Limites de Génopole, l’absence de structure juridique adaptée

By 20 March 2013

III. Quelques limites

Génopole se heurte malgré tout à quelques limites relativement pénalisantes. Celles-ci devront impérativement être traitées pour que le développement de Génopole puisse passer à une vitesse supérieure.

L’absence de structure juridique adaptée

Tout d’abord, Génopole souffre d’un manque de structure adaptée pour encadrer ses activités. En 1998, Génopole fut créé sous forme d’une association loi 1901 dérogatoire, ce qui présentait de gros risques de gestion de fait. Ceci était donc nécessairement provisoire et une régularisation du statut de Génopole était programmée. De plus, le statut d’association obligeait l’équipe Génopole à solliciter les collectivités locales pour financer chaque nouveau projet, ce qui était relativement pénible. Il était donc indispensable qu’un nouveau statut lui permette d’avoir un budget récurrent.

Génopole vient donc à son tour d’opter pour un statut composé de deux Groupements d’Intérêt Public (GIP) :

– un GIP national, baptisé « Consortium national de la recherche en génomique » (CNRG), qui réunit le ministère de la Recherche, l’INSERM, le CNRS, l’INRA, le CEA et FIST. Le CNRG a pour missions de gérer le CNS et le CNG, et d’animer le Réseau national des génopoles. Il devra donc créer un conseil scientifique pour coordonner les programmes de recherche des équipes et développer des thématiques.
– un GIP régional, gardant le nom de Génopole®, regroupant le Conseil régional, le Conseil général, la Communauté d’agglomération, la ville d’Evry, l’université et l’AFM. Ce GIP récupère les missions de Génopole au niveau de l’Ile-de-France.

Ces GIP seront des GIP à gestion privée puisqu’ils comprennent chacun un partenaire privé (FIST et l’AFM). Enfin, une société d’économie mixte assurera la gestion et l’aménagement de programmes immobiliers, le but étant à terme de rentabiliser les coûts d’investissements via les loyers.

La structure de GIP n’est cependant pas réellement satisfaisante pour les dirigeants de Génopole, car elle risque d’induire une trop grande rigidité. Il faudra en effet prévoir tous les projets un an à l’avance pour élaborer un budget adapté et obtenir l’agrément des partenaires du GIP. Le GIP classique ne permet donc pas de mobiliser très rapidement de fortes sommes, comme Génopole en a parfois besoin. Néanmoins, Pierre Tambourin a réussi à obtenir certaines dérogations, comme l’usage d’une comptabilité de droit privé et un contrôle a posteriori des dépenses effectuées.

En arrivant à la tête de Génopole, Pierre Tambourin avait dit qu’il ne voulait pas de GIP car il jugeait cette structure trop lourde et archaïque. Il aurait voulu une structure plus souple et originale, comme ce qui se fait dans certains pays étrangers. Mais le GIP est aujourd’hui la seule structure permettant d’encadrer un tel dispositif d’interface entre laboratoires publics et entreprises privées. Le statut de fondation serait idéal pour Génopole, mais selon la loi actuelle cela nécessiterait d’avoir au moins 50% de fonds propres. Peut-être faudrait-il créer une fondation dérogatoire…

Une culture trop publique ?

Une autre limite est que le mode de gestion et de fonctionnement de Génopole garde une image encore très publique, surtout vis-à-vis de ses interlocuteurs du privé. En effet, la grande majorité des chargés de mission de l’équipe Génopole viennent du secteur public, que ce soit des collectivités locales ou qu’il s’agisse de chercheurs mis à disposition par des organismes de recherche publique. Quelques entrepreneurs se plaignent ainsi de certaines rigidités de fonctionnement héritées du secteur public et regrettent que les chargés de mission n’aient pas tous une bonne expérience du secteur privé, ce qui peut mener à des incompréhensions. Pour eux, le risque de bureaucratisation est grand. Par ailleurs, ceci peut entraîner un manque de compétences dans certains secteurs comme la propriété intellectuelle, ou pour tout ce qui est juridique, contractuel, etc. Enfin la vocation nécessairement élitiste d’un incubateur qui doit savoir choisir les meilleurs projets, ceux qui ont les meilleures chances de donner naissance à une entreprise viable, peut parfois entrer en conflit avec un souci public de satisfaire tout le monde et de donner sa chance à chacun.

