Documents numériques : Ingénierie et Design de l’information

By 12 March 2013

4.5 Vers des documents pédagogiques numériques

L’idée de « documents pédagogiques numériques » surgit comme le résultat actualisé de la mise en marche de la méta-écriture, de la structuration et de la modélisation dans un contexte donné. L’aboutissement de ces trois procédés conduit à un produit final ayant des caractéristiques similaires aux documents numériques et enrichi par un design de l’information.

4.5.1 Documents numériques

Le concept de « document numérique » ou « document électronique » a été considéré depuis plusieurs perspectives selon le domaine où il s’insère. Premièrement, il est défini par opposition aux termes tels que « ressource » et « données ». Sylvie Lainé-Cruzel, essaie de rendre plus stricte cette distinction et précise que les ressources constituent « des informations construites dans une logique de médiation et d’usage (réception), évolutives (susceptibles d’être mises à jour), et éventuellement adaptables (personnalisables) (…) Elles fournissent du renseignement mais non de la preuve » [LAI 04 : 112]. Pour sa part, les données sont essentiellement des informations stockées sous forme numérique, considérées indépendamment de tout contexte d’interprétation et de production. Enfin, les documents ont valeur de preuve, doivent être identifiés et stabilisés; doivent privilégier les supports non modifiables et les formats « facsimilé ».

Une deuxième approximation du document numérique est élaborée par Bachimont et Crozat à partir de différents niveaux du document numérique : « l’instance physique publiée (le document imprimé), la ressource utilisée pour la produire constituée du contenu et des instructions de mise en forme (la ressource en PDF), la ressource organisée selon une forme canonique (le document augmenté de ses balises XML), la grammaire de cette forme (la DTD) » [BAC 04].

Une dernière conception de document numérique prend appui sur les catégories syntaxiques, sémantiques et pragmatiques de la linguistique. Ainsi, Roger Pédauque, signale trois dimensions d’un document : le document comme forme (l’objet matériel ou immatériel), le document comme signe (porteur de sens et doté d’une intentionnalité) et le document comme médium (le statut investi dans les relations sociales). [PED 03].

Au travers ces notions, on peut observer qu’avant toute matérialisation sur papier ou à l’écran, le document numérique renvoie à un ensemble de ressources dont les critères d’ordre internes sont strictement établis pour répondre à des besoins communicatifs et médiatiques. Un document numérique comprend une structure logique qui sert comme contenant des fragments; son objectif est précisément de donner un sens à des ressources disparates.

4.5.2 Ingénierie de documents

Dans un scénario où les documents numériques deviennent de plus en plus présents dans des environnements informatiques, il est nécessaire de s’interroger sur les mécanismes adéquats permettant de définir un modèle de document pertinent. Ce sujet a été abordé dans le domaine nommé « ingénierie des documents » (document engineering).

Glushko et McGrath [GLU 02] considèrent l’ingénierie des documents comme un moyen pour préciser la structure logique des documents en considérant divers facteurs. L’objectif est de rendre les documents réutilisables et d’éviter au maximum les relations ambiguës entre le modèle, les schémas et les logiciels qui les interprètent.

Les techniques d’analyse de documents proposées par Glushko et McGrath prennent en compte les documents publiés, et plus récemment les pages Web, et les étudient comme des artefacts d’interprétation visant à séparer le fond (expressions et contenus) et la forme (représentations graphiques).

Alors que la distinction entre fond et forme devient floue avec les interfaces d’utilisateur WYSIWYG, ce sont les langages de marquage adaptables qui permettent une vraie séparation entre information et format. En outre, grâce à ces langages, les balises peuvent fonctionner non seulement à des fins de formatage, mais aussi à des fins sémantiques pour classifier, chercher et réutiliser l’information.

L’analyse de documents doit être conduit en ayant comme but la création d’un modèle logique abstrait à partir de toutes leurs instances hétérogènes. Ce modèle est ensuite décrit dans un schéma XML ou SGML qui procédera à un formatage au travers des règles explicites dans une feuille de style. De fait, de l’utilisation de feuilles de style il en découle un type de présentation graphique consistant à tout document conforme à un schéma donné.

De manière générale, le fonctionnement d’un modèle logique de document provient de trois catégories selon l’information qu’il contient :

* composants de contenu : ce sont les pièces d’information dans le document, la « matière grise », ils répondent à la question « qu’est-ce que c’est ? »;
* composants de structure : c’est l’arrangement de l’information, la « matière du squelette », ils répondent à la question « où est l’information ? »;
* composants de présentation : c’est le formatage et l’aspect de la structure et de l’information. Du point de vue de l’ingénierie de documents, ce sont des aspects dont l’importance est d’identifier les composants de contenu et les composants de structure.

Un document conforme à l’ingénierie de documents est donc celui qui possède un schéma clair, sans ambiguïtés de définitions, où l’on reconnaît les ensembles logiques et leurs relations. L’intérêt de ces définitions est de minimiser les redondances, de localiser les dépendances et d’assurer que l’information puisse être maintenue dans des ensembles logiques tout en répondant à la problématique de son application réelle.

