Le management durable de la politique culturelle : une vision

By 27 February 2013

Pour un management durable de la politique culturelle – Chapitre III :

Les potentialités d’un management durable de la politique culturelle ne peuvent être écrites de façon adéquate que dans le cadre de recherches exploratoires approfondies se basant tout à la fois sur un contexte de recherche très empirique, basé sur une actualité culturelle à dimension internationale ainsi que par une théorisation à vocation elle aussi empirique. En effet, ce dernier chapitre se propose de poser les bases structurantes de ce que pourrait être le management durable des politiques culturelles. La structuration première de la pensée fut de comprendre l’articulation sémantique, sémiologique et empirique des liens entre culture et développement durable. En ce sens, le chapitre premier est complémentaire de l’étude plus poussée sur la question réalisée préalablement aux recherches présentées dans ce mémoire. L’idée d’un management durable de la politique culturelle et des politiques culturelles (dans un contexte global et dans une déclinaison opérationnelle de la notion) est en soi une déclinaison orientée et précise des liens démontrés entre ces deux éléments. Identiquement, la notion d’événement culturel comme celle de politique culturelle méritaient un éclaircissement qui reste cependant encore trop superficiel à ce jour et qui reste un sujet préalable d’étude à la présentation d’un management durable de la politique culturelle. Malgré tout, et conformément aux ambitions portées par ce projet de recherche, il convenait de pouvoir dresser une première conclusion de cette articulation en préalable au cœur du sujet occupant les réflexions du chapitre troisième.

Penser durabilité et politique culturelle induit une pensée double mais non binaire. En effet, la durabilité peut s’inscrire à deux niveaux au sein du management de la politique culturelle en générale et des politiques culturelles en particulier (déclinées territorialement par exemple). Dans un premier temps, la durabilité peut être pensée en tant que fin en soi de la politique culturelle dans l’optique d’une politique culturelle visant à un dessein de durabilité en terme d’externalités désirées et conséquences d’un management orienté en ce sens. Dans un second temps, la durabilité peut également se concrétiser au sein du principe même de mangement de la politique culturelle. En effet, les méthodes et schémas systémiques pouvant être trouvés dans le cadre de cette réflexion pourront eux aussi être conditionnés au principe de durabilité. En ce sens, la durabilité dans les politiques culturelles se doit d’être tout à la fois un but et une méthode pour pouvoir préjuger d’un management en adéquation avec les finalités qu’il vise. Veiller à comprendre la complexité induite par ce paradigme est important car il conditionne la finalité de la démarche, notamment dans la mesure ou ces deux lectures de la durabilité ne sont pas hermétiques l’une à l’autre mais se scindent et se complètent pour pouvoir proposer une innovation en terme organisationnel mais également en terme de paradigme et d’évaluation.

C’est ainsi que sera proposée la base de méthodes managériales inscrites dans une dynamique durable tant à travers leur réalisation que leur dessein. Il ne sera pas forcément précisé à quelle lecture se réfère la méthode proposée dans la mesure ou la dualité de l’approche, qui n’est pas sans rappeler la dualité de la culture, se doit d’être inscrite dans une démarche logique. Après avoir précisé les éléments fondamentaux d’un principe de management de la politique culturelle, il sera donc proposé deux éléments de méthode que sont l’évaluation de projet culturel au regard du développement durable ainsi que la dimension participative de ces projets. Ces deux éléments seront donc à considérer tant en méthodes de management que de supports d’une politique culturelle durable dans ses objectifs globaux.

3.1 Le management durable de la politique culturelle : une vision

3.1.1 Ambitions de la proposition

L’objet principal de ce chapitre est de pouvoir servir de base de travail à d’éventuelles recherches futures dans le cadre de la définition d’un management empreint de durabilité de la politique culturelle et des projets culturels, qu’ils soient événementiels ou non. Un lourd travail exploratoire sera à mener, ne serait-ce que dans la définition complexe des notions de politiques, événements ou projets à vocation culturelle et qui se devra d’être une base de travail à l’écriture d’un management de cet ensemble complexe dans une optique de durabilité. La question du management durable de la politique culturelle représente avant tout une vision bien particulière du paradigme que représente la politique culturelle. Même si aucun détail n’est encore connu sur la question, l’épistémologie de cette proposition est à discuter, murir et travailler dans un cadre de long terme.

