Etudier à l’étranger, les motivations du choix de la France

By 2 March 2013

2.2 Les motivations du choix de la France

Catherine Agulhon a indiqué dans son étude que les projets de départ pour la France sont « plus extrinsèques et contingents […] l’attrait pour la France est souvent lié aux difficultés qu’ils ont rencontrées pour entrer aux États-Unis, à la gratuité des études universitaires françaises, aux possibilités de choix des disciplines et des établissements ».

Nous nous interrogeons ici en particulier, sur la connaissance et la perception de la France et la motivation du choix de la France.

2.2.1 La logique économique : le faible coût des études et la facilité d’obtention de visa

Le faible coût des études et la facilité d’obtention de visa constituent des points fondamentaux d’attirance de la France pour les Chinois. La majorité l’a mentionnée comme l’élément décisif dans leur choix. Cette logique économique est primordiale, certains avouent qu’il constitue l’attrait unique de la France « Pendant l’entretien de CELA, visant à l’obtention de VISA, j’ai dû développer d’autre motifs comme l’intérêt culturel, l’envie d’apprendre le français, l’appréciation de la qualité de la formation envisagée. Mais je dis la vérité, il n’y a que le faible coût d’études qui m’a attiré. Bon marché, c’est tout » (Chou, garçon).

Outre cette logique économique, l’attrait culturel et social reste relativement faible, parce que la connaissance de la France était extrêmement superficielle. Certains avouent que sa connaissance sur la France « n’est rien plus que celle d’un Chinois ordinaire, c’est à dire, peu, très peu ». Ils nommaient la France comme un pays « de mode, de romantisme », sans savoir ce que veulent dire ces mots. Ils parlaient de la France comme « un beau pays » sans pouvoir expliquer en citant des exemples. Les filles connaissent les noms de monuments comme la Tour Eiffel et Notre Dame, certaines imaginaient un monde de la mode : « partout dans la rue, ce ne sont que des mannequins ».

Leur connaissance sur les études universitaires où ils vont s’intégrer étant étudiant, se limite à sa gratuité « je ne sais que les frais d’études est relativement faible », certains ont imaginé un système d’enseignement comme celui aux Etats-Unis.

« Q : Pourquoi la France ?
R : Parce que le prix du séjour d’études y est relativement faible.

Q : Et la perception de la France avant de venir ?
R : Je sais que les frais d’études sont relativement moins élevés que dans d’autres pays. Je sais qu’il y a la Tour Eiffel … j’aimerais bien apprendre le français… c’était une idée très simple et très floue…

Je n’avais pas non plus de projet concret sur ce que je voulais étudier et ce que je voulais faire comme métier, je me suis dit qu’un projet s’établirait une fois que j’aurai plus d’informations. » (Qin, Fille de 21 ans, en Licence 1 Mathématiques à Paris 5).

Ce choix est souvent fait à partir d’un calcul qualité-prix. « Qualité », c’est la formation reçue et la valeur du diplôme dans le marché international du travail. Prix, c’est le coût du séjour d’études et le temps à consacrer. Ce calcul est fait d’une façon très simplifiée, car les informations sur le séjour d’études ne sont ni complètes, ni précises. Etudier en France est considéré comme « bon marché » par rapport aux autres pays occidentaux. Tang, un garçon nous décrit avec précision son choix pour la France, à partir des comparaisons avec d’autres destinations, telle que les Etats-Unis, l’Australie, ou le Royaume-Uni.

« R : La seule contrainte est d’apprendre le français. Le français n’est pas une langue internationale, n’aide pas beaucoup dans le travail professionnel. C’est-à-dire, pour travailler en France, il faut absolument apprendre le français, si on retourne et travaille en Chine, le français n’aide pas.

Après l’événement du 11 septembre, il est difficile d’obtenir un visa pour les Etats-Unis. Même après l’obtention du visa, les frais d’études demeurent élevés. Donc les Etats-Unis n’étaient pas dans ma considération.

En Australie, il n’a y pas de contrainte de la langue, mais les frais d’étude sont très élevés; on doit travailler à temps partiel pour financer ses études. Mais c’est certain qu’on peut trouver du travail et immigrer après les études.

J’avais pensé à aller au Canada, mais ma cousine dit « Le Canada n’est pas comparable aux Etats-Unis, mieux vaut venir en France ». Je ne pense plus au Canada, l’Australie fut une possibilité pour un moment. Ma cousine n’a cessé de m’encourager : « tu peux apprendre une langue étrangère de plus ».

Finalement, j’ai choisi de venir en France. Parce que les conditions économiques de ma famille sont suffisamment bonnes, qu’elles me permettent de me concentrer sur mes études sans avoir besoin de faire des petits boulots. Mais en Australie, j’aurais dû faire des petits boulots pour financer mes études.

Q : Y a-t-il d’autres considérations ?
R : La facilité d’obtenir le visa et la bonne relation diplomatique franco-chinoise.

L’essentiel, c’est que les frais d’études sont bas, on a le droit à l’allocation familiale (Caf), avec environs 7000 yuan par mois (700 euros environ), nous pouvons survivre. C’est vraiment bon marché, donc je suis venu. »

Chen, une fille, ayant renforcé son apprentissage en anglais depuis le lycée, voulait partir étudier en Australie. A partir de la troisième année universitaire, elle a abandonné ce projet qui lui avait tenu à cœur, s’est orientée vers la France et a débuté tout de suite l’apprentissage du français. « Je n’ai pas pensé à venir en France au début, j’ai choisi d’aller en Australie. Mais à ce moment là, le business de mon père ne marchait plus aussi bien qu’avant. Les frais d’études, en particulier la garantie financière restent relativement élevés en Australie, nous avons du abandonner.

