunité pour ces divers acteurs de l’ESS de mettre en débat leurs conceptions des contours et limites de l’entrepreneuriat social. Nous reviendrons sur cette question essentielle dans notre deuxième partie consacrée à la notion d’utilité sociale.

Il convient désormais de dresser un état des lieux de l’avancement du projet, et des positions des différents partenaires, pour bien identifier quels sont les points de débat et parfois de blocage du projet, avant d’entrer plus en profondeur dans l’analyse de ces débats.

3.1 Les blocages opérationnels du projet

Plus d’un an et demi après l’ouverture « officielle » de la pépinière de l’entrepreneuriat social, le constat d’un blocage du projet apparaît évident puisqu’il n’y a toujours pas d’entrepreneur social hébergé par la pépinière à ce jour. De plus, le comité de pilotage du projet ne s’est pas réuni depuis le mois de juillet dernier, c’est-à-dire depuis le départ de l’ancienne stagiaire. Le projet souffre d’un manque global de coordination, coordination pourtant essentielle au fonctionnement d’un tel projet qui veut s’appuyer sur l’implication de multiples partenaires.

Les deux comités de pilotage qui se sont réunis en avril et juillet 2008 ont réunit la quasi totalité des partenaires du projet, et ont principalement traité de la définition du nom de la pépinière, et par la même de son périmètre. Aucune décision n’a été prise concernant le fonctionnement opérationnel de la pépinière, et en particulier son offre d’accompagnement. Ces incertitudes autour du projet semblent être parmi les causes de ses blocages. D’une manière générale, on peut identifier trois sources de blocage : manque de coordination entre les partenaires, manque de communication vers l’extérieur, et incertitudes sur le mode de fonctionnement de la pépinière.

a. Le manque de coordination entre les partenaires

Comme nous l’avons déjà souligné, la pépinière de l’entrepreneuriat social est un projet multi partenarial, ce qui nécessite un travail de coordination et de concertation entre les différents partenaires pour que le projet soit solide et cohérent. Le comité de pilotage ne s’est pourtant pas réuni depuis plus d’un an. De plus, il semble que les partenaires ne communiquent pas entre eux autour du projet en dehors de ces comités de pilotage. A titre d’exemple, la proposition de convention d’accompagnement émise par l’URSCOP en octobre dernier a été soumise uniquement au service économique de Vaulx-en-Velin, alors qu’elle aurait du être transmise et discutée avec l’ensemble des partenaires. C’est en s’appuyant sur ce type de proposition qu’il aurait été intéressant de mener une discussion collective sur les propositions de chacun en matière d’accompagnement. Cette discussion pourra sans doute avoir lieu plus tard, mais le manque de communication entre les partenaires à ce sujet a jusqu’ici contribué à freiner le projet, et donc à nuire à sa crédibilité auprès du public. En effet, il est difficile d’avoir une communication claire et cohérente si les partenaires ne se sont pas mis d’accord sur une stratégie commune, et s’ils ne sont pas au courant des propositions des uns et des autres.

b. Manque de communication

Il est important de noter que la pépinière CARCO n’a jusqu’ici pas eu à mettre en place de stratégie de communication, puisqu’elle affiche un taux de remplissage proche des 100% depuis son ouverture, ce qui rend inutile la communication. De plus, les pépinières spécialisées dans le champ de l’entrepreneuriat social sont des modèles peu expérimentés en France à l’heure actuelle, voire inexistants, et donc peu connus du public. Pour ces deux raisons, la communication autour de la pépinière de l’entrepreneuriat social se révèle être un axe important à développer.

Nous avons donc choisi de profiter de l’inauguration de la plateforme Bioport le 26 juin dernier pour élaborer un premier document de communication14 et le distribuer aux potentiels intéressés.

Un listing des structures auprès desquelles il faudra envoyer un dossier de communication a été fait15 : il s’agit principalement des acteurs de l’accompagnement à la création d’activités, ainsi que les collectivités territoriales.

Il faudra songer dans le futur à organiser l’inauguration de la pépinière, une fois que l’offre d’accompagnement aura été fixée avec l’ensemble des membres du comité de pilotage.

c. Trop d’incertitudes autour des modalités de fonctionnement de la pépinière

Un problème supplémentaire qui découle logiquement du manque de coordination est le fait qu’aucune procédure concernant le fonctionnement de la pépinière de l’entrepreneuriat social n’a pour l’instant été « officialisée », c’est-à-dire rédigée et avalisée par le comité de pilotage. Cela ne poserait pas de problème dans le cas où le projet se montait « naturellement » au fur et à mesure des cas rencontrés dans la pratique.

Mais cette manière d’avancer au fur et à mesure ne semble pas ici adaptée au projet. Il faudrait en effet que la pépinière CARCO, chargée de porter le projet, puisse faire remonter auprès des partenaires les problématiques rencontrées quotidiennement concernant le fonctionnement opérationnel de la pépinière, pour arriver à des décisions collectives adaptées aux réalités. Mais CARCO est géré par un directeur à plein temps et une assistante de direction à mi-temps, qui sont déjà largement occupés par le fonctionnement de la pépinière généraliste. De plus, il n’est pas facile de mobiliser un comité de pilotage composé de six partenaires chaque fois qu’une décision doit être prise. Ainsi, la pépinière de l’entrepreneuriat social a la particularité d’être un projet multi partenarial dans le champ spécifique de l’entrepreneuriat social, et il est porté par la pépinière CARCO, qui est une pépinière généraliste sans liens particuliers avec le champ de l’ESS. La coordination entre les différents partenaires, et le travail de médiation pour faire remonter les questions et difficultés rencontrées par les entrepreneurs sociaux, demanderaient du temps et une attention particulière.

Il faudrait peut être mieux définir les missions et responsabilités de chacun des partenaires au sein du projet, pour avancer de manière cohérente. La rédaction d’un « mode d’emploi » de la pépinière, qui explique les procédures de sélection et d’accompagnement (même si celles-ci sont rediscutées ensuite), pourrait être un outil utile à tous pour coordonner les discours et fournir des réponses claires aux questions du public.

Cela éviterait par exemple que se reproduise le cas « District Solidaire » : ce projet innovant de générateur de projets de coopératives a montré son intérêt il y a quelques mois pour intégrer la pépinière de l’entrepreneuriat social. Après avoir appelé la pépinière CARCO pour avoir de plus amples renseignements, le DS a vite senti les incertitudes et le flou qui régnaient autour du projet, et s’en est détourné.

Lire le mémoire complet ==> (Comment identifier et accompagner les entrepreneurs sociaux ?)
Réflexions autour du montage de projet de la pépinière de l’entrepreneuriat social
Mémoire de stage – Master II Economie Sociale et Solidaire
Université LUMIERE LYON 2