L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS

By 25 March 2013

“…les Universités (Italie, France et Angleterre), l’analyse des trajectoires des jeunes étudiants Erasmus, permet de poser la question de la stratification des systèmes éducatifs et de leur démocratisation. Dans la première partie de cette thèse nous montrons que le programme Erasmus n’a pas atteint l’objectif officiel de réciprocité des échanges…”

Université AIX-MARSEILLE I – Università degli studi di TORINO

UFR Civilisations et Humanités- Dip. di Scienze Sociali

Thèse pour obtenir le grade de DOCTEUR EN SOCIOLOGIE De l’Université AIX-MARSEILLE I et dell’Università degli studi di TORINO

Formation doctorale : Espaces, Cultures, Sociétés
Scuola di dottorato in Ricerca Sociale Comparata

L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS :
Les usages inégalitaires d’un programme d’ «échange » Une comparaison Angleterre/ France/Italie

Présentée et soutenue publiquement
Par Magali BALLATORE

Le 18 décembre 2007

En co-tutelle,
sous la direction du professeur Thierry BLÖSS (Université Aix-Marseille 1)
et du professeur Lorenzo FISCHER (Università degli studi di Torino)

JURY :
Thierry BLÖSS, Professeur à l’Université Aix-Marseille I – LEST-CNRS Alessandro CAVALLI, Professeur à l’Université de Pavie
Vincenzo CICCHELLI, Maître de conférences à l’université Paris V Sorbonne
Lorenzo FISCHER, Professeur à l’Université de Turin
Olivier GALLAND, Directeur de recherche GEMAS-CNRS Paris IV

L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS: Les usages inégalitaires d’un programme d'”échange”. Une comparaison Angleterre/France/Italie

Résumé (français)

Les migrations étudiantes en Europe ne sont pas nouvelles. Toutefois, le Programme Erasmus a institué un type de mobilité qui n’est pas sans conséquences pour des systèmes d’enseignement supérieur européens et des pays qui recourent à des pratiques sélectives, productives et intégratives particulières. Au-delà de la satisfaction largement affichée par les participants, dans les trois pays où sont nées les Universités (Italie, France et Angleterre), l’analyse des trajectoires des jeunes étudiants Erasmus, permet de poser la question de la stratification des systèmes éducatifs et de leur démocratisation. Dans la première partie de cette thèse nous montrons que le programme Erasmus n’a pas atteint l’objectif officiel de réciprocité des échanges. Ainsi les institutions d’enseignement supérieur Européennes se structurent dans l’ordre des inégalités de prestige entre établissements et plus largement entre aires culturelles. Cet ordre affecte aussi pour une part la morphologie sociale d’une population étudiante, dont le parcours scolaire est rapide et le passé migratoire riche. Dans une université massifiée, la mobilité institutionnalisée semble être un moyen de se distinguer. Dans une seconde partie, nous analysons les expériences Erasmus plurielles. Même si le partage d’un même statut homogénéise dans une certaine mesure les pratiques, les Erasmus forment un ensemble fractionné d’étudiants ‘étrangers privilégiés’ inscrits dans des circuits institutionnels différenciés. Dans une troisième partie, nous montrons que l’international n’abolit pas le national, comme l’accroissement des mobilités n’abolit pas les inégalités économiques et sociales en Europe. Du sud au nord, les déplacements ne sont pas investis des mêmes enjeux. Le séjour Erasmus et plus largement l’éducation, sont aussi des vecteurs de relations de pouvoir externes aux institutions d’enseignement supérieur.

Mots clefs : Europe, enseignement supérieur, Erasmus, étudiants, migrations, sociologie, comparaison internationale

Mobility Experience of ERASMUS Students: Inequality in the Use of “Exchange” Programmes. A Comparative Study between England, France and Italy

Summary (English)

Student migrations in Europe are not a new phenomenon. Yet the Erasmus programme has created a type of mobility which has had consequences on European higher education systems and on countries resorting to specific selective, productive and integrative practices. Beyond the students’ widely expressed satisfaction in the programme, a closer analysis of the paths of student movements in the three countries which saw the birth of universities (Italy, France and England) enables us to question the stratification and democratization of education systems. In the first part of the thesis, we show that the Erasmus program has not attained its official goal of reciprocity of exchanges. Thus, Europe’s Higher Education institutions are structured according to an unequal order of prestige between establishments and more largely between cultural areas. To a certain degree this order also impacts the social morphology of a student population which displays rapid scholar trajectories and a rich migratory past. In today’s mass university, institutionalised mobility appears as a means to stand out. In the second part of the thesis, we analyse the plural Erasmus experiences. Even if the sharing the same status homogenises behaviours to a certain degree, the Erasmus students still form a fractionalised body of ‘privileged foreigners’, evolving in differentiated institutional circuits. In the third part, we show that the international doesn’t abolish the national, just as the increase of movements doesn’t abolish the economic and social inequalities in Europe. From southern to northern Europe, the mobility programs are not invested with the same stakes. Thus the Erasmus programme and in a larger sense, education itself, are also vectors of power relations external to Higher Education institutions.

Key words : Europe, Higher education, Erasmus, students, migrations, sociology, cross-national comparison

Aux collectifs coopératifs

Remerciements
Cette recherche n’aurait pas été possible sans la collaboration des étudiants et professeurs qui ont accepté des entretiens et rempli notre questionnaire, et sans l’aide précieuse du personnel des Services de Relations Internationales des Universités de Provence, de Turin et de Bristol. Je leur exprime toute ma gratitude. Je remercie plus particulièrement Messieurs Jean-Claude Abric, Giorgio Kaboré, Jon Fox et Mesdames Anne-Marie Varnier, Beverley Poling, Jackie Bee pour m’avoir laissé accéder aux informations et documents dont j’avais besoin. Ainsi que tous ceux qui ont pris un moment sur leur temps de travail pour répondre à mes questions.

