General intellect et sortie du capitalisme

By 24 March 2013

General intellect et sortie du capitalisme.

Les analyses en termes de « capitalisme cognitif » ou de « travail immatériel » mettent en avant un antagonisme profond entre la nouvelle source de la valeur – la productivité sociale « biopolitique » et « pollinisatrice » – et son encadrement institutionnel, que ce soit à travers le maintien de la norme du salariat privé ou l’extension des droits de propriété intellectuelle. Point n’est besoin d’une grande subtilité herméneutique pour reconnaître là un schéma marxiste classique : celui qui décrit une contradiction entre le développement des forces productives et l’état des rapports de production dans les moments précédant les grandes transformations historiques.

1 Yann Moulier Boutang remarque ainsi qu’il devient délicat « de dire au travailleur subordonné dont on attend qu’il produise de l’innovation et une création, qu’il n’a aucun titre de propriété sur le produit final, ce qui est pourtant la condition structurelle du salariat » (Yann MOULIER BOUTANG, Le capitalisme cognitif, op. cit., p. 180). On pourra remarquer que le développement des diverses formes d’intéressement des salariés (participation, stock options) n’est sans doute pas sans lien avec cette situation.
2 Cf. Pierre DARDOT et Christian LAVAL, La nouvelle raison du monde, op. cit., p. 309-313.
3 Crawford SPENCE, « Comptabiliser l’intellect général », Multitudes, n°46, automne 2011, p.69-76.
4 Yann MOULIER BOUTANG, L’abeille et l’économiste, op. cit., p. 171.

Commençons par citer une des formulations classiques de cette idée chez Marx :

À un certain stade de leur développement, les forces productives de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété à l’intérieur desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes évolutives des forces productives qu’ils étaient, ces rapports deviennent des entraves de ces forces. Alors s’ouvre une ère de révolution sociale. Le changement qui s’est produit dans la base économique bouleverse plus ou moins lentement ou rapidement toute la colossale superstructure.1

Cette contradiction entre la base productive du nouveau capitalisme et ses modes de régulation actuels, les théoriciens liés à Multitudes la pensent à partir d’un texte de Marx assez peu orthodoxe : le « Fragment sur les machines », qui constitue depuis les années 1960 une référence majeure pour le courant opéraïste. Dans ce passage extrait des Grundrisse der Kritik der politischen Ökonomie2 (cahiers VI et VII), Marx décrit la contradiction entre les forces productives et les rapports de production d’une manière qui tranche avec les formulations du Capital. Il la présente ainsi comme un antagonisme entre les conditions de valorisation du capital et le développement d’une productivité sociale généralisée. Celle-ci est désignée dans le texte par plusieurs formules : les « forces productives générales du cerveau social » (der allgemeinen Productivkräfte des gesellschaftlichen Hirns3); la « science sociale » (der gesellschaftlichen Wissenschaft4); « l’intelligence sociale » (den gesellschaftlichen Vestand5); ou encore le « general intellect »6. Cette dernière formulation – qui n’apparaît pourtant qu’une fois dans le texte – est celle retenue par l’analyse opéraïste. Marx désigne par là une force de travail intellectuelle, ou encore la capacité de modeler la nature que le savoir confère aux sociétés humaines à un stade avancé du développement scientifique.

1 Karl MARX, Contribution à la critique de l’économie politique, traduit de l’allemand par Maurice Husson et Gilbert Badia, Paris, Éditions sociales, 1972, p. 18. Le Capital est lui-aussi parcouru par cette intuition fondamentale, dont on trouve des formulations relativement équivalentes dans L’Idéologie allemande ou dans le Manifeste.
2 Ces textes écrits en 1857 et 1858 furent découverts au début des années 1920 par D. Riazanov de l’Institut Marx-Engels de Moscou, et ils ne furent pas publiés avant 1939.
3 Karl MARX, Ökonomische Manuskripte 1857/58 Teil 2, Berlin, Dietz Verlag, 1981, p. 573.
4 Ibid., p. 573.
5 Ibid., p. 585.
6 Ibid., p. 582

