Risques d’externalisation du partenariat logistique dans une stratégie ECR

By 10 February 2013

II. Les risques du partenariat logistique dans une stratégie ECR

II.1.Les risques d’externalisation

Si l’externalisation peut être très bénéfique pour les entreprises, elle comporte également des risques non négligeables que ces dernières doivent prendre en considération. Très fréquemment, les entreprises ne sont pas sensibilisées aux risques de l’externalisation. Deux raisons contribuent à expliquer ce phénomène :

Les opérations d’externalisation sont généralement évoquées au moment de la signature du contrat.. En outre, les bénéfices réels ne peuvent pas encore être évalués et seuls les bénéfices attendus sont mis en avant.
Les cas d’échecs sont sous représentés. Les entreprises qui ont connu l’échec lors d’une opération d’externalisation hésitent généralement à communiquer sur le sujet.

La liste des risques de l’externalisation est longue. Il nous semble toutefois qu’elle peut être ramenée à quatre risques principaux :

La sous performance

La mauvaise performance d’un prestataire ou d’un collaborateur peut toucher directement la compétitivité et la rentabilité de l’entreprise.

Au lieu de créer un avantage concurrentiel, le recours à l’externalisation peut créer des coûts et des pertes importantes.

Par ailleurs si l’externalisation engendre une réduction des coûts directs de l’activité, elle crée par ailleurs des coûts induits qui sont la plupart du temps sous estimés par les entreprises. Les coûts sont liés à la nécessité de mettre en place un dispositif de suivi et de contrôle (animation du comité de pilotage, ajustement périodique du cahier des charges, renégociation des contrats, analyse des dysfonctionnements et des reporting, application le cas échéant des clauses de bonus-malus…).

La dépendance envers le prestataire

Lorsqu’une entreprise externalise une activité et que le contrat s’arrête, ses besoins en la matière ne disparaissent pas. Par conséquent, l’entreprise fait le choix d’être plus ou moins dépendante d’un prestataire ou d’un fournisseur extérieur. Cette externalisation peut donc modifier les rapports de force entre l’entreprise et le prestataire, et entraîner un accroissement de la dépendance vis à vis de ce dernier, surtout si l’externalisation est stratégique.

D’où l’importance de bien prendre en compte la nature et l’intensité stratégique de l’externalisation développée auparavant. Par ailleurs, les fonctions jugées non stratégiques à un moment donné T peuvent le redevenir au regard de l’évolution de l’activité et du marché.

La perte de savoir faire et des compétences

La perte de savoir faire et des compétences peuvent se produire à la suite d’une opération d’externalisation où le transfert de personnel et d’équipement a été fait vers le prestataire.

Ce savoir est souvent très difficile à reconstituer en interne. A titre d’illustration, une étude mené sur l’activité logistique a montré que « 7 % des entreprises ne seraient plus capable de réintégrer ce qu’elles avaient externalisé quelques années auparavant »37.

Face à ce constat, la réussite d’une opération d’externalisation suppose de conserver en interne un niveau de compétence suffisamment correct particulièrement au niveau du contrôle, du pilotage et du management. Il faut que la société puisse être capable de décomplexifier le changement d’un prestataire ou la réinternaliser.

Le risque social

Lorsque l’entreprise externalise, des risques sociaux peuvent entraver les relations entre les deux partenaires.

En effet, le transfert d’activités et des salariés qui les assurent n’étant pas possible juridiquement que si ces activités constituent des entités économiques autonomes.

Comme nous l’avons vu précédemment, l’opportunisme et le manque de loyauté de certains collaborateurs peuvent générer certains conflits sociaux

La perte de contrôle et d’information

Le manque d’information d’un acheteur de bien ou de service est souvent mis à profit par le vendeur pour entreprendre des actions opportunistes qui ont pour effet d’augmenter la probabilité d’un manque de qualité. Dans le domaine de l’externalisation logistique, la disponibilité de l’information est vitale. Elle se révèle indispensable pour réagir et s’adapter soit aux premiers signes de dysfonctionnements logistiques, soit aux aléas de la demande. D’ailleurs, les risques de désinformation incitent souvent à un choix de solutions logistiques intégrées.

La principale difficulté réside dans la sécurité des informations. Des clauses de confidentialité « personnalisées » permettent d’avoir une réelle garantie de sécurité.

Toute une littérature dite « Principal agent » a depuis longtemps étudié la gestion d’information. Exploité, initialement dans le domaine de la finance avec Jensen et Meckling (1976), l’idée de performance d’une relation de délégation reposerait selon eux essentiellement sur l’information et plus concrètement sur la capacité à produire un système de contrôle efficace.

Cette théorie se focalise essentiellement sur le choix et l’évaluation du dispositif de contrôle nécessaire pour garantir les intérêts respectifs du principal (commanditaire) et de l’agent ( le commandité).

Elle repose également sur le fait que l’extraction de l’information se justifie par l’existence d’un contexte relationnel liée à une forte incertitude. Ce contexte intègre la nature des actifs, mais également les différentiels de pouvoir, la confiance, les normes sociales ou encore les bouleversements macro-économique. (voir figure III 13)

Figure III 13 Le modèle « principal agent »
Le modèle principal agent

Source : A partir de Bergen et Al (1992) et Hill et Jones (1992)

Cette analyse de « principal agent » s’interroge sur la meilleure façon de préparer et de maintenir la performance à partir du contexte relationnel entre les deux partenaires. Si cette préparation est trop coûteuse par rapport aux gains escomptés, alors le donneur d’ordre potentiel préféra l’intégration de l’activité.

Dans cette partie, nous venons d’exprimer les risques de l’externalisation commune à toutes les entreprises et secteurs. Dans la partie qui va suivre, nous attacherons plus d’importance aux risques de l’externalisation dans le cadre de l’ECR et de la logistique aval.

Lire le mémoire complet ==> (Dans le cadre d’une stratégie ECR, le choix de l’externalisation logistique est il la solution optimale pour répondre aux besoins de la collaboration « industriels/distributeurs »?)
Mémoire de fin d’étude – Master 2 Sciences du Management
Otto Marie – Odile – Spécialité Logistique