Le rendement des fonds en euros – solutions et/ou préconisations

By 17 March 2013

II. Sur le produit

Comme évoqué précédemment, la tendance baissière du rendement des fonds en €uros va probablement perdurer, d’une part parce que les rendements obligataires, notamment d’Etat, ne vont sans doute pas augmenter et d’autre part parce que les assureurs n’ont qu’une marge de manœuvre limitée sur la composition des actifs investis via les fonds en €uros. Les nouvelles normes prudentielles que l’on appelle Solvabilité II, incitent même les assureurs {renforcer leurs lignes d’obligations gouvernementales. Les banques sont soumises à des contraintes identiques via les normes de Bâle III.

De quoi inciter les contribuables à revoir leur copie et à procéder à une réallocation d’actifs. Les épargnants {la recherche de rentabilité doivent se préparer à investir sur des supports plus risqués pour continuer à profiter des avantages fiscaux, patrimoniaux et successoraux de l’assurance vie. Voici une analyse des alternatives possibles actuellement :

1. Incitation des UC

Le rôle des régulateurs des banques et des assurances est de réduire le risque de faillite et de défaut de paiement. Ils concentrent donc leurs efforts sur la réduction de ces risques, et surtout des risques à court terme, au détriment de la rentabilité de ces intermédiaires financiers, avec des conséquences catastrophiques pour les épargnants et les assurés. La réforme Solvabilité II illustre parfaitement cette dérive précautionneuse et court-termiste. Elle sera calamiteuse pour l’efficacité du marché de l’épargne longue, et prépare l’invasion des fonds de pension étrangers soumis à des règles prudentielles plus souples.

Si l’on en croit les données collectées par DIMSON, MARSH et STAUNTON (39) sur la période 1900 à 2006, les actions françaises ont généré en moyenne un rendement réel de 6,2 % par an, alors que les obligations n’ont rapporté que 0,6 % par an sur la même période. Bien sûr, la volatilité du rendement réel des actions est deux fois plus importante que celle des obligations, mais cet écart permet difficilement de justifier une telle prime de risque du marché des actions.

Ce phénomène a des effets particulièrement marquants sur des placements de longue durée. Un jeune épargnant plaçant 1 € en actions à l’âge de 25 ans peut espérer en obtenir 11 € {65 ans, alors qu’il ne peut en attendre que 1,27 € en investissant en obligations. Dans le même temps, l’allongement de l’horizon doit favoriser les actions par rapport aux obligations, car le rendement des actions bénéficie d’un phénomène de retour à la moyenne, alors que le rendement des obligations subit le phénomène inverse. BEC et GOLLIER (40) ont récemment démontré que, pour un horizon de placement supérieur à 10 ans, les actions ne sont pratiquement pas plus risquées qu’un placement en obligations conservées jusqu’à leur maturité. CAMPBELL et VICEIRA (41) avaient antérieurement obtenu des résultats similaires sur des données américaines. Les intermédiaires en charge de la gestion de l’épargne longue devraient donc être incités à investir en actions diversifiées, pour permettre aux consommateurs voulant se constituer un capital à long terme de bénéficier de rendements élevés tout en profitant des mécanismes de partage de risque offerts par les assureurs.

Or, les sociétés d’assurances françaises investissaient massivement de leurs réserves en titres à revenus fixes, cela entraîne certes une grande sécurité des placements d’assurance vie, mais aussi une piètre performance sur le long terme. Et Solvabilité II va contraindre ces sociétés à réduire encore leur détention d’actions. En effet, la réforme va imposer une évaluation du risque d’insolvabilité sur une base annuelle, ce qui est contre-nature par rapport aux objectifs de l’assurance vie, qui est d’offrir le meilleur arbitrage entre risque et rentabilité sur les horizons longs des épargnants.

Afin d’encourager l’accès aux UC, de nouveaux mécanismes de gestion ont commencé à fleurir comme la proposition de formules d’investissement prédéfinies et composées de fonds €uros classiques et d’UC dans des proportions différentes ou les arbitrages automatiques.