La politique culturelle répond, comme nous avons pu le démontrer de manière synthétique, avant tout à des objectifs bien particuliers. Or, l’ambition majeure de la proposition faite est justement tout à la fois de redéfinir ces objectifs au regard du principe de durabilité, en les adaptant dans un modèle qui pourrait se référer aux thèses évolutionnistes des différents courants de sciences sociales. Dans un second temps, il s’agit également de proposer un mode organisationnel, un management des décisions, de la définition des objectifs, de l’articulation empirique des processus décisionnels, des compétences, des implications en terme d’externalités, de budgétisation lui-même inscrit dans la durabilité. En ce sens, le management durable de la politique culturelle propose non moins que la redéfinition du paradigme actuel de la politique culturelle, à travers ses atouts comme ses faiblesses, au regard du paradigme de la durabilité conformément aux nouveaux enjeux globaux ponctuant les actions publiques, privées, individuelles et collectives y compris en matière de culture dans un sens encore une fois dual. Ce management se propose en effet d’intervenir dans le cadre d’une politique culturelle à finalité artistique mais également de civilisation à travers la définition première de la culture. Il s’agit donc pour simplifier la démarche, de proposer une relecture de la manière de considérer, manager et penser la politique culturelle en se basant sur la nature même de sa composition, en y conditionnant systémiquement et systématiquement le principe de durabilité dans un contexte artistique et de civilisation ainsi qu’en y intégrant le postulat évolutionniste comme facteur d’explication et de remise en question perpétuelle de la démarche engagée (métaréflexion). On propose donc une démarche tout autant empirique que théorique permettant au final de pouvoir présenter une méthode, basée sur une théorisation voire une modélisation d’une démarche de management durable assise sur des éléments factuels de réalisation comme peuvent l’être la notion d’évaluation de projet culturel au regard du développement durable, de l’écriture d’un événementiel culturel durable ou la dimension participative des politiques culturelles. Comme l’introduction de ce chapitre le précise, la notion de durabilité est elle aussi à considérer doublement, tout à la fois dans les finalités de ce nouveau paradigme de la politique culturelle que dans la modélisation et dans l’assise empirique de la démarche proposée.

Le projet de recherche et finalement de modèle d’organisation et d’encadrement proposé pour la politique culturelle durable s’inscrit donc dans un ensemble complexe au sens de Morin dans la mesure où ceux-ci s’inscrivent dans le paradigme précis qu’est la durabilité, inscrit dans un contexte culturel dual (politique artistique et de civilisation), vers une finalité double visant des externalités et un mode opératoire conforme au paradigme de base. De nombreux axes de recherche se précisent donc, dans un cadre global tout d’abord avec une réflexion préalable consacrée à la dimension de civilisation portée par le projet, par ses enjeux et ses postulats épistémologiques. Dans un cadre plus précis et dans un second temps il est nécessaire de comprendre ce postulat notamment à travers les composants de ce qui est considéré comme la politique culturelle, l’écriture de typologies objectives et d’articulation entre politique et événement culturel afin de pouvoir baser empiriquement et théoriquement les démarches managériales ambitionnées. Or dans un premier temps et pour pouvoir présenter les ambitions de la proposition comme il en est question, il convient tout d’abord de présenter les notions principales de cette approche que sont la durabilité et le management. Ces deux éléments qui forment le cœur de la démarche sont tout à la fois à articuler ensemble, comment considérer et rendre intelligible management et durabilité et de manière individuelle, quelles sont les dimensions sémantiques offertes aux notions dans le contexte de réflexion et de projection proposé.

Le mangement sera à définir dans une optique culturelle mais il convient avant tout de pouvoir noter ce que la notion de développement durable et plus particulièrement de durabilité dans le contexte de recherche ici présenté sous entend. C’est en effet le paradigme principal qui tend à modifier la vision de la politique culturelle dans son sens traditionnel. Même si les implications issues du principe de management de la politique culturelle reste un élément novateur, le fait de les inscrire de manière systématique au sein d’une volonté de durabilité reste l’orientation principale à mettre en lumière dans la clarification de cette ambition empirique et théorique. Ainsi, il est nécessaire de définir la notion de durabilité au regard de l’imbrication managériale dont il est question dans les travaux ici esquissés. Le rapport à la temporalité est ici très important dans la mesure où le terme durabilité est désigné pour symboliser les impératifs de développement dans un contexte propre aux conditions originelles du rapport Brundtland notamment. La notion de durabilité est complexe étant donné le fait que son sens peut être interprété doublement, en terme temporel notamment assimilé comme inscrit dans le temps et sans forcement y adjoindre la dimension éthique. Tout autant, et c’est le cas dans le cadre de cette réflexion, la durabilité peut être considérée comme vectrice d’un enjeux de responsabilité et de développement viable.

