Liens entre culture et développement durable, Diversité culturelle

By 25 February 2013

1.2 Mise en perspective des liens entre culture et développement durable

1.2.1 La diversité culturelle au cœur des préoccupations

Comme les recherches jusqu’ici menées le prouvent, les liens entre culture et développement durable ne sont pas des plus évidents et le cheminement entre ces deux notions pourtant très dépendantes l’une de l’autre est un cheminement pouvant être considéré comme indirect. Malgré tout, les liens se tissent progressivement à travers des éléments qui, comme la diversité culturelle, continuent de renforcer étape par étape la relation culture- développement durable. En effet, la diversité culturelle n’est d’une certaine manière qu’une forme ou qu’un support d’une dimension culturelle dans son ensemble mais constitue cependant une des bases de la relation entre les sujets d’études qui nous intéressent. Avant d’entrer plus en détail dans la notion de diversité culturelle, dans l’interprétation et les finalités qui peuvent en découler, il convient de préciser rapidement comment le prisme très particulier de la diversité s’est développé au sein des questions relatives au développement et aux modes de vie en société.

L’approche de la diversité dans les questions de développement répond à une double évolution. La déclaration de l’UNESCO sur la diversité culturelle et le socle que celle-ci représente dans les liens entre culture et développement durable, répond à la fois aux caractéristiques de la nature humaine qui base son existence sur une culture qui lui est propre et à laquelle les textes et réflexions scientifiques et diplomatiques répondirent tout au long du vingtième siècle. L’anthropologie, la psychologie et la sociologie nous apprennent que l’Homme est la résultante d’une construction unique et qui, par nature, est propre à chacun. Cette construction est plus ou moins influencée par le milieu, les expériences et les réflexions de chaque individu, créant ainsi, une multitude d’histoires personnelles qui sont autant de « micro-cultures » composant une culture plus large. L’Homme ne peut en effet être désincarné et présente un besoin fondamental de se situer dans une histoire qui d’une certaine manière offre un contexte à sa propre vie et donne un sens aux deux moments fondateurs de la vie que sont la naissance et la mort. Ce besoin se lit également à une échelle plus importante, dans un contexte culturel plus large avec par exemple l’importance qui est donnée à l’enseignement de l’histoire dans les cursus scolaires et comment cet enseignement se trouve parfois être l’objet de tractations ou d’enjeux de civilisation qui sont incontournables pour toute société organisée. Cette culture individuelle peut être créatrice d’une culture plus large permettant d’atteindre éventuellement une culture qui se voudrait universelle car basée sur la diversité culturelle comme créatrice d’une seule « culture Monde ». Or cette construction culturelle personnelle est la résultante d’un mélange constant de cultures et d’ethnies. Cette notion n’est d’ailleurs pas sans rappeler les deux courants phares dans l’analyse de la culture que sont l’évolutionnisme actant la culture comme une construction perpétuelle grâce à la diversité et à la rencontre des cultures mais également le structuralisme de Lévi-Strauss considérant la culture (ici la diversité culturelle) comme élément fondateur des sociétés et du vivre ensemble. Cette ethnicité permet donc à l’Homme de se construire grâce à un ensemble de règles, de valeurs et de traditions qui forme une culture globale plus large à laquelle il se réfère. Or, ce modèle de développement personnel et culturel se nourrit de situations, de lieux et d’enjeux culturels qui diffèrent en fonction des espaces géographiques, politiques… Ainsi, l’existence d’une diversité culturelle très forte est actée et avec elle, le besoin impérieux de sa protection. La diversité culturelle se présente en effet comme le moteur d’une construction durable de la culture répondant aux évolutions naturelles des échanges culturels qui sont le meilleur rempart contre des déviances parfois observées dans l’histoire.

L’Homme se voit donc incarné dans une culture unique, elle-même vectrice d’une culture plus large, partagée et évolutive mais dont la notion de diversité culturelle est centrale à l’image du besoin vital de diversité biologique dans les écosystèmes. Cette prise de conscience achevée, la diversité culturelle s’est trouvée être un enjeu diplomatique récurent dans les échanges internationaux consacrés au développement durable. Le cheminement historique des idées de durabilité a été explicité de manière détaillée et il convient de préciser que l’ensemble des textes fondateurs de la politique internationale en faveur du développement durable comportent tous de manière plus ou moins explicite la notion de diversité cultuelle. La conférence de Stockholm en 1972 pourtant consacrée à l’environnement avance le principe qu’il n’existe pas de respect de la diversité sans le respect de l’égalité et de la dignité de l’Homme. La déclaration de Rio en 1992, sommet fondateur de la politique internationale en faveur du développement durable prône quant à elle que les peuples autochtones ont un rôle vital à jouer dans la protection de l’environnement (principe 22).

