Documents pédagogiques numériques : éducation et hypermédias

By 12 March 2013

4.5.4 Documents pédagogiques numériques

De manière générale, un « document pédagogique numérique » (DPN) partage les principes de base des documents numériques. Toutefois, il présente aussi d’autres caractéristiques :

* le contenu qu’il possède est de type pédagogique;
* le contenu est séparé par des balises sémantiques propres au domaine pédagogique;
* l’information contenue peut être modifiée et mise à jour à tout moment et depuis un poste de travail quelconque connecté à l’Internet;
* l’information peut être modifié par son auteur, par un autre auteur ou par un groupe d’auteurs;
* il est produit naturellement sous format numérique;
* il est accessible sur le Web depuis une adresse URL;
* il est d’accès libre;
* il peut être représenté graphiquement sous plusieurs structures hypermédia et formats numériques (PDF, RDF…).

Pour nous, la création de contenus basée sur des documents pédagogiques numériques répond à des besoins documentaires, d’archivage, de catalogage, de support aux multiples domaines des hypermédias, d’accès, de recherche et de durabilité.

À présent, nous observons les apports principaux des documents pédagogiques numériques aux domaines dans lesquels ils s’insèrent.

4.5.4.1 Apport au domaine de l’éducation

Pour nous, le domaine de l’éducation est particulièrement concerné par les approches structurales dans la mesure où le processus pédagogique peut être considéré comme un système de relations : de relations entre diverses formes de connaissances et de relations qui donnent forme à une structure pédagogique adapté à l’acquisition de ces connaissances.

Le statut d’un document pédagogique numérique par rapport au scénario d’une formation, c’est-à-dire les divers degrés de granularité d’une structure pédagogique, s’observe principalement en tant que module. Un module, tel qui a été défini par l’Association française de normalisation (Afnor), est un segment élémentaire intégré dans un cours. Un module constitue par lui-même une totalité spécifiant, au moins, un objectif éducatif, une durée, des pré-requis, et un contenu [OIL 00].

Si l’on considère que la composition courante d’une formation comprend des unités d’enseignement, des cours (ou matières), des modules et des séquences, un DPN a la finalité de regrouper dans un seul document les ressources nécessaires pour les mettre en place et les distribuer selon un objectif pédagogique. Par opposition à un document définissant un scénario pédagogique, comme un objet pédagogique, un manifeste LOM ou un document structuré en accord avec le langage EML, un DPN essaie de rendre évidents les éléments paratextuels nécessaires pour l’établissement d’un code propre au domaine pédagogique.

Suivant cette voie, les exemples d’utilité pratique des documents pédagogiques numériques sont les suivants : la représentation de l’information selon différents domaines hypermédias adaptée aux matières ou thèmes pédagogiques; la possibilité pour les utilisateurs de choisir parmi différentes modalités d’affichage et de formatage; la proposition d’un balisage d’éléments pédagogiques suivant leurs propres codes sémantiques et non selon les codes liés au formatage du texte ou au HTML.

Dans la pratique, cette approche apporte un complément aux autres types d’usage analysés précédemment. En raison du fait que les documents pédagogiques numériques sont constitués d’un code pédagogique exprimé sous forme de langage XML et que ce code est détaché de toute représentation visuelle, son implémentation dans un système informatique sur le Web peut recréer un usage constructif existant. Néanmoins, nous considérons que le principal avantage consiste justement dans les possibilités d’invention d’autres types d’usage aussi bien pour la construction que pour l’exploration.

4.5.4.2 Apport au domaine des hypermédias

Les documents pédagogiques numériques apportent au domaine des hypertextes pédagogiques une solution générale pour l’introduction de la notion de création basée sur les structures. Les avantages d’une telle approche ont été observés dans la recherche centrée sur les systèmes hypermédias, mais le manque de systèmes éducatifs suivant cette approche nous amène à les considérer sérieusement. Parmi ces avantages, Balpe, Lelu, Papy et Saleh [BAL 96], ont souligné la possibilité de :

* mieux représenter la sémantique des données;
* rechercher tout type de documents;
* explorer toute instance de documents et passer d’une instance à une autre qu’elle soit ou non du même type;
* fournir un haut niveau de description de la structure des documents (autre que les liens organisationnels de base) et des relations entre les documents;
* vérifier l’intégrité des instances des documents;
* assurer le versioning;
* rendre l’applicatif indépendant des données;
* partager les données entre plusieurs utilisateurs.