Ma formation, mon parcours intellectuel et universitaire doivent aussi beaucoup à Monsieur Patrick Perez et Madame Nicole Ramognino et plus généralement à l’ensemble des enseignants-chercheurs du département de sociologie de l’université de Provence, qui, malgré des difficultés chroniques matérielles et d’encadrement, ont, par un aménagement de mon temps d’enseignement et leurs encouragements, facilité l’organisation de mon travail de recherche. Je remercie également les chercheurs, techniciens et ingénieurs de mon laboratoire (le LEST) qui m’ont accompagnée durant ces quatre années. Ma pensée va en particulier à Messieurs Eric Verdier et Philippe Mosse, mais aussi à Bernard, Laurence, Claire, Maryse, Stephane et Patrice, et j’en oublie sûrement ! Je dois aussi beaucoup à l’équipe dirigeante passée et actuelle de mon école doctorale. Je remercie Sylvie David, responsable de l’OVE de l’université de Provence, Sylvie Mazzella, Corine Eyraud, Constance De Gourcy et Cesare Mattina, pour leurs conseils et leurs nombreux apports pédagogiques, intellectuels et pratiques.

Je remercie aussi et surtout Messieurs Thierry Blöss et Lorenzo Fischer qui ont dirigé cette thèse et dont les critiques ont toujours été constructives et fécondes. Qu’ils trouvent ici toute l’expression de ma reconnaissance. Le soutien, l’humour et l’amitié d’un grand nombre de doctorants et d’amis m’ont également été très précieux. Une pensée toute particulière va à Mauve, Andrea, Annalisa, Paolo, Paulo, Davy, Nick, François, Thierry, Marc, Alain, Noël et Francesco qui m’ont « supportée » (au sens propre comme au sens figuré !) et continueront à le faire, je l’espère, dans l’avenir !

Enfin et pour le sourire, le résultat de ce travail doit beaucoup à ma famille, qui a subi de manière chronique mes humeurs. Alors, permettez-moi de leur adresser quelques petites phrases personnalisées. Comme tu ne liras pas ma thèse, cher père, pour te donner une idée, je crois bien qu’elle ressemble au dernier vélo que tu m’as bricolé ! Pour ceux, qui souhaitent émettre des réclamations quant à mon caractère (sic) c’est aussi à lui qu’il faut s’adresser. Pour l’aide indirecte apportée à ce travail, merci également à mes grand-mères ! Enfin, un grand merci à Calou, mon frère presque jumeau, (mais il est arrivé avant, depuis j’essaie de le rattraper, ceci explique cela), à mon grand-père et surtout à ma mère, à qui nous pourrions décerner le titre de docteur en patience !

Introduction

« Erasmus, le très populaire programme Européen d’échanges universitaires fête ses 20 ans en 2007. Depuis 1987, date de création du programme, Erasmus aura fait voyager près d’un million et demi de jeunes Européens et parmi eux, 217 000 français. La France arrive en peloton de tête des pays les plus appréciés par les étudiants européens avec l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni […] Et les étudiants sont unanimes : l’expérience Erasmus enrichit, ouvre l’esprit, forge la citoyenneté, offre des expériences culturelles et linguistiques formidables. Sans compter la plus-value indéniable qu’apporte le label Erasmus sur un CV1.” Cet extrait d’un communiqué de « l’Agence

Europe-Education-Formation » France met en avant plusieurs aspects du programme Erasmus, de la croissance du nombre de participants aux apports plus qualitatifs du programme pour les individus. Si nous reprenons les termes de ce communiqué, ce programme serait “populaire” et les étudiants “unanimes” sur « une » expérience qui “ouvre l’esprit” et offre une « plus-value indéniable sur un CV ». Mais sur quoi reposent les affirmations quant aux bienfaits du programme Erasmus diffusées dans la presse? Est-il possible de parler de popularité et d’expérience unique et équitable ?

Le programme ERASMUS (anachronisme signifiant EuRopean Community Action Schema for the Mobility of University Students) ne concerne toujours qu’une minorité d’étudiants. Depuis sa mise en œuvre, pour promouvoir à la fois la mobilité et la reconnaissance mutuelle des diplômes, il ne touche encore qu’1% d’étudiants européens. Certes le nombre total d’étudiants européens en mobilité s’est accru depuis son institutionnalisation, mais s’agit-il de nouveaux voyageurs ? Le programme Erasmus permet-il une démocratisation de l’accès à la mobilité et des « débouchés» qui lui sont associés? Rééquilibre-t-il les flux migratoires en Europe ? L’augmentation de l’offre de séjour à l’étranger n’accélérerait-il pas un mouvement de spécialisation sociale des filières d’études et des destinations ? Est-il objectivement possible de conjuguer l’expérience étudiante Erasmus au singulier ?

1 Communiqué de Presse de l’agence Europe-Education-Formation France, Bordeaux le 2 mars 2007. http://www.europe-education-formation.fr/erasmus-20ans.php. L’agence nationale française est un groupement d’intérêt public placé sous la double tutelle du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et du ministère de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement. Il existe une agence nationale dans chacun des pays participant aux programmes d’échanges européens.

Les questions abordées dans ce travail de thèse sur la mobilité géographique institutionnalisée des étudiants en Europe renvoient à un débat beaucoup plus large qui vise à repenser l’enseignement supérieur et les migrations dans le cadre d’une nouvelle conjoncture sociale, politique et économique. La mobilité étudiante, spontanée comme institutionnalisée, a des motifs, des contours, des durées et des issues variables. Notre thèse a pour objet le programme Erasmus et ses conséquences en terme de personnalisation des parcours étudiants dans un enseignement supérieur européen de plus en plus stratifié. A un niveau individuel, institutionnel et sociétal, nous nous interrogerons sur les bénéficiaires de ce programme d’échange. Les stratégies de reproduction ou de distinction, qu’elles soient institutionnelles ou individuelles, ne deviendraient-elles pas transnationales ? Le passé (économique, migratoire et social) des pays européens et leurs institutions, ainsi que leur développement actuel, ont des effets, manifestes et latents, sur la mobilité institutionnalisée. A l’heure où nos gouvernements prônent le rapport instrumental aux études et les comportements qui relèvent de l’usage d’une université qui se professionnalise, que nous apprend la multiplication des possibilités d’études dans un contexte étranger sur les transformations de l’enseignement supérieur en Europe ?