Le mot est d’ailleurs lancé et le principe de management durable de la politique culturelle n’échappe pas au débat qui anime également le principe de développement durable. La notion de durabilité ici choisie l’est volontairement, conformément au principe du développement durable dont les liens avec la culture ont été ici et précédemment prouvés. Or, devant les débats occupant ce principe de durabilité, il convient de dresser un portrait de ce qui est entendu et défendu par « durabilité ». Etymologiquement, durabilité présente la même racine que la notion de durée qui elle-même, bien que cœur de sujet du développement durable, elle est en proie à un débat sur les interprétations induites par cette notion. En effet, l’inscription sur la durée ne sous entend pas forcement une démarche éthique au sens des engagements pris à Rio, c’est d’ailleurs un des reproches phares fait au développement durable, celui de perdre de la substance voire même de pouvoir être manipulé par des tenants de l’économie de marché (que le développement durable prétend justement palier) par l’intermédiaire du greenwashing notamment. L’ambition de la proposition est certes de proposer un management durable et donc inscrit sur le long terme et dans un cadre éthique mais la notion de durabilité induit surtout la dimension éthique originelle du développement durable. En effet, la durabilité propose en premier lieu une inscription sur la durée et sur le long terme de la politique culturelle mais aussi et surtout une démarche correspondant au respect des quatre impératifs du développement durable que sont le respect de la culture de chacun et de tous, l’inscription dans un contexte social respectueux et responsable, la minimisation de l’impact écologique des politiques entreprises ainsi que l’inscription dans une économie au service de l’Homme. En ce sens, la démarche proposée même si elle n’en reprend pas les termes langagiers, s’inscrit dans une démarche de développement soutenable ou viable selon les théoriciens. Bien que durable et soutenable ne soient pas antagonistes (un développement ou une politique peuvent tout à la fois être durables, s’inscrire dans un processus de long terme et soutenables, influencés par les quatre piliers du développement durable), la définition du terme soutenable ou viable, corrélée à la notion de durée (inhérente à une politique culturelle qui demande un travail de long terme), pourrait résumer la démarche de durabilité sous entendue par le projet en question. Communément, le développement viable est considéré comme « une démarche continue et démocratique répondant aux besoins universels des populations en ne compromettant pas la capacité des générations futures à faire de même et qui place à l’avant plan de la vie en société les dimensions écologiques et sociales à l’intérieur desquelles évoluent les rapports économiques » (consultation publique sur le plan de développement durable du gouvernement du Québec).

La démarche proposée pourrait s’inscrire dans cette optique dans la mesure où il est proposé un mode de management de la politique culturelle inscrit dans un processus continu (le continuum temporel au sens de Yannick Rumpala) et expliquant l’emploi du terme durabilité ; ainsi que démocratique comme peut en témoigner la dimension participative proposée dans la démarche. Identiquement, le processus ici considéré comme conforme à l’éthique du développement durable à travers ses piliers culturels, écologiques et sociaux reste le dessein majeur de la démarche présentée. De ce fait, et même si le terme durabilité symbolisera le principe, il restera sous entendu un engagement non seulement inscrit dans la durée (qui reste un élément de succès pour une politique culturelle conforme aux ambitions originelles) mais également un engagement viable culturellement, tant dans la mise en place des outils managériaux que dans les finalités générales du projet. Notons par ailleurs que la considération de durable ou de soutenable laisse entrevoir un positionnement temporel à travers le principe d’historicité et de situation des actions de la collectivité dans le temps. Le management durable de la politique culturelle se veut comme inscrit dans une perspective de long terme, de connaissance du passé et de projection dans le futur dans l’intérêt d’action du présent. Au-delà du principe éthique entendu par la durabilité telle que considérée dans le projet, la dimension temporelle, d’historicité et de positionnement par rapport au principe de temps reste un enjeux sous jacent de la notion de management durable de la politique culturelle dont la nature implique forcement une réflexion de long terme, prospective et dont la réalisation implique également un rapport au temps clair dont il conviendra de dresser un portrait exhaustif ultérieurement. La durabilité entendue dans le principe de management durable méritait donc d’être développé rapidement, tant dans son rapport naturel à la durée que dans ses implications sous jacentes ici considérées comme éthique ou en rapport avec la temporalité. Cette clarification méritera cependant une accentuation de la recherche dans le cadre d’un travail de troisième cycle.

