BioMed Central : The Open Access Publisher – les revues en ligne

By 19 March 2013

3. Les revues en ligne “Open access”

Troisième et dernier modèle envisagé, les revues en ligne regroupent une mine d’informations dont la qualité est souvent assurée par le processus de peer review. Grosse différence par rapport aux deux autres types de dépôt : l’aspect financier est bien plus souvent mis en avant.

3.1. BioMed Central : The Open Access Publisher
http://www.biomedcentral.com

BioMed Central, comme son nom l’indique est centré sur les sciences bio­médicale, secteur malmené par les éditeurs commerciaux classiques. Seul projet envisagé dans ce travail ayant un but lucratif affirmé, BioMed Central n’en est pas moins Open Access dans sa manière de donner accès à l’information. Par contre, la publication d’article est, elle, payante.

3.1.1. Historique

BioMed Central est “une maison d’édition indépendante engagée à permettre un accè s immé diat et gratuit aux travaux de recherche biomédicale revus par pairs” [http://www.biomedcentral.com/info/about/whatis_fr]. Elle a été lancée au mois de mai 2000 et fait partie du Current Science Group spécialisé dans l’information et les services pour les professionnels du monde bio­médical. Avec une offre de plus de 100 périodiques au moment de son lancement (147 aujourd’hui), BioMed Central peut se poser comme leader de l’édition “Open Access” de son domaine [http://current­science­ group.com]. Ces 147 périodiques sont répartis en 58 catégories [http://www.biomedcentral.com/browse/bysubject/] concernant le domaine des sciences bio­médicales au sens large.

Si la consultation des articles est gratuite et accessible à tous, la gratuité n’est plus de mise depuis 2002 du côté des auteurs. En effet, 525 $ sont demandés aux auteurs pour la publication de leur article une fois qu’il a été accepté. Cette somme sert à payer les coûts de la publication scientifique. BioMed Central n’est donc Open Access que d’un “côté”, celui de la consultation. Les auteurs, eux, doivent avoir les moyens de payer la publication de leur article. Heureusement, ceux­ci sont en général inclus dans les budgets de recherche.

3.1.2. Technique et fonction

Fonctionnement général

BioMed Central donne accès gratuitement à 147 revues en ligne concernant les différents domaines des sciences biologiques et médicales. L’intérêt de ces revues par rapport à d’autres produits de documentation scientifique disponibles en ligne est qu’elles bénéficient toutes d’un système de peer review. Les articles qu’elles proposent sont tous examinés par des professionnels.

Ces revues sont le fruit d’un travail collaboratif entre des groupes de scientifiques désirant mettre leur revue à disposition du public et BioMed Central qui s’occupe de la gestion technique et commerciale de la revue, et qui se pose comme son éditeur et propriétaire exclusif. Il est du ressort des créateurs de la revue de définir ses objectifs, son domaine d’application, ainsi que de composer un comité de rédaction et un comité de pairs qui assureront la qualité scientifique du contenu de la revue [http://www.biomedcentral.com/info/authors/startajournal_fr]. La création d’une revue n’est donc pas ouverte à n’importe qui, il est indispensable de faire preuve de gages de qualité. Il est donc également possible pour une revue déjà existante et éditée par ailleurs, de migrer entièrement vers BioMed Central.

Le chercheur qui désire publier un article via BioMed Central doit le soumettre auprès d’une revue précise, et non, auprès de BioMed Central. La soumission d’un texte est gratuite; celui­ci sera soumis au comité de rédaction et aux reviewers gratuitement. S’il est accepté pour publication, l’auteur devra en payer les frais. Ceux­ci s’élèvent à 525 $ pour la plupart des revues mais, depuis juillet 2004 certaines revues15 ont augmenté leur prix et passent à 1 000 $ voire 1 500 $. Notons que l’auteur conserve, sous certaines conditions, ses droits sur le texte publié dans une revue de BioMed Central; il ne les cède ni à la revue, ni à BioMed Central16.