La figure dominante de l’étudiant migrant, à l’esprit bohême, en quête de son identité juvénile a été largement diffusée dans le film de Cédric Klapisch : « L’auberge espagnole ». Dans un enseignement supérieur de plus en plus hétérogène où les motivations des protagonistes semblent, avant tout, résulter de choix personnels, la question de la migration des étudiants et des diplômés ne procèderait-t-elle pas aussi et encore de logiques sociales et politiques ? Autrement dit, en quoi les qualités individuelles que l’on prête aux étudiants migrants sont-elles dépendantes de leurs caractéristiques scolaires et sociales ? Ce travail de thèse est né de notre volonté de comprendre l’évolution des institutions universitaires et de ce dispositif européen, qui agglomère et fractionne le « collectif étudiant » (qu’il nous faudra caractériser et définir bien sûr). L’institutionnalisation de la mobilité étudiante peut être un indice particulièrement intéressant de changement social. Le système d’enseignement est un des lieux où se produisent et se reproduisent les systèmes de pensée2. Pouvons nous alors parler comme Georges Felouzis3 de dispersion de l’Université et d’éclatement de l’institution ?

2 L’histoire de l’enseignement secondaire est ainsi pour Durkheim « presque une histoire de l’esprit français », Page 25. DURKHEIM (E), L’évolution pédagogique en France. PUF, 1938
3 FELOUZIS (G), La condition étudiante, sociologie des étudiants et de l’université, PUF, 2001

Après s’être intéressé au vécu des étudiants dans les « antennes délocalisées » des universités, qui bénéficient, semble-t-il, d’un meilleur encadrement matériel et pédagogique, George Felouzis s’interroge sur les effets à long terme d’un tel dispositif. C’est ainsi que la question du « nombre » des étudiants reste pertinente, et plus particulièrement celle de leur répartition. Mais nous pouvons nous interroger sur la dimension la plus déterminante dans les trajectoires d’aujourd’hui : est-ce le rapport subjectif aux études ? Le processus qui existe dans les parcours étudiants est-il plus proche d’une personnalisation, que d’une socialisation4 ? Est-il possible d’aller dans ce sens, lorsqu’à côté d’une politique universitaire orientée vers un développement des sites délocalisés « de taille plus humaine », se met en place une politique universitaire européenne, qui entraîne de nouveaux contextes d’études, susceptibles d’avoir des effets sur la réussite scolaire et l’insertion professionnelle des étudiants?

Notre étude s’inscrit donc à la fois dans une série d’interrogations sur les chances de réussite, sur la sélection des étudiants en rapport avec le lieu d’étude, le cursus suivi (questions que nous pourrions qualifier d’anciennes et classiques en sociologie de l’éducation), mais aussi sur le rapport aux savoirs, les pratiques, les représentations des étudiants et leur insertion professionnelle, qui sont étroitement liés au processus de sélection. En d’autres termes, nous questionnerons l’institutionnalisation de la mobilité étudiante à partir du recrutement social, de la sélection, comme des parcours de formation. La mobilité étudiante a toujours existé mais elle n’a pas toujours été organisée par des politiques nationales ou supranationales. Quels sont donc les effets actuels et à venir de tels dispositifs ? Tout d’abord en termes de différenciation toujours croissante des trajectoires et des pratiques étudiantes. Ensuite en termes de construction d’un espace européen de la connaissance. Y-t-a-il réellement déplacement de référents sociaux, culturels et identificatoires? Les étudiants Erasmus semblent plutôt, au premier abord, mettre l’accent sur la dimension personnelle de leur expérience et sur les acquis qui en résultent. Le cadre académique permet-il l’acquisition d’autres apprentissages qui ne seraient pas uniquement disciplinaires ?

4 Par socialisation nous entendons ici l’intériorisation de « sous-mondes » institutionnels, qui, par l’intermédiaire de normes, règles et valeurs sociales bien établies, préparent tous les étudiants à celles liées à leur statut futur. Par personnalisation, on peut entendre ici la création par l’individu d’une trajectoire « originale » rendue possible par la diversification de l’offre de formation, le brouillage et la complexification des normes et valeurs attachées à l’institution universitaire. Ceci est observable à la fois par des indicateurs objectifs tel que les parcours de formations, les modalités d’insertion dans la vie active, et par des indicateurs subjectifs comme le sentiment d’appartenance à un groupe, l’identité pour soi des individus.

Nous allons examiner les différents niveaux que recouvre l’analyse de ces questions, de la sélection des participants au programme Erasmus, au « ré-investissement » du séjour par les étudiants, en passant par l’emprise de la sélection sur les modes de vie à l’étranger. La question centrale de cette thèse est celle des conséquences d’une sélection par diversification des parcours étudiants et d’une stratification sociale des systèmes d’enseignement supérieur européens. Pour y répondre nous avons choisi d’entrer par l’étude d’un programme d’échange, analysé sous trois angles : sa sélectivité, les pratiques qu’il engendre et « l’intégration » des étudiants qu’il permet. Le vécu et l’intégration des étudiants semblent dépendants du processus de sélection. Notre objet d’étude se situe ainsi à l’intersection de divers champs de la sociologie, notamment des études sur l’immigration et des recherches en sociologie de l’éducation et des organisations. Mais il appelle également une incursion dans d’autres disciplines des sciences humaines, notamment l’économie, la géographie et la science politique. Notre travail d’investigation et d’écriture a été ainsi structuré en fonction de chacun de ces axes et a fait l’objet, dans une perspective analytique, d’un travail de description à un niveau général et de mise en comparaison internationale.

Les axes d’analyse : sélection / expérience /socialisation

Le premier axe a pour objet la sélection, la formation d’une hiérarchie sociale et scolaire en Europe. A un niveau général, puis institutionnel, nous interrogerons la croissance quantitative de la mobilité et l’orientation des flux étudiants, au-delà des spécificités locales. Afin de mieux comprendre les processus de sélection des étudiants mobiles dans les institutions universitaires, nous mettrons en perspective la mobilité institutionnalisée académique face aux modifications de la nature des flux migratoires traditionnels et des destinations convoitées (cf. chapitre1). La mobilité étudiante institutionnalisée contribue-t- elle à des innovations significatives ou se situe-t-elle dans la continuité des flux traditionnels ? Nous verrons dans quelle mesure se renforcent ou s’atténuent les affinités sélectives déjà existantes. Chaque destination et chaque institution semble posséder sa propre valence sélective et se voit inscrite dans une hiérarchie. Bien que le programme Erasmus se base sur la réciprocité des échanges, nous verrons la prégnance d’un certain nombre de contraintes sociales et économiques, dès lors qu’on interroge l’effectivité de ce principe.

