Itinéraire d’une rencontre au cœur de soi

By 4 March 2013

Deuxième partie : Cadre théorique

Mise en place

Comment allons-nous organiser notre réflexion ? Pour guider nos choix, rappelons que la mise en place de « référents théoriques » (Paillé, 2003) a une double fonction :
– éclairer les différents termes de la question de recherche;
– construire des « leviers théoriques » (Ibid.) qui vont permettre d’aborder nos données d’enquête.

Concernant la clarification des termes de notre question de recherche, nous en avons amorcé un premier mouvement dans la partie « Problématisation ». Rappelons notre choix d’un fil conducteur théorique qui part de la présentation du « rapport au sensible » pour s’achever par un éclairage de la « relation de couple ».

Nous aborderons la question du rapport au sensible en empruntant l’itinéraire expérientiel que pourrait parcourir une personne faisant appel à la psychopédagogie perceptive. Ce parcours nous amènera à dégager les éléments d’un rapport à soi renouvelé sous la forme d’une « intra réciprocité ».

Dans un deuxième temps, nous évoquerons la question d’autrui et examinerons les apports de la psychopédagogie perceptive en ce qui concerne la « réciprocité interpersonnelle ».

Enfin, nous aborderons des éléments de sociologie, de psychosociologie et de psychologie afin de mieux cerner les contours de la relation de couple.

Nous sommes en présence de thématiques extrêmement vastes. Comment s’est dessinée la rédaction finale de cette partie réservée aux concepts ? Comment avons-nous « fait le tri » dans l’immense matériau théorique disponible ? Précisons simplement que les pages qui suivent sont nées après une première phase d’analyse de nos données. Lors de celle-ci, nous avons pu voir à l’œuvre un certain nombre de nos référents théoriques, nés à la fois de notre connaissance conceptuelle et expérientielle de la psychopédagogie perceptive et de nos premières synthèses bibliographiques autour de la « relation de couple ». Les premiers résultats d’analyse nous ont donné à voir les axes de réflexion principaux qui sont exprimés par les participants de notre recherche. Nous y trouvons par exemple une forte présence des notions suivantes :

– l’expérience du sensible;
– le renouvellement du moi et le renouvellement du couple;
– la rencontre avec les mécanismes à l’œuvre dans le rapport à soi et à l’autre au sein du couple;
– le rapport à l’amour;
– etc.

La connaissance de ces axes a contribué à l’orientation et à la sélection des développements théoriques. L’exercice de la recherche en acte nous montre ainsi qu’il ne s’agit pas une opération linéaire, qui irait en droite ligne de la définition de la problématique à la réflexion théorique pour s’achever par l’analyse des données et la phase d’interprétation/discussion.

Chapitre 3 : L’expérience en psychopédagogie perceptive

Itinéraire d’une rencontre au cœur de soi

Pour la personne qui se donne les moyens de la découvrir pleinement, la psychopédagogie perceptive va se présenter successivement sous plusieurs visages.

Les premiers pas : une démarche vers la santé retrouvée

La démarche initiale est généralement motivée par le besoin d’une prise en charge de la douleur physique ou de la souffrance psychique (Lammlin-Cencig, 2007, op. cit.). Dans son rapport au corps, le patient – au sens où la demande première de celui-ci relève du soin – témoigne de la présence de douleurs, de tensions, de crispations voire de blocages, mais aussi de fatigue. À propos de sa condition psychologique, il est le plus souvent question de stress, de préoccupations voire d’envahissement mental, d’incapacité à prendre du recul par rapport aux situations et de difficultés à s’adapter aux événements de la vie.

À ce stade, la personne entretient avec son corps un rapport centré sur la dualité douleur/soulagement et avec sa sphère psychique, une relation basée sur le binôme mal-être/bien-être. Le plus souvent, cette même personne vit peu de liens entre ses réalités somatiques et psychiques, entre son corps et son esprit, si ce n’est qu’elle souffre doublement, c’est-à-dire sur les deux plans. Et quand elle témoigne de ses difficultés d’adaptation – une incapacité à faire face aux exigences qu’elle rencontre dans son milieu professionnel par exemple – les liens qu’elle établit entre cette désorganisation psychosociale, son état mental et sa condition physique ne sont pas clairs. En fait, c’est l’état de mal-être général qui tient lieu d’unité entre les différentes dimensions de la personne.