La convention internationale pour la diversité biologique de la même année créa un premier parallèle entre diversité biologique et diversité culturelle dans un rapport soulignant l’importance des communautés locales (et donc de leur spécificité) dans la protection des espèces expliquée par leurs connaissances et leurs liens très forts avec le biotope. L’image de la diversité biologique vitale pour la survie des écosystèmes et des espèces est adaptée en terme culturel avec une diversité culturelle qui représente le poumon d’un développement durable. Le sommet de Johannesburg en 2002 de par le rôle octroyé à la culture est un événement important dans l’histoire diplomatique de la diversité culturelle. La volonté générale de la déclaration s’orientant vers une nécessaire collaboration de l’ensemble des populations mondiales en faveur d’un développement durable. Cette volonté acte non seulement la notion de diversité en tant que réalité (« l’ensemble des populations du monde ») mais aussi en tant que moyen pour un développement durable (intervention des populations en faveur d’un développement durable en accord avec leur culture et donc avec de plus grandes chances de succès sur le terrain). Cette diversité culturelle au sens du sommet de Johannesburg s’entend par une collaboration et une coopération entre les civilisations sans distinction discriminante d’aucune sorte. On retrouve ici une nouvelle fois la notion de diversité culturelle comme vectrice de paix et de dialogue, évitant ainsi les incompréhensions culturelles volontaires ou non et réaffirmant une nouvelle fois le besoin fondamental d’une éducation solide sur ces questions. La déclaration de l’UNESCO sur la diversité culturelle se situe d’ailleurs tout à fait dans cette optique de paix et de pacification des relations interculturelles. La déclaration universelle est en effet proclamée le 2 novembre 2001 soit moins de deux mois après les attentats meurtriers du 11 septembre aux Etats-Unis qui déboucheront sur une guerre qui est parfois considérée comme une guerre entre deux civilisations.

Le texte de l’UNESCO publié en 2001 revient sur tout un ensemble de notions et de principes qu’il convient ici de développer rapidement. Cette déclaration est avant tout un texte d’orientation et d’autorité internationale visant à protéger et à reconnaitre l’importance centrale de la diversité culturelle dans l’organisation mondiale et par extrapolation dans un développement qui se voudrait durable, le tout dans une perspective fortement conditionnée par les droits de l’Homme. Ainsi, la déclaration présente notamment les biens et services culturels comme objets qui ne sont pas des « marchandises comme les autres », marquant du sceau de l’UNESCO les productions culturelles. De plus, la déclaration vise également à faire des politiques culturelles un moyen de protection et de valorisation de la diversité. Par ailleurs, Koïchiro Matsuura, président de l’UNESCO au moment de la déclaration, précise sont interprétation de la diversité : « Je la vois comme un prisme, à travers lequel nous sommes invités à penser tout l’espace qui s’étend du concept de pluralité, lourd de séparations potentielles, à celui de variété, pour lequel tout est dans tout et réciproquement. ». La recherche de l’unité à travers la diversité est un élément fondateur de la notion même de culture, nous aurons l’occasion d’y revenir dans la suite du propos.

La déclaration de l’UNESCO sur la diversité culturelle place au centre des réflexions la notion de diversité comme ayant un impact fort sur de nombreuses notions annexes de la culture en général. La but de ce document cadre sur la question est avant tout de créer un élément de référence sur la question de la diversité à l’échelle internationale. Cette multitude d’approches liant diversité et notions culturelles peut se diviser en quatre parties distinctes. La première d’entres elles acte les liens forts entre diversité et pluralisme, deux notions qui sont par nature très liées car ne pouvant exister l’une sans l’autre.

Ainsi, l’importance du pluralisme en terme culturel (multiplication des formes de culture créant une diversité source de richesse) mais aussi l’importance du pluralisme dans l’écriture de la diversité et de son importance dans le développement sont soulignés par cette première division. Dans un second temps, l’importance est donnée aux droits de l’Homme qui sont un des éléments directeurs de la politique de l’UNESCO en faveur de la diversité culturelle. Le rappel des droits garantis par la déclaration des droits de l’Homme y sont interprétés comme un cadre propice à la diversité culturelle qui, dans les faits, est rendue possible par la possibilité et par le droit, des individus à se développer et à vivre en fonction de leur propre culture. L’idéologie des droits de l’Homme et leur respect est ainsi un gage d’existence pour la diversité culturelle. Dans une troisième subdivision, les notions de diversité culturelle et de créativité y sont conjointes.

En effet, la diversité culturelle est ainsi sauvegardée grâce à la création artistique elle même protégée par cette déclaration (affirmation des biens et services culturels comme marchandises « pas comme les autres »). La créativité, l’art et la patrimonialisation sont ainsi les atouts d’une diversité culturelle inscrite dans le concret au-delà des idées et sur le terrain de la vision première de la culture conférant un statut particulier aux créations artistiques. Enfin, la diversité culturelle est présentée comme un outil de solidarité internationale à travers notamment la capacité de diffusion et de création à l’échelle internationale (marché culturel comme moyen de développement économique compétitif et viable sur le long terme). Pour conclure cette déclaration, le rôle de l’UNESCO en faveur de la diversité culturelle est rappelé notamment à travers la promotion de la notion de diversité culturelle, le rôle de référence en la matière à l’échelle internationale ainsi que dans l’accompagnement et la facilitation de projet en faveur de la diversité culturelle.

A travers la recherche d’une diversité culturelle reconnue et protégée, l’idée principale est de pouvoir paradoxalement créer une unité culturelle globale vectrice de paix. Celle-ci prendrait forme à travers la reconnaissance de la multitude de cultures propres à la construction humaine mais réunies sous le seul sceau de l’humanité dans sa diversité. Cette diversité, ciment des relations entre culture et développement durable est un des éléments phares dans l’analyse de la dimension culturelle du développement durable. Il convient par ailleurs de préciser que cette approche est à considérer en complémentarité de la présentation du développement durable en tant que construction culturelle.

Lire le mémoire complet ==> (Politiques Culturelles Et Durabilité : Introduction au management de projet culturel et durable)
Master 2 Professionnel, Développement des Territoires, Aménagement, Environnement
Université d’ARTOIS – UFR EGASS