Dans l’histoire, ce general intellect se présente tout d’abord sous une forme objectivée, comme « capital fixe »1. À l’époque de la grande industrie, il s’incarne dans ce que Marx nomme le « système automatique des machines ». Le savoir social nécessaire à la production est alors incorporé dans l’outil de travail. L’ouvrier est par conséquent dépossédé de toute compétence et de toute autonomie. Il se trouve cantonné à un rôle de surveillance et de régulation d’un processus qui lui est devenu fondamentalement extérieur : « l’activité se manifeste […] comme le seul fait de la machine, l’ouvrier surveillant l’action transmise par la machine aux matières premières et la protégeant contre les dérèglements »2. Le travail vivant est alors dévalorisé et soumis au travail mort. Le general intellect n’existe pas « dans le cerveau des travailleurs », mais il apparaît comme une véritable « force étrangère »3 dans la mesure où il est objectivé dans les machines. Comme l’écrit encore Marx, « l’accumulation du savoir, de l’habileté ainsi que toutes les forces productives générales du cerveau social sont absorbées dans le capital qui s’oppose au travail »4.

La quantité de travail vivant mobilisé dans le processus productif n’a alors qu’une importance relative. Le rôle dévolu aux ouvriers demeure certes indispensable pour assurer que le capital fixe soit utilisé de la façon la plus continue possible, mais il est subalterne en ceci que c’est le capital fixe, et non le travail vivant, qui représente la « force productive elle-même »5. La quantité de travail direct devient un déterminant marginal de la valeur produite, en comparaison de l’état général de la science, appliquée à la production via le « système automatique des machines ». À mesure que l’ensemble du processus productif passe sous la domination du general intellect, objectivé dans le « capital fixe », la loi de la valeur se révèle donc de plus en plus inopérante. En effet, la valeur des marchandises n’est plus fonction du temps de travail direct qui leur est incorporé, mais du degré de développement atteint par la science et la technique. Par ailleurs, la quantité de travail nécessaire à la reproduction de la société et des conditions de subsistance des individus devient de plus en plus faible, en raison des énormes gains de productivité réalisés grâce au « système automatique des machines ».

1 Le « capital fixe » correspond au moyen de travail, le « capital circulant » renvoyant lui aux matières premières et aux produits du travail.
2 Karl MARX, Fondements de la critique de l’économie politique, traduit de l’allemand par Roger Dangeville, Paris, Éditions Anthropos, 1968, volume deuxième, p. 211.
3 Ibid., p. 212.
4 Ibid., p. 213.
5 Ibid., p. 213.

Le capital s’accroche pourtant à la loi de la valeur et persiste à transformer le temps libéré par le progrès des sciences et des techniques en surtravail, alors même que l’appropriation du temps de travail d’autrui n’est plus ni la source ni la mesure de la richesse. À mesure qu’il se rend maître des forces productives, il se révèle ainsi de plus en plus inadapté à la situation qu’il a lui-même engendrée :

Le capital est une contradiction en procès; d’une part, il pousse à la réduction du temps de travail à un minimum, et d’autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse. […] D’une part, il éveille toutes les forces de la science et de la nature ainsi que celles de la coopération et de la circulation sociales, afin de rendre la création de la richesse indépendante (relativement) du temps de travail utilisé pour elle. D’autre part, il prétend mesurer les gigantesques forces sociales ainsi créées d’après l’étalon du temps de travail, et les enserrer dans des limites étroites, nécessaires au maintien, en tant que valeur, de la valeur déjà produite.1

Le mode de production capitaliste fondé sur la valeur d’échange devient donc un frein à l’expansion des forces productives. Le capital crée par l’intermédiaire du « système automatique des machines » une grande quantité de temps disponible pour les individus, puisqu’il minimise le temps nécessaire à l’auto-reproduction de la société. Toutefois, en transformant immédiatement en surtravail ce temps libéré, il risque la crise de surproduction et empêche surtout que ce temps soit mis à profit « pour le développement de toutes les forces productives de chaque individu, et donc aussi de la société »2. Il entrave donc l’essor des forces productives, qui réclamerait que le temps économisé serve à l’épanouissement complet de chaque individu, c’est-à-dire que le general intellect cesse d’exister uniquement sous forme objectivée (comme « capital fixe ») pour redevenir travail vivant.