A un niveau individuel, nous étudierons les processus d’orientation, les trajectoires scolaires et le passé migratoire des étudiants Erasmus (cf. chapitre 2). Qui sont les étudiants qui participent au programme ERASMUS? Au-delà des raisons qu’ils donnent à leur initiative, quels sont les facteurs l’influant ? En d’autres termes, ce sont les logiques qui président à la sélection des candidats, au choix de leur destination migratoire, qui seront étudiées dans la première partie de cette thèse. Nous verrons ainsi comment se crée l’offre de mobilité au sein des universités, qui en fait la demande et qui est sélectionné selon les pays, les disciplines et les destinations. Sera introduite, entre autres, la notion de compétence migratoire, pour son pouvoir heuristique dans l’analyse des éléments influant le départ.

Le second axe interroge les pratiques et représentations, l’expérience des étudiants Erasmus à l’étranger. Plusieurs études statistiques comparatives existent sur l’usage différentiel de cette possibilité de mobilité à travers l’Europe, mais très peu se penchent sur les caractéristiques sociales des bénéficiaires et à ce qu’ils font pendant et après leur séjour à l’étranger. Notre recherche comparative permet ici de faire la part entre ce qui est inhérent à toute migration et ce qui est plus spécifique à une population donnée, ici étudiante, sélectionnée et relativement privilégiée. Comment les manières d’accueillir, le sens de l’hospitalité, plus ou moins institutionnalisés suivant les pays et que les individus situent souvent dans une « nature » collective, prennent leurs sources dans des différences structurelles ou conjoncturelles, sociales ou économiques ? (Cf chapitre 3). Les divergences de sélectivité des systèmes éducatifs des pays participants permettent également de comprendre les modes de sociabilité des étudiants Erasmus. Au-delà du discours psychologisant de l’étudiant à la recherche de lui-même à travers la rencontre des autres, quelles sont les pratiques des étudiants Erasmus à l’étranger ? Contrairement à une idée répandue, il est assez difficile de généraliser (cf. chapitre 4). L’expérience Erasmus ne se conjugue pas au singulier. Qu’est-ce qui, dans le vécu des étudiants Erasmus à l’étranger, relève des caractéristiques sociales et scolaires des individus en présence ou de l’expérience de mobilité elle-même ? L’étudiant mobile est l’un des rouages indispensables du système sans lequel une compréhension des conséquences d’un tel programme est difficile. Certes, une partie des enjeux le dépasse, mais il construit par ses stratégies un parcours, des liens entre une expérience académique, une expérience de vie quotidienne et une expérience touristique qui, lorsqu’on les rapporte aux contextes socio-économiques de son pays d’appartenance, prennent tout leur sens.

Le troisième axe a pour objet l’évolution des processus de socialisation secondaire, qui découlent des nouvelles politiques d’éducation et des nouvelles formes migratoires en Europe. L’accumulation de ressources internationales par une frange qualifiée de la population européenne entraine-t-elle une recomposition sociale des flux migratoires en Europe ? Nous essaierons de comprendre pour qui et dans quelle mesure, par delà les questions d’orientation, l’expérience vécue a changé les façons de penser, de sentir et d’agir . Dans les discours étudiants, la formation semble acquérir, par ce biais, des significations par lesquelles les étudiants ont l’impression de se former et de se transformer (Cf. chapitre 5). Qu’en est-il vraiment ? Que font les étudiants Erasmus à leur retour ? Quelles représentations véhiculent-ils? Ce type de mobilité entraîne-t-il d’autres types de mobilités (sociale et/ou géographique) ? Y a-t-il création de conditions objectives d’un changement dans l’enseignement supérieur et dans les pratiques migratoires en Europe ? Cette migration initialement choisie, pourra, avec la permanence dans le pays d’accueil ou la multiplication des séjours à l’étranger, être vécue comme imposée par des contraintes exogènes (Cf. chapitre 6). Nous verrons ainsi les conséquences macro-sociologiques d’un programme d’échange inégal pour les pays participants. Ce travail de thèse propose une contribution à la recherche sur la condition étudiante et la stratification croissante des structures de l’enseignement supérieur européen. Nous espérons aussi que nos analyses seront constructives pour des réflexions plus conceptuelles ou théoriques sur les migrations et le développement économique et social en Europe.

La démarche d’enquête : une recherche comparative internationale par étude de cas 5

La question au cœur de notre problématique est celle d’un nouveau contexte d’études, créé par la mobilité institutionnalisée et ses conséquences (individuelles, institutionnelles et sociétales) directes et indirectes. Pour y répondre nous avons choisi d’effectuer une recherche comparative internationale par étude de cas. Nous avons comparé plusieurs pays qui appartiennent à des aires géographiques différentes (de l’Europe méditerranéenne à l’Europe du nord, en passant par l’Europe continentale) dont les traditions migratoires et académiques varient considérablement. Le choix des pays a été déterminé par la différenciation opérable entre pays « exportateurs » et pays « importateurs » en matière d’échanges et de mobilité. Nous nous sommes appuyés sur nos connaissances d’ouvrages historiques et géographiques, qui soulignent, entre autres, que c’est bien en Europe et plus exactement en France, en Italie et en Angleterre que sont nées les Universités6. Le choix des institutions pour l’étude de cas a consisté à prédéfinir des traits communs, des critères pour éviter un certain nombre de biais dans la comparaison. Nous avons donc choisi des universités pluridisciplinaires dans des grandes villes de province d’une taille à peu près identique et dont la création est antérieure aux années de la massification « scolaire ». Nous avons aussi privilégié un croisement des méthodes d’enquête (quantitatives et qualitatives), que nous avons utilisées simultanément, pour éviter ce que les anglo-saxons nomme « the tunnel vision ». Chaque méthode révèle ses propres aspects et part de la réalité sociale. Il est certes difficile de généraliser à l’ensemble de la population mère, à partir des trois universités choisies, mais par contre, il est possible d’avancer des propositions plus générales à partir de l’induction analytique.