Je voudrais étudier le business, les écoles de commerces en Hollande sont très bonnes. Je suis passée par l’agence intermédiaire. Cette dernière m’a recommandé la France… Les frais d’études ne sont pas élevés, c’est la raison principale de mon choix. »

2.2.2 La logique culturelle : apprendre le français et connaître la culture européenne

La langue de Molière reste très attrayante pour la plupart de nos enquêtés, même s’ils n’ont jamais appris le français au lycée ou à l’université. L’apprentissage du français constitue une des attentes principales de leurs études en France, juste dernière l’attente d’une formation de qualité ou/et d’un diplôme valorisant.

Le français est souvent nommé par les Chinois comme « la plus belle langue du monde ». Cette expression vient du conte d’Alphonse Daudet « La dernière classe ». Cette dernière est enseignée aux collégiens en Chine. Ce fait que la plupart de Chinois ont mémorisé de l’enseignement du professeur M. Hamel : le français, c’est « la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide. »

Beaucoup de Chinois choisissent d’apprendre le français par intérêt. Apprendre le français, c’est ouvrir une fenêtre qui permet de connaître la France. Ting a commencé à apprendre le français à l’Alliance Française à Nanjing, parce que cela l’intéressait. Elle n’a pas pensé à partir à l’étranger. Là bas, par un camarade qui envisage d’étudier en France, elle a été surprise qu’« il n’y ait pas de frais d’études à l’université française. » .Elle a décidé de partir pour « voir, expérimenter ».

Pour les étudiants d’à peine 20 ans et commençant leurs études en France, le désir d’apprendre le français est manifestement très fort. C’est le cas de Song, il a choisi la France principalement pour ses faibles coûts d’études, il ajoute également qu’il désire « apprendre le français » qui pour lui représente la langue « noble ». Il croit en l’importance de cette langue, même s’il ne peut pas prévoir quelle utilisation en faire.

Q : Quelles étaient tes perceptions de la France avant de partir ?
R : Vraiment très peu. Je sais seulement que le français était la langue noble, était la langue diplomatique de l’Europe. Maintenant, elle demeure une des langues internationales les plus utilisées. L’espagnol est également à la mode, mais j’ai l’impression que c’est la langue du peuple, je ne suis pas motivé pour l’apprendre … j’ai l’impression que le français est plus important, j’avais toujours envie d’apprendre le français, depuis le lycée.

Q : Tu avais appris le français au lycée ?
R : Non, vous savez qu’il n’y a pas de cours de français à l’école en Chine, et je n’ai pas eu du temps pour suivre des cours privés, non plus. J’avais entendu dire que beaucoup d’européens maitrisaient plusieurs langues. Je pensais qu’il ne fallait pas se limiter à maitriser une seule langue étrangère. J’étais toujours motivé à apprendre une deuxième langue étrangère. »

Outre l’attraction en tant que langue elle-même, son utilité dans le marché du travail peut expliquer l’importance qu’on lui accorde. Ceci est beaucoup mentionné par des étudiants venant compléter leurs études en France. C’est le cas de Chen, fille de 25 ans dans la filière de gestion, qui souhaite toujours travailler dans une entreprise occidentale implantée en Chine. Parlant très bien anglais, elle voulait pouvoir apprendre le français : « On peut apprendre une BELLE langue, de plus, cela constituera un atout dans la compétition sur le marché du travail ». Elle pense que comme beaucoup de Chinois parlent bien anglais, le français serait un plus dans le marché du travail très concurrentiel. Etudiant en Science économique et gestion, elle attendait avant tout de son séjour en France de maitriser cette belle langue « Avant de venir en France, mes projets d’études et professionnels restaient encore flous. Je pensais à ce moment là, j’apprends une langue étrangère de plus, je pourrais trouver un travail dans une entreprise aux capitaux étrangers en Chine. Personnellement, j’adore apprendre des langues étrangères…Mais je crois également que si tu as appris une langue, il faut l’utiliser, sinon, à quoi sert d’apprendre une langue? » .

La langue représente le noyau de la culture d’un pays, non seulement la langue mais l’image de la culture française dans son ensemble est aussi un facteur important pour nos enquêtés. L’attrait de la culture française est même décisif pour certains, en particulier pour les étudiants issus des familles aisées. C’est le cas de Yang, une fille de 21 ans, issue d’une famille aisée, elle était également très bonne élève dans un lycée-clé de Guangzhou. Elle a choisi de venir en France pour apprendre le français, mais également pour connaître la culture européenne, représentée par la France. Elle a dit : « Pas de problème que je partes tout de suite aux Etats-Unis après le lycée. Mais je ne souhaite pas partir si tôt, au moins après la

Licence. Je me suis dit : je maitrise très bien l’anglais, je voudrais apprendre une autre langue. J’ai choisi d’apprendre le français. Etudier en France, signifie qu’on peut voyager dans toute l’Europe. Nous connaissons déjà pas mal la culture américaine. Nous voudrions connaître également l’Europe. J’ai discuté avec une de mes meilleures copines, nous avons décidé ensemble de venir en France. J’ai parlé de notre décision à mes parents, ils étaient d’accord ».

Même le manque de connaissance concrète ne les empêche pas d’admirer une culture française dont ils n’arrivent pas à définir les contenus. L’image de la France se limite à Paris, la mode, l’art, sa belle langue… Cette admiration les pousse à choisir la France comme destination au lieu d’un autre pays européen.

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(L’expérience des étudiants chinois en France : Entre mobilité et intégration)
Mémoire de Master Recherche : Sociologie de l’éducation et de la formation
Université Paris Descartes – Paris V – Faculté des Sciences Humaines et Sociales – Sorbonne

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