(39) Ce sont trois auteurs brillants sur les marchés financiers. Tous les trois sont à « London Business School », Elroy DIMSON est Professeur de Finance. Paul MARSH Professeur de Finance. Mike STAUNTON est Directeur de la Base de données de Cours de l’action de Londres.
(40) Frédérique BEC Professeur à l’université de Cergy-Pantoise et Christian GOLLIER Professeur à l’université Toulouse I, ont publié en juillet 2007 « Assets returns volatility and investment horizon : the French Case ».
(41) John CAMPBELL et Luis VICEIRA sont deux Professeur à l’université de Harvard, ont publié de nombreux articles, ouvrages… d’orientation économique et financière dont « Assignation d’Actif Stratégique : le Choix de Portefeuille pour des Investisseurs à long terme », les deux ont gagnés de multiples récompenses.

La diversification est toujours une règle d’or :

Fonds en €uros, SICAV, FCP, actions, obligataires, monétaires, fonds structurés, flexibles ou profilés, titres vifs… pratiquement tous les actifs financiers peuvent ainsi être souscrits et arbitrés à tout moment en franchise fiscale dans le cadre d’un multisupport, moyennant des frais de l’ordre de 0,5 % à 1 % du montant arbitré et un délai moyen de J + 3.

Seule réserve, ces actifs, détaillés sur une liste dressée par décret en Conseil d’Etat, doivent être négociés sur un marché reconnu et offrir une protection suffisante de l’épargne investie. Reste alors à faire les bons choix.

Sécuriser un minimum :

Même moins rentable aujourd’hui qu’hier (3,4 % en moyenne), le fonds en €uros, garanti par l’assureur, demeure une exclusivité appréciable du multisupport. La plupart des professionnels conseillent d’y sécuriser au moins la moitié de ses primes.

Déléguer la gestion :

Du prêt-à-porter à la haute couture, tout est envisageable dans ce cadre. Ouverte à tous, la gestion profilée apparaît comme la solution la plus simple. Elle permet, selon son aversion au risque, d’investir dans un support de type « prudent », « équilibré » ou « dynamique » dont on confie les clefs à l’assureur. Revers de la médaille, les profilés sont souvent constitués de fonds de fonds maison, coûteux en frais (parfois cachés) et guère performants.

Ce n’est pas le cas de la gestion dite pilotée, qui, proposée dans la plupart des contrats en ligne, consiste à opter, moyennant des frais de gestion annuels d’environ 1 %, pour un mandat plus ou moins offensif confié à une société de gestion au savoir faire reconnu (Edmond de Rothschild AM, Lazard Frères Gestion…). Celle-ci a ensuite carte blanche pour arbitrer entre divers OPCVM. Affichant des résultats plutôt convaincants (+ 13 % en 2010 pour les mandats dynamiques de Boursorama et Altaprofits), la gestion pilotée tend à concurrencer ce qui reste le nec plus ultra de la gestion déléguée, à savoir la gestion mandatée dédiée à la clientèle haut de gamme des banques privées.

Accessible à partir de plusieurs centaines de milliers d’€, ce mandat personnalisé permet pratiquement toutes les combinaisons financières au sein de l’enveloppe assurance vie.

Investir dans un fonds flexible :

Depuis quelques années Carmignac Gestion, CPR AM, Edmond de Rothschild AM, Rouvier Associés … se sont fait une spécialité de ces fonds diversifiés patrimoniaux qui ont pour principal atout d’être extrêmement réactifs et élastiques. « On hisse ou on affale les voiles en permanence au gré de la météo boursière », résume Paul YOUNES, directeur général adjoint de l’Union Financière de France, partisan de longue date de ce type de gestion toujours parfaitement adaptée à la conjoncture actuelle.

Les arbitrages automatiques : /strong>

Apparues dans le sillage de la crise financière du début des années 2000, les options de pilotage automatique sont aujourd’hui présentes dans de nombreux contrats. Gratuites ou facturées (0,5 % du montant arbitré transfert), elles ont pour but de résoudre la délicate question du bon dosage boursier et du « market timing », est-ce ou non le moment de se lancer sur le marché des actions ? On trouve en général cinq types d’options.