5 Pour une réflexion et plus de détails sur la démarche et les techniques d’enquête utilisées : voir la NOTE METHOLOGIQUE en Annexe 1.

Les questionnaires

Nous avons construit en 3 langues et reprographié 600 questionnaires, pour les porter aux Services des Relations Internationales des Universités de Turin et de Provence. (Ce sont les responsables « Erasmus » de chaque département, qui ont été impliqués à l’Université de Bristol7). Nous avons interrogé les étudiants « sortants » des trois universités, qui ont participé au programme Erasmus en 2004-2005, à leur retour dans l’institution d’origine. Certaines données construites ont pu être comparées aux statistiques des universités ou instituts nationaux et internationaux (Statistiques de l’Observatoire de la Vie Etudiante en France notamment). Mais d’autres, plus spécifiques, basées sur les parcours migratoires antérieurs des étudiants, ne sont pas systématiquement recueillies par des enquêtes exhaustives. C’est pourquoi nous avons construit également un questionnaire auprès d’une population « témoin » (400 questionnaires). Il a été distribué à la fin des cours et à l’entrée des bibliothèques dans les trois universités durant les divers séjours de recherches8. Les questions sont identiques à celles du questionnaire pour la population Erasmus9.

6 si l’on accepte de donner au mot université le sens que leur confèrent Christophe Charle et Jacques Verger, les premières institutions liées à la civilisation occidentale, sont nées en Italie, en France et en Angleterre. CHARLE (C), VERGER (J), 1994 – Histoire des universités, PUF. Ils donnent au mot université le sens relativement précis de « communauté (plus ou moins) autonome de maîtres et d’étudiants réunis pour assurer à un niveau supérieur l’enseignement d’un certain nombre de disciplines » Page 3.
7 Cf. encadré sur les conditions de passation des questionnaires et de déroulement des entretiens à la fin de cette introduction
8 Cf. NOTE METHODOLOGIQUE Annexe 1
9 Des exemplaires des questionnaires vierges dans les trois langues sont reprographiés en Annexe 1

Nous avons traité statistiquement, par SAS, 758 questionnaires. Pour l’université de Provence ceci correspond à un traitement de plus de la moitié de la population Erasmus sortante en 2004-2005, à un peu plus d’un tiers pour l’université de Bristol et à environ 20% de la population Erasmus sortante de l’université de Turin10. Ces divergences sont dues aux difficultés inégales rencontrées lors du déroulement de l’enquête, face à une organisation différente des services de relations internationales11.

Les questionnaires analysés :

Population« Erasmus » Population« témoin » Total
Université de Provence 155 105 260
Université de Turin 127 153 280
Université de Bristol 82 136 218
Total 364 394 758

Fabrication de 3 grilles de codage de plus de 170 variables chacune, comprenant des modalités numérisées et insertion des données sur Excel : 6 feuilles Excel de A à FS -variables en ligne- par le nombre d’individus en colonne.

Les entretiens

L’enquête de terrain s’est faite, en partie, par entretiens semi-directifs, en fonction des thèmes exposés antérieurement, mais en incitant davantage les étudiants à parler de leurs parcours post-séjours Erasmus. L’échantillon stratifié a pris en compte la variabilité sociologique des catégories, notamment de sexe et d’origine sociale des étudiants, de telle sorte que les groupes d’unités choisis présentent globalement les mêmes moyennes et proportions de l’ensemble dont ils sont tirés, au regard des caractères déjà statistiquement connus. En France, après certaines démarches administratives, nous avons obtenu des Services de Relations Internationales des Universités de Provence et de la Méditerranée, des listes (non exhaustives) d’étudiants ayant participé au programme d’échange ERASMUS en 2001-2002, avec des numéros de téléphone. Notre échantillon a été édifié en fonction des personnes que nous parvenions à contacter. A l’université de Turin et à l’université de Bristol, aucune liste ne nous a été fournie, mais nous avons été aidés par des réseaux d’associations étudiantes 12.

10 Il y avait 277 étudiants sortants à l’université de Provence en 2004-2005, 243 à l’université de Bristol et 733 à l’université de Turin.
11 Voir encadré sur le déroulement et le calendrier des recherches

12 Pour le détail des filières et des métiers exercés par les parents de ces 37 étudiants interviewés, se référer au tableau d’identité sociale Tome II, ANNEXE n°1. A Turin nous nous sommes entretenus avec 12 étudiants, 8 entretiens sont retranscrits en langue originale en annexe 1. A l’université de Bristol nous avons rencontré une dizaine d’étudiants et mené 9 entretiens approfondis dont 6 sont retranscrits en Annexe.

Nous avons également rencontré des responsables pédagogiques des relations internationales dans les départements des trois universités. Nous les avons questionnés sur leurs pratiques pédagogiques, mais aussi sur leurs éventuelles actions d’information, de sélection des candidats au départ13. Nous nous sommes également entretenus avec des membres des services de relations internationales14.

Les entretiens analysés:

Entretiensauprès d’étudiants Erasmus Entretiensauprès de responsables Erasmus Entretiensauprès de responsables des SRI Total
Université de Provence 16 5 2 23
Université de Turin 12 5 1 18
Université de Bristol 9 7 1 17
Total 37 17 4 58

Analyse entretien par entretien + analyse thématique + analyse lexicale par HYPERBASE.