L’épistémologie de la proposition scientifique et empirique ici en réflexion n’est pas sans interroger et le fait de lier ensemble management, politique culturelle et durabilité demande un lourd travail de co-définition et d’éclaircissement de chacun des termes. Ainsi, après avoir déterminé notre vision de la politique culturelle et son orientation nouvelle que représente la durabilité, il convient de pouvoir noter de ce qui est entendu par management. Irrémédiablement, le management est une notion très connotée notamment au travers du monde de l’entreprise et dont les relations avec la dimension publique et a fortiori la dimension culturelle du projet peuvent poser certain problèmes d’interprétation voire de résistance relativement aux faits qui seront développés dans les deux sous parties suivantes. Etymologiquement, le management serait issu de la racine de l’ancien français mesnager (Oxford English Dictionnary) remontant au XIIIème siècle et pouvant être interprété comme la capacité à gérer les affaires du ménage, en substance, de conduire la gestion des biens et des revenus du ménage de manière adéquate. Deux termes semblent être synonymes et sont parfois utilisés de manière alternative : gestion et management. Or, il convient de noter la dimension humaine du management qui s’attèlera à fixer un objectif collectif et à le réaliser dans les meilleurs conditions possibles. La gestion est parfois assimilée à une dimension plus administrative, organisationnelle à travers la gestion des affaires financières, logistiques, techniques et des principes bureaucratiques relatifs à chaque organisation. En ce sens la démarche proposée est tout à fait en adéquation avec la notion de management dans la mesure où les conditions de réalisation et les finalités visées s’imbriquent totalement dans une optique culturelle et donc humaine.

Le management est traditionnellement considéré en trois sous thèmes majeurs que sont le management opérationnel, stratégique et de contrôle de gestion. L’entière dimension voire le coté universel de la démarche proposée se fait inscrire le processus dans l’ensemble de ces trois sous catégorie. En effet, le management de projet durable se trouve tout à la fois inscrit dans un processus stratégique visant à maintenir une offre culturelle sur un territoire et à l’assoir en fonction des objectifs de la politique culturelle, opérationnel visant à établir un ensemble de règles dans un but de mise en œuvre et de finalité durables et enfin de contrôle de gestion relativement au fait que les notions de budgets, d’évaluation, d’organisation technique sont des corollaires impératifs au bon déroulement du projet en question. A ce propos, la philosophie du management de projet reste très intéressante à analyser dans le cadre de la définition d’un management durable de la politique culturelle. Jean Jaques Néré interroge d’ailleurs le management de projet comme un levier d’évolution (Néré, 112). L’approche est d’autant plus utile que le processus engagé entend s’appuyer sur la notion évolutionniste des sciences sociales notamment. En ce sens, le mangement de projet vise avant tout pour inscrire sur le long terme les aspects bénéfiques du management en terme de bonnes pratiques, de nouveau processus de décision et de réflexion… Le projet final est en quelques sortes le catalyseur de divers processus managériaux dont l’inscription dans les « habitudes organisationnelles » est visée. La limite possible à ce type de mangement reste que l’objectif final est aussi voire moins important que les externalités en terme de mangement organisationnel.

Néanmoins, le type de management durable de la politique culturelle restant à écrire, il convient de pouvoir s’inspirer et adapter certaine méthode pourvu que la cohérence globale reste lisible, défendable théoriquement et applicable empiriquement. Ainsi, il pourrait être envisageable de considérer la méthodologie de mangement de projet dans la démarche proposée tout en faisant de l’objectif final (la durabilité inscrite dans la politique culturelle) tout à la fois le support managérial d’inscription de bonnes pratiques dans une optique qui elle, reste durable (adéquation entre la nature durable de l’établissement du projet et des objectifs finaux) et le but à atteindre dans une philosophie systémique laissant place à la durabilité dans l’ensemble des étapes du projet présenté. L’objectif de durabilité reste donc par nature, l’objectif à atteindre pour la politique mise en place et le support d’inscription de bonne pratique de réalisation et d’organisation des instances soumises au management en question. En ce sens, il sera par ailleurs utile de noter les facteurs possibles de résistance au changement, car c’est bien d’un changement dont il s’agit et notamment des résistances d’ordre culturelle au changement afin de répondre à l’impératif d’un management qui se veut durable dans son opérationnalité et qui correspond en tout point au contexte culturel global.

Définir les ambitions de la proposition n’est pas évident et nécessite un travail de coordination et de définition entre des éléments issus de disciplines, contextes organisationnels et même de cultures différentes. C’est là la nature même d’un nouveau paradigme venant modifier la perception et la finalité d’un principe, la politique culturelle à travers un apport, le management et surtout la durabilité. Les politiques culturelles relèvent d’une dimension éminemment publique. En ce sens, et comme base à l’écriture détaillée de la proposition, il convient de pouvoir étudier globalement la notion de management public.

Lire le mémoire complet ==> (Politiques Culturelles Et Durabilité : Introduction au management de projet culturel et durable)
Master 2 Professionnel, Développement des Territoires, Aménagement, Environnement
Université d’ARTOIS – UFR EGASS