Linden Lab, Encadrement des taux d’intérêts par interdiction

By 9 March 2013

§1. La conception de la politique monétaire par Linden Lab.

B. Encadrement des taux d’intérêts par interdiction.

La plupart des banques centrales choisissent le taux d’intérêt à court terme comme instrument. C’est le seul taux qu’une banque centrale peut effectivement contrôler de manière précise. En contrôlant les taux d’intérêt à court terme, la banque centrale à une forte influence sur l’offre de liquidité59.

La question de l’encadrement des taux d’intérêts n’a jamais intéressé Linden Lab jusqu’au jour où les plaintes de résidents de Second Life qui se sont fait escroquer par des banques virtuelles60 sont devenues trop nombreuses et la pression du gouvernement américain trop menaçante pour Linden Lab.

Ainsi par un communiqué publié sur le blog officiel de Second Life, le 8 janvier 2008, les dirigeants de Second Life ont décidé d’exclure les banques virtuelles du monde virtuel. Ils précisaient ainsi : « qu’à partir du 22 janvier 2008, il serait interdit d’offrir des intérêts ou n’importe quel retour sur investissement (que ce soit en monnaie virtuelle ou dans toute autre devise), à partir d’un objet tel qu’un distributeur, sans fournir la preuve d’une accréditation officielle auprès d’un gouvernement ou de l’appartenance à la charte d’une institution financière. »61

56 Revue Banque, hors série « Second Life », octobre 2007, page 11.
57 Article 324-1 du Code pénal.
58 Article 324-2 du Code pénal.
59 Les liquidités représentent la monnaie disponible.
60 Certaines d’entre-elles garantissaient des retours sur investissements faramineux, pouvant aller jusqu’à 60% par an. L’un des établissements virtuels, Ginko Financial, a fermé ses portes au cours de l’été 2007, incapable de tenir ses promesses.
61 Linden, Ken D. « New Policy Regarding In-World “Banks.”» Official Second Life Blog. 8.01.2008.

Les dirigeants de Linden Lab demandent, par ailleurs, aux gestionnaires des banques virtuelles de prévenir leurs clients et de leur permettre de retirer leur capital. Ils assurent également qu’ils sanctionneront les contrevenants, en suspendant, voire en supprimant définitivement leur compte et en récupérant leur achat de terrain.

Les risques juridiques pour les joueurs et pour Linden Lab étaient importants à l’époque. Même si les risques en ce domaine, n’existent plus aujourd’hui, la façon de résoudre le problème par Linden Lab est des plus surprenante.

Nous sommes face à une société privée qui met en place un système monétaire virtuel dont la monnaie est convertible avec les monnaies officielles de la plupart des pays du monde, et qui tente d’appliquer une politique monétaire : avec des taux de change, des commissions, une place de marché… Mais qui ne régule pas les activités bancaires qui s’y sont rattachées. En effet ces établissements qui effectuent également des opérations bancaires illégales à la fois sur le Linden dollar et sur des devises officielles, sont sanctionnés uniquement sur le fondement des conditions générales de service de Linden Lab62.

Enfin, par cette décision Linden Lab visait donc à préciser des règles et à rétablir de la confiance dans le fonctionnement de son économie virtuelle, au sein de laquelle s’échangent de nombreux biens. Déjà, en août 2007, l’éditeur de la plate-forme avait pris la décision d’exclure les casinos et les sites de jeux d’argent qui proliféraient dans Second Life. Il se mettait ainsi en conformité avec la législation américaine, qui interdit les sites de paris en ligne. C’est suite à cette décision qu’un nombre important de résidents a décidé de retirer l’argent déposé dans les banques virtuelles de Second Life.

Le rôle d’autorité monétaire ne s’improvise pas. Les décisions ou l’absence de décisions prises pour l’organisation d’un système monétaire peuvent avoir également des conséquences sur l’ensemble des activités utilisant la monnaie.

62 Interdits et bannis de Second Life.

Lire le mémoire complet ==> (Risques juridiques générés par le « système monétaire » de Second Life)
Mémoire en vue de l’obtention du Master 2 professionnel droit de l’internet public
Université Paris-1 Panthéon Sorbonne

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