Les entretiens ont duré entre trois-quarts d’heure et une heure et demie. Les questions qui ont été posées aux étudiants avaient pour objectif de les faire parler, dans un premier temps, sur leurs parcours scolaire et migratoire antérieurs au séjour Erasmus. Nous avons essayé de traduire la question de départ pour leurs homologues anglais et italiens, afin qu’elle entraîne les mêmes catégories discursives, tout en prenant en compte la différence en terme d’accès au séjour Erasmus et en évitant une traduction littérale qui aurait été incomprise15. Par la suite nous avons aussi adapté nos relances, en fonction de ce que nous connaissions du système éducatif britannique et italien, pour amener les étudiants à s’entretenir sur leur choix de partir, le pays choisi, la vie à l’étranger, leurs aspirations scolaires et professionnelles, ainsi que leur sentiment d’appartenance. Nous avons ensuite cherché à connaître leurs implications, représentations et pratiques après le séjour à l’étranger, en respectant la continuité et la dynamique du discours instauré.

13 Douze de ces entretiens d’enquête, heuristiques et intéressants pour notre propos, sont retranscrits dans le Tome II, annexe 1 de cette thèse
14 Certains de ces entretiens n’ont pas été retranscrits pour des problèmes soit d’anonymat, soit de refus de l’interlocuteur. Pour ceux qui sont en annexe 1, nous avons utilisé des pseudonymes et tenté de rendre non identifiables les personnes citées dans les discours.
15 Les questions de départ en anglais étaient les suivantes: Can you talk about your scholarship trajectory ? Which region do you come from ? Which kind of secondary school did you go in ? Why did you choose to study at the university of Bristol ? et en italien: Mi puoi raccontare il tuo percorso scolastico. Di quale provincial sei originario? Quale liceo hai frequentato ? Perchè hai scelto di studiare all’università di Torino ?

Nous avons également recontacté un certain nombre d’étudiants par téléphone, pour connaître leurs trajectoires deux ans après les premiers entretiens menés en 2002 pour la France et 2004 pour l’Italie et l’Angleterre. A plusieurs reprises nous avons fait appel à des observateurs privilégiés pour les trois pays dont: Paolo Coluzzi ( Italien, Lombard, séjour Erasmus en Espagne, ancien doctorant de l’Université de Bristol, depuis peu chercheur à l’université de Brunei -Asie sud orientale- ), Francesco Attademo (Italien du Mezzogiorno (Foggia), étudiant à l’université Politecnico de Turin), Jack Kuipers (Anglais, deux séjours Erasmus (France/Hollande) doctorant à l’université de Bristol) et Alexandre Bournery (Français, ancien étudiant de l’Université de la Méditerranée, DEA à l’université de Nanterre, séjour Erasmus en Angleterre, Doctorant au muséum d’Histoire Naturelle de Paris). Les conversations et interactions que nous avons eues de manière récurrente, ont permis de tracer un cadre où nous avons pu remettre en question nos propres conceptions de chercheurs en Sciences Humaines d’une région du sud-est de la France. Nous considérons cet apport comme essentiel également à l’établissement de ponts entre les populations de diverses universités et régions, car un grand nombre de similitudes nationales se dégagent au-delà d’une socialisation par les institutions d’enseignement supérieur et plus distinctement encore par les filières d’études.

L’observation « scientifique » : un recueil systématique

Pour chacun de nos terrains d’enquête, nous avons aussi tenu un « journal de bord » où étaient notées minutieusement nos démarches, les réflexions des différents acteurs, mais aussi nos impressions et réactions. Un certain nombre d’hypothèses de recherche ou axes de comparaison que nous avons établis ont fait l’objet d’une vérification, puis révision, en fonction de la démarche d’enquête qualitative nommée communément, observation directe. Pour ceci, nous avions prévu un cadre de référence dont dépend le niveau de rigueur de l’observation et qui prend en compte des phénomènes précis de ritualisation, comme déroulement d’une réunion de présentation, d’une sortie dans des lieux donnés…etc. Un classement par catégorie de comportements, comprenant variété des types, nombre des interactions entre les participants, rapidité du déroulement, richesse du mélange d’expression orale, par exemple, a été effectué. Une autre classe de manifestation de phénomènes comme l’agressivité, l’impatience, la compréhension en relation avec des unités verbales et non verbales, nous a servi d’indicateurs. Ainsi nous avons côtoyé les étudiants Erasmus dans les trois universités, assisté aux actes et aux gestes qui produisent leurs actions, écouté leurs échanges verbaux, inventorié les objets dont ils s’entourent. Au niveau de la profondeur de la description, de l’explication et de la richesse de son contenu possible, l’observation directe s’ajoute aux autres techniques ici employées, même si les informations que nous avons obtenues sont d’une nature et d’une qualité variables. Bien que la familiarité permette de neutraliser l’effet d’intrusion dans un milieu, il est cependant difficile de décrire sans interpréter. Nous avons donc dû prendre du recul, de la distance après chaque immersion, car toute situation est médiatisée par un regard, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’études comparatives internationales. L’ethnocentrisme peut se manifester dans des observations sélectives et préférentielles en fonction de la « culture » possédée par l’observateur.

L’utilisation de données secondaires d’enquêtes

Nous avons également fait appel, à plusieurs reprises, à des données antérieurement constituées par des organismes statistiques nationaux, internationaux, mais également, à des chiffres provenant d’enquêtes sociologiques plus locales. L’avantage de la mobilité par le programme ERASMUS, d’un point de vue empirique et analytique, est que nous pouvons la quantifier grâce aux Agences Nationales et aux services des Relations Internationales des universités qui enregistrent l’ensemble des « entrants » et des « sortants » systématiquement chaque année depuis la création du programme (1987). Cependant, une fois rentrés dans leur institution d’origine et diplômés, les étudiants ERASMUS ne sont plus repérables statistiquement. S’ils décident de retourner dans le pays d’accueil ou de poursuivre des études dans un autre pays par exemple, ils rentreront dans la population des étudiants étrangers des universités qui regroupe une très grande diversité de situations. S’ils choisissent d’y travailler, les difficultés de la mesure s’accroissent.

A travers cette enquête nous espérons avoir réussi à articuler des domaines disciplinaires et méthodologiques scindés par « la pensés disjonctive »16 et avoir apporté des éléments nouveaux à la mesure des particularités nationales et locales, (relevées dans d’autres études)17, qui rendent les expériences de mobilité en Europe bien dissemblables. Pour cela il nous a semblé pertinent de nous interroger sur les échanges inégaux qui soutiennent le déploiement d’un espace européen de la connaissance.

