Les universités virtuelles et les campus numériques

By 9 March 2013

1.3.2 Les universités virtuelles et les campus numériques

Les notions d’université virtuelle (UV) et de campus numérique sont intimement liées au contexte actuel du Web. Néanmoins, il est nécessaire de décrire l’ensemble des caractéristiques de chacun d’eux pour identifier les manières dont les institutions éducatives font appel aux TIC pour offrir leurs formations.

Serge Ravet définit une université virtuelle comme : « une institution sans murs (les étudiants sont accueillis à distance et se regroupent éventuellement dans des centres de ressources, learning centers), faisant appel aux technologies du numérique (et du virtuel) pour distribuer, animer et gérer ses enseignements, maîtrisant l’ingénierie des dispositifs d’apprentissage ouverts, flexibles et à distance, avec un ou plusieurs laboratoires de recherche attachés, dont au moins un spécialisé dans les questions des technologies de l’apprentissage – ou tout au moins, travaillant en partenariat étroit avec une institution engagée dans la recherche académique » [RAV 00a : 40].

Ravet distingue 16 caractéristiques des universités virtuelles nécessaires pour toute classification, à savoir : la quantité du personnel et des étudiantes inscrits, les alliances, les frontières, les services proposés, la gamme d’apprentissage, la qualité, les méthodes pédagogiques, la socialisation, le pouvoir, le type de public visé, l’équipe enseignante, les compétences, la vocation à la recherche, le système d’information, les technologies utilisées, et l’intégration dans l’environnement professionnel.

Pour sa part, et par analogie avec un campus universitaire, « un campus numérique est un ensemble de moyens humains et techniques, réunis pour offrir des services s’appuyant sur les TIC aux étudiants, présents ou non physiquement dans un établissement. Ces services sont très variés: ils peuvent aller de la simple diffusion de supports pédagogiques sous forme numérique à la formation ouverte assurée plus ou moins à distance (FOAD), en passant par le tutorat et le travail de groupe à distance, et par des services administratifs ou culturels variés » [AVE 02 : 9].

D’après Averous et Touzot, dans le domaine de la formation à distance diplômante en France, trois grands types d’acteurs sont souvent distingués : les universités dotées d’un centre de télé-enseignement universitaire, le Centre national d’enseignement à distance (CNED) et le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Néanmoins, il faudrait ajouter la récente apparition de nouveaux acteurs tels que les services de formation continue de quelques universités qui offrent un certain nombre de formations accessibles à distance. Dans tous les cas, ces chercheurs affirment que « l’émergence des campus numériques français transforme radicalement le paysage de la FOAD et devrait diversifier, à court terme, l’offre de formation » [AVE 02 : 13].

Ainsi, les universités virtuelles et les campus numériques sont souvent perçus comme la représentation électronique des institutions éducatives. Leur rôle est de fournir aux étudiants l’équivalent des services d’une université classique : programmes des formations, validation de diplômes, disponibilités d’enseignants compétents et services académiques, administratifs et techniques.

Quant à leur modalité de formation, les UV et les campus numériques s’inscrivent dans une modalité essentiellement en ligne (FOAD, FAD, EAD), même si la pratique en France reste très attachée à l’usage du courrier postal et des sessions présentielles programmées tout au long d’une année. De même, plusieurs formations qui se présentent sous modalité classique installent de plus en plus des dispositifs électroniques comme support à la formation visant à enrichir l’enseignement. Dans ce cas, la formation s’effectue de manière mixte ou hybride et l’usage des TIC est perçu comme moyen de distribution de contenus accessibles à tout moment depuis le Web.

Reste à dire que le concept de « campus numérique » a trouvé une nouvelle dimension en France lorsque le Ministère de l’éducation a lancé le projet national « Campus Numérique » avec trois appels à projets (2000, 2001 et 2002) pour le développement de campus virtuels. Étant son objectif de :

* améliorer l’enseignement supérieur français par le biais des TIC,
* introduire l’idée de « formation ouverte et à distance » dans le concept de « formation tout au long de la vie »,
* faire de l’enseignement supérieur français un modèle compétitif face à l’offre et la concurrence internationale.

Dans tel contexte, le projet Campus numérique se focalise sur l’offre de programmes d’études en ligne en stimulant la création de partenariats entre les universités. Actuellement, il existe soixante-quatre consortiums soutenus par ce projet.

1.3.3 Les outils informatiques

Comme nous l’avons évoqué, les outils informatiques pour l’enseignement déterminent un environnement numérique de travail et constituent, dans le cas des EIAH, un portail d’accès personnalisé à une gamme étendue de services et de contenus. Averous et Touzot [AVE 02 : 24] distinguent les différents types d’outils généralement inclus dans un environnement informatique pour l’apprentissage humain :

* outils de travail personnalisés de messagerie synchrone et asynchrone, visioconférence, agendas, carnet d’adresses, stockage de documents, outils de production de documents textuels ou multimédias, espaces de travail collaboratif…,
* outils de recherche d’informations adaptés au profil et aux besoins de chacun,
* outils d’accès à toute information, ou de production de toute information, relevant du processus de formation (ressources pédagogiques et documentaires, envoi et réception de d’exercices corrigés, résultats des examens, notes…),
* accès à une présentation, efficacement structurée, des différentes offres de formation,
* inscription ou pré-inscription, à distance, aux diverses formations,
* accès en ligne à toutes les formations auxquelles l’étudiant est inscrit.