Ces frais de publication peuvent ne pas incomber au chercheur si l’institution à laquelle il appartient adhère au programme de BioMed Central (ce programme est également ouvert aux entreprises, les conditions sont néanmoins quelque peu différentes). Il est possible pour une institution scientifique17 de s’inscrire moyennant une cotisation qui est fonction du nombre de chercheurs en sciences médicales et biologiques de l’institution. Une fois inscrite, ses chercheurs ne doivent plus payer pour publier un article et bénéficient de réduction pour l’accès aux services payant de BioMed Central. L’adhésion est renouvelable tous les ans et son prix dépend du nombre d’articles publiés durant l’année précédente (avec, néanmoins, un minimum de trois articles à payer, qu’ils aient été publiés ou non) [http://www.biomedcentral.com/info/about/instmembership_fr].

15 Genome Biology, BMC Biology, BMC Medicine, Journal of Biology [http://www.biomedcentral.com/info/authors/apcfaq]
16 “Les auteurs restent libres de publier leurs articles sur leur page web, d’en imprimer autant de copies qu’ils le désirent et de les distribuer à leurs collègues, à condition toute fois que l’article soit correctement cité et BioMed Central mentionné” [http://www.biomedcentral.com/info/authors/reasons_fr]
17 Institutions belges inscrites à BioMed Central : “University of Ghent and University Hospital, KULeuven – Biomedical Library, Université Catholique de Louvain, Université de Liège” [http://www.biomedcentral.com/inst/cou/56].

Ce système d’inscription des institutions ou entreprises ainsi que le paiement des publications par les auteurs sont à la base du financement de BioMed Central. Cela ne semble pourtant pas être suffisant puisque nous retrouvons, sur le site, plusieurs publicités, notamment une série de “ads by google” qui ont comme particularité de “se fondre” dans le site puisqu’elles en suivent la charte graphique et concernent des produits en relation avec le thème du site sur lequel elles se trouvent.

La recherche d’information

Plusieurs moyens sont accessibles aux utilisateurs qui cherchent une information. Il leur est possible de parcourir la liste des revues disponibles par domaines ou par ordre alphabétique. Cela leur donne directement accès aux articles publiés en format .pdf et aux métadonnées de l’article (titre, auteur(s), résumé, …).

Il est également possible d’effectuer une recherche rapide sur l’ensemble des articles de BioMed Central, PubMed Central et PubMed. Une condition est cependant à remplir pour accéder aux résultats : il est indispensable d’être inscrit sur le site de BioMed Central. Cette inscription est gratuite et permet à BioMed Central de mieux connaître ses utilisateurs puisqu’un formulaire concernant les centres d’intérêt est à remplir. Une fois inscrit, l’utilisateur a également accès à la recherche avancée ainsi qu’à la mailing list signalant la publication de nouveaux articles dans différents domaines au choix.

Cette recherche avancée offre deux possibilités : effectuer une requête sur quatre champs et l’affiner sur un intervalle de temps et/ou sur un périodique; ou l’utilisateur peut effectuer une recherche booléenne et donc soumettre lui­même une équation de recherche qui peut aussi être limitée dans le temps et/ou sur un périodique.

La recherche avancée peut être définie sur un nombre important de champs différents; on y retrouve les habituels et indispensables auteur, titre, abstract, texte, périodique, année de publication auxquels on peut ajouter le DOI (Digital Object Identifier), l’institution de l’auteur et, plus exceptionnellement, les différentes parties du texte c’est­à­dire : introduction, méthode, résultats, discussion/conclusion, légendes des illustrations et références.

La recherche d’information dans BioMed Central offre donc de nombreuses possibilités à l’utilisateur. L’inscription étant obligatoire pour effectuer une recherche, une fonctionnalité intéressante a été ajoutée : il est possible de stocker les équations de recherche. Au moment de l’enregistrement (et même par après), l’équation peut servir d’alerte mail à une fréquence choisie par l’utilisateur. Ces requêtes restent disponibles pour modification jusqu’à ce que l’utilisateur les supprime. Ajoutons qu’un historique de recherche est disponible dans l’interface de recherche avancée tant que la fenêtre du navigateur n’a pas été fermée, et ce, même si l’utilisateur a clôturé sa session dans BioMed Central.