16 MORIN (E), Introduction à la pensée complexe, Paris : ESF, 1990, p.11
17 CAVALLI (A), GALLAND (O), Youth in Europe, Social Change in Western Europe, pinter, London, 1995, 160p.

Déroulement et calendrier de l’enquête de terrain Nous avons débuté les recherches en 2003 lors du DEA, par une première enquête exploratoire par entretiens semi-directifs auprès d’anciens étudiants Erasmus des universités de Provence et de la Méditerranée. L’enquête s’est déroulée en 2004 et en 2005Nous nous sommes adressés à plusieurs catégories d’informateurs :
les étudiants Erasmus,
les responsables enseignants-chercheurs du programme, les responsables administratifs des universités

es conditions de passation des questionnaires et de déroulement des entretiens ont été les suivantes:

Au premier semestre 2004 nous avons effectué des démarches auprès du Service des Relations Internationales de l’université de Provence pour la passation du questionnaire. Le questionnaire a été distribué avec un ensemble d’autres documents que l’étudiant devait remplir à son retour. Ce qui a été très fructueux. Puis nous avons distribué le questionnaire « condensé » auprès d’une population témoin composée d’étudiants en première et deuxième année second semestre, interrogés à la fin d’un cours de sociologie pour non sociologues et en sciences, sur le site de St Charles, à l’entrée de la bibliothèque et de la cafétéria. Nous avons également recherché l’ensemble de la documentation relative aux échanges de l’Université.

Au second semestre nous nous sommes rendus à Turin, où nous avons rencontré le responsable du Service des Relations Internationales, qui nous a assuré la même coopération qu’à Aix-en-Provence. Nous avons donc porté le questionnaire au personnel de ce service en proposant également une aide logistique. Nous sommes restés 3 mois pour pouvoir mener des entretiens et distribuer le questionnaire auprès d’une population témoin composée d’étudiants en sciences humaines et sociales, en première et deuxième année du second semestre. A l’université de Turin les numéros de téléphone d’anciens étudiants Erasmus ne nous ont pas été fournis par les services internationaux pour des raisons juridiques.

Par la suite nous avons effectué un séjour de 4 mois à l’université de Bristol. Nous avons rencontré de nouveau un certain nombre d’enseignants-chercheurs du département de sociologie et responsables du SRI. Cependant ces derniers n’ont pas souhaité prendre part à l’enquête et distribuer le questionnaire. Il est à noter que la responsable administrative de ce service à l’Université de Bristol n’a aucun lien, au contraire des universités de Provence et de Turin, avec le milieu de l’enseignement et de la recherche. Nous nous sommes donc adressés pour la passation du questionnaire à l’ensemble des responsables Erasmus des départements. Nous les avons rencontrés un par un, d’abord pour expliquer notre étude et déposer les questionnaires, puis les relancer régulièrement durant l’été et à la rentrée 2005. Ce qui nous a aussi permis d’avoir de nombreux entretiens auprès de ces derniers. En ce qui concerne les entretiens avec les étudiants Erasmus dont le séjour est plus ancien, nous avons fréquenté l’International centre et utilisé les relations de nos anciennes connaissances. Nous avons distribué le questionnaire « condensé » auprès d’une population témoin composée d’étudiants en sciences et sciences humaines et sociales à la sortie de la bibliothèque « art library » et à la sortie de cours de chimie et physique.

Au mois de Juillet nous sommes retournés à Turin pour récupérer les questionnaires complétés (nous avions déjà une très grande partie des questionnaires de l’université de Provence). Mais nous nous sommes rendu compte que seulement une dizaine de questionnaires avaient été distribués et que les questionnaires vierges avaient été mis de côté ! Nous avons donc rediscuté de l’importance de distribuer le questionnaire avec le personnel du service et nous nous sommes rendus de nouveau, avec le Professeur Lorenzo Fischer, à la direction du service dont le responsable avait changé. Le questionnaire n’était pas systématiquement présenté (en raison de changements et réorganisation du service) et le caractère non contraint spécifié par les membres du service n’ont pas permis une large diffusion. La nouvelle responsable a donc accepté de rendre sa distribution systématique et de ne pas préciser le caractère contraint ou non de sa compilation. Ce qui a donné de meilleurs résultats, qui, cependant restent modestes en comparaison avec les deux autres pays.

Au début de l’année académique 2005-2006, nous nous sommes rendus de nouveau à Bristol pour rencontrer encore une fois l’ensemble des responsables Erasmus des départements, afin de récupérer les questionnaires qui avaient été complétés. Puis nous avons effectué deux courts séjours à Turin pour remobiliser le personnel du service international et terminer les démarches pour la co-tutelle de thèse, initiées en 2004. Nous avons par la suite pris la décision de clôturer le travail de terrain

Sommaire
Introduction
Partie 1 Le programme Erasmus dans la diversification des parcours étudiants
Chapitre 1 Du développement des mobilités aux phénomènes d’affinité sélective
1.1 La mobilité étudiante : croissance, déséquilibre et diversification de l’offre
1.2 Un programme qui se heurte à des intérêts économiques et institutionnels
Chapitre 2 Qui sont les étudiants Erasmus ?
2.1 Morphologie sociale de la population étudiante « Erasmus »
2.2 Erasmus : Un outil de distinction dans une université massifiée
Partie 2 L’emprise de la sélection sur l’expérience Erasmus
Chapitre 3 Lieux et pratiques d’accueil des étudiants Erasmus à l’étranger
3.1 L’importance des lieux et leur hospitalité
3.2 Modes de résidence : Parenthèse ou indépendance résidentielle définitive ?
Chapitre 4 Erasmus : une période moratoire ?
4.1 Un temps de travail académique négocié et différencié
4.2 Du temps d’adaptation au temps des voyages
4.3 Une sociabilité conformiste
4.4 Des loisirs reflétant la diversité du corps socioculturel étudiant
Partie 3 Les conséquences de la personnalisation des parcours étudiants
Chapitre 5 Des apprentissages de l’international aux réseaux Erasmus
5.1 Des apprentissages diversifiés pour des étudiants inégaux devant leurs «bénéfices»
5.2 Les conséquences de la rencontre ou de la co-existence des cultures
Chapitre 6 Des migrations choisies ou subies ?
6.1 Erasmus face à des entrées dans la vie active diversifiées selon les pays
6.2 Mobilité géographique et traversée des hiérarchies sociales
Conclusion

