Attitudes et comportements de consommation d’énergie

By 29 March 2013

3. Attitudes et comportements

Les critères sociodémographiques, tels que le revenu, la profession, l’âge, le sexe, la composition du ménage,… sont des facteurs explicatifs des comportements économes plus puissants que les facteurs d’attitudes (souci de l’environnement, attitude face aux économies d’énergie, norme social,…). Ces derniers participent, mais de manière complémentaire, à l’explication des comportements plus ou moins économes.

La recherche d’économies financières n’est pas non plus une motivation dominante. Par exemple, les économies d’énergie réalisées suite à un investissement sont plus considérées comme un lent retour sur investissement que comme une économie financière. Il est donc important, lorsqu’on parle d’économies, de mettre également en avant celles portant sur les émissions de CO2.

Les raisons qui poussent à adopter des comportements économisant l’énergie sont diverses. Elles varient selon les individus mais aussi, pour un même individu, selon les secteurs de la consommation ou les types de comportement. Ainsi on observe que ceux qui ont réalisé un investissement considèrent qu’ils ont fait ce qu’il fallait pour réaliser des économies d’énergie et ne ils ne cherchent dès lors plus à adopter des comportements économes11. On voit donc des logiques différentes en ce qui concerne les investissements et les comportements quotidiens.

L’éducation influence clairement les comportements vis-à-vis de l’énergie. Ils peuvent également être modifiés suite à une « prise de conscience », ou une « rupture » comme la dégradation de la situation financière due à la perte d’un emploi.

Les raisons les plus fréquemment avancées pour ne pas réaliser d’investissement en économie d’énergie sont :
* le fait d’être locataire,
* la durée d’occupation envisagée,
* surévaluation de l’état de l’isolation de son logement,
* source de conseil (chauffagiste pour le chauffage, aucune pour l’isolation), démarche d’information.

Les mesures que les ménages déclarent les plus incitantes varient selon les groupes, mais il y a un accord général sur ce qui inciterait les gens à faire plus att ention à leur consommation d’énergie :
* plus de réglementation,
* mieux visualiser la consommation d’énergie et ses impacts sur l’environnement,
* un prix élevé de l’énergie,
* et des conseils personnalisés.

4. Autre étude menée auprès de ménages à faibles revenus

Un autre travail de guidance énergétique a également été réalisé auprès de 40 ménages essentiellement à faibles revenus puisque émargeant du CPAS. 12

La méthodologie utilisée était la suivante : une éco-conseillère rencontrait des ménages, certains volontaires, d’autres « vivement invités » à participer. On effectue d’abord un audit du logement via un questionnaire. Les techniciens du guichet de l’énergie sont contactés en cas de problème plus pointu pour analyser la situation et proposer des solutions. Un audit de l’équipement est également réalisé pour voir quels appareils sont utilisés et comment ils le sont. Ensuite, c’est le comportement des ménages qui est analysé pour savoir dans diverses situations (une centaine environ) quelle est l’attitude adoptée par le ménage dans les actes liés à la consommation d’énergie.

11 La publicité radio pour des châssis isolants dans laquelle les occupants de la maison rénovée se promènent en maillot de bain chez eux illustre de façon caricaturale cette attitude.
12 ASBL Société, Environnement et Education, « Guidance énergétique sociale – Rapport d’activité », réalisé pour le CPAS d’Andenne

Lorsque les comportements ne sont pas optimaux, l’interlocuteur reçoit des conseils sur la façon de les améliorer, sous forme d’une fiche-mémoire. Lors d’une visite ultérieure, l’éco-conseillère vérifie si les objectifs ont été atteints, c’est-à-dire si les comportements ont été modifiés. Un exemple est donné au tableau 1.

Le tableau 2 donne les résultats globaux du travail. On note que le pourcentage de bonnes pratiques initial est déjà assez bon. Ce que les ménages justifient par des habitudes déjà existantes, le bon sens, des informations reçues via les média, les brochures et une sensibilisation déjà existante aux économies d’énergie. Le bilan est assez positif et en tout cas plus que ce à quoi on aurait pu s’attendre à la lecture des études précédentes. Pourquoi ?

Tout d’abord, notons que certains des freins observés précédemment sont aussi présents ici : frein économique empêchant les investissements nécessaires, force de l’habitude, perte de confort (qui explique par exemple la faiblesse du score pour l’utilisation de l’eau chaude), contraintes liées aux appareils existants, au logement occupé ou au statut de locataire, …

Ensuite, les objectifs fixés portent principalement sur des comportements ou sur des investissements légers. Il n’est pas fait ici de demande d’investissement lourd tel qu’une nouvelle chaudière, un double vitrage ni même un réfrigérateur performant comme c’était le cas précédemment. Ces bons résultats sont donc en partie dus à des « objectifs » plus modestes, mais en même temps plus réalistes. Demander des investissements importants à des personnes financièrement fragilisées est impossible et a quelque chose d’indécent.