3.1.3. Situation actuelle

Malheureusement, nous n’avons pas trouvé de statistiques concernant l’utilisation de BioMed Central par ses auteurs ou par ses visiteurs, ni même de statistiques individuelles pour les périodiques publiés. Pourtant, ces statistiques doivent vraissemblablement être réalisées puisqu’il est possible de consulter les articles les plus lus pour l’ensemble de BioMed Central et pour chaque périodique. De plus, il s’agit d’un genre de statistiques réellement utile pour la gestion de BioMed Central. Il semble donc simplement qu’elles ne soient pas accessibles au public (et il serait vain d’en imaginer les raisons).

Malgré l’absence de chiffres, il n’est pas difficile de constater, sur base de différentes lectures sur le site de BioMed Central et ailleurs, que l’offre, tant au niveau des services que du nombre de revues disponibles, ne cesse d’augmenter. De plus, un bref parcours de certains périodiques montre que les textes les plus récents sont réellement disponibles depuis peu de temps. Ces deux indices sont un indicateur du dynamisme de BioMed Central.

Ce dynamisme est peut­être à mettre en lien avec le fait que BioMed Central est un produit commercial d’un genre nouveau. La viabilité de ce modèle d’édition n’est pas encore assurée (mais, l’économie n’étant pas une science exacte, peut­on jamais se considérer comme assuré de quoi que ce soit ?). Contrairement à d’autres services étudiés précédemment, de l’argent est directement en jeu et il faut supposer que ses propriétaires agiront un maximum pour le garder et le faire fructifier. Cela n’exclut tout de même pas le risque de faillite.

Ajoutons que le public se montrera peut­être moins indulgent et attendra plus de qualité, plus de services de la part de BioMed Central, éditeur commercial, qui, véritablement, vend un produit : la publication de périodiques. Et, comme les chercheurs qui publient sont aussi ceux qui accèdent à l’information, la présentation des documents ne peut pas être baclée sous prétexte qu’elle est gratuite et accessible à tous.

Cette obligation de qualité fait que BioMed Central offre un site internet riche et clair mais aussi des revues qui doivent toutes soumettre leurs articles à un véritable processus de peer review.

Le système de financement de BioMed Central et son aspect commercial n’est pas sans faille, en particulier pour les utilisateurs. La publication étant payante, comment doivent réagir les petits groupes de recherche et les petits projets scientifiques faisant partie d’une petite université non membre de BioMed Central ? D’autant que les tarifs de publication dans certaines revues ont augmenté drastiquement (de 525 $ à 1 000 $ ou plus). Si l’augmentation des prix continue, BioMed Central ne va­t­il pas se rapprocher des éditeurs commerciaux “classiques” tant critiqués, avec pour unique différence un placement des frais sur la publication plutôt que sur la consultation ? De plus, il faudra, à tout prix, que BioMed Central garantisse l’honêteté de son principe de paiement; les détracteurs du système pourraient très facilement le critiquer en faisant remarquer que, si le système dérappe, les articles publiés seront ceux dont les auteurs auront payé le montant le plus important.

L’utilisateur­consultant se voit offrir certaines garanties d’accès à la documentation. BioMed Central a mis au point une charte qu’il entend respecter et faire respecter en cas de changement de propriétaire, assurant la pérennité de l’accès aux textes. De plus, BioMed Central est associé à deux initiatives orientées Open Access : SPARC (Scholarly Publishing and Academic Resources Coalition) et PubMed Central. Preuve d’un véritable intérêt pour l’Open Access ou manière de rassurer ses utilisateurs ? Dans les deux cas, ces partenariats impliquent certaines règles en matière d’accès à l’information et le respect d’une certaine “philosophie”.

Entre Open Access et édition commerciale, BioMed Central associe deux logiques qui, de prime abord, peuvent sembler antagonistes, pour offrir un produit qui semble viable (jusqu’à présent) et satisfaisant pour un certain nombre d’utilisateurs du monde des sciences biologiques et médicales.

Lire le mémoire complet ==> (Réflexions sur quelques nouveaux modèles de communication scientifique)
Diplôme d’études spécialisées (D.E.S.) en sciences et technologies de l’information
Université Libre de Bruxelles – Faculté de Philosophie et Lettres Section Infodoc