Le financement des études des étudiants chinois en France

By 3 March 2013

4.2 Le financement des études

Les études à l’étranger sont un investissement lourd pour une famille chinoise. Pour la plupart de nos enquêtés, déjà en Chine, ils ont dépensé 3.000 euros à 5.000 euros pour l’étude du français et l’agence intermédiaire. En France, il faut payer encore la formation en français (3.000 – 5.000 euros). Malgré le faible coût de l’inscription, les dépenses de la vie quotidienne représentent une somme considérable. Nos enquêtés dépensent environ 5.000 euros à 10.000 euros par an (les frais d’études, l’assurance, la nourriture, le logement, le voyage en Chine, tous les frais divers compris). La majorité de nos enquêtés sont financés par leurs parents, en particulier leurs deux premières années en France. Certains ont indiqué que leurs dépenses annuelles en France représentaient au moins la moitié des revenus annuels de leurs parents.

Si l’on prend en compte les différences de niveau de vie, un jeune de classe moyenne en Chine ne peut vivre que modestement en France et ne constitue qu’ « une classe basse », selon eux. Dans le cas de nos enquêtés, beaucoup vivent chichement, certains ont une vie plus confortable.

4.2.1 Origine et provenance des ressources des étudiants : trois catégories d’étudiants

Il y a trois grandes catégories de ressources des étudiants chinois à l’université française : les bourses, l’aide parentale et le revenu du travail. Aucun de nos enquêtés n’est boursier. Selon nos enquêtés, les bourses d’études ou l’allocation de recherches ne sont accessibles pour les étudiants qu’au niveau du doctorat, tout particulièrement, pour les étudiants de filières scientifiques. Alors, ce n’est pas le cas de nos enquêtés, comme ils sont au premier ou au deuxième cycle universitaire. Les aides parentales et le revenu d’activités rémunérées constituent leurs ressources principales.

On remarquera que la provenance des ressources évolue avec la durée de séjour en France. Pour la majorité de nos enquêtés, l’aide parentale constitue la principale ressource pendant les deux premières années, et après les provenances de leurs ressources se diversifient. Les sommes d’argent que les parents ont investies peuvent être très différentes. Prenons l’exemple des étudiants à Paris 5, avant de s’inscrire dans la formation universitaire, un étudiant a déjà dépensé environ entre 15,000 et 25,000 euros. Ceci est pris en charge essentiellement par leurs parents pour la plupart des étudiants.

Certains se sont aperçus que leurs parents se privaient depuis leur arrivée en France pour pouvoir leur envoyer de l’argent. Ce sacrifice provoque chez beaucoup un sentiment d’amertume et une pression supplémentaire. Ils souhaitent réussir leurs études par gratitude vis-à-vis de leurs parents et ils essaient d’alléger les charges autant que possible.

Et un ou deux ans après leur venue ? Les étudiants se divisent en deux sous groupes : Les étudiants d’origine aisée continuent de tirer de l’aisance familiale le principal de leurs ressources. Les autres doivent compléter leurs ressources avec des activités rémunérées, parce que l’aide de leurs parents diminue et le besoin accroit. Ils doivent gagnent l’indépendance financière progressive et tant tôt possible (voir Tableau 4).

– Le premier groupe comprend 5 enquêtés qui n’ont pas, ou quasiment pas des activités rémunérées. Il peut y avoir de grands décalages : Yang a plutôt une vie confortable, elle peut fréquenter les restaurants et les bons magasins de mode. Ses parents viennent à Paris et ils voyagent ensemble en Europe. Elle retourne deux fois par an en Chine pour les vacances. Ting doit calculer et faire des économies pour ne pas trop dépenser. Liu (Fille 27 ans, en France depuis 4 ans), Li (fille, 30 ans, en France depuis 4ans) et Ka (G, 28, en France depuis quatre ans et demi) font attention à leurs dépenses (peu de voyage, de restaurant et de mode), ils vivent sans grands soucis d’argent.

– Quant au deuxième groupe dont la provenance des ressources est mixte, on peut dire qu’il s’agit d’un processus de passer de l’aide parentale à un modèle mixte (aide parentale et revenu du travail), enfin vers son indépendance financière. Ce n’est pas, non plus un groupe homogène. Ils se diversifient selon le moment où ils commencent à exercer une activité rémunérée et le type de celle-ci. Yu (F, 22 ans, en France depuis 3 ans) et Chen (F, 25 ans, en France depuis 2 ans) ont fait des petits boulots comme baby-sitter ou serveuse de restaurant, ceci n’est ni régulier ni bien payé, alors il représente encore très peu de leurs ressources totales. Chen et Qin (F, 21 ans) sont toutes les deux à la recherche d’un travail à temps plein pendant les vacances d’été pour pouvoir baisser les charges de leurs parents. Xiao, fille de 19 ans a commencé à travailler dès sa deuxième année en France et la quantité du travail est relativement grande : à mi-temps.