Le psychopédagogue, à travers la médiation manuelle notamment, va mettre en œuvre un savoir-faire et un savoir-accompagner qui vont relancer le potentiel d’autorégulation et la force de renouvellement que le patient porte en lui. Les caractéristiques de cet accompagnement ne seront pas abordés ici; ils sont amplement décrits dans la littérature (Berger, 2006, op. cit.; Bois, 2006, 2007, op. cit.; Courraud, 2007, op. cit.; Bourhis, 2007a; Rosenberg, 2007). Le plus souvent, le soulagement des symptômes s’initie dès les premières séances et par contraste, la personne prend alors seulement la mesure de son état souffrant de départ.

À la faveur d’un bien-être retrouvé, au fil d’une disparition progressive des douleurs et tensions physiques et d’un soulagement des souffrances psychiques, la personne entre dans une forme d’étonnement car il se déploie simultanément dans son corps l’expérience de sensations inédites. Celles-ci sont liées à la découverte de ce que nous appelons le « mouvement interne » et que nous aborderons ci-dessous.

D’un itinéraire soignant à une dynamique de la découverte

Le bien-être ne se limite plus dès lors au soulagement de la douleur et de la souffrance (Lammlin- Cencig, 2007, op. cit., p. 101-118) mais prend le visage d’un enrichissement du rapport au corps, fait de sensations de mouvement mais aussi de chaleur, de profondeur, de globalité (Bois, 2007, p. 287-307). Suivent également, nous le verrons, l’accès à des informations de nature existentielle telle, par exemple, la découverte d’un état interne de confiance.

Dans une première étape de son suivi en psychopédagogie perceptive, la personne peut avoir le sentiment d’une prise en charge totale. Le praticien assure en effet toute la part active au sein de cet accompagnement. Mais à partir du moment où les phénomènes internes de relâchement des tensions corporelles et de détente psychique se font ressentir, le monde intra-corporel, intra-personnel pourrait-on dire, devient le lieu d’une attention nouvelle. Il s’y déroule une activité qui surprend la personne par sa nouveauté. Percevoir ces manifestations inédites en soi demande un apprentissage, un entraînement. Et la première dimension de cet apprentissage est de l’ordre du rapport à la perception. Il s’agit pour la personne d’apprendre à entrer en relation avec les expressions du vivant qui se déploient dans sa matière, sous les mains du praticien. Le praticien va ainsi solliciter l’attention de la personne vers les contenus du vécu qui se déroulent au fil de la séance et que nous détaillerons plus loin. Le statut de la personne qui a fait appel à la psychopédagogie perceptive change : de patient passif, la personne passe au rôle d’apprenant actif.

À la rencontre du mouvement interne

La notion de mouvement interne est délicate à introduire, mais elle est centrale dans notre approche. Les recherches menées au CERAP montrent en effet que c’est à partir du moment où la personne entre en relation de perception, avec le mouvement interne, que le processus de soin s’enrichit d’une dimension de transformation et d’apprentissage (Bois, 2007, op. cit.; Lammlin- Cencig, 2007, op. cit.).

C’est en nous plaçant dans la perspective de la personne qui fait la découverte du mouvement interne que nous allons aborder ce dernier. Nous nous appuierons pour cela sur le travail de recherche mené à l’Université Moderne de Lisbonne entre 2004 et 2006 par Valérie Bouchet (2006), en collaboration avec Danis Bois et Marc Humpich et sur les communications faites à Athènes, en mai 2007, à l’occasion du congrès international de somato-psychopédagogie (Humpich, Bois, 2008).

Dans le cadre de la recherche menée par Bouchet, et qui portait sur l’enrichissement du rapport à la motivation pour des personnes fréquentant les cadres d’expérience de la psychopédagogie perceptive, nous trouvons une enquête menée auprès d’un groupe de 12 personnes, âgées de 33 à 79 ans et ayant entre quelques mois et 16 années de pratique.

L’enquête a été menée à partir d’un questionnaire articulé autour de 4 axes :
– à quoi reconnaissez-vous le mouvement interne ?
– qu’aimez-vous dans le rapport au mouvement interne ?
– quels sont les effets que cela vous procure ?
– à quoi peut-il vous servir dans l’action ?