L’idéal serait sans doute que la valorisation soit faite par des professionnels, associant à la fois des personnes ayant une bonne expérience professionnelle dans le secteur privé et des jeunes cherchant à faire leurs preuves avant de créer eux-mêmes leur entreprise, sur le modèle des cabinets de conseil. L’équipe pourrait ainsi reposer sur des individus ayant une culture entrepreneuriale, sachant prendre des risques et même – pourquoi pas ? – ayant un intéressement financier dans la réussite des projets. Mais le recrutement de chargés de mission est difficile, car Génopole souffre de la rigidité des salaires du secteur public. Pour recruter quelqu’un de quarante ans avec une bonne expérience du privé, il faudrait ainsi lui offrir un salaire deux à trois fois supérieur à ceux de la fonction publique. Même si Pierre Tambourin a obtenu quelques dérogations, Génopole ne peut actuellement offrir de tels salaires.

Le manque de grandes entreprises

Génopole manque encore de grandes entreprises. En effet, même si certains projets d’implantation de grands laboratoires pharmaceutiques américains sont en cours, le pôle industriel est encore aujourd’hui essentiellement composé de start-ups, ce qui est une source de fragilité pour Génopole. En effet, ces entreprises sont encore très jeunes et elles doivent maintenant être confrontées au marché. Or nous sommes actuellement dans un contexte défavorable où les capital-risqueurs sont de plus en plus difficiles, si bien que le deuxième tour de table s’annonce très dur pour un grand nombre de start-ups. Ce ne sont d’ailleurs pas forcément celles qui ont levé le plus de fonds au premier tour qui s’en sortiront le mieux, car les porteurs de projet ont souvent du mal à accepter une chute de valorisation de leur entreprise entre le premier et le deuxième tour alors qu’ils ont beaucoup travaillé entre-temps. Ceci peut avoir un effet global important sur Génopole, car si certaines start-ups montrent l’exemple et réussissent à être rachetées ou à voler de leurs propres ailes, elles exerceront un rôle de modèle pour les autres et provoqueront un appel d’air. Mais à l’inverse quelques échecs retentissants peuvent avoir un impact douloureux et peuvent venir freiner l’enthousiasme et le dynamisme de Génopole. Les difficultés actuelles de Genset, pourtant longtemps considéré comme le fleuron français des biotechnologies, en font déjà réfléchir plus d’un. En l’absence de grandes entreprises, Génopole ressemble donc beaucoup à un géant aux pieds d’argile.

Un ensemble encore cloisonné

Enfin, Génopole reste un ensemble encore cloisonné. Ceci est vrai en premier lieu pour les laboratoires publics, qui restent très attachés à leur organisme d’origine : chaque équipe dépend de son organisme d’origine pour la gestion des projets européens et de la propriété intellectuelle, chacun gère ses ressources selon ses règles et la culture de l’organisme reste forte. Les chercheurs défendent ainsi fièrement leur appartenance à tel ou tel organisme de recherche, et il n’y a pas encore de culture commune forte au sein de Génopole. Les laboratoires ont plutôt tendance à vivre chacun de leur côté sans avoir beaucoup de liens entre eux. De même, certains chercheurs regrettent qu’il n’y ait pas de circulation massive d’étudiants entre les laboratoires et l’université, comme cela peut se faire sur les campus américains. Enfin, plusieurs jeunes entreprises nous ont confié qu’elles avaient encore du mal à dialoguer avec les laboratoires publics.

Cela est certainement dû en grande partie à l’absence de lieux de vie en commun sur le site, et à l’éclatement de Génopole en 17 emplacements à travers la ville d’Evry.

Par exemple, il n’existe pas de lieu de restauration commun, même si la construction d’un centre de restauration rapide est prévue, ce qui permettra d’accroître significativement la convivialité du site. Certains plaident donc activement pour l’aménagement de lieux de rencontre, de centres de vie qui permettraient à Génopole de former un véritable campus.

Pour décloisonner les laboratoires, l’idéal serait certainement qu’ils soient gérés directement par Génopole, qui pourrait également gérer la propriété intellectuelle de manière centralisée. Même s’il faut sans doute s’attendre à une résistance des organismes d’origine, ceci est d’autant plus pressant que l’accélération de la compétition internationale ne laisse pas aux laboratoires le loisir de se quereller entre eux. L’idée qu’à terme Génopole gère directement les laboratoires est paraît-il déjà présente, mais probablement faut-il laisser le temps aux choses de se faire. La mise en place du GIP peut être considérée comme une première étape dans ce sens.

Lire le mémoire complet ==> (Recherche et entreprises : Eloge de la folie)
Mémoire d’Ingénieurs Elèves
Ecole des Mines de Paris – Corps Techniques de l’Etat