Dans une formule saisissante, Marx parle de la nécessité d’un « capital fixe fait homme »3. À ce stade industriel avancé, l’expansion ultérieure des forces productives exige ainsi que les masses se réapproprient le temps libéré par le progrès scientifico- technique, afin que ce temps cesse d’avoir l’existence contradictoire qui est la sienne sous l’égide du capital, lorsqu’il est exclusivement transformé en surtravail. Autrement dit, la rupture avec le fonctionnement capitaliste de la société est devenue inévitable, du fait même de la nouvelle source de la richesse, qui est le general intellect :

Il se révèle que la croissance des forces productives ne saurait être freinée (davantage) par l’appropriation du surtravail d’autrui. Les masses ouvrières doivent donc s’approprier elles-mêmes leur surtravail. […] Le temps de travail nécessaire se mesure dès lors aux besoins de l’individu social, et le développement de la force productive sociale croît avec une rapidité si grande que, même si la production est calculée en fonction de la richesse de tous, le temps disponible croit pour tous. La richesse véritable signifie, en effet, le développement de la force productive de tous les individus. Dès lors, ce n’est plus le temps de travail, mais le temps disponible qui mesure la richesse.1

1 Ibid., p. 222-223.
2 Ibid., p. 225.
3 Ibid., p. 230

Le « Fragment sur les machines » présente donc une expression frappante, bien qu’inhabituelle au sein même de l’œuvre de Marx, de la contradiction entre forces productives et rapports de production. Celle-ci s’y trouve reformulée dans le cadre d’une économie où le savoir technique et scientifique, tout d’abord sous la forme objectivée du capital fixe puis comme travail vivant, devient la principale force productive. On comprend dès lors que les auteurs issus de la mouvance opéraïste voient dans ce passage des Grundrisse une manière de pousser « Marx au-delà de Marx »2, et de dépasser les analyses en termes « d’augmentation du taux d’exploitation », « d’accroissement de l’armée industrielle de réserve », ou de « baisse tendancielle du taux de profit ».

Lu à la lumière du contexte économique contemporain, le « Fragment sur les machines » est en effet une manière de théoriser la dimension collective du travail, lorsque celui-ci devient de plus en plus intellectuel. Pour Paolo Virno, autre philosophe italien issu de la mouvance opéraïste, le concept de general intellect renvoie ainsi à une sorte de faculté commune à tous les hommes, et à sa mise en œuvre dans des processus de coopération3. Il permet de penser que la principale force productive contemporaine devient le travail vivant, tel qu’il se présente dans une « intellectualité de masse […] dépositaire des savoirs non divisibles des sujets vivants, de leur coopération linguistique »4. Autrement dit, à travers le mouvement du texte de Marx, de l’objectivation du general intellect dans le « capital fixe » à sa réappropriation par les individus, on retrouve sous une autre forme la distinction entre « information » et « connaissance », et l’idée qu’à un stade avancé du capitalisme ce sont bien les compétences des sujets et le travail vivant qui constituent le cœur de la richesse socialement produite.

1 Ibid., p. 225-226
2 Cf. Antonio NEGRI, Marx au-delà de Marx, Paris, Christian Bourgois, 1979.
3 Cf. Paolo VIRNO, Grammaire de la multitude, traduit de l’italien par Véronique Dassas, Conjonctures & L’Éclat, Paris, 2002, p. 67-69.
4 Paolo VIRNO, « Quelques notes à propos du “general intellect” », traduit de l’italien par Gisèle Donnard, Futur Antérieur, n° 10, 1992, en ligne : http://biblioweb.samizdat.net/article53.html (consulté le 29/09/2011). Paolo Virno reproche à Marx d’avoir identifié totalement le general intellect au capital fixe, et propose de le penser au contraire comme « travail vivant ». Cette critique semble assez infondée, dans la mesure où le « Fragment sur les machines » développe précisément l’idée d’une nécessité de dépasser l’objectivation du general intellect dans le « système automatique des machines », vers sa réappropriation par les individus. Il semble donc que Paolo Virno déforme quelque peu le propos du texte de Marx, pour ensuite le corriger et en arriver à dire… ce que le texte dit en fait déjà !