A la lecture du rapport de cette guidance énergétique, on voit également qu’une certaine relation de confiance s’est établie entre la conseillère et ses interlocuteurs. Il est important de le souligner, non seulement pour rendre hommage au travail effectué par la conseillère en particulier et les assistants sociaux en général, mais aussi parce c’est un élément important qui permet d’influencer, ici pour la « bonne cause », la personne avec laquelle on dialogue.

Sur le thème de l’influence est paru un ouvrage13 dont nous tirons une observation justement liée aux économies d’énergies et qui illustre comment certains détails peuvent avoir leur importance lorsque que l’on veut modifier le comportement d’une personne.

Aux Etats-Unis, la consommation de ménages étaient mesurées. Et les ménages étaient informés du fait de savoir s’ils se situaient en-dessous ou au-dessus de la moyenne nationale (en fait, le principe du quick-scan utilisé dans la deuxième étude). Il est apparu que ceux qui étaient au-dessus de la moyenne diminuaient leur consommation, mais que ceux qui étaient en-dessous relâchaient leurs efforts et se mettaient à consommer plus.

L’expérience a été répétée, cette fois en ajoutant un smiley mécontent () à ceux qui dépassaient la moyenne, et un smiley souriant () à ceux qui se situaient en-dessous. Pour ceux qui avaient une consommation importante, cela n’a rien changé, ils ont continué à la diminuer. Mais ceux qui avaient une consommation faible ne l’ont plus augmentée et ont même accru leur effort.

13 CORNEILLE, Olivier, Nos préférences sous influence, Editions Mardaga, Wavre, 2010

Les économies d’énergie dans le secteur des logements sociaux

Tableau 1: Résultats de la guidance énergétique pour la lessive

Comportementsde Nbre deménages Mise enpratique Objectifsfixés Objectifsatteints Objectifsnon atteints Raisons de Interprétationsl’échec
consommation concernés préalable
LESSIVE 90 % des ménages sont équipés d’une machine à laver.
Je profite du tarif 24 11 13 7 6 3 peur bruit 67 % des ménages qui ont une machine à laver sont
de nuit le plus 1 confort équipés d’un compteur bi-horaire mais la moitié
souvent possible 1 organisation seulement l’utilisait.
2 peur machinesans surveillance 25 % ne se sont pas laissés convaincre.
Je fais tourner la 36 35 1 1 0 Bonne pratique usuelle chez l’ensemble des
lessiveuse quand ménages. Un seul ménage était concerné par cet
elle est pleine objectif et l’a atteint.
J’utilise le plus 36 29 7 7 0 Cet objectif a été fixé pour 19 % des ménages et a
possible les été réalisé. Il n’est pas toujours aisé de convaincre du
programmes caractère superflu des programmes haute
basse t° température.
Doser la quantité 36 31 5 5 0 Il a fallu convaincre certaines personnes qu’une large
de produit de dose de poudre n’est pas indispensable à la qualité du
lessive lavage. Toutefois, le conseil a été adopté par tous.
J’utilise des 36 1 35 11 24 10 oubli Même si plusieurs ménages connaissaient l’existence
balles de lavage 3 pas trouvé des balles de lavage, un seul d’entre eux en
pour améliorer 5 investissement possédait.
l’action 2 négligence Ce concept a suscité du scepticisme chez la plupart
mécanique du des personnes mais après essai, cet outil a connu un
lavage réel succès chez la plupart des participants.

Source : ASBL Société, Environnement et Education, « Guidance énergétique sociale – Rapport d’activité », réalisé pour le CPAS d’Andenne

Tableau 2: Résultats Globaux

Thèmes Pourcentages debonnes pratiques usuelles constatées % d’objectifsfixés % d’objectifsatteints % totaux de bonnespratiques en fin de projet
Lessive 64 % 36 % 51 % 82 %
Séchage 68 % 32 % 78 % 93 %
Eclairage 73 % 27 % 51 % 87 %
TV Hifi Vidéo 46 % 54 % 76 % 87 %
Cuisson 78 % 22 % 60 % 91 %
Vaisselle 82 % 18% 38 % 89 %
Eau chaude 71 % 29 % 8 % 73 %
Froid 62 % 38 % 52 % 82 %
Chauffage 90 % 10 % 56 % 96 %
Aération 76 % 24 % 57 % 90 %

Source : ASBL Société, Environnement et Education, « Guidance énergétique sociale – Rapport d’activité », réalisé pour le CPAS d’Andenne

Cette anecdote montre que lorsque l’ont veut influencer le comportement des personnes, des paramètres parfois inattendus peuvent interférer. Et il s’agit donc d’un appel à la fois à la vigilance et à l’humilité face à une tâche qui n’est pas facile.

Lire le mémoire complet ==> (Les économies d’énergie dans le secteur des logements sociaux)
Mémoire de Fin d’Etudes en vue de l’obtention du grade académique de Master en Sciences et Gestion de l’Environnement
Université Libre de Bruxelles – Institut de Gestion de L’environnement et Aménagement du Territoire