À première vue, il peut paraître qu’une telle approche requiert un refaçonnement radical des applications hypermédias, mais nous ne considérons pas que ce soit le cas. Au contraire, il nous semble que son adoption peut être un complément aux fonctionnalités des autres systèmes existants, soit en tant qu’application indépendante et séparée, soit en tant que « Service Web », par exemple.

Dans cette direction, la compatibilité entre des systèmes hypermédias et le Web doit s’aligner aux standards et recommandations. À ce sujet, les normes du W3C fournissent un cadre de développement pertinent et fiable.

Mais outre les standards Web, il est également nécessaire de respecter l’architecture de l’Internet pour déploiement de cette approche sur le Web. En effet, s’il on considère techniquement l’Internet comme un ensemble de protocoles d’adressage, de transfert et de paquets de contenus, un DPN doit être localisable, transférable, et décomposable en sous parties (dans le sens où un utilisateur ou une machine peuvent demander l’affichage de certains éléments ou d’un sous-ensemble d’éléments).

L’importance d’Internet comme architecture est donc le fondement de la possible réutilisation des DPN. Nous avons constaté pendant les dernières années, les efforts menés par la communauté hypermédia pour localiser et représenter l’information sous plusieurs formes qui se basent sur la décomposition d’éléments et l’adressage. Un premier exemple sont les modèles du type « Zzstructures », « polyarchies » ou « mSpaces » [MCG 04], dont l’intention est de représenter l’information à des tailles plus petites que l’écran comme moyen flexible d’interaction avec l’information et de persistance du contexte. Un autre exemple sont les modèles qui agissent en tant que super-structures, dont l’intention est de construire un espace d’interaction à partir de ressources distribués sur Internet. Nous pouvons citer à titre d’exemple l’application Walden’s Paths, qui permet de créer des chemins ou des traces sur le Web à partir de ressources déjà existantes [REV 01].

Un autre apport des DPN est de tirer profit d’une séparation forme/fond au sein des hypermédias, un axe qui est bien documenté dans la littérature. Parmi les avantages, les recherches ont montré que les auteurs peuvent se concentrer effectivement sur le contenu tout en laissant de côté les aspects décoratifs et de style. Ainsi, les utilisateurs organisent, analysent, corrigent et modifient l’information selon sa dénotation sémantique. De plus, comme nous l’avons déjà indiqué, une même information peut être représentée à travers diverses mises en page et divers formats adaptés à une distribution multiplatefome et multisupport, non seulement systèmes d’exploitation informatiques, mais aussi appareils mobiles.

Mais il faudrait aussi se poser la question de la notation sémantique des paratextes. Ceci impose un regard sur le paradigme nommé « user friendly ». Si nous désirons que la notation sémantique évolue de concert avec le domaine éducatif, il est nécessaire que les utilisateurs produisent le contenu en utilisant directement la notation sémantique et non des remplacements métaphoriques. Cette exigence nous rappelle que les signifiants ne doivent pas se confondre avec les signifiés. C’est-à-dire qu’un texte formaté et affiché à l’écran en gras n’est pas un texte signifiant per se. Il n’est sémantique que pour la convention culturelle établissant qu’un texte en gras « est plus important » qu’un texte normal, ou qu’il dénote une autre fonction par rapport à l’ensemble textuel. Si l’on accepte que les conventions culturelles changent dans le temps, rien ne nous empêche de croire que, dans le futur, on utilisera un autre style pour dénoter « importance ». Dans ce sens, l’intérêt d’une approche centrée sur la structure permet d’envisager ce genre d’évolutions tout en gardant une structure logique correspondant au domaine dans lequel il s’insère.

Le problème qui s’impose pour adopter cette approche provient du fait que beaucoup d’utilisateurs ont l’habitude d’éditer des textes à l’aide de processeurs de textes WYSIWYG. Ces systèmes, nous l’avons vu, mettent l’accent sur le format; ils sont des moyens de représentations iconiques qui fonctionnent par le biais de signes motivés par un besoin déterminé. Bien sûr, les systèmes user friendly apportent beaucoup de bénéfices, mais ils peuvent engendrer des confusions dans un contexte sémantique.

Quoi qu’il en soit, afin de déterminer la pertinence de notre approche dans un contexte réel, la réalisation d’un système hypermédia supportant les exigences des documents pédagogiques numériques, au moins dans leurs aspects les plus importants, s’avère nécessaire.

Objet technique hypermédia : repenser la création de contenu éducatif sur le Web
Thèse pour obtenir le grade de Docteur – Discipline: Sciences de l’information et de la communication
Université De Paris VIII – VINCENNES-SAINT-DENIS – U.F.R. Langage Informatique Technologie