Avec l’essor du Web et la systématisation des tâches communes dans l’enseignement à distance, les plateformes éducatives électroniques ont commencé à apparaître dans les années 90 sous le nom anglais de Learning Management Systems (LMS) et peuvent être définies comme un ensemble de logiciels rassemblés dans un environnement cohérent à point d’entrée unique sur un réseau Internet ou Intranet. Parmi les fonctionnalités, ces plateformes ont été conçues pour optimiser la gestion de l’ensemble des activités de formation, l’inscription des participants, la distribution des ressources, le temps de présence en ligne des contenus, les évaluations et résultats, l’organisation de parcours individualisés pour les apprenants, le suivi par le tuteur et le tutorat (gestion intégrée des interactions apprenants-formateur), l’animation de communautés d’apprentissage.

Parmi les premiers systèmes LMS, et qui continuent à exister à nos jours, les plus populaires ont été Blackboard, WebCT, Digital Think, Topclass et Learning Space. Tous ces logiciels ont trouvé un fort positionnement dans de grands établissements scolaires principalement aux États-Unis où le type de service fournit consistait dans la vente du logiciel ou dans l’hébergement à distance chez le développeur. Aujourd’hui, avec le mouvement open source et la massification du matériel informatique, un grand nombre de LMS est disponible sous licence libre pour son téléchargement et installation sur des serveurs propres aux institutions. Parmi les systèmes modernes open source, les plus répandus sont Moodle, ATutor, Claroline, Dokeos, Site@School et Interact.

Depuis la parution des LMS, nous observons une évolution dans les systèmes modernes principalement au niveau des outils qu’elles fournissent comme moyen de communication synchrone et asynchrone. Désormais plusieurs systèmes intègrent des chats, forums de discussion, blogs et wikis. Concernant la gestion de contenus, ils fournissent également des outils pour la publication de matériel éducatif analogues aux systèmes de publication sur le Web comme les Content Management Systems (d’où la dénomination Learning Content Management System ou LCMS).

Un des points faibles des LMS est la difficulté qu’ils posent lorsque les institutions ont besoin d’une haute adaptation visuelle et d’un paramétrage de la navigation des cours. D’après une étude menée par le Préau [RAV 00b] en 2000, sur la base d’un comparatif de 11 plateformes éducatives, ces environnements sont peu flexibles et quelquefois impossibles à paramétrer et à adapter aux besoins des utilisateurs. Pour cette raison, diverses institutions se sont intéressées au développement de leur propre plateforme. Citons par exemple la plateforme INES, conçue à l’université de Picardie Jules Verne [SID 04].

De plus, avec l’usage du Web et des hypermédias dans le domaine de l’éducation, des outils supplémentant les plateformes éducatives sont apparus pour répondre à des besoins spécifiques comme la recherche d’information et le travail collaboratif. Tel est le cas du système HyWebMap (et sa version en ligne HNLS) pour la classification, l’analyse et la création du savoir personnel [PAP 01] et K-Web Organizer pour l’enrichissement des réseaux de savoirs [SAL 01], tous les deux développés au laboratoire Paragraphe de l’université Paris VIII.

D’autres études et développements évaluent aussi la possibilité d’inclure au sein des plateformes éducatives des agents pédagogiques, des systèmes adaptatifs hypermédias, des environnements 3D récréant des espaces physiques, des visualisations de l’information sous forme cartographique, et des bases de connaissances communes [RET 03].

Toutefois, à l’heure actuelle, la plupart de ces projets restent des compléments aux plateformes éducatives et nous notons que l’agencement des TIC pour l’éducation suit plutôt une perspective modulaire.

À l’égard du contenu, l’intégration des outils informatiques pour l’enseignement semble reconnaître deux principes actuellement : la pérennité et la réutilisabilité. En effet, l’éventail investi pour la création des contenus et leur utilisation potentielle par d’autres institutions met en évidence le besoin d’un cadre systémique garantissant l’échange, le stockage et l’accès rapide et sémantique aux ressources. Pour répondre à ces préoccupations, les normes et recommandations internationales e-learning fournissent une approche pratique.

Objet technique hypermédia : repenser la création de contenu éducatif sur le Web
Thèse pour obtenir le grade de Docteur – Discipline: Sciences de l’information et de la communication
Université De Paris VIII – VINCENNES-SAINT-DENIS – U.F.R. Langage Informatique Technologie