Plus encore, la progression par-delà le « système automatique des machines » telle qu’elle est pour ainsi dire « prophétisée » par Marx, semble témoigner de la manière dont le travail, à mesure qu’il devient « cognitif », tend à s’autonomiser par rapport au capital en se détachant des formes de son objectivation. Le « Fragment sur les machines » exprime ainsi « l’excès » de la productivité sociale sur les formes de valorisation capitaliste, excès que les théoriciens liés à Multitudes estiment caractéristique de la situation économique actuelle. Comme le note Carlo Vercellone, la notion de general intellect pointe donc vers une « nouvelle figure du travailleur collectif », qui posséderait « tous les pré-requis d’une autogestion des conditions sociales de la production »1 hors de toute organisation capitaliste.

Comme toujours chez Marx, le « Fragment sur les machines » ne construit pas tant une utopie « statique », qu’il ne déploie le mouvement historique qui mène à celle-ci en vertu de sa logique interne. Il s’agit donc d’une variante, quand bien même celle-ci est originale, de la conception générale de l’histoire comme dynamique résultant de la contradiction entre forces productives et rapports de production. Le grand intérêt du « Fragment sur les machines » est de proposer une version de ce schéma directeur mieux adaptée à la situation actuelle que les versions plus orthodoxes, dans la mesure où elle s’organise autour de la prééminence tendancielle du travail intellectuel. L’invocation du « general intellect » permet ainsi aux penseurs du « capitalisme cognitif », des « multitudes » et de « l’immatériel » de réactiver l’idée selon laquelle les possibilités d’émancipation s’ancrent dans les mutations du capitalisme. Bien plus, elle leur offre un moyen de « sauver » la conviction typiquement marxiste que le déploiement des forces productives est voué à faire « éclater » une organisation des rapports sociaux demeurée en deçà des nouvelles potentialités apparues entretemps2.

1 Carlo VERCELLONE, « Sens et enjeux de la transition vers le capitalisme cognitif », op. cit..
2 Comme l’a notamment remarqué Cornelius Castoriadis, le terme de « contradiction » est en fait relativement impropre à désigner le rapport postulé par le marxisme entre forces productives et rapports de production, dans la mesure où les deux termes en présence n’ont pas du tout le même statut. D’un côté, l’expansion des forces productives est semblable à un mouvement naturel ayant figure de nécessité : « Le développement de la formation économique de la société est assimilable à la marche de la nature et à son histoire » écrit Marx dans Le Capital (Karl MARX, Le Capital, édition établie et annotée par Maximilien Rubel, Paris, Gallimard, 1968, I, p. 550). De l’autre, les rapports de production sont comme un carcan, que cette expansion est amenée à faire « exploser » au-delà d’un certain seuil. Cf. Cornelius CASTORIADIS, L’institution imaginaire de la société, op. cit., p. 26-27.

Les théoriciens liés à Multitudes enrobent certes cette conviction de quelques précautions rhétoriques, afin de se prémunir de l’accusation de déterminisme, et de dépasser la vision mécaniste qui domine dans nombre d’écrits de Marx. Ils présentent ainsi les antagonismes caractéristiques de la situation historique actuelle comme déterminant moins la nécessité du dépassement du capitalisme, qu’ouvrant à sa possibilité1. Il n’en demeure pas moins que leur relecture des Grundrisse comme leurs analyses des « contradictions » du nouveau capitalisme les poussent à épouser une conception progressiste de l’histoire. Le maintien de la norme du salariat privé et l’imposition de droits de propriété intellectuelle de plus en plus étendus apparaissent ainsi à Yann Moulier Boutang, Antonio Negri et à André Gorz comme des entraves à la « puissance de libération de la société de la connaissance »2. Ces entraves seraient vouées à être dépassées à terme (ou « à terme indéfini », si l’on reprend la formule quelque peu moqueuse d’Isabelle Stengers), dans la mesure où elles se dresseraient de manière fondamentalement factice et précaire face à un mouvement historique de grande ampleur.