Ainsi, lorsqu’on va de l’analyse au design en créant de nouveaux modèles pour des nouveaux types de documents selon les composants, les structures et les associations, on crée des modèles d’assemblage. Dans la tâche d’assemblage de modèles, on associe des règles pour chaque nouveau type de document à partir de l’information décrite par les composants du modèle du document.

L’ingénierie de documents fait appel aux technologies XML comme langage prioritaire pour définir les composants d’un document. De plus, les schémas XML offrent la possibilité de réutiliser des vocabulaires existants et de les employer dans de nouveaux documents (en utilisant les « espaces de nommage » ou namespaces, par exemple).

4.5.3 Design de l’information

Le design de l’information répond aux composants de présentation d’un document numérique, il est un champ pluridisciplinaire visant à étudier les diverses modalités de représentation de l’information, principalement sous format graphique ou pictural. Robert Horn définit le design de l’information comme « l’art et la science de préparer l’information pour qu’elle soit utilisée efficacement par des humains » [HOR 00 : 15].

Depuis les travaux menés par des précurseurs tels que Gui Bonsiepe dans les années 60, Jacques Bertin et Edward Tufte dans les années 80, le design de l’information s’est focalisé sur trois objectifs primaires complémentaires de l’ingénierie de documents :

* développer des documents compréhensibles, rapidement découvrables et facilement mis en action;
* conceptualiser des interactions avec des outils faciles et naturels. Ceci implique la résolution de problématiques appartenant au domaine de l’interface homme-machine;
* permettre aux utilisateurs de trouver leur chemin dans des espaces tridimensionnels avec confort et facilité. Cette problématique concerne à la fois les espaces urbains et les espaces virtuels.

Afin de répondre à ces objectifs, le design de l’information emprunte sa méthodologie à plusieurs disciplines.

Tout d’abord, les sciences de l’information et de la communication puisqu’il s’agit de communiquer le sens de l’information à travers ses multiples représentations. De ce point de vue, la création de contenus doit considérer qu’il est possible de représenter une même information de différentes façons, que quelques représentations sont plus efficaces que d’autres et, que l’effet désiré chez le récepteur peut varier selon une grande série de facteurs externes au document.

Ensuite, les sciences cognitives et l’ergonomie car le design doit prendre en compte les capacités et les limitations des sens humains. Dans cette perspective, il est important de connaître la vitesse à laquelle l’œil se déplace d’un point à un autre, la fréquence à laquelle l’ouïe écoute le mieux, les polices les plus adaptées pour une lecture à l’écran, etc. De plus, il est nécessaire de savoir jusqu’à quel point ces données sont affectées par l’age et la santé des utilisateurs. Bien entendu, comme il a été noté par Jef Raskin, même si ces informations psychophysiologiques sont techniquement correctes (dans certains cas elles ne le sont pas), « l’attention portée au cerveau humain doit se focaliser sur les manières dont il réagit d’un point de vue holistique, c’est-à-dire comment les gens répondent ou se comportent » [RAS 00b : 346].

Enfin, le design de l’information est en relation directe avec les hypermédias. Les études sur les domaines des hypermédias nous apprennent que les diverses formes de représentation des structures ont l’avantage de dévoiler les interrelations entre les divers textes de réseau. Ainsi, un auteur ne se limite pas uniquement à produire des ressources visuelles qui seront incorporées côte à côte avec les ressources verbales, mais c’est la structure tout entière qui peut être représentée et visualisée comme diagramme, carte, graphique, organigramme ou présentation multimédia.

Du point de vue cognitif, les différents types de structures hypermédias (spatiales, taxonomiques, séquentielles…) ont pour finalité de favoriser la création de modèles mentaux chez l’usager. De fait, elles peuvent être regardées comme des outils cognitifs qui facilitent la lecture d’un document ainsi que la réalisation de tâches pédagogiques nécessitant un apprentissage actif.

Il reste à noter que plusieurs travaux récents sur les domaines des hypermédias mettent l’accent sur les aspects interactifs des structures, c’est-à-dire que l’usager est placé au cœur du design de l’information afin de lui proposer de modèles dynamiques et adaptables qui faciliteront son interaction avec l’information. Parmi ces travaux, nous citons le projet HNLS, développé au Laboratoire Paragraphe de l’Université Paris VIII, conçu pour une utilisation pédagogique et basé sur les concepts de carte interactive et dynamique pour permettre à l’usager de naviguer au sein de ses espaces d’information et à travers le graphe, suivant un système de repères, de parcours, d’historique et de vues d’ensemble [BOU 04a].

Objet technique hypermédia : repenser la création de contenu éducatif sur le Web
Thèse pour obtenir le grade de Docteur – Discipline: Sciences de l’information et de la communication
Université De Paris VIII – VINCENNES-SAINT-DENIS – U.F.R. Langage Informatique Technologie