La sécurisation des plus-values (écrêtage) :

Ce mécanisme consiste à mettre régulièrement en réserve (sur une périodicité mensuelle, hebdomadaire ou quotidienne) sur le fonds en €uros les plus-values générées par les UC dès lors qu’un certain seuil de valorisation du support est franchi (5 %, 10 %…). En fin de contrat, certaines compagnies proposent de sécuriser progressivement non plus les revenus dégagés, mais l’épargne logée sur un ou plusieurs supports diversifiés vers le fonds en €uros.

La dynamisation des gains du fonds en €uros :

A l’inverse, lorsque les bourses sont bien orientées, l’assureur arbitre une fois par an les revenus générés par le fonds €uros vers une ou plusieurs UC.

Le Stop Loss et le Stop Win :

Avec cette option, l’assureur enclenche le désinvestissement des supports en UC dès lors qu’il y a dépassement d’un seuil de moins-value préfixé. Dans certains contrats, cette option a son pendant, le Stop Win, qui consiste à sécuriser l’encours sur un ou plusieurs supports dès lors qu’ils génèrent une plus-value supérieure à un certain seuil prédéfini.

L’investissement progressif (lissage) :

Il permet à l’assuré d’arbitrer progressivement selon une périodicité prédéfinie (hebdomadaire, mensuelle, trimestrielle) un même montant de son fonds en €uros vers une ou plusieurs UC. Ce mécanisme a pour effet de lisser le prix d’entrée sur les marchés actions (on achète automatiquement plus lorsque les cours sont bas et moins lorsqu’ils remontent), donc d’amortir l’effet des à-coups des marchés. Il est particulièrement d’actualité.

Le rééquilibrage automatique :

Cette option permet de revenir régulièrement à la répartition des actifs telle que choisie initialement, et ce, quelles que soient les évolutions du marché, un support qui représentait 50 % de l’épargne investie à la souscription peut, au fil du temps et compte tenu de sa valorisation, monter bien au-delà.

A noter que le pilotage automatique ne doit pas signifier le pilotage aveugle. Chacune des options proposées dans le cadre des multisupports présente un intérêt. L’écrêtage, par exemple, a permis à nombre d’assurés de profiter du rebond de 2009 tout en sécurisant immédiatement leurs gains. De même, le Stop

Loss a su éviter à d’autres des pertes trop importantes. Mais l’assuré qui choisit telle ou telle option doit la surveiller, ne pas hésiter à l’adapter, la moduler, voire la désactiver au plus vite en cas de retournement brutal de conjoncture pour éviter qu’elle ne devienne pénalisante.

Aussi astucieux soient-ils, ces pilotes de gestion automatiques sont souvent critiqués pour leur rigidité. Ils peuvent en effet enfermer l’assuré dans un processus d’arbitrage trop systématique qui, dans certains contextes de marchés, peut se retourner contre lui. Le lissage par exemple, limite les effets d’une baisse brutale des cours. Mais réciproquement, il ne permet pas de profiter pleinement d’une forte hausse. Le rééquilibrage automatique de portefeuille peut également, dans l’hypothèse d’un retour de croissance durable des actions, contraindre l’assuré à sortir précocement du marché afin de respecter son allocation d’actif initiale, là où une gestion plus libre lui aurait permis d’engranger davantage de plus-values. Même chose pour le Stop Loss. Réglé trop bas, il peut se révéler pénalisant dans des conjonctures financières mouvantes et trop haut empêcher l’assuré de sortir à temps de marchés baissiers. La crise financière a montré l’intérêt que pouvaient avoir certains de ces parachutes. Simplement tout est question de dosage et de vigilance.

Lire le mémoire complet ==>

(Vers la fin des fonds en euros ?)
Mémoire de fin d’études – Le CNAM
Ecole nationale d’assurances