Yann Moulier Boutang affirme ainsi avec une certaine assurance que « sur le long terme, la société de la connaissance alliée aux couches éclairées du capitalisme, quand elles se rangent du côté d’un approfondissement sérieux de la démocratie, aura le dernier mot »3. André Gorz écrit quant à lui, en reprenant presque mot pour mot les analyses du « Fragment sur les machines » :

Le capitalisme est ainsi parvenu dans son développement des forces productives à une frontière, passé laquelle il ne peut tirer pleinement partie de ses potentialités qu’en se dépassant vers une autre économie. L’acteur potentiel de ce dépassement est le « capital humain » lui-même pour autant qu’il a tendance à s’émanciper du capital.4

Bien qu’elle le soit donc sous une forme quelque peu atténuée, la réactivation du schème fondamental de l’analyse marxiste de l’histoire est patente. Cette reprise est finalement solidaire d’un certain regain d’optimisme, dans une période qui fait suite aux défaites connues par la pensée critique et les mouvements sociaux à partir de la deuxième moitié des années 19701. Grâce à elle, la « victoire » sur les formes les plus brutales d’exploitation capitaliste devient à nouveau pensable et presque assurée, quand bien même le calendrier des réjouissances demeure largement indéterminé.

1 Yann Moulier Boutang écrit par exemple que la situation actuelle, « incroyablement marxienne sans beaucoup de marxiste », fait réapparaître la « possibilité d’une bifurcation historique du capitalisme » (Yann MOULIER BOUTANG, L’abeille et l’économiste, op. cit., p.172). André Gorz affirmait lui dans son dernier texte : « Je ne dis pas que ces transformations radicales se réaliseront. Je dis seulement que, pour la première fois, nous pouvons vouloir qu’elles se réalisent. Les moyens en existent ainsi que les gens qui s’y emploient méthodiquement » (André GORZ, Écologica, Paris, Galilée, 2008, p. 41). Concernant Antonio Negri et Michael Hardt, l’insistance sur la notion de possibilité plutôt que sur celle de nécessité est bien mise en évidence par Christian Laval (cf. Pierre DARDOT, Christian LAVAL, El Mouhoub MOUHOUD, Sauver Marx ? Empire, multitude, travail immatériel, op. cit., p. 100).
2 Yann MOULIER BOUTANG, le capitalisme cognitif, op. cit., p. 171.
3 Yann MOULIER BOUTANG, le capitalisme cognitif, op. cit., p. 170. Yann Moulier Boutang adopte toutefois un positionnement moins radicalement anticapitaliste que le dernier André Gorz, dans la mesure où il estime plausible un scénario de « stabilisation et de régulation du capitalisme cognitif », alors que l’auteur de L’immatériel insiste sur la manière dont « l’économie de la connaissance contient fondamentalement une négation de l’économie capitaliste marchande » (cf. Françoise GOLLAIN, « L’apport d’André Gorz au débat sur le capitalisme cognitif », op. cit.).
4 André GORZ, L’immatériel, op. cit., p. 84

Les analyses de Yann Moulier Boutang, Antonio Negri et André Gorz amènent ainsi à considérer que la situation actuelle, du fait de ses contradictions internes, contiendrait « en germe » une autre société et une autre économie2. La reprise de l’idée marxienne de general intellect offre un cadre théorique général à cette conviction, en l’inscrivant dans une dynamique historique globale, dont l’achèvement ne saurait être que le dépassement du capitalisme.

L’utopie du logiciel libre, le mouvement du free software
Thèse pour l’obtention du grade de docteur de l’Université Paris 1 – Discipline : sociologie
Université Paris 1 Panthéon/Sorbonne – École doctorale de philosophie