L’analyse qualitative des données recueillies par Bouchet a permis de dégager plusieurs dynamiques à l’œuvre dans la découverte du mouvement interne telle qu’elle est expérimentée par les personnes faisant l’expérience de la psychopédagogie perceptive (Humpich, 2007). Dans les paragraphes qui suivent, les témoignages venant illustrer notre propos sont tirés de cette même enquête. Chaque personne interrogée est mentionnée avec le nombre d’années durant lesquelles elle a fréquenté le travail en somato-psychopédagogie4.

Dynamique de la découverte

La première dynamique que nous dégageons a trait au rapport à la nouveauté. Dans les mots de H. (expert, + 10 ans) : « Ce que j’aime dans le rapport au mouvement interne c’est sa nouveauté, ce qui vient est imprévisible et inattendu ».

Pour la personne qui découvre notre approche, cette nouveauté a ceci de particulier qu’elle n’est pas concevable, au sens où l’on ne peut l’extrapoler d’une expérience antérieure en rapport avec le corps ou le mouvement. La rencontre avec le mouvement interne relève en fait d’une véritable « première fois ». Nous avons coutume de dire qu’il ne lui correspond généralement aucun antécédent, aucun vécu qui aurait pu laisser une trace mnésique, une représentation perceptive s’en rapprochant.

Les praticiens et patients/apprenants de la psychopédagogie perceptive développent progressivement une proximité avec ce champ perceptif particulier. Toutefois, si nous nous adressons à un lecteur qui n’a pas eu l’occasion de se prêter aux cadres d’expérience de notre approche, nous devons préciser que l’expérience du mouvement interne ne correspond en rien à ce qu’il pourrait imaginer. En effet, l’imaginaire trouve ici sa limite dans la mesure où le mouvement interne est un « inconcevable ». Mais en l’occurrence, ce qui ne peut se concevoir peut se percevoir.

4 Pour simplifier, précisons que l’appellation « somato-psychopédagogie » renvoie à l’application professionnelle des principes et méthodologies de la psychopédagogie perceptive dans les secteurs du soin et de l’éducation (Berger, 2006, op. cit.).

Revenons au processus de découverte du mouvement interne et de ses effets dans soi, en faisant remarquer que les propos cités plus haut sont ceux d’un expert. Cela pose question. En effet, comment faut-il comprendre le fait que cet expert qui fréquente le mouvement interne depuis de longues années affirme aimer le côté «imprévisible » et « inattendu » de ce qui se donne à vivre ? Sans entrer dans de plus amples développements, ce qui apparaît ici est une caractéristique qui signe autant le caractère « émergeant » du mouvement interne que la potentialité de la personne dans le rapport à son expérience.

Tableau 1 : La découverte du mouvement interne

Principes

Témoignages

Nouveauté

« Ce que j’aime dans le rapport au mouvement interne c’est sa nouveauté »

Imprévisibilité

« ce qui vient est imprévisible et inattendu »

Dynamique de la reconnaissance

À propos de la relation qui se joue ainsi dans l’enceinte du corps, nous sommes en présence de ce qu’il conviendrait d’appeler un « sens corporel ». La notion de sens corporel est répandue dans la littérature. La proprioception en tant que sens du mouvement, de la posture et de la tonicité de notre corps mérite cette dénomination (Berger, 1999, op. cit .; Austry et Berger, 2000; Roll, 1994). Nous retrouvons également cette notion de sens corporel dans les travaux de E. Gendlin sur le focusing mais celui-ci renvoie alors à l’ensemble des états internes, à « l’experiencing » (Gendlin, 1984). Dans le focusing, soulignons que cette notion d’experiencing « renvoie à l’ensemble de notre expérience organismique […] et qu’elle se tient en amont de la coupure corps/esprit » (Lambloy, 2003, 2008). Ce qui nous intéresse pour notre propos est plus précisément le fait que le sens corporel dont il est question dans le focusing renvoie à « une impression vague et floue […] qui demande à être dépliée. » C’est ainsi qu’il sera possible d’accéder à un « ressenti signifiant ». (Ibid.)