– La troisième catégorie des étudiants est issue d’une famille modeste et ne dépend pas, ou quasiment pas de l’aide parentale dès leur première année en France. Ils doivent se débrouiller avec des prêts ou du revenu de travail rémunéré. C’est le cas de Xie (fille, 25 ans) et Chou (garçon, 27 ans), tous les deux sont arrivés en France depuis deux ans et ils déclarent ne pas recevoir d’aide de leurs parents. Xie n’a ni fait appel à l’Agence intermédiaire pour les démarches administratives, ni suivi des cours de français très couteux en France. Fille très indépendante, elle a dit à ses parents qu’elle ne rentrerait pas en Chine avant qu’elle puisse financer elle-même les billets d’avions. Une fois arrivée en France, elle s’est inscrite en M2 informatique biomédicale, elle a fait des stages rémunérés. Elle se loge gratuitement chez une famille française (chambre contre service). Quant à Chou, il a commencé à travailler à mi-temps dès la première année en France dans des restaurants. Mais ils restent très discrets sur leurs budgets, on peut imaginer que la vie est très dure pour eux. A côté de leurs études, ils doivent se battre pour survivre en France.

4.2.2 Les activités rémunérées : questions d’autonomie et d’indépendance?

On peut également distinguer les étudiants de filières scientifiques et de filières littéraires. Les premiers font plutôt un boulot du week-end à cause de leurs cours très intensifs, c’est le cas de Song (G, 21 ans), Qian (G, 24 ans) et Tang (G, 25 ans). Ils ont ensuite la possibilité de faire des stages très bien rémunérés. Les étudiants dans les filières scientifiques peuvent dès la troisième année de Licence avoir des expériences professionnelles par des stages rémunérés. Le cas de Qian est très révélateur à ce titre. Après 3 mois d’apprentissage du français, Qian est en Master 1 en MIAGE. Depuis la deuxième année en France, il travaillait tous le week-end et également en été dans un restaurant, en Licence 3 et Master 1, dans le cadre de ses études, il avait fait deux stages rémunérés au SMIC, ce qui lui a permis non seulement d’acquérir des expériences professionnelles mais également de gagner son indépendance par le travail.

Quant aux étudiants en sciences sociales, la possibilité d’accéder à une activité rémunérée et qui corresponde également à leur formation reste faible. Beaucoup des étudiants accumulent des activités très peu qualifiantes et mal payées comme baby-sitters, serveuse.

Tableau 6: Logement, financement et travail rémunéré des 15 enquêtés
Logement, financement et travail rémunéré des 15 enquêtés

Fait notable, ce ne sont pas les variables comme l’âge, et le cycle d’études qui déterminent le confort de vie (logement, loisir) et l’exercice d’une activité rémunérée pendant ce séjour d’études des étudiants chinois. Ce sont en effet les conditions économiques de la famille qui jouent le rôle décisif. D’un côté, nous avons des étudiants qui sont déjà en France depuis trois ou quatre ans, qui ont déjà entre 25 et 30 ans, qui s’inscrivant en Master, qui vivent toujours essentiellement avec le soutien financier de leurs parents. De l’autre côté, nous avons des étudiants qui commencent à travailler au bout d’un an ou deux ans en France, qui vivent chichement dans la banlieue de Paris en colocation avec des Chinois, qui commencent à travailler à l’âge de 19 ans, 20 ans dès leur première année de Licence.

On remarquera également que la variable de sexe ne joue pas tellement. D’un côté, on a Ka, garçon de 28 ans, c’est essentiellement ses parents qui financent ses quatre ans et demi d’études en France. De l’autre côté, Xiao et Qin, filles de 19 ans et 20 ans, ont du commencé à faire des boulots dans la restauration à partir de leur deuxième année en France.

Il est évident que ce séjour à l’étranger est un processus d’autonomisation pour des enfants uniques qui sont toujours sous la protection de leurs parents. Mais « l’autonomisation n’est pas l’indépendance », comment dit François de Singly, on peut être autonome tout en restant dépendant. Beaucoup d’étudiants chinois ne trouvent ni la nécessité ni la volonté de devenir indépendant. Ceci devient une obligation pour ceux issus, quelque soit l’âge, soit d’une famille relativement modeste, soit d’une famille dont l’éducation vise à ce but.

Lire le mémoire complet ==> (L’expérience des étudiants chinois en France : Entre mobilité et intégration)
Mémoire de Master Recherche : Sociologie de l’éducation et de la formation
Université Paris Descartes – Paris V – Faculté des Sciences Humaines et Sociales – Sorbonne

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