Sigles et abréviations
ALS : Aide au logement social
APL : Allocation pour le logement
BRFE : Bourse Régionale de Formation à l’Etranger
CAF: Caisse d’allocation Familiale
CAPES : Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement du Second degré
CE : Communauté Européenne.
COMETT : the COMmunity program for Education Teaching and Training
CPGE: Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles
CREPUQ : Conférence des Recteurs de Présidents d’Université du Québec
CTE : Centre de Télé-Enseignement
DAAD : Deutscher Akademisher Austauschdienst, bourse d’études de l’office allemand des échanges universitaires.
DEA : Diplôme d’Etudes Approfondies
DESS : Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées
DEUG : Diplôme d’études universitaires générales
ECTS: European Community Course Credit Transfer System
ENS : Ecole Normale Supérieure
ERASMUS : EuRopean Community Action Schema for the Mobility of University Students
FE: Further Education
FLE : Français Langues Etrangères
HE: Higher Education
HEFC: Higher Education Founding council
IAE : Institut des Administrations économiques
INSEE: Institut national de la statistique et des études économiques
ISEP : International Student Exchange Program
IUFM : Institut Universitaire de Formation des Maîtres
IUT : Institut universitaire technologique
JCR: Junior Common Room
LEA : Langues Etrangères Appliquées
LEA : Local Education Authority
NUS: National Union of Students
OCDE : Organisation pour la coopération et le développement économique
OURIP : Observatoire Universitaire Régional de l’Insertion Professionnelle
OVE : Observatoire de la Vie Etudiante
PACA : Provence Alpes Côté d’Azur
PCS : Professions et Catégories Socioprofessionnelles
PIC : Programmes Inter-universitaires de Coopération
SHS : Sciences Humaines et Sociales
SM : Sciences de la matière
SRI : Service des Relations Internationales
STS: Section de Technicien Supérieur
TD : Travaux dirigés
TOEFL : test linguistique d’anglais
U1 : Université de Provence
U2 : Université de la Méditerranée
UB: Université de Bristol
UE : Union Européenne
UETPs : University Enterprise Training Partnerships
UFR : Unité de Formation et de Recherche
UGC: University Grants Committee
UP: Université de Provence
UT : Université de Turin

  1. Programme Erasmus dans la diversification des parcours scolaires
  2. La mobilité étudiante : genèse et évolution des flux
  3. L’institutionnalisation de la mobilité étudiante et la migration
  4. Le programme Erasmus : la réciprocité des échanges en question
  5. La mobilité étudiante institutionnalisée intra-européenne
  6. Erasmus, un programme qui reproduit des affinités sélectives
  7. Procédures locales de sélection des étudiants ERASMUS en France
  8. Qui sont les étudiants Erasmus ? Analyse de la morphologie sociale
  9. Erasmus serait- il un programme de féminisé ?
  10. Etudiants Erasmus, population jeune aux parcours scolaires rapides
  11. Démocratisation de la mobilité étudiante ou massification? ERASMUS
  12. Erasmus : Un outil de distinction dans une université massifiée
  13. Les compétences migratoires des étudiants et le programme Erasmus
  14. Lieux et pratiques d’accueil des étudiants Erasmus à l’étranger
  15. Hospitalité institutionnalisée de l’enseignement supérieur Britannique
  16. L’hospitalité de l’enseignement supérieur dans les pays latins
  17. Les formes d’hospitalité dans l’université française
  18. Le foyer parental: des temps et des issues variables en Europe
  19. Indépendance résidentielle et satisfaction des étudiants Erasmus
  20. Des réalités résidentielles différentes suivant les universités
  21. L’établissement du programme d’étude : le Learning Agreements
  22. Assiduité et Travail personnel des étudiants Erasmus à l’étranger
  23. Evaluation de la période d’études à l’étranger (Erasmus, France)
  24. Du temps d’adaptation au temps des voyages, les étudiants Erasmus
  25. Etudiants Erasmus, visites dépendantes de ressources économiques
  26. Une migration de maintien soutenue par une mobilité virtuelle
  27. Identifications a-territoriales, références multi-territoriales et séjour Erasmus
  28. La sociabilité des étudiants Erasmus français
  29. La famille, une valeur sûre pour les étudiants Erasmus
  30. Activités syndicales et politiques délaissées – Etudiants Erasmus
  31. Université de Bristol, Implication dans des activités festives
  32. Les loisirs des étudiants Erasmus et la mobilité étudiante
  33. Le financement de l’expérience Erasmus
  34. Situation économique des étudiants Erasmus et Types de loisirs
  35. Homogénéisation des pratiques de loisirs étudiants à l’étranger ?
  36. Des apprentissages de l’international aux réseaux Erasmus
  37. Le programme Erasmus, un apprentissage expérientiel loué
  38. L’apprentissage de la différence, Acquis culturels du séjour Erasmus
  39. Conséquences de la rencontre ou de la co-existence des cultures
  40. Les comportements des étudiants Erasmus et les codes socioculturels
  41. Maintien et dynamique du réseau Erasmus Européen
  42. L’intégration des étudiants immigrés en Europe
  43. L’insertion des étudiants mobiles Erasmus sur le marché du travail
  44. Un diplôme garant d’un emploi stable chez les jeunes français ?
  45. Jeunes italiens et un marché du travail qualifié peu concurrentiel
  46. Maintien des privilèges des diplômés britanniques du supérieur
  47. Mobilité géographique des étudiants et Compétences internationales
  48. Diversité des points de départs nationaux des étudiants Erasmus
  49. La mobilité étudiante et les racines de la science
  50. La circulation des cerveaux, Brain drain ou brain movement
  51. L’immigration choisie en France et en Angleterre
  52. L’exode des compétences en Italie, les étudiants étrangers
  53. Une démocratisation ségrégative de la mobilité étudiante
  54. Une recomposition sociale des flux migratoires en Europe ?