La démarche au contact du mouvement interne en somato-psychopédagogie relève d’un processus différent. Avec de la pratique, il y a une opportunité de développer un rapport qui relève du clair et du distinct. Nous avançons qu’il se donne à vivre, au contact du mouvement interne, une qualité d’attention qui hisse celui qui l’habite à un point de vue éclairé sur son expérience intra corporelle. Les propos des participants de la recherche menée par Bouchet font en effet bien davantage qu’évoquer la simple émergence de sensations nouvelles : ils font la démonstration de véritables processus de discrimination et de reconnaissance perceptive. Progressivement, la personne parvient ainsi à se repérer dans cette « expérience du dedans de soi » et rend compte de composantes distinctes dans l’expérience du mouvement interne.

Parmi celles-ci, citons tout d’abord la lenteur. À la question : « À quoi reconnaissez-vous le mouvement interne ? », C. (expert, +10ans) répond : « A son extrême lenteur qui me meut de l’intérieur ». La lenteur est une caractéristique simple à identifier. Qui plus est, notre pratique révèle que cette lenteur est commune à tous.

Entrons plus en profondeur dans le témoignage de ce participant qui nous indique que l’expérience du mouvement interne ne consiste pas en la sensation d’un simple déplacement; c’est au contraire une lenteur qui le « meut de l’intérieur ». Il y a là l’évocation d’un principe dynamique, d’un principe de force.

Poursuivons notre enquête avec E. (expert, 10 ans) : « C’est un mouvement qualitatif, comme un guide libre dans ma matière qui m’offre des orientations, et une grande intensité ».

La notion de mouvement qualitatif renvoie à un rapport impliqué et non pas à une observation distante. La mention d’une « grande intensité » en précise la dimension de forte résonance. Cette expérience est émouvante.

Autre dimension de la reconnaissance perceptive, notre participant précise que le mouvement interne lui offre des « orientations ». Il s’agit là du rapport avec les caractéristiques directionnelles de mouvement interne.

La mention « dans ma matière » renvoie à la dimension incarnée de l’expérience, excluant par là- même une nature de phénomène qui serait purement imaginaire.

Poursuivons notre enquête en écoutant un participant qui a moins d’expérience (1 an), nous découvrons que le mouvement interne est « un glissement très doux à l’intérieur du corps, continu, indépendant de toute volonté ». La caractéristique de douceur du mouvement interne est à noter parce que cela le distingue de la force explosive de l’instinct ou encore de la forme troublée de la pulsion (Anzieu, 1996, p. 231-244; Laplanche & Pontalis, 2002). Insistons sur le lieu de cette rencontre : « à l’intérieur du corps ».

La dernière partie du témoignage est déterminante. Le mouvement interne se donne à vivre comme

«indépendant de toute volonté ». Il correspond donc à quelque chose en soi qui est doux et qui n’est pas déclenché par le vouloir. Notons cette caractéristique d’autonomie du mouvement interne qui est centrale dans notre approche.

Tableau 2 : La reconnaissance des qualités du mouvement interne

Principes

Témoignages

Lenteur

« son extrême lenteur »

Dynamique, force

« il me meut de l’intérieur »

Autonomie

« indépendant de toute volonté »

Guidage

« il m’offre des orientations »

Incarnation

« dans ma matière », « à l’intérieur du corps »

Implication, résonance

« c’est un mouvement qualitatif […] qui m’offre une grande intensité »

Douceur

« un glissement très doux »

Dynamique de la rencontre

L’apprenant gagne en assurance dans le rapport au mouvement interne. Chez certains, cette aptitude à la reconnaissance perceptive est quasi immédiate; chez d’autres, elle demande beaucoup de temps. Ces disparités dans la facilité d’accès aux caractéristiques du mouvement interne interpellent fortement le psychopédagogue et le chercheur. Elles sont clairement mentionnées par Danis Bois qui a catégorisé « les natures de difficultés d’apprentissage spécifiques rencontrées dans la formation de somato-psychopédagogie » (2007, op. cit. , pp.312-317).

À la faveur de l’amélioration de ses dispositions perceptives, la personne entre dans une dynamique de rencontre avec cette animation intérieure. Elle accède à une intériorité « habitée ». En quels termes les participants de la recherche parlent-ils de cette rencontre ? Écoutons A. (expert, +10 ans) : « Cela m’anime de vie ». C’est donc une rencontre avec le vivant, avec la vie même, tangible et dynamique.

Rappelons également les propos de E. (expert, + 10 ans) déjà évoqués plus haut: « C’est un mouvement qualitatif, comme un guide libre dans ma matière qui m’offre des orientations, et une grande intensité ». Soulignons ici la référence à un « guide » qui met en avant la dimension d’accompagnement, présente dans la rencontre avec le mouvement interne.

