La sélection et la pression dans les études : c’est force motrice

By 2 March 2013

3.3 La sélection et la pression dans les études : c’est force motrice

Dans l’université française, la sélection se réalise surtout au cours des études, ce qui est différent de l’université chinoise où la sélection s’est faite à l’entrée de l’université. Une fois arrivés en France, les étudiants chinois ont très vite compris cette différence institutionnelle. Le sentiment commun est le stress, la pression : la réussite universitaire exige beaucoup d’efforts, par contre l’encadrement est très faible par rapport celui en Chine. Il est déjà difficile pour un Français de réussir, en tant qu’étrangers, ils devraient travailler plus.

Le travail dépend de l’autonomie de chacun, ce qui constitue un gros problème pour beaucoup d’étudiants chinois. Ces derniers sont habitués aux études intensives, mais bien encadrées en Chine. Le manque d’intérêt aux études est la plus grande ennemie de cette autonomie : « je n’étudie que quand on m’a forcé avec un couteau ». Même pour les étudiants les plus performants, l’autonomie dans le travail présente aussi un défi, « on est habitué à faire ce que nous demandent le professeur et les parents… ici, personne nous indique ce qu’on doit faire… personne ne nous surveille … ».

L’autonomie constitue également un problème pour ceux qui ont été à l’université en Chine, pendant cette période, ils étaient relaxes : « La vie étudiante est très détendue. On n’a pas besoin de travailler quotidiennement, on ne lit (les manuels) qu’avant les examens. Si tu échoues, il suffit que tu payes des frais pour la deuxième session ». « Tu n’as pas besoin de faire beaucoup d’effort, le diplôme, c’est donné ».

« La pression » est le mot le plus évoqué. Cela est plus remarquable pour les étudiants qui s’inscrivent pour la première fois dans une formation universitaire française, particulièrement, les étudiants du premier cycle dans les filières scientifiques où le taux d’échec est le plus élevé.

Chou, a eu un Licence ingénierie biologique en Chine. Après dix mois d’apprentissage du français, s’inscrit en Master 1 dans la même matière. Il explique d’où vient cette pression.

« À l’université française, on a des pressions dans les études. Ces pressions viennent probablement du fait qu’on n’a pas de manuels.

En Chine, le professeur fait ses cours à partir des manuels. Même si tout le monde ne comprend pas pendant les cours, ce n’est pas grave, parce que le professeur indique des points d’importance, par là on sait sur quoi on doit se concentrer. De plus, le professeur, soucieux de sa performance d’enseignement et sa promotion, préfère un taux élevé de réussite, il te laisse passer pour l’examen. Dans ce cas là, on a moins de pression. Plutôt établir une bonne relation avec le professeur qu’approfondir sa connaissance. Je ne sais pas si cette logique est universelle dans l’université chinoise, mais au moins dans la mienne, oui ça marche comme ca, surtout au premier cycle.

En France, d’abord, il n’y a pas de manuel, ensuite le professeur n’indique pas quels savoirs sont plus importants, de plus il a très peu de contacts avec les étudiants. Ce dont on dispose, c’est nos notes des cours. Après les cours, on doit aller soi-même chercher des documents et des données complémentaires, soit à la bibliothèque, soit par le biais d’internet. Les cours et les évaluations sont sous forme de présentation, exposé et mémoire, ceci exige qu’on construise soi-même ses données et les analyse et argumente. »

La pression les pousse à travailler. Yang était une brillante élève en Chine. Elle travaillait assez régulièrement. Elle compare les études en France et celles dans des pays anglophones (Angleterre, Etats-Unis, Australie ou Canada). « Mes amis qui étudient aux Etats-Unis et en Angleterre m’ont décrit la facilité de leurs études : ils n’ont pas besoins de travailler après les cours. Les examens sont faciles à passer. Mais ici en France, nous devons travailler régulièrement, parce qu’il y a encore de la concurrence. Je subis des pressions fortes. Cependant, je trouve que c’est bien, parce qu’il y a de la pression, on est obligé de travailler. Par le travail, on a acquis des connaissances. Sans pression, c’est très possible qu’on ne travaille pas».

Lire le mémoire complet ==>

(L’expérience des étudiants chinois en France : Entre mobilité et intégration)
Mémoire de Master Recherche : Sociologie de l’éducation et de la formation
Université Paris Descartes – Paris V – Faculté des Sciences Humaines et Sociales – Sorbonne

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