C. (expert, +10 ans) précise encore : « Cela me touche profondément, dans tout mon être ». Notre participant se sent rejoint dans une profondeur essentielle qu’il nomme spontanément comme étant celle de l’être.

A. développe : « Ce que j’aime dans le mouvement interne, c’est qu’il sait me toucher, qu’il est une sorte de correspondance à tout ce que je suis ». La dimension de résonance est ici encore une fois clairement mentionnée : les personnes se sentent profondément touchées.

Soulignons ici que notre dernier participant prête au mouvement interne une habileté, voire une intention : « il sait me toucher ». Le mouvement interne n’est donc pas vécu comme un simple processus interne qui se révélerait en tant que part inédite de la physiologie et viendrait rejoindre les manifestations bien connues de celle-ci, à savoir la vie vasculaire ou la dynamique respiratoire par exemple. Non, il s’agit d’un phénomène de nature différente, propice non seulement à la reconnaissance perceptive mais à la dynamique de la rencontre. Il y a là les premiers éléments d’une véritable réciprocité : le mouvement interne « sait me toucher » et c’est précisément « ce que j’aime » dans lui.

Cette rencontre n’est pas ordinaire car elle renvoie à la profondeur et plus encore, à l’être. Dans cette réciprocité, la personne fait l’expérience de la dimension de globalité, voire de totalité d’elle-même puisque le mouvement interne « est une sorte de correspondance à tout ce que je suis ». Nous voyons se dessiner au passage une dimension fortement identitaire.

Allons plus loin, avec B. (expert, +10 ans) qui nous introduit à la notion de potentialité : « Cela […] m’invite à découvrir mes possibles. » Soulignons qu’il est étonnant que la rencontre avec un processus interne autonome par rapport à la volonté du sujet lui fasse rencontrer « ses » propres possibles. Cela signe encore une fois un lien original entre le mouvement interne et l’identité du sujet, fut-elle en devenir.

Dans la citation complète de notre participant, la relation de partenariat avec le mouvement interne est également évoquée dans la dimension de confiance qu’elle véhicule : « Cela me rassure, me donne confiance, me nourrit, m’invite à découvrir tous mes possibles ».

La dynamique de la rencontre se confirme à travers la donnée d’un sentiment d’exister très apprécié : « J’aime avant tout le sentiment profond d’exister habitée par une puissance aimante et douce » (C expert + 10 ans).

La réciprocité que nous évoquions plus haut se précise et prend ici le visage d’un mouvement réciproque d’amour : le mouvement interne déploie en effet un principe actif d’amour – une « puissance aimante et douce ». En réponse à cet amour qui lui est donné de l’intérieur, la personne « aime » en retour le « sentiment profond d’exister » qui naît en elle. Cette réciprocité aimante remplit, au sens où notre participante se sent « habitée ».

Comme toute rencontre signifiante, celle-ci a des effets et nous souhaitons souligner la donnée du bien- être particulier que les personnes mentionnent. Ainsi, D. (expert, + 10 ans) : « [Le mouvement interne] me fait beaucoup de bien, il me rassure ». Ou encore, pour B. (expert, + 10 ans) : « il me rassure, me donne confiance, me nourrit ». Le lecteur trouvera un examen approfondi ce « bien-être du sensible » dans le travail de recherche mené par Doris Cencig autour des dimensions soignantes et formatrices de notre approche (2007, op. cit.).

Enfin, au-delà du rendez-vous avec une profondeur en soi, le mouvement interne se révèle porteur d’un rendez avec « plus grand que soi » : « Il me fait beaucoup de bien, me rassure, me donne la sensation d’exister dans mon grand, la sensation de faire partie d’un tout. » (D, expert + 10 ans). La « sensation d’exister dans mon grand » fait référence aux potentialités non explorées de la personne, mais « la sensation de faire partie d’un tout » renvoie clairement à une totalité qui va au-delà des limites habituelles du soi.

Tableau 3 : La dynamique de la rencontre avec le mouvement interne

Principes

Témoignages

Accompagnement

« C’est un mouvement qualitatif, comme un guide libre dans ma matière qui m’offre des orientations, et une grande intensité. »

Réciprocité

« Ce que j’aime dans le mouvement interne, c’est qu’il sait me toucher »;

Animation

« Cela m’anime de vie »

Profondeur et résonance

« Cela me touche profondément »;

Potentialité

« Cela […] m’invite à découvrir mes possibles. »

Existence

« J’aime avant tout le sentiment profond d’exister »

Identité et globalité

« Il est une sorte de correspondance à tout ce que je suis. »

Dévoilement de l’être

« Cela me touche profondément, dans tout mon être »

Appartenance à une totalité

« Il me […] donne la sensation d’exister dans mon grand, la sensation de faire partie d’un tout. »

Bien-être

« [Le mouvement interne] me fait beaucoup de bien, il me rassure. »; « [il] me nourrit »

Confiance

« Cela me rassure, me donne confiance. »

Amour

« J’aime avant tout le sentiment profond d’exister habitée par une puissance aimante et douce. »

Précisons que l’ensemble des trois tableaux qui précèdent ne couvre pas tous les aspects de la rencontre avec le mouvement interne, ni tous les effets que celle-ci déclenche, tant cela est riche et exceptionnel. Notre projet est de guider le lecteur dans une découverte progressive, mais forcément partielle, de cet élément central de la psychopédagogie perceptive que Danis Bois n’a pas hésité à qualifier « d’étrangeté perceptive » tant sa découverte met face à de l’inédit (Humpich, Bois, 2007).

De cette façon, le lecteur pourra mieux comprendre les enjeux qui animent les personnes ayant choisi de faire de la rencontre avec le mouvement interne la ligne directrice d’un véritable projet de vie.

Pause en forme de première synthèse

La personne qui fait appel à la psychopédagogie perceptive est généralement à la recherche d’une prise en charge de sa douleur physique et/ou de sa souffrance psychique. En parallèle du soulagement qui s’installe, la personne voit l’horizon perceptif du rapport à son corps s’agrandir. Elle découvre de nouvelles sensations et entre progressivement dans une proximité au mouvement interne.

Elle apprend à en reconnaître les caractéristiques. Pour beaucoup de personnes, il est juste de qualifier cette découverte de véritable « rencontre au cœur de soi ». Du statut initial de sensation inédite, le mouvement interne se révèle progressivement être un partenaire touchant, accompagnant, potentialisant, aimant.

Un bien-être et un état de confiance naissent de la proximité avec cette animation de la matière corporelle. La personne entre alors dans un contact émouvant avec une profondeur inédite d’elle-même et fait l’expérience d’un fort sentiment d’existence. Effet encore plus inédit, la relation au mouvement interne ouvre également sur un sentiment d’appartenance à plus grand que soi.

À ce stade de notre exposé, les transformations évoquées portent principalement sur deux plans : le rapport au corps et le rapport à soi. L’enrichissement du rapport au corps mérite d’être présenté synthétiquement car c’est à la faveur de ce processus que se dessine pour la personne la découverte de ce que nous appelons le « corps sensible ». De simple instrument, le corps de la personne va devenir partenaire du déploiement des potentialités de celle-ci.

Nous enchaînerons cette description du rapport évolutif au corps par une présentation du « rapport au sensible ». Cette expression constitue le premier terme de notre question de recherche et il sera temps d’en préciser certains contours. Notre parcours au contact du mouvement interne en facilitera grandement la compréhension.

Enfin, nous nous appuierons sur les travaux de Danis Bois pour introduire le lecteur à la dynamique du « renouvellement du moi », expression qui rend compte du processus de transformation du rapport à soi que nous avons vu s’esquisser dans les pages précédentes.

Il est utile de préciser que cette étude détaillée des modalités du rapport à soi est nécessaire pour notre recherche. En effet, nous avons choisi d’interroger le carrefour rapport au sensible et expérience de la relation de couple auprès d’experts de la psychopédagogie perceptive. Nous le verrons dans l’analyse des données, la nature de « rapport à soi » que nos participants entretiennent est fortement teintée de la fréquentation du mouvement interne et du corps sensible : comprendre la perspective dans laquelle nos interlocuteurs envisagent le rapport à soi et à autrui, ne peut alors se faire sans approfondir la relation au corps sensible et le processus de renouvellement du moi qui peut en découler.

Lire le mémoire complet ==> (Rapport au sensible et Expérience de la relation de couple)
Mémoire de Mestrado en Psychopedagogie Perceptive
